La biodiversité, un sujet peu traité dans les médias. Quand il l’est, c’est souvent pour déplorer, à juste titre, la disparition d’espèces. Dans son dernier ouvrage « De la bio-diversité comme un humanisme » le biologiste Marc André Selossei nous propose de le traiter avec un prisme centré sur l’être humain qui est « à 100 % cousu de biodiversité ». Son message est simple , en détruisant la biodiversité l’humanité se détruit elle même.
Avant d’aller plus loin, il faut rappeler ce qu’est la biodiversité. C’est la diversité des espèces d’êtres vivants : animales, végétales, mais aussi les champignons et les bactéries. Les deux dernières catégories sont moins visibles car trop petites pour être observées à l’œil nu. Cette biodiversité invisible est pourtant celle dont nous sommes le plus proche puisqu’elle est présente dans les sols mais aussi dans nos corps, chaque être humain abritant des milliards de bactéries. Les labours, les pesticides et l’uniformisation de notre alimentation la font reculer au détriment de notre santé.
La biodiversité, c’est aussi la diversité des écosystèmes, par exemple les forêts, les bocages, les prairies ou les zones humides dans lesquels les espèces vivent ensemble et sont en interaction, souvent dépendantes les unes et des autres. Enfin, tout aussi important, la biodiversité c’est aussi la diversité du patrimoine génétique à l’intérieur de chaque espèce. Diversité dans laquelle elle puise pour s’adapter aux fluctuations de son environnement et pour évoluer sur le temps long. Les gènes qui ne sont pas utiles aujourd’hui pourront potentiellement l’être demain. Malheureusement, au moment où nous en avons besoin la destruction des écosystèmes la fait dangereusement reculer.
La biodiversité évolue au fil du temps. Pas toujours vers plus de performance, souvent vers plus de robustesse. C’est l’idée que développe le biologiste Olivier Hamantii. Si la performance permet d’optimiser l’utilisation des ressources, quand elles sont abondantes, elle rend aussi plus vulnérable sur le long terme. Le contraire de la robustesse qui grâce à des lenteurs, de l’aléatoire et des redondances augmente la capacité des espèces à s’adapter aux fluctuations de leur environnement. Il définit la robustesse comme la capacité à maintenir un système fiable et viable malgré les fluctuations. Par exemple la photosynthèse qui existe depuis plusieurs milliards d’années ne capte que 1 % de l’énergie solaire. On est loin d’une utilisation optimum de cette ressources mais cela permet aux bactéries et aux plantes qui l’utilisent de s’adapter aux fluctuations de la luminosité.
Partant de ce constat Oliver Hamant préconise de mettre plus de robustesse et moins de performance dans les activités humaines pour permettre aux sociétés humaines de s’adapter à un environnement de plus en plus fluctuant tant au niveau climatique qu’au niveau géopolitique et économique. Le sujet est d’actualité alors que la guerre au Moyen Orient souligne notre dépendance au pétrole et que la canicule que nous venons de vivre au mois de mai nous interroge sur la robustesse de nos modes de vie face à un climat de plus en plus fluctuant et imprévisible.
Comme exemple de robustesse il présente l’agroécologie. Marc-André Selosse la préconise également pour préserver la biodiversité. L’agriculture industrielle est très performante sur certains points : rendement par travailleur agricole, fourniture de « matières premières » agricoles homogènes adaptées aux besoins de l’agro-industrie. Sur ces points tout est optimisé pour une efficacité maximum. En terme de robustesse le bilan est inquiétant : dépendance au pétrole pour faire fonctionner les tracteurs, au gaz pour les engrais. Et la performance se paye en réduisant la biodiversité : érosion des sols et de la biodiversité qui vit à l’intérieur, ce qui augmente la dépendance aux engrais et à l’irrigation. Tout cela est très inquiétant si le château de carte s’écroule, c’est la famine qui menace.
Généralement, ce qui détruit la biodiversité est souvent directement néfaste à l’être humain. Les pesticides tuent les oiseaux et les insectes ; ils augmentent aussi les risques de maladies chez l’homme. La destruction des haies est mauvaise pour les oiseaux et les insectes mais aussi pour le tourisme. Le changement climatique menace la survie de certaines espèces ; il rend également plus difficile notre quotidien, difficile d’écrire le contraire après une semaine de canicule !

Augmenter la biodiversité est probablement la solution pour concilier performance et robustesse. Sur les rendements de matière organique par hectares, les monocultures ne sont pas optimales. Marc André Selosse cite des études indiquant qu’ils sont meilleurs en augmentant la biodiversité à l’intérieur de chaque espèce cultivée, en associant plusieurs espèces sur une même parcelle et en entourant les parcelles de haies champêtres. La performance sera moins bonne en terme de production par travailleur agricole, mais face aux risques encourus il est dangereux de tout miser sur cet indicateur de performance. Il serait bienvenu de prendre en compte les enseignements des sciences de la vie et de ne pas oublier que le vivant humain et non humain ne font qu’un.
iMarc André Selosse, De la bio-diversité comme un humanisme, Seuil Libelle, 2026, 80 pages
iiOlivier Hamant, Antidote au culte de la performance ; la robustesse du vivant, Tract Gallimard, 2023, 60 pages