Les champs de mes rêves

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    • Où en sont nos relations avec le vivant non-humain ?

      Publié à 19 h 45 min par Antoine Bocheux, le juin 27, 2021

      Le mot nature revient souvent dans « les champs de mes rêves ». Pour la définir, je reprends la définition de François Terrasson, la nature c’est « ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’homme » J’aime utiliser ce mot qui est comme une porte ouverte vers l’altérité des plantes, des animaux et des micro-organismes. Pour parler du vivant non humain, je le préfère généralement à biodiversité qui se prête mieux aux inventaires chiffrés. Compter les écosystèmes, le nombre d’espèces, la diversité génétique au sein de chaque espèce… C’est un bon thermomètre pour mesurer la diversité du vivant. Mais il peut mettre à distance avec l’objet étudié, le réduire à une série de données. En poussant ce raisonnement à l’extrême, on risque d’employer le mot biodiversité pour décrire une banque de gènes conservée dans des ordinateurs.

      Le mot nature renvoie à quelque chose de plus concret, tangible, palpable. Pas seulement à des connaissances, à des questions ou un inventaire de la faune et de la flore. Il évoque avant tout une expérience sensorielle. La regarder, l’entendre, la sentir, la toucher. Pour que le charme opère, il faut une relation directe avec elle. Voir un chêne ou un chevreuil, entendre le chant des oiseaux, sentir l’odeur de la mélisse, tâter la rugosité d’une feuille de consoude, goûter une mûre. Autant de plaisirs concrets et irremplaçables. Qui se font de plus en plus rares alors que les zones urbaines, les monocultures de céréales et les plantations d’arbres ne cessent de gagner du terrain. S’imaginer que la nature existe encore dans des réserves lointaines ou dans des banques de gènes ne comblera pas ce manque.

      En évoquant son attirance pour la nature, on peut avoir le sentiment d’être proche du vivant non-humain. Proche, peut-être, pourtant en utilisant le mot nature on part implicitement du postulat qu’il y a une césure infranchissable entre les humains et le reste du vivant. Cette cassure nous semble aller de soi. Or ce n’est pas le cas. En étudiant des civilisations lointaines ou disparues les anthropologues et les historiens nous prouvent que ce qui nous semble normal et immuable ne l’est pas pour tout le monde. Et ne l’était pas pour nos ancêtres. Leurs recherches peuvent nous aider à faire un pas de côté pour changer de point de vue. C’est ce que nous propose de faire l’anthropologue Philippe Descola. Suite à ses observations auprès des indiens Achuars en Amazonie et à l’analyse du travail de ses collègues, il a constaté que la séparation entre les humains et le reste du vivant n’a que quelques siècles et concerne seulement l’occident. Pour les Achuars, il n’y a pas de nature car il ne font pas de différence entre les humains et les non humains avec qui ils communiquent à travers leurs rêves et leurs rîtes.

      Le dimanche 13 juin 2021, Philippe Descola était l’invité du Grand Atelier sur France Interi. Deux heures lui étaient consacrées pour présenter les grandes lignes de sa pensée. Quatre invités l’accompagnaient. L’historien médiéviste, Pierre Olivier Dittmar, qui étudie les relations entre les humains et les non-humains au Moyen-Age. Il y retrouve des similitudes avec les observations de Philippe Descola. Chronologiquement plus près de nous, l’auteur de bandes dessinés Alessandro Pignocchi imagine avec humour comment nos vies pourraient être transformées si nous avions des rapports aux non-humains semblables à ceux des achuars. La réalisatrice Eliza Levy suit Philippe Descola à Notre Dame des Landes. Où il observe avec intérêt le projet de société qui s’y dessine. Peut-être un laboratoire pour inventer des relations différentes entre les humains et le reste du vivant.

      Le jardinier paysagiste Gilles Clément conçoit lui des jardins laissant une large place aux plantes qui poussent spontanément. Pour parler de ses jardins il préfère ne pas parler de nature mais simplement du vivant. Ce choix sémantique a le mérite de nous rappeler que la nature est vivante.

      Nature, vivant, relation humains non-humains, ces mots nous questionnent sur la place que nous laissons au vivant autour de nous. Contrairement à nos ancêtres chasseurs-cueilleurs et paysans, nous ne connaissons plus les plantes et les animaux que nous mangeons. Notre relation avec le vivant qui nous nourrit est réduite à une portion congrue. Cette distanciation a forcément des conséquences sur nos relations avec le vivant non humain. Accepterions nous la façon dont les animaux d’élevage sont traités si nous étions en relations avec eux ? Beaucoup d’entre nous habitent en ville et ont rarement l’occasion de se promener dans les champs ou en forêt. Quel contact leur reste-t-il avec le vivant non humain ? Les animaux de compagnie dont la présence comble peut-être un manque. Les parcs et les jardins, îlots de végétation dans le tissu urbain, sont sûrement le dernier endroit où beaucoup d’entre nous peuvent encore côtoyer régulièrement le vivant non humain.

      Si l’évocation de la nature et les travaux de Philippe Descola nous font rêver, c’est peut-être parce qu’ils renvoient à une profonde aspiration de contacts et de relations avec le vivant non-humain. Nos derniers liens avec lui sont vacillants, les préserver et en créer de nouveaux semble essentiel pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

      ihttps://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-atelier/le-grand-atelier-13-juin-2021

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    • Des insectes et des fleurs

      Publié à 15 h 03 min par Antoine Bocheux, le juin 12, 2021

      En ce début juin, les petits matins frais sont derrière nous. Les chaleurs ne sont pas encore trop écrasantes, la pluie continue de tomber. Autant de conditions propices à l’exubérance des plantes. Certains petits chemins serpentant dans les bois commencent à se refermer. S’ils n’étaient pas entretenus, la végétation y reprendrait vite ses droits. Dans les prairies, la masse monochrome des graminées contraste avec les couleurs des fleurs. Comme un aimant, elles attirent le regard. Du blanc, du rose, du mauve, du jaune. Les couleurs de la nature évoquent la palette d’une peintre. Ce tableau n’est pas figé. Le vent, les nuages qui filtrent la lumière du soleil, le font évoluer par petites touches.

      Après avoir contemplé l’ensemble, vient l’envie de se baisser et de regarder les fleurs de plus près. On cherche les fleurs, presque à tous les coups, on trouve aussi les insectes. Ce n’est pas un hasard. Les insectes pollinisateurs zigzaguent de fleurs en fleurs. Ils butinent le nectar avec délectation. Pour aller s’en abreuver, ils accrochent quelques grains de pollen qu’ils transportent de fleur en fleur. Une belle symbiose. Les insectes s’y nourrissent de nectar riche en sucres et de pollen riche en protéines. Les plantes ont trouvé dans les insectes un moyen de transport précis pour transporter leur précieux pollen.

      Cette symbiose est également agréable aux yeux du promeneur. Les fleurs se parent de leurs plus belles couleurs et prennent des formes variées pour attirer leurs pollinisateurs. Elle est également bénéfique pour sa santé. Pour transporter leur pollen, les graminées se passent du service des pollinisateurs. Leur fleurs sont microscopiques et ternes. Elles n’ont pas besoins d’être visible des insectes. Elle utilisent un moyen de transport à la fiabilité aléatoire, le vent. Pour pallier ce risque elles émettent de grandes quantités d’un fin pollen qui peut provoquer des allergies. Cette symbiose fleurs, pollinisateurs nous avons, nous aussi, tout à y gagner. N’oublions pas non plus que les pollinisateurs sont aussi indispensables pour nos fruits et légumes.

      En se penchant pour regarder de près une fleur on ne voit pas que des symbioses entre les insectes et les plantes. Il y a aussi du parasitisme comme en témoignent les feuilles à moitié dévorées. Même les piquantes feuilles d’ortie ne sont pas épargnées. Ces insectes mangeurs de feuilles sont souvent camouflés, prenant la couleur verte des feuilles qu’ils dévorent. Les pucerons se laissent plus facilement repérer. Ils sont petits mais nombreux, affairés à sucer la sève de la plante sur laquelle ils sont posés. Pas loin des pucerons, une coccinelle attend en embuscade, prête à en dévorer quelques uns. Si elle n’est pas elle même chassée par des fourmis qui protègent les pucerons … dont elles « traient » le miellat.

      Parasitisme, prédation et même élevage, une simple tige est déjà un monde en miniature. Miniature à notre échelle, mais grands espaces à l’échelle des insectes. La macro photographie permet parfois de saisir leur regard. Pour eux, les tiges sont ce que sont à notre échelle les troncs des grands arbres d’une forêt primaire et les ombelles des fleurs un vaste houppier.

      Quand on se penche dans une prairie à la belle saison on constate à quel point les fleurs sont importantes pour la biodiversité. Pas de fleurs, pas de pollinisateurs. Le lien est saisissant, on comprend mieux pourquoi il est indispensable de préserver des prairies et des bandes enherbées pour les protéger.

      La beauté des fleurs attire notre regard. Elle n’est pas superficielle. Derrière elle se cache une belle symbiose, un concentré de vie. Et la promesse de nouvelles générations de plantes.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Insectes, Nature, Photos, prairie, Printemps
    • S’émerveiller devant la nature : dilater l’espace et le temps à l’ombre des arbres

      Publié à 20 h 00 min par Antoine Bocheux, le Mai 9, 2021

      L’émerveillement. Ce mot est plusieurs fois revenu dans la bouche de Vincent Munier dans son interview croisé avec Matthieu Ricard dans l’émission de Cause à Effets sur France Culturei. Le premier photographie les animaux, le second les paysages. A travers leurs images, ils cherchent tous les deux à nous faire partager ce sentiment d’admiration mêlé de joie et d’étonnement. Dans leurs propos, il nous font également part de leur désespoir devant la destruction de la nature. Assister à la destruction de l’objet de son émerveillement, c’est le sort que subissent tous ceux qui aiment la nature. Alors nos photographes voyagent pour chercher la nature là ou elle est encore préservée. Sur les contreforts glacés de l’Himalaya, aux confins du cercle polaire. Plus près de nous, ils la cherche sur les versants escarpés des montagnes difficilement accessibles ou à la lisère des bois.

      Plus ou moins fugace, plus ou moins dilué, il reste encore possible à chacun de nous de croiser un fragment de nature en dilatant l’espace et le temps. Je ne vous parlerai pas ici du bruit des avions et des tondeuses, ni des canettes de bières qui côtoient les fleurs dans les fossés. La plasticité de notre cerveau nous aide peut-être à oublier cette laideur. Nos sens ne s’attardent pas sur toutes les sollicitations qui s’offrent à eux. Notre mémoire est sélective et retient plus facilement ces moments d’émerveillement que la laideur ordinaire. La mobilité permise par nos jambes nous aide à la fuir. Alors en marchant, finit par arriver le moment où l’émerveillement opère et donne une envie irrésistible de faire une pause. Devant le vert, le rose et le jaune d’une prairie recouverte d’oseilles sauvage et de renoncules. Dans cet océan végétal les tiges ondulent bercées par le vent. Les couleurs et les silhouettes se mélangent pour former un patchwork dont la texture rappelle celle d’une aquarelle.

      Plus loin, c’est l’ombre des arbres d’un petit bois qui attire l’attention. Trop souvent, il est frustrant de le traverser en voiture sans pouvoir faire une pause pour profiter de sa fraîcheur. La chance du marcheur est de pouvoir s’arrêter à labri de l’ombre bienfaisante des arbres. Elle le protège des premières chaleurs printanières. Après quelques kilomètres de marche sous un soleil brûlant, cette fraîcheur est comme un caresse apaisante. Elle s’accompagne des odeurs et de l’humidité du sous-bois, formant une enveloppe protectrice

      Les branches qui se rejoignent au dessus du chemin rappellent les croisées d’ogives d’une cathédrale gothique. Les feuilles filtrent la lumière comme les vitraux, laissant apparaître une lumière allant ,avec mille nuances, du sombre vers le clair à laquelle les appareils photos ne peuvent pas rendre justice. Ce jeu de lumières évolue au fil des minutes, oscillant avec l’intensité du soleil. Il éclaire sous différents angles l’architecture des arbres. Leurs silhouettes prennent des formes différentes en se déplaçant de quelques mètres pour les observer sous un autre angle.

      Cet intermède sous leurs frondaisons ouvre nos sens à autre perception. Pendant quelques minutes le temps et l’espace se dilatent pour laisser pénétrer en nous un fragment de nature. Comme les bons moments passés avec ses amis, ils font partie des souvenirs qu’il est agréable de se remémorer.

      i https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/etre-photographe-animalier-et-vivre-a-pas-de-loup

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos
    • Comment la méthode pour capturer une petite bulle d’air a de grands impacts sur le climat et la sécurité alimentaire 

      Publié à 19 h 36 min par Antoine Bocheux, le avril 18, 2021

      L’azote ? Il n’a pas de goût, pas d’odeur, il est invisible. Pourtant, nous baignons dedans. Cet élément chimique (N2) est l’un des plus abondants sur terre. Il constitue 78 % de l’air que nous respirons. Le paradoxe est que sous une forme assimilable par les plantes, il est rare. Elles le trouvent dans le sol, mais sont incapables de le capturer dans l’air. Elles en ont pourtant besoin pour fabriquer leurs acides aminés. Dans la nature, les plantes mortes se décomposent sur place et libèrent leur azote dans le sol. Il le restituera à son tour à une nouvelle génération de plantes. En agriculture, les plantes récoltées quittent le champ, emportant avec elles l’azote qu’elles ont accumulé dans leurs tissus. Le cycle est rompu.

      Le manque d’azote a longtemps été un facteur limitant des rendements agricoles. Empiriquement, dès les débuts de l’agriculture, les agriculteurs ont introduit dans leurs rotations des légumineuses pour palier ce manque. Du soja en Chine, des pois chiches en Inde, des pois et des lentilles au Moyen Orient et en Europe, des arachides en Afrique, des haricots en Amérique. Ces plantes peuvent pousser dans un sol pauvre en azote. Elles ont trouvé la clé pour le capturer dans l’air : une symbiose avec des bactéries.

      Cette symbiose a lieu dans le sol. Sur les racines des légumineuses sont accrochées des nodosités, de petites boules rondes mesurant de 1 à 5 millimètres. Chacune de ces petites sphères abrite des centaines de milliers de bactéries qui transforment l’azote de l’air sous une forme assimilable par la plante. En échange, grâce au produit de sa photosynthèse, la plante nourrit les bactéries. Ces légumineuses, également appelées protéagineuses, sont riches en protéines ce qui les rend intéressantes pour l’alimentation humaine comme pour l’alimentation animale.

      En Europe, malgré leur culture pendant des siècles, des jachères ont été nécessaires pour palier le manque d’azote dans les sols. A partir du 15ième siècle en Flandre, de nouveaux assolements ont été découverts : des prairies temporaires avec des légumineuses comme la luzerne et des cultures de légumineuses ont remplacé les jachères. Cela a permis d’élever plus de bétail et par conséquent de fournir plus de fumier, riche en azote, pour fertiliser les champs. Les rendements ont doublé sans main d’œuvre supplémentaire ni nouveau matériel. Ce système de rotation s’est généralisé en Europe au 19ième sièclei.

      Au 20ième siècle, la synthèse chimique de l’azote a permis à l’agriculture de s’affranchir des légumineuses et du fumier. Grâce à l’utilisation de gaz naturel ou de charbon qui fournissent l’énergie nécessaire pour transformer l’azote de l’air en ammoniac assimilable par les plantes. Ce que les légumineuses font avec l’énergie solaire captée par les plantes, la chimie de synthèse le fait en utilisant les énergies fossiles … elles mêmes issues de l’énergie solaire captée par les plantes il y a des millions d’années.

      Cette énergie fossile bon marché est la clé pour disposer en abondance d’engrais azotés. Accompagnée par une mécanisation de l’agriculture, elle aussi tributaire des énergies fossiles, elle a permis d’augmenter les rendements agricoles tout en diminuant le nombre d’agriculeturs. Comme toute technique, l’utilisation de l’azote chimique de synthèse est ambivalente. Pour supporter cette abondance d’engrais il a fallu développer des semences capables de pousser avec ce surplus d’azote qui les rendent plus fragiles ; ce qui a nécessité l’emploi de pesticides. Cette dépendance vis à vis des énergies fossiles s’est accompagnée d’une perte de la souveraineté alimentaire des régions avec leur spécialisation dans la culture ou dans l’élevage.

      L’influence de l’azote de synthèse va au-delà. Au niveau local, le surplus épandu qui n’est pas absorbé par les cultures pollue l’eau. Dans les régions spécialisées dans l’élevage, le lisier trop abondant pour être utilisé comme engrais dans les cultures finit dans les rivières et les eaux côtières où il nourrit les algues vertes.

      Qui dit énergies fossiles dit également gaz à effet de serre. Outre le CO2 émit pour synthétiser l’azote avec des énergies fossiles, l’épandage d’engrais azotés produirait « du protoxyde d’azote, une substance au pouvoir réchauffant 265 fois supérieur au CO2, qui reste dans l’atmosphère plus longtemps qu’une vie humaine »ii

      Devant ces constats, l’agriculture évolue pour diminuer les impacts de l’utilisation de l’azote de synthèse. L’agriculture biologique est pionnière sur ce point : son cahier des charges interdit l’utilisation d’engrais de synthèse et elle prône l’utilisation de légumineuses et l’association de l’élevage et des cultures sur une même ferme.
      Des efforts sont également entrepris en agriculture conventionnelle. Les doses d’engrais sont réduites, les épandages fractionnés. L’agriculture de conservation va plus loin avec l’intégration de légumineuses en association avec les cultures et dans les rotations pour réduire plus significativement l’usage d’engrais de synthèse.

      Le recours aux légumineuses et l’association des cultures et de l’élevage sont les clés pour réduire l’utilisation des engrais chimiques de synthèse. Selon l’agronome Marc Dufumier, cela permettrait même de s’en passer complètementiii. Sans développer de nouvelles techniques dont l’ambivalence entraînera nécessairement des effets secondaires défavorables.Au delà de ce débat, il est intéressant de prendre conscience de la dépendance de notre agriculture aux énergies fossiles et de son impact sur le climat. L’utilisation des légumineuses pour capturer l’azote de l’air est une occasion de remplacer, au moins en partie, les énergies fossiles par l’énergie renouvelable du soleil.

      i Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde : Du néolithique à la crise contemporaine, Seuil, 705 pages, 2002
      ii https://beta.reporterre.net/L-utilisation-d-engrais-azotes-s-accelere-et-menace-l-Accord-de-Paris
      iii https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-09-mars-2021

      Posté dans Agriculture, Histoire, La Technique | 0 Commentaire
    • Quand les arbres se remettent en mouvement

      Publié à 20 h 24 min par Antoine Bocheux, le mars 21, 2021

      Depuis le 20 mars nous avons changé de saison pour rentrer dans le printemps Nous quittons les longues nuits d’hiver pour rentrer dans une période où les jours sont plus longs que les nuits. 20 mars, 19 mars, 18 mars. La végétation semble la même, un changement est difficilement perceptible. Les plantes semblent immobiles. Cette immobilité n’est qu’une illusion. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les arbres. Le 1er mars leurs silhouettes sont encore complètement dénudées comme un dessin à l’encre de Chine. Dans les premiers jours de mars, les premières feuilles apparaissent sur les arbustes. C’est le retour du vert tendre des feuilles dans la palette de couleurs de la nature. Les jours passent et les arbres semblent toujours figés.

      Les premiers bourgeons des arbres commencent à éclore

      Au bord des chemins, le mouvement est perceptible de semaines en semaines, les fleurs continuent d’amener des taches de couleur. Malgré des températures parfois plus fraîches qu’en février, l’allongement de la durée des jours est propice à leurs éclosions. Les stellaires holostées amènent une touche de blanc sur les talus où elles poussent en abondance. Le jaune des ficaires et le bleu des pulmonaires sont toujours présents en abondance. Le rose fait timidement son retour avec les premières fleurs d’oseilles sauvages et de géraniums Herbe à Robert. Près des fossés, les feuilles sont de plus en plus variées et laissent deviner l’exubérance de la végétation qui nous attend en avril et en mai. Les feuilles en forme d’étoile des boutons d’or sont déjà nombreuses. Les premières feuilles de bardanes, rugueuses et épaisses font leur apparition. C’est toujours avec plaisir que je froisse la première feuille de berce de l’année pour retrouver son odeur caractéristique, très puissante et difficilement descriptible. Un étonnant mélange de panais et noix de coco. Derrière l’uniformité du vert des feuilles, se cache une infinie diversité, de formes, de textures et d’odeurs.

      Au cours du mois, les journées passent et la durée des jours s’allonge. Et puis, un jour, en levant les yeux au ciel, une tâche de couleurs fait sans crier gare son retour dans les houppiers de certains arbres. Les houppiers sont hauts, difficile de voir exactement ce qui se passe depuis le sol. Pour cela je me rends à la lisière d’une prairie et d’un bois. Le 20 février tout semblait immobile ici, hormis les fleurs de noisetiers dont l’exubérance détonnait avec le vert uniforme de la prairie et les arbres dégarnis. Le 20 mars changement de décor : la prairie est recouverte de cardamines des prés et les premières feuilles de charme commencent à capter la lumière du soleil. Avec leurs délicates fleurs blanches et roses, les cardamines sont un régal pour les yeux. Pour le palais aussi, ces fleurs me rappellent le souvenir d’une journée plantes sauvages et comestibles avec les Jardins D’Isis. L’occasion de découvrir que leur saveur pimente agréablement les salades.

      En lisière du bois, j’ai tout le temps de regarder de plus près les bourgeons des charmes et des chênes. Les tâches vertes que j’ai vu tout à l’heure sont celles de charmes fraîchement débourrés. Les bourgeons des chênes commencent à gonfler, mais leurs écailles restent fermées.
      Observer à hauteur d’homme le débourrage des bourgeons de charme est un moment privilégié. Comme une boîte à bijoux, ils s’ouvrent pour libérer leur trésor. Enroulés tout l’hiver à l’abri de leurs coffrets d’écailles, de petites feuilles et de petites tiges commencent à s’étirer vers la lumière. Ce moment éphémère où le pétiole d’une jeune feuille vert tendre est encore recouvert par les écailles du bourgeon qui l’ont protégé tout l’hiver permet de visualiser avec notre perception limitée le mouvement des arbres. Les feuilles, les tiges, les fleurs, tout est déjà là en miniature dans le bourgeon en train de s’ouvrir, prêt à grandir et s’étirer vers la lumière du soleil.

      • Le débourrage d’un charme
      • Gros plan sur l’éclosion d’un bourgeon de charme
      • Cardamine des prés
      • Stellaire holostée
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Nature, Photos, Printemps
    • Les fleurs de février, prémices du printemps

      Publié à 16 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 21, 2021

      Décembre et janvier furent monochromes. Sous leurs lumières grises et blafardes, les silhouettes des arbres dénudés se détachaient. Dans les derniers jours de janvier, une première tache de couleur est apparue. C’était une ficaire, une petite renonculacée à la feuille en forme de cœur vert luisant. Son jaune vif et brillant contrastait avec la pâleur du vert de l’herbe et du bleu gris du ciel. Une petite touche de jaune, premier prémisse du printemps. Février arrive. Petit à petit, les bords des chemins reprennent des couleurs. Pas encore le feu d’artifice du printemps. Déjà de quoi attirer le regard vers les bas-côté, ralentir le pas et se baisser pour observer ces premières fleurs de l’année de plus près.

      En ce mois de février, les gelées sont encore fréquentes et tempèrent l’exubérance de la végétation. Le mince tapis de chlorophylle qui recouvre le sol n’est pas bien épais. Les ficaires ne mesurent que quelques centimètres. Cela ne les empêche pas de prendre leurs aises et de le surplomber. Le jaune de leurs fleurs brille de mille éclats au dessus de cette végétation assoupie où les orties ne sont encore que frêles pousses qui pointent à peine le bout de leurs piquants. Elles attendront des jours plus longs et ensoleillés pour grandir et fleurir. Les ficaires ont choisi une autre stratégie en fleurissant à contre-courant. Le temps est compté pour elles, mais l’espace est dégagé. Dans quelques semaines le jaune de leurs fleurs va s’estomper et ne sera plus qu’un souvenir.

      Début février les taches de couleurs sont encore rares. Alors, quand le regard croise la grosse boule jaune d’un ajonc en fleurs il est saisi par ce feu d’artifice de couleurs. A regarder sans modération; éviter de toucher : les épines sont vraiment piquantes ! Les jours passent, d’autres teintes entrent discrètement en scène. Le mauve des fleurs de pulmonaires égaye ça et là les abords des fossés. Elles émergent au-dessus de leurs feuilles tachetées. Elles sont rares et discrètes. L’inverse des véroniques de perse qui se plaisent dans les cultures et les potagers. La discrétion de leurs petites fleurs est compensée par leur nombre. Par endroit, elles forment une vaste mosaïque de points bleus qui recouvrent le sol. Combien de fleurs pour constituer ce patchwork. Des centaines ? des milliers ? Peut-être plus encore ?

      Le plus spectaculaire reste à venir avec la floraison des noisetiers. Leurs chatons, porteurs de millions de grains de pollens, font penser aux décorations sur les sapins de noël. La finesse en plus. En les regardant à la loupe, on parvient à distinguer les étamines des fleurs mâles qui pointent au bout de ces guirlandes suspendues sur les branches. Les fleurs femelles sont plus discrètes. Il faut s’approcher pour les distinguer ; une sorte de petit bouton brun coiffé d’un chapeau rouge.

      La fin du mois approche. Les fleurs de prunellier commencent à éclore, faisant apparaître ça et là des touffes d’une blancheur étincelante.

      L’apparition de ces premières fleurs est annonciatrice d’une nouvelle saison, d’un nouveau cycle. Le retour du cri puissant des grues cendrées nous rappelle que nous ne sommes pas les seuls à ressentir que le printemps approche. Au moment où le changement climatique modifie les cycles de la nature et le Covid les cycles de ne nos modes de vie, il est rassurant de voir le cycle des saisons se perpétuer. L’an dernier les noisetiers, à cause de la sécheresse, ont perdu une partie de leurs feuilles dès le mois de juillet. Il est réconfortant de les retrouver resplendissants. Quant à nous Homo Sapiens, peut-être pas si sage que ça, nous nous préparons à vivre un deuxième printemps avec un nouveau prédateur qui nous menace : le Covid. La présence de ce virus nous oblige à faire évoluer nos modes de vie. Comme les mésanges qui changent leur période de reproduction pour s’adapter au changement climatique ou les chevreuils qui quittent les bois la nuit pour se nourrir dans les milieux ouverts que nous avons créés. Autant d’exemples tirés du numéro de la revue Salamandre de février 2021 qui titre « l’évolution sous nos yeux ». Le cycle des saisons, lui, continue son cours. Il nous apporte au moins une certitude : la durée des jours va s’allonger et le printemps approche !

      • Ficaire
        Ficaire
      • Ficaire
        Ficaire
      • Pulmonaire
        Pulmonaire
      • Fleur de noisetier mâle
        Fleur de noisetier mâle
      • Fleur de noisetier femelle
        Fleur de noisetier femelle
      • Le retour des grues cendrées
        Le retour des grues cendrées
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bonatique, Nautre, Photos, Printemps
    • Rencontre inattendue avec un chevreuil

      Publié à 15 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 6, 2021

      Le monde des photographies animalières sur papier glacé semble parfois lointain et inaccessible. Ces images féeriques servies sur un plateau sont-elles vraiment réelles ? La nature existe-t-elle encore en dehors des réserves ? D’ailleurs savons nous encore ce qu’est la nature ? Pour la trouver, il n’est pas nécessaire d’aller au bout du monde. Simplement, marcher le long des chemins et prendre son temps. Apprendre à regarder, à écouter, à sentir, à toucher. Le monde des plantes se dévoile alors petit à petit. Il faut du temps pour apprendre à les observer, s’éloigner des villes et des vastes étendues de monocultures. Avec ses chemins creux, sa mosaïque de prairies, de champs et de bois, le bocage est un lieu privilégié pour l’observer. Les vacances sont l’occasion de se détacher des écrans et de marcher lentement. Suivre le fil rouge des chemins pour déambuler dans ce labyrinthe entre les clochers et les hameaux. Et parfois, avoir la chance de faire des rencontres impromptues avec les animaux.

      Une de ces rencontres me revient en mémoire. C’était dans le bocage de la Gatîne dans les Deux-Sèvres. Le temps était anormalement pluvieux pour un mois de juin. La végétation resplendissait grâce à cette pluie bienfaisante. Après avoir marché toute la journée, je profitais des dernières heures du jour pour continuer à flâner sur les chemins. Il avait beaucoup plu l’après midi. Après les averses, j’avais eu la chance d’admirer un bel arc en ciel. Autour de moi les plantes étaient partout. Les digitales pourpres formaient de belles tâches rouges visibles de loin. En m’arrêtant pour les photographier, j’avais longuement observé des bourdons s’engouffrer à l’intérieur. Plus loin, je me demandais quel animal pouvait bien loger dans le tronc creux d’un vieux trogne.

      Les plantes étaient exubérantes, les animaux discrets. J’entendais le chant des oiseaux sans les apercevoir. Sous les averses, je croisais des escargots et des limaces qui se hasardaient à traverser le chemin. En me baissant pour observer de plus près les fleurs, je découvrais une profusion d’insectes que je n’aurais pas imaginée si je ne m’étais pas baissé. La nature était bien là autour de moi, dans le long couloir formé par les haies à la lisère des champs et des chemins. Il suffisait de prendre le temps de mettre mes sens en éveil. Elle était différente de celle que l’on découvre en photo ou dans les documentaires où les grands animaux tiennent souvent une place prépondérante. Je n’espérais pas les croiser. J’imaginais qu’ils pourraient être là, mais je les pensaient trop craintifs pour espérer croiser leur regard sans me camoufler pendant des heures sous un affût.

      Je continuais à observer les arbres les fleurs et les insectes. Je cherchais des ouvertures derrière la végétation, curieux de découvrir les champs et les prairies abrités du regard par les haies. Tout à coup, en entrant dans une prairie je me suis retrouvé nez à nez avec un chevreuil. Nous sommes restés tous les deux figés un court instant, aussi surpris l’un que l’autre par cette rencontre impromptue. Et fugace… Je n’ai pas pu retenir un mouvement brusque qui a anéanti tout espoir de la prolonger. J’ai continué ma flânerie crépusculaire en prenant soin de ne pas avoir de mouvement brusque au moment de m’aventurer à l’entrée d’une nouvelle parcelle. Les minutes passent, je ne vois plus l’ombre d’un chevreuil. Au moment où je n’y crois plus, surpris, je me trouve de nouveau face à un chevreuil. Cette fois, il est plus loin de moi. Je reste immobile. Je prends le temps de l’observer. Tous mes sens sont en éveil, attentifs à mes mouvements comme aux siens. Les minutes passent, il continue de m’observer, impassible.

      La scène me semble presque irréelle. Une haie, un chemin, un champ de blé. A l’horizon, le hameau où se trouve le gîte où je loge. Ce paysage familier prend une autre dimension. Une face cachée de la nature se dévoile à moi. L’émotion est forte. Le temps est comme suspendu, je sens le caractère éphémère et fugace de cette rencontre. Pendant de longues minutes, je reste immobile, je n’ose pas bouger. Au bout d’un moment, je ne résiste pas à la tentation. Avec d’infinies précautions je sors mon appareil. Il continue à me fixer sans bouger. J’ai le temps de prendre plusieurs photos au téléobjectif. Je m’avance doucement, il ne bouge pas, je reprends quelques photos. Je continue … et il s’enfuit, disparaissant avec légèreté dans le champ de blé. La nuit va bientôt tomber, il est temps de rentrer. Je reprends le fil des chemins en pensant à lui. Il est peut-être à quelques mètres de moi, caché derrière une haie. Cette pensée me réjouit et rend mes pas plus légers.

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    • Planter des arbres ou laisser pousser les arbres ?

      Publié à 12 h 18 min par Antoine Bocheux, le janvier 10, 2021

      Les plantations d’arbres bénéficient d’une image positive auprès du grand public. Planter des arbres est valorisant. On finirait, presque, par oublier que les arbres poussent aussi tout seuls. Qu’ils ont poussé tout seuls pendant des centaines de millions d’années. Qu’ils se sont très bien portés sans nous.

      Leurs graines peuvent patienter dans le sol des années avant de germer quand l’occasion se présente. Les animaux et le vent les transportent sur des kilomètres. Prenez le temps de regarder ce qu’il se passe au bord des chemins. Vous y croiserez probablement de jeunes arbres qui deviendront grands. S’ils ne sont pas fauchés par une débroussailleuse. Dans les friches, des arbres germent sous les ronces. Laisser faire la nature pendant quelques décennies. Le roncier se métamorphose en un bois riche en biodiversité. Gilles Clément appelle ces terres oubliées par les hommes le tiers paysage. Il a constaté qu’elles sont infiniment plus riches en biodiversité que les forêts plantées et exploitées. Elles abritent de la biodiversité, elles filtrent l’eau, elles absorbent du CO2. Alors, prenons le temps de nous poser une question naïve, pourquoi plante-t-on des arbres puisqu’ils poussent tous seuls ?

      La première raison qui vient à l’esprit est qu’il ne peuvent pas partout pousser tout seuls. Qu’ils ont besoins d’être arrosés et protégés. C’est vrai dans certains cas, peut-être moins souvent qu’on ne le pense. En laissant le temps à la nature, des graines d’arbres finiront par arriver, portées par le vent ou les animaux. Quand elles germent, il est surprenant d’observer la résilience aux sécheresses des jeunes arbres qui en sont issus. La sélection naturelle opère ici, ce sont les les mieux adaptés au sol et au climat qui occupent le terrain. Ils sont moins sensibles à la sécheresse que les jeunes arbres que l’on plante dans nos jardins. Quant à la protection contre les chevreuils, un épais roncier semble aussi efficace que des manchons en plastique. Alors pourquoi vouloir absolument planter des arbres ? Ne pas laisser le temps à des friches d’évoluer naturellement en forêt ? Certes dans ce cas, il n’est pas possible de choisir les essences mais n’est-il pas plus judicieux de laisser la nature procéder à ce choix ? La question mérite d’être débattue. Certaines entreprises se vantent de planter des arbres pour compenser leur emprunte carbone, pourquoi ne proposent-t-elles pas également de protéger des friches pour les laisser évoluer naturellement en forêt ? Il n’y a pas de raison que cela absorbe moins de carbone et c’est meilleur pour la biodiversité.

      La question de la plantation des arbres se pose également avec acuité dans les forêts exploitées pour leur bois. Faut-il absolument planter des arbres pour couper du bois ? Ici plusieurs options sont possibles. Une alternative est de planter en monocultures de jeunes plants, généralement des pins maritimes ou des pins douglas, sélectionnés pour produire un maximum de bois en un minimum de temps. Le mode opératoire se rapproche ici de la monoculture intensive de maïs. La plantation des arbres s’accompagne de labours, d’engrais pour accélérer leur croissance et de pesticides pour protéger ces monocultures fragiles. La récolte, mécanisée, se fait en procédant à des coupes rases sur plusieurs hectares. Ces coupes à blanc exposent les sols. Ils ne sont plus abrités des rayons du soleil l’été et de la morsure du froid l’hiver. Cela les fragilise et les soumets à l’érosion1. Les souches et le bois mort sont ramassés pour extraire un maximum de bois énergie. Au détriment des champignons et des insectes qui ne peuvent vivre sans bois mort et disparaissent. Les oiseaux cavernicoles et les chauves souris ne trouvent plus de troncs creux pour nicher. Leur absence favorise la prolifération des insectes parasites dont ils se nourrissent normalement. Mis à part d’absorber du CO2 et de fournir du bois énergie il est difficile de trouver des vertus écologiques à ces champs d’arbres. La protection de la biodiversité et la filtration de l’eau sont ici délaissées.

      Il est également possible de prélever du bois en respectant la nature en futaie irrégulière sous couvert. Ici les forêts comportent plusieurs essences. Les arbres ont des âges différents. On ne pratique pas de coupe rase, mais un débardage sélectif plus respectueux de la vie des sols . Ces prélèvements plus légers et plus réguliers permettent de maintenir suffisamment de diversité en forêt pour que la faune et la flore puisse s’y épanouir. Des îlots de vieux arbres et du bois morts sont conservés. Pour assurer le renouvellement des arbres prélevés la régénération naturelle est privilégiée. Cela permet d’économiser les coûts des plants et de la plantation. Sur le court terme ce type de sylviculture est moins rentable que la plantation de monoculture. Sur le long terme elle permet aux propriétaires forestiers des revenus plus réguliers et la production de bois à plus haute valeur ajoutée. Pour la société ses bienfaits sont incomparables : protection de la biodiversité, filtration de l’eau, création de lieux propices à la promenade et pourquoi pas au tourisme. Devant ce bilan la question se pose. Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser la futaie irrégulière plutôt que de planter des monocultures de résineux ?

      Pour conclure un autre constat s’impose. Les vieux arbres sont rares, en France seul 21 % des forêts on plus de cent ans2. Il est important de les protéger. Que rencontrer un arbre mature ou sénescent soit encore une réalité, pas seulement une vue de l’esprit. Ce sont eux qui abritent le plus de biodiversité et absorbent le plus de CO2. Là aussi, des efforts importants sont à faire, même s’ils sont moins spectaculaires que la plantation d’arbres pour communiquer auprès du grand public.

      Malheureusement on constate que c’est parfois l’inverse qui se produit. Quand de veilles forêts de feuillus sont victimes de coupes à blanc pour être remplacées par des plantations de monocultures de pins douglas, la plantation d’arbres est indiscutablement un recul. La vigilance s’impose sur ce sujet qui nous concerne tous. C’est une évidence nous ne reverrons jamais de notre vivant les forêts centenaires victimes de coupes à blanc, leur perte est irréparable à l’échelle d’une vie humaine.

      Pour aller plus loin 

      Alain-Claude Rameau, Nos forêts en danger, Atlande, 160 pages, 2017

      1https://reporterre.net/La-coupe-rase-une-aberration-ecologique-qui-menace-nos-forets

      2P 14 https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/180906_publiff_bd.pdf

      Posté dans Forêt, Nature | 1 commentaire
    • Quand les arbres interrogent

      Publié à 15 h 24 min par Antoine Bocheux, le décembre 13, 2020

      Les paysages changent en cette fin d’automne propice aux longues promenades. Les journées sont plus courtes, la grisaille plus fréquente. Quand il se montre, le soleil, plus bas dans le ciel, se fait plus discret. Sa lumière rasante donne à voir de nouveaux reliefs, de nouvelles nuances de couleurs. La nature, elle aussi, se fait plus discrète. Après les premières gelées blanches les prairies semblent figées. Seules quelques touffes de cardères épargnées par la fauche dressent leurs silhouettes monochromes et leurs donnent du relief.

      La couleur, c’est dans les bois qu’il faut la chercher. Au loin, les taches jaunes des feuilles de chêne attirent le regard. Alors que beaucoup d’essences ont déjà perdu leurs parures, elles s’obstinent à s’accrocher aux branches et virent, petit à petit, au marron. Approchons nous. Il faut de bonnes chaussures pour traverser la prairie gorgée d’eau. A chaque pas, elle expulse quelques gouttes d’eau ; comme une éponge trop imbibée qui ne peut plus la retenir. La démarche se fait plus souple pour atténuer les éclaboussures, elle est rythmée par leurs claquements réguliers. Une fois franchi l’orée du bois, changement d’atmosphère. Les pas du promeneur sont amortis par la douceur aoûtée d’un épais tapis de feuilles mortes. Les pieds sont au sec. Sous les arbres, le sol absorbe l’eau, il ne laisse pas l’érosion emporter le précieux liquide.

      Même en sommeil, les arbres sont partout. Ils façonnent le paysage, lui donne son relief. De tous les côtés où porte le regard, il rencontre leurs silhouettes. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg, sous le tapis de feuilles mortes leur dense réseau de racines occupe minutieusement le terrain. Leurs présences est tellement évidente que parfois le promeneur ne les remarque plus. Pourtant, sans même y penser, près d’eux il ressent un certain bien-être. Même dépourvus de leurs feuilles, ils font écran aux frimas du vent. Le bruit des pas, comme le son de la voix se fait plus feutré Des odeurs agréables se dégagent du sous bois. Petits bonheurs de la vie qui donne envie d’y retourner sans trop y réfléchir, simplement pour le plaisir de marcher et de méditer dans un lieu apaisant.

      Parfois, sa méditation invite le promeneur à s’interroger sur ces compagnons bienfaisants qui rendent plus agréable sa promenade. Compagnons ? Le mot n’est peut-être pas le plus approprié. Bien sûr, les arbres partagent nos existences, nous avons besoin d’eux. Mais nos vies sont tellement différentes qu’il est difficile de les considérer comme nos semblables. Ce sont leurs différences, leur altérité qui sont fascinantes. En ce début d’hiver, leurs feuilles tombées au sol, on peut de nouveau les contempler dans un dépouillement étonnant. Ils semblent à la fois morts et vivants. Leurs troncs et leurs houppiers ressemblent à des squelettes dépourvus de toute vie. Constitués de bois ce n’est jamais qu’un amoncellement de cellules mortes protégeant sous son écorce une fine couche de vie. Pour voir la vie qu’ils portent en eux, il faut les approcher de près et porter son regard sur les bourgeons qui attendent le printemps pour éclore. Comme une mousse qui se dessèche et reprend vie après une sécheresse, ils attendent patiemment le renouveau du printemps pour retrouver leurs feuillages; de nouveau fabriquer des sucres avec la photosynthèse, reprendre leur croissance, leur mouvement vers la lumière.

      Morts et vivants en même temps, ils marquent si intensément le paysage qu’il se confondent avec lui, se dérobant à notre regard. Ils déconcertent. Leurs troncs sont comme des archipels portant des chapelets de bourgeons. L’épaisseur du temps transformée en bois pour mieux occuper l’espace, capter l’eau et la lumière. La promesse d’une vie nouvelle qui va éclore sur son socle de bois.

      Posté dans Forêt, Nature | 0 Commentaire
    • Rêver avec des mots

      Publié à 18 h 01 min par Antoine Bocheux, le novembre 14, 2020

      Un blog sans image peut sembler désuet. A l’heure des réseaux sociaux et de la surinformation, les images règnent en maître sur le web. L’attention est devenue une denrée rare, les slogans et les photos sont mieux armés pour la saisir qu’une longue suite de caractères noirs sur fond blanc. Alors, pourquoi continuer à écrire des textes jetés dans l’océan du web comme une bouteille à la mer ?

      L’utilisation d’images dans un blog semble aller de soi. Techniquement, cela ne pose aucune difficulté. Avec les progrès de l’informatique, prendre des photos ou se filmer n’a jamais été aussi simple. Il y a vingt ans, ce n’était pas le cas, les photographies étaient moins nombreuses sur le web et les vidéos étaient rares. Aujourd’hui elles sont plébiscitées par les internautes. L’utilisation de photos est devenue la norme dans la presse comme dans les blogs. Les blogs vidéo sont populaires. Continuer à tenir un blog sans utiliser d’images semble incongru. Trouver le chemin pour rencontrer des lecteurs est hasardeux. En accrochant l’attention, instantanément, sans effort, les images peuvent rendre ce chemin moins hasardeux. Alors pourquoi ne pas y avoir recours ?

      Tenir est un blog n’est pas une démarche anodine. Cela demande tu temps, de la réflexion, de l’attention. Il n’est pas évident de transmettre des idées, des questionnements, des intuitions. Toutes ces petites choses issues de réflexions qui font la singularité d’une personne. Fluctuantes et fragiles, elle ne se laissent pas facilement saisir, leurs contours restent flous, elles glissent dans le cerveau comme l’eau sur la peau. Elles l’imprègnent et restent toujours en mouvement. Les mots sont nos meilleurs alliés pour les fixer. Pour saisir l’abstraction, l’infiniment petit, l’immensité de l’univers, l’épaisseur du temps ils sont irremplaçables là où les images sont inopérantes.

      Les photographies sont de peu de secours pour exprimer les champs de mes rêves. Elles permettent de saisir un instantané du monde visible, elles sont inutiles pour entrouvrir les portes de l’invisible. L’odeur de la terre après la pluie, le souffle du vent sur la peau, le bruit des pas dans les feuilles mortes leurs échappent. Elles ne peuvent pas saisir les racines des arbres cachées sous la terre entrelacées par les hyphes des champignons ni les bactéries qui pullulent dans nos corps et sous nos pieds. Elles passent au travers de concepts comme la nature ou la culture. Les mystères du carbonifère leur échappent.

      Autant d’exemples de sujets déjà évoqués dans les champs de mes rêves que seuls les mots permettent de saisir. S’ouvrir à leur présence constitue un voyage immobile pour appréhender différemment la réalité à travers ce qui échappe au regard. Les mots sont le seul véhicule qui rendent ce voyage possible. Leurs contours restent flous, leurs interprétations fluctuantes. En les parcourant à son rythme chacun peut se les approprier. La lecture permet ce lent processus qui aide à appréhender ce que nos sens ne peuvent percevoir, à repousser les limites de notre représentation de l’espace et du temps.

      Les mots permettent aux penseurs de nous transmettre les idées et les concepts que nous ne pouvons pas saisir. Aux poètes de révéler ce que nous ne percevons pas. Aux scientifiques d’expliquer comment leurs observations et leurs hypothèses permettent de se représenter la réalité. Cette élargissement de la réalité au-delà du visible est propice aux songes et aux rêves. Il élargit l’horizon dans lequel déambule la pensée.

      Les champs de mes rêves ne peuvent pas s’exprimer autrement qu’avec des mots. Ils voguent paisiblement dans l’immensité de l’océan du web, prêts à être partagés avec les lecteurs qui croiseront leurs routes, en espérant leur ouvrir de nouveaux horizons.

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