Le pire n’est jamais sûr. Concernant l’effondrement des sociétés humaines au cours du 21ième siècle, il se situe quelque part entre le possible et le très probable. C’est le sentiment qui ressort après la lecture du livre « comment tout peut s’effondrer » écrit en 2015 par Pablo Servigne et Raphaël Stevensi. En quelques mots, on peut en retenir, qu’année après année, un ciseau est en train de se refermer sur l’humanité. Sa première lame est la pénurie des ressources naturelles non renouvelables, le pétrole en tête. La seconde, le dépassement des limites planétaires, recul de la biodiversité et changement climatique en particulier. 11 ans après, leur constat est toujours d’actualité, il est même au cœur de l’actualité.
La guerre en Iran nous rappelle une fois de plus notre dépendance au pétrole. Si le prix du baril augmente la croissance économique ralentit. S’il n’y avait plus de pétrole pour alimenter les camions et les portes conteneurs notre économie à flux tendu s’arrêterait. Les stocks des usines et des supermarchés ne permettraient pas de tenir longtemps. Or, comme tout le monde le sait, le pétrole n’est pas une ressource renouvelable, tôt au tard il n’y en aura plus. Un mur devant nous. Peut-être plus proche qu’on ne le pense car sa consommation, comme celle des minerais qu’il sert à extraire pour produire nos smartphones, nos voitures électriques ou nos éoliennes est exponentielle. De façon imagée, un arbre monterait au ciel avec une croissance exponentielle. D’autre part, plus le temps passe, plus extraire du pétrole ou des minerais est coûteux en énergie car les gisements les plus faciles à extraire ont été exploités en premier.
En 2015, le changement climatique était présenté par les auteurs comme une « sortie de route », un indicateur dont les limites sont dépassées sans que cela n’empêche de continuer de fonctionner normalement. Pour la France, la sortie de route commence à occasionner de sérieuses secousses en 2026. Les vagues de chaleurs se succèdent, la sécheresse et les incendies atteignent des niveaux sans précédent. La production agricole sera affectée à la baisse dans des proportions qu’il n’est pas encore possible de chiffrer.
Jusqu’où ces vagues de chaleur vont-elles aller dans les années à venir ? Les projections des climatologues indiquent qu’elles vont s’aggraver. Jusqu’à quel point sera-t-il possible de s’y adapter ? Dans tous les cas sans pétrole pour faire fonctionner ses tracteurs et sans gaz pour ses engrais de synthèse l’agro-industrie ne pourra plus produire grand-chose. En attendant en s’obstinant à cultiver massivement une plante gourmande en eau comme le maïs destinée principalement à nourrir des animaux d’élevage elle ne semble pas être armé pour s’adapter au changement climatique. Et sans pétrole bon marché il sera très compliqué de combler un déficit de production par des importations.
Imaginer l’avenir devient un exercice de plus en plus compliqué si les étés continuent à devenir plus chauds et plus secs. L’imaginer avec un pétrole rare et cher complique encore les choses. Quelles plantes pourront encore pousser par plus de 40 degrés, indépendamment des incendies, combien d’années nos forêts pourront résister aux sécheresses ? Parfois les écosystèmes reculent petit à petit, parfois ils s’écroulent et ne reviennent plus à leur état antérieur une fois franchi un certain seuil.
L’été était une saison de joie et d’insouciance, elle devient la saison de tous les dangers. S’imaginer un monde heureux dans la sécheresse ne coule pas de source. Où trouver le bonheur sans le vert des arbres et les couleurs des fleurs ? On peut peut-être encore rêver d’oasis où l’eau est stockée dans des zones humides et des rivières ombragées aux larges méandres pour que le trop plein d’eau qui tombe l’hiver ne parte à la mer en érodant les sols et ne s’évapore pas dans des méga bassines l’été. On peut encore rêver de l’ombre d’arbres, autour des parcelles agricoles et dans nos villes. Tant qu’ils sont capables d’aller chercher en profondeur l’eau stockée dans les sols.
Préparer un avenir où il est possible de vivre en s’appuyant sur des ressources locales est un moyen d’essayer de ne pas être complémentent démuni si ce terrible effondrement arrive. Terrible, pour s’en convaincre il suffit d’en lire la définition. L’effondrement c’est « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie …) ne sont plus fournis à un coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». On ne peut qu’espérer ne pas en arriver là. Il n’est pas évident de réaliser que cet effondrement n’est pas le récit d’un livre d’histoire mais un avenir qui pourrait être le nôtre.
iPablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Points, 2021 (première édition en 2015), 288 p