Les champs de mes rêves

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      Publié à 18 h 45 min par Antoine Bocheux, le août 16, 2026

      Le pire n’est jamais sûr. Concernant l’effondrement des sociétés humaines au cours du 21ième siècle, il se situe quelque part entre le possible et le très probable. C’est le sentiment qui ressort après la lecture du livre « comment tout peut s’effondrer » écrit en 2015 par Pablo Servigne et Raphaël Stevensi. En quelques mots, on peut en retenir, qu’année après année, un ciseau est en train de se refermer sur l’humanité. Sa première lame est la pénurie des ressources naturelles non renouvelables, le pétrole en tête. La seconde, le dépassement des limites planétaires, recul de la biodiversité et changement climatique en particulier. 11 ans après, leur constat est toujours d’actualité, il est même au cœur de l’actualité.

      La guerre en Iran nous rappelle une fois de plus notre dépendance au pétrole. Si le prix du baril augmente la croissance économique ralentit. S’il n’y avait plus de pétrole pour alimenter les camions et les portes conteneurs notre économie à flux tendu s’arrêterait. Les stocks des usines et des supermarchés ne permettraient pas de tenir longtemps. Or, comme tout le monde le sait, le pétrole n’est pas une ressource renouvelable, tôt au tard il n’y en aura plus. Un mur devant nous. Peut-être plus proche qu’on ne le pense car sa consommation, comme celle des minerais qu’il sert à extraire pour produire nos smartphones, nos voitures électriques ou nos éoliennes est exponentielle. De façon imagée, un arbre monterait au ciel avec une croissance exponentielle. D’autre part, plus le temps passe, plus extraire du pétrole ou des minerais est coûteux en énergie car les gisements les plus faciles à extraire ont été exploités en premier.

      En 2015, le changement climatique était présenté par les auteurs comme une « sortie de route », un indicateur dont les limites sont dépassées sans que cela n’empêche de continuer de fonctionner normalement. Pour la France, la sortie de route commence à occasionner de sérieuses secousses en 2026. Les vagues de chaleurs se succèdent, la sécheresse et les incendies atteignent des niveaux sans précédent. La production agricole sera affectée à la baisse dans des proportions qu’il n’est pas encore possible de chiffrer.

      Jusqu’où ces vagues de chaleur vont-elles aller dans les années à venir ? Les projections des climatologues indiquent qu’elles vont s’aggraver. Jusqu’à quel point sera-t-il possible de s’y adapter ? Dans tous les cas sans pétrole pour faire fonctionner ses tracteurs et sans gaz pour ses engrais de synthèse l’agro-industrie ne pourra plus produire grand-chose. En attendant en s’obstinant à cultiver massivement une plante gourmande en eau comme le maïs destinée principalement à nourrir des animaux d’élevage elle ne semble pas être armé pour s’adapter au changement climatique. Et sans pétrole bon marché il sera très compliqué de combler un déficit de production par des importations.

      Imaginer l’avenir devient un exercice de plus en plus compliqué si les étés continuent à devenir plus chauds et plus secs. L’imaginer avec un pétrole rare et cher complique encore les choses. Quelles plantes pourront encore pousser par plus de 40 degrés, indépendamment des incendies, combien d’années nos forêts pourront résister aux sécheresses ? Parfois les écosystèmes reculent petit à petit, parfois ils s’écroulent et ne reviennent plus à leur état antérieur une fois franchi un certain seuil.

      L’été était une saison de joie et d’insouciance, elle devient la saison de tous les dangers. S’imaginer un monde heureux dans la sécheresse ne coule pas de source. Où trouver le bonheur sans le vert des arbres et les couleurs des fleurs ? On peut peut-être encore rêver d’oasis où l’eau est stockée dans des zones humides et des rivières ombragées aux larges méandres pour que le trop plein d’eau qui tombe l’hiver ne parte à la mer en érodant les sols et ne s’évapore pas dans des méga bassines l’été. On peut encore rêver de l’ombre d’arbres, autour des parcelles agricoles et dans nos villes. Tant qu’ils sont capables d’aller chercher en profondeur l’eau stockée dans les sols.

      Préparer un avenir où il est possible de vivre en s’appuyant sur des ressources locales est un moyen d’essayer de ne pas être complémentent démuni si ce terrible effondrement arrive. Terrible, pour s’en convaincre il suffit d’en lire la définition. L’effondrement c’est « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie …) ne sont plus fournis à un coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». On ne peut qu’espérer ne pas en arriver là. Il n’est pas évident de réaliser que cet effondrement n’est pas le récit d’un livre d’histoire mais un avenir qui pourrait être le nôtre.

      iPablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Points, 2021 (première édition en 2015), 288 p

      Posté dans Non classé | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Changement climatique
    • Une sensation d’exil immobile

      Publié à 15 h 33 min par Antoine Bocheux, le juin 28, 2026

      La chaleur a pesé de tout son poids sur la France. Nous venons de vivre en une semaine les 3 journées où la température moyenne a été la plus élevée dans l’hexagone. L’indicateur thermique national a culminé à 30 degrés les 24 et 25 juin et à 29,9 degrés le 23 juini. Le précédent record était de 29,4 degrés le 25 juillet 2019. Sur une large façade ouest du territoire des records absolus de température ont été mesurés : les 40 degrés ont été régulièrement dépassés. De nombreux records de températures minimales sont également tombésii.

      Difficile de ne pas s’inquiéter quand les climatologues prévoient que dans les années à venir les canicules seront plus nombreuses et encore plus sévères. Tout devient plus compliqué voire dangereux quand le mercure atteint des sommets : travailler, faire du sport, jardiner, assister à un concert … Même s’endormir devient difficile quand la chaleur pèse comme une chape de plomb, la sueur collée au corps sous les draps. Face à des nuits où la température ne descend plus en dessous de 27 degrés la climatisation est le seul palliatif qui fonctionne encore. Au prix de rester enfermé dans son cocon, dépendant d’un équipement de plus. Et d’un réseau électrique qui a donné cette semaine des signes de surchauffe. Des dizaines de milliers d’abonnés privés d’électricité, très probablement à cause de la chaleur accumulée par le goudron sous lequel sont enterrés les câbles électriquesiii

      Difficile de continuer de vivre « normalement ». Beaucoup de choses changent autour de nous. Les volets sont fermés en plein jour, les rues sont presque vides. Les hommes sont touchés, les plantes aussi. Leurs feuilles flétrissent puis jaunissent, les paysages changent de jour en jour, passant presque sans transition du vert du printemps à un jaune évoquant la fin de l’été. Les oiseaux ne sont pas épargnés, derrière la fenêtre un merle suffoque le bec ouvert. Il vient chercher un peu de fraîcheur dans une soucoupe d’eau laissée à son intention.

      Le paysage est bouleversé en quelques jours, c’est saisissant. On peut passer à côté de parcelles de vignes arrachées, de la construction d’une zone industrielle ou d’un lotissement qui le modifient à petit feu. Avec la vague de chaleur il n’est pas possible d’y échapper, tout le territoire est touché, aucun refuge n’est à l’abri. Cela donne l’impression étrange d’être chez soi en vivant ailleurs. Une sorte d’exil immobile où l’on se rend compte combien notre qualité de vie, nos paysages, nos terroirs sont dépendants d’un climat stable. L’idée de savoir que ces vagues de chaleur vont devenir la norme, que nous ne retrouveront plus jamais le même climat fait peur.

      Il faudra beaucoup de robustesse pour s’adapter à ces fluctuations de notre environnement. Les arbres y arrivent pour le moment, leurs feuilles sont encore vertes. Mais elles flétrissent. L’eau manque, les stomates, de minuscules ouvertures par lesquelles l’eau s’évacue sous les feuilles sont fermées de plus en plus longtemps. Cela leur permet d’économiser de l’eau mais les fait flétrir : 90 % du poids d’une feuille est constitué d’eau, quand l’eau vient à manquer elles perdent leur rigidité. Cela les empêche également de faire leur photosynthèse normalement. Sans eau, les plantes ne peuvent pas transformer en sucres l’énergie du soleil ! Nous ne sommes pas encore en juillet et les arbres sont déjà bien fragilisés.

      Les feuilles flétries d’un poirier

      Il reste malgré tout quelques gouttes d’eau dans les sols dont certaines plantes arrivent à tirer profit pour fleurir. C’est le cas du liseron dont les jolies fleurs blanches tapissent une pelouse complètement jaunie. Ou de la menthe dont les fleurs commencent à sortir alors que leurs feuilles permettent de faire de délicieuses infusions pour se rafraîchir. Une manière de voir le verre d’eau à moitié plein. Mais il ne faut pas oublier toutes les plantes que la vague de chaleur et la sécheresse ont empêché de fleurir. Elles risquent de disparaître de nos territoires à cause de la répétition des vagues de chaleur.

      Des liserons en fleur

      ihttps://reporterre.net/Juin-2026-la-canicule-de-tous-les-records

      iihttps://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/cartes-dans-quelles-villes-des-records-de-temperatures-ont-ils-ete-battus-en-france-depuis-le-17-juin_8079590.html

      iiihttps://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/on-peut-avoir-jusqu-a-80-c-en-sous-sol-enedis-redoute-des-pannes-voire-des-coupures-d-electricite-localement_8074046.html

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    • Biodiversité et robustesse

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le Mai 31, 2026

      La biodiversité, un sujet peu traité dans les médias. Quand il l’est, c’est souvent pour déplorer, à juste titre, la disparition d’espèces. Dans son dernier ouvrage « De la bio-diversité comme un humanisme » le biologiste Marc André Selossei nous propose de le traiter avec un prisme centré sur l’être humain qui est « à 100 % cousu de biodiversité ». Son message est simple , en détruisant la biodiversité l’humanité se détruit elle même.

      Avant d’aller plus loin, il faut rappeler ce qu’est la biodiversité. C’est la diversité des espèces d’êtres vivants : animales, végétales, mais aussi les champignons et les bactéries. Les deux dernières catégories sont moins visibles car trop petites pour être observées à l’œil nu. Cette biodiversité invisible est pourtant celle dont nous sommes le plus proche puisqu’elle est présente dans les sols mais aussi dans nos corps, chaque être humain abritant des milliards de bactéries. Les labours, les pesticides et l’uniformisation de notre alimentation la font reculer au détriment de notre santé.

      La biodiversité, c’est aussi la diversité des écosystèmes, par exemple les forêts, les bocages, les prairies ou les zones humides dans lesquels les espèces vivent ensemble et sont en interaction, souvent dépendantes les unes et des autres. Enfin, tout aussi important, la biodiversité c’est aussi la diversité du patrimoine génétique à l’intérieur de chaque espèce. Diversité dans laquelle elle puise pour s’adapter aux fluctuations de son environnement et pour évoluer sur le temps long. Les gènes qui ne sont pas utiles aujourd’hui pourront potentiellement l’être demain. Malheureusement, au moment où nous en avons besoin la destruction des écosystèmes la fait dangereusement reculer.

      La biodiversité évolue au fil du temps. Pas toujours vers plus de performance, souvent vers plus de robustesse. C’est l’idée que développe le biologiste Olivier Hamantii. Si la performance permet d’optimiser l’utilisation des ressources, quand elles sont abondantes, elle rend aussi plus vulnérable sur le long terme. Le contraire de la robustesse qui grâce à des lenteurs, de l’aléatoire et des redondances augmente la capacité des espèces à s’adapter aux fluctuations de leur environnement. Il définit la robustesse comme la capacité à maintenir un système fiable et viable malgré les fluctuations. Par exemple la photosynthèse qui existe depuis plusieurs milliards d’années ne capte que 1 % de l’énergie solaire. On est loin d’une utilisation optimum de cette ressources mais cela permet aux bactéries et aux plantes qui l’utilisent de s’adapter aux fluctuations de la luminosité.

      Partant de ce constat Oliver Hamant préconise de mettre plus de robustesse et moins de performance dans les activités humaines pour permettre aux sociétés humaines de s’adapter à un environnement de plus en plus fluctuant tant au niveau climatique qu’au niveau géopolitique et économique. Le sujet est d’actualité alors que la guerre au Moyen Orient souligne notre dépendance au pétrole et que la canicule que nous venons de vivre au mois de mai nous interroge sur la robustesse de nos modes de vie face à un climat de plus en plus fluctuant et imprévisible.

      Comme exemple de robustesse il présente l’agroécologie. Marc-André Selosse la préconise également pour préserver la biodiversité. L’agriculture industrielle est très performante sur certains points : rendement par travailleur agricole, fourniture de « matières premières » agricoles homogènes adaptées aux besoins de l’agro-industrie. Sur ces points tout est optimisé pour une efficacité maximum. En terme de robustesse le bilan est inquiétant : dépendance au pétrole pour faire fonctionner les tracteurs, au gaz pour les engrais. Et la performance se paye en réduisant la biodiversité : érosion des sols et de la biodiversité qui vit à l’intérieur, ce qui augmente la dépendance aux engrais et à l’irrigation. Tout cela est très inquiétant si le château de carte s’écroule, c’est la famine qui menace.

      Généralement, ce qui détruit la biodiversité est souvent directement néfaste à l’être humain. Les pesticides tuent les oiseaux et les insectes ; ils augmentent aussi les risques de maladies chez l’homme. La destruction des haies est mauvaise pour les oiseaux et les insectes mais aussi pour le tourisme. Le changement climatique menace la survie de certaines espèces ; il rend également plus difficile notre quotidien, difficile d’écrire le contraire après une semaine de canicule !

      Augmenter la biodiversité est probablement la solution pour concilier performance et robustesse. Sur les rendements de matière organique par hectares, les monocultures ne sont pas optimales. Marc André Selosse cite des études indiquant qu’ils sont meilleurs en augmentant la biodiversité à l’intérieur de chaque espèce cultivée, en associant plusieurs espèces sur une même parcelle et en entourant les parcelles de haies champêtres. La performance sera moins bonne en terme de production par travailleur agricole, mais face aux risques encourus il est dangereux de tout miser sur cet indicateur de performance. Il serait bienvenu de prendre en compte les enseignements des sciences de la vie et de ne pas oublier que le vivant humain et non humain ne font qu’un.

      iMarc André Selosse, De la bio-diversité comme un humanisme, Seuil Libelle, 2026, 80 pages

      iiOlivier Hamant, Antidote au culte de la performance ; la robustesse du vivant, Tract Gallimard, 2023, 60 pages

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    • L’homme qui plantait des arbres

      Publié à 15 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 25, 2026

      Ces derniers jours, j’ai lu avec plaisir l’adaptation en BDi de la nouvelle de Jean Giono « L’homme qui plantait des arbres ». Une façon de redécouvrir ce récit. L’histoire est simple, elle tient en une vingtaine de pages  : dans le sud des alpes françaises, un berger, Elzéard Bouffier, vit à l’écart des hommes. Il passe, inlassablement, ses journées à planter des arbres. Les moyens dont il dispose semblent dérisoires : des graines qu’il ramasse et une tringle de fer pour faire les trous dans lesquels il dépose les graines. Pourtant, en l’espace de 40 ans, il métamorphose le paysage autour de lui. Sur des dizaines de kilomètres, les arbres qu’il plante transforment des terres arides, presque désertiques, en une magnifique forêt. Grâce à elle l’eau coule de nouveau dans les sources et les rivières. Les hommes reviennent vivre sur ces terres et occupent de nouveau les villages qu’ils avaient abandonnés. Et ils y vivent bien.

      En 2026 lire ce texte fait du bien pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’au lieu de laisser place à l’indignation ou à l’inquiétude comme une large part des actualités qui arrivent à nos yeux et nos oreilles, il suscite de l’admiration et interroge. Elzeard Bouffier fait le bien autour de lui sans rien attendre en retour. Suite au décès de sa femme et de son fils unique, il décide de se rendre utile en plantant des arbres. Parce qu’il avait jugé que le pays mourait par manque d’arbres. Sans attendre aucune récompense ou reconnaissance en retour. Ce personnage de fiction est remarquable par son altruisme. Une qualité rarement mise en avant.

      Grâce à sa patience Elzéard Bouffier finit par avoir prise sur la réalité. Cela rappelle que s’il y a des choses comme le changement climatique sur lesquelles nos actions individuelles restent symboliques, elles peuvent aussi peser très concrètement sur notre quotidien. C’est le cas dès qu’il s’agit de choisir comment sont recouverts les sols. Jean Giono l’explique bien en quelques phrases. Oui les arbres et les écosystèmes qu’ils abritent retiennent l’eau et la restituent petit à petit, oui ils abritent du vent, oui ils sont beaux, oui il est plus agréable de vivre avec eux que sans eux. Il suffit de peu pour qu’ils reviennent. Le plus souvent d’attendre que des graines germent toutes seules et de les laisser tranquilles. Si cela ne suffit pas, comme c’est le cas dans la nouvelle, planter des graines demande beaucoup de patience mais reste possible.

      Cette nouvelle est également apaisante par sa sobriété. Chaque mot semble être pesé pour faire sens. A l’image d’Elzeard Bouffier qui parle peu et du narrateur qui sait respecter son silence en ne lui posant pas de questions superflues. C’est cette discrétion qui lui permet d’être accepté par Elzeard Bouffier et de passer du temps avec lui. Cette sobriété fait du bien à notre époque où nous sommes submergés par un trop plein de mots et d’informations. Devant ces stimulus incessants, c’est notre capacité à observer et à réfléchir qui est menacée. Jean Giono arrive à susciter beaucoup de sens avec peu de mots. Exactement l’inverse des intelligences artificielles génératives qui les alignes simplement de manière probabiliste.

      Il se dégage beaucoup de sérénité de l’homme qui plantait des arbres. Parce que les personnages vivent lentement au rythme de la nature. Ils donnent l’impression de ne faire qu’un avec elle. Plus encore, parce que les pensées et les actes d’ Elzeard Bouffier sont en cohérence. C’est peut être le secret de son bonheur.

      ihttps://www.gallimard-bd.fr/9782075224116/l-homme-qui-plantait-des-arbres.html

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    • Un regard sur le printemps

      Publié à 22 h 09 min par Antoine Bocheux, le mars 28, 2026

      Après avoir écrit sur les cellules dans mon précédent billet, le printemps m’a donné envie de revenir à la réalité en partageant quelques photographies prises ces dernières semaines au fil de mes promenades. Réalité visible pour être précis, les cellules étant bien réelles mais complètement invisibles sans un microscope. Il y aurait matière à disserter longuement sur ce qu’est la réalité. A brûle-pourpoint on peut proposer comme définition que ce qui est réel est ce que l’on voit. Donc, les photographies constituent une solution parfaite pour montrer le réel. Me voilà donc parti avec l’espoir de partager avec vous des fragments de la réalité glanés au fil de mes ballades.

      En réfléchissant, les choses ne sont pas si simples. Il m’est revenu en mémoire, l’interview sur France Culture d’une historienne de l’art, Dominique de Font-Réaulx i. Je me souvenais vaguement qu’elle expliquait qu’une photographie n’est pas la réalité. C’était en janvier, je l’ai ré-écouté pour noter ses arguments. Elle explique que croire que la photographie se superpose à la réalité et montre le monde tel qu’il est une utopie très partagée. Me voilà rassuré, je n’était pas seul à y croire !

      Pourquoi la photographie n’est-elle pas la réalité, mais une représentation du monde ? Tout simplement parce que le photographe doit choisir ce qu’il montre et ce qu’il ne montre pas. Son regard est orienté. Il choisit un sujet. Il choisit comment cadrer ce sujet. Il choisit une lumière. Il choisit une perspective. Prendre une photo est une suite de choix. Tout cela pour saisir une image qui appartient déjà au passé au moment où on la regarde. Finalement, une photographie n’est pas la réalité mais une composition avec la réalité.

      Ces choix, cette composition avec la réalité font partie du plaisir de photographier. Des choix, conscients ou inconscients, il y en a beaucoup dans mes photos. Le choix de montrer la végétation plutôt que les êtres humains, les maisons, le macadam ou les cannettes de bière dans les fossés.

      Le choix de montrer des fleurs, parfois discrètes, souvent petites, si petites que les photos donnent à voir des détails qui ne sont pas visibles à l’œil nu. La macro-photographie opère comme une loupe en faisant découvrir ce qui est difficilement visible à l’œil nu. Ces fleurs sont réelles, je les ai vues de mes propres yeux, mais pas exactement de la même manière que sur mes photographies. Elles sont également éphémères, la photographie en conserve une trace. Elle permet également de figer le moment où les bourgeons s’ouvrent, un symbole du printemps, quand les arbres reprennent vie avec des cellules toutes neuves.

      Passons aux travaux pratiques. D’abord avec des primevères officinale (Primula veris). La premières photo a pour objectif d’être au plus proche de ce que j’ai vu au moment où je les aient découvertes.

      Sur la seconde photo, je me suis rapproché et accroupi. J’ai cherché à composer l’image pour les mettre en valeur tout en faisant ressortir leur environnement à la lisère d’un bois.

      La troisième photo, un gros plan, le plus proche possible avec mon appareil, de la fleur. Le résultat est très différent, dans les couleurs, les formes et les textures. Il faudrait une loupe pour atteindre ce niveau de détail.

      Une seconde série d’images avec les premières feuilles d’un charme en lisière d’un bois. On les distingue à peine sur la première photo qui a pour objectif de montrer ce que j’ai vu quand je le aient repérées.

      Elles sont déjà plus visibles sur la deuxième photo où un travail sur la profondeur de champ permet de rendre les feuilles nettes et le sous bois flou.

      Elles sont nettement visibles sur la macro-photographie. On peut y observer le vert tendre des feuilles, leur pilosité et les écailles du bourgeon qui sont encore là.

      ihttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-l-idee/pourquoi-l-ia-ne-surpassera-jamais-la-photo-5743740

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    • La cellule : dénominateur commun du vivant

      Publié à 15 h 46 min par Antoine Bocheux, le janvier 18, 2026

      Le vivant est d’une diversité foisonnante. Quels points communs peut-on trouver entre une minuscule bactérie, un arbre et un être humain ? Les différences sautent aux yeux. La bactérie est complètement invisible, l’arbre est fixe et l’être humain bouge. Si l’on oublie nos sens et que l’on adopte un point de vue scientifique il existe pourtant un lien de parenté entre notre bactérie, notre arbre et notre être humain. Ce sont des cousins très éloignés que des centaines de millions d’années d’évolution séparent. En dépit des apparences, ils ont tous un ancêtre commun. Et ils sont tous les trois constitués de cellules. Une simple cellule sans noyau pour la bactérie. Des milliards de cellules avec des noyaux pour l’arbre et l’être humain.

      La vie n’est pas simple à définir, aucune définition ne donne complètement satisfaction. Mais en observant son histoire en plan large, la cellule est un fil rouge, un dénominateur commun entre toutes les formes de vie ayant existé et existant aujourd’hui. Elles ont évolué et se sont diversifiées au fil du temps. Pourtant, elles ont toutes des séquences d’ADN en commun, ce qui permet aux scientifiques d’arriver à la conclusion qu’elles ont un ancêtre commun.

      Au début, il n’y avait que de minuscules cellules sans noyau pour protéger leur ADN, les bactéries et les archées. On ne sait pas laquelle des deux familles est apparue en premier. C’était probablement il y a 4 milliards d’années dans l’enfance de l’histoire de la terre qui a commencé il y a 4,5 milliards d’années. Beaucoup plus tard, il y a environ 1,5 milliard d’années sont apparus les eucaryotes, des cellules plus grandes, avec un noyau pour protéger leur ADN. Plus tard, il y a environ 600 millions d’années la vie multicellulaire apparaît avec des eucaryotes qui deviendront les champignons, les animaux et les plantes. Les cellules des plantes auront des chloroplastes qui leur permettront de fabriquer du sucre avec du CO2, de l’eau et la lumière du soleil. Celles des animaux auront des parois souples, quand celles des plantes seront rigides. Les animaux auront de multiples organes quand les plantes n’en auront que trois : tiges, racines et feuilles (les fleurs sont des feuilles transformées).

      Tout cela est bien complexe à expliquer. Cela semble pourtant limpide en lisant l’excellent livre de vulgarisation scientifique de Christophe Galfard, la vie à portée de maini. Tout est une question d’échelle. Nous sommes trop gros pour voir la majorité des formes de vie et les scientifiques ont eu besoin de microscopes de plus en plus puissants pour les découvrir et commencer à percer les secrets des cellules. La vie, comme toute la matière, est comme un puzzle géant dont l’unité de base est l’atome. Ces atomes sont assemblés en molécules. Celles des êtres vivants sont organisées sous forme de cellules. Dans ces cellules, se déroulent d’incessantes réactions chimiques au cours desquelles des millions de molécules sont assemblées chaque seconde. Les recettes de ces réactions chimiques sont codées sous formes d’ADN, l’alphabet du vivant.

      Pour nous aider à imaginer l’invisible Christophe Galfard nous propose de voyager par la pensée à l’intérieur d’une des cellules de notre main. Ce voyage serait trop long à décrire. Retenons en ici une métaphore (p 293). « les cellules sont les éléments constitutifs de la vie, ce qui est une découverte plutôt solide et rassurante. Mais plus vous observezcelle-ci, plus vous avez l’impression que les cellules sont le fruit du travail d’un groupe d’elfes ivres et minuscules qui ont décidé, lors d’une nuit épique, pour la blague, de construire des villes miniatures à l’intérieur de bulles liquides remplies de gel. C’était une bonne blague parce que ces villes qu’ils avaient en tête étaient, bien sûr faites de telle manière qu’elles devaient en permanence se reconstruire à partir de rien avec des matériaux constamment apportés, filtrés, détruits, recyclés par la cellule elle même. »

      Étrange, invisible. Pourtant notre corps est bien constitué de cellules, leur nombre est estimé à 30 milliards. Une activité incessante se déroule en permanence à l’intérieur de chacune d’entre elles. Autant d’éléments dont nous sommes constitués dont nous n’aurions pas conscience sans les découvertes de la science ! C’est déjà beaucoup, mais cela n’explique pas tout. D’où vient notre conscience d’être en vie, toutes les formes de vie ont-elles une conscience ? Autant de questions auxquelles la science n’est pas en mesure de répondre.

      iChristophe Galfard, la vie à portée, Albin Michel, 2025, 570 p

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    • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le janvier 1, 2026

      Le cycle des saisons poursuit son cours. Chaque changement de saison donne à redécouvrir sous un nouveau jour des lieux familiers. Redécouvrir, car la météo n’est jamais la même d’une année sur l’autre. Parce qu’en fonction de l’humeur et de l’attention que l’on porte aux paysages, le regard ne se porte pas au même endroit. Ces derniers jours, le mien s’est attardé sur les cynorrhodons, les fruits de l’églantier. Ils passent inaperçus quand on les cherche pas. Mais en marchant, en cherchant à reconnaître tous les fruits que l’on croise sur son chemin, ils se laissent facilement repérer. Ils sont nombreux, leur couleur rouge rehausse les teintes de plus en plus monochromes de ce début d’hiver.

      Cynorrhodon, voilà un mot qui doit rapporter gros au scrabble. Un mot qu’il n’est pas facile de mémoriser. En langage familier, on les appelle également gratte cul, c’est plus simple à retenir. Et cela rappelle que le contact avec les poils que l’on trouve à l’intérieur des cynorrhodons peut provoquer des démangeaisons ! En s’approchant, attention à ne pas se faire piquer par les épines de l’églantier. Puis cueillir quelques cynorrhodons. Les palper : s’ils sont tendres, ils sont faciles à ouvrir et l’on peut espérer y sucer quelques fragments d’une chair sucrée riche en vitamines C. Ne comptez pas dessus si vous avez un gros appétit. Il est délicat d’y goutter sans avaler par mégarde quelques graines ou quelques poils. Mais le jeu en vaut la chandelle, son goût est très fin, les plus patients en font d’ailleurs d’excellentes confitures.

      Après cette séquence dégustation, place à la botanique. Les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air. Membre de la famille des rosacés, l’églantier (Rosa en latin) est le cousin des rosiers horticoles. Rosa n’est pas une espèce mais un genre. A l’intérieur duquel il existe des dizaines d’espèces. La petite flore de France précise que le genre Rosa comporte, selon les auteurs, 20 à 30 taxons. En précisant qu’ils sont difficiles à identifier, raison pour laquelle elle ne présente que les 6 espèces les plus courantes. N’ayant que les fruits sous les yeux je n’irai pas plus loin dans mes investigations et me contente de constater que les cynorrhodons que j’ai photographiés sont d’une forme nettement différente. J’ai donc probablement croisé deux espèces différentes.

      Autre découverte. Le cynorrhodon n’est pas un fruit mais un réceptacle. C’est ce réceptacle qui portait les pétales, les sépales, les étamines et les pistils de la fleur. A l’intérieur l’ont trouve les véritables fruits. Ce que nous avons pris pour des graines sont en fait des fruits, des akènes pour être précis. Selon le dictionnaire visuel de la botanique leur paroi est très dure et épaisse. Les cynorrhodons ne sont donc pas des fruits, mais des sortes d’urnes charnues, rouges à maturité, qui contiennent les véritables fruits.

      Quelle métamorphose entre la délicate fleur d’églantier, rose tendre, fine et délicate et ce réceptacle rouge vif. Le second était pourtant le support de la première. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie pour la douceur du printemps que je me remémore cette fleur. Une autre époque au même endroit. Une époque où les fleurs comptaient sur les insectes pollinisateurs pour transporter leur pollen. Dans les frimas de l’hiver notre églantier ne peut plus compter sur les insectes, engourdis par le froid. Mais les oiseaux sont là pour disperser ses graines. Les cynorrhodons constituent pour eux une source d’énergie bien venue.

      En attendant de retrouver le printemps et ces fleurs délicates, il est temps de vous souhaiter une bonne année 2026. Avec des haies champêtres qui abritent de magnifiques églantiers qui nourrissent les insectes et les oiseaux et font le bonheur des promeneurs attentifs à leur beauté.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué botanique, Nature, Photos
    • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le novembre 30, 2025

      Certaines lectures donnent l’espoir d’échapper à l’actualité et son lot de mauvaises nouvelles. C’est ce que j’espérais en me plongeant dans la lecture de « les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre »i. Ce livre de vulgarisation scientifique écrit par le paléontologue Thomas Halliday plonge avec délice dans un voyage spatio-temporel. A partir des fossiles et autres indices conservés dans les roches, il imagine une description des paysages, de la flore et de la faune à différentes époques géologiques. Le voyage commence au pléistocène, au milieu des mammouths, il y a 20 000 ans et finit il y a 550 millions d’années dans les océans de l’édiacarien. Toute cette histoire peut sembler loin de nous, elle est pourtant brûlante d’actualité.

      Pendant ces 550 millions d’années, on compte 5 extinctions de masse dont certaines sont provoquées par de brusques changements climatiques … En particulier celle qui est survenu il y a 252 millions à la fin du permien : une gigantesque irruption volcanique en Sibérie a provoqué une forte concentration en CO2 et en méthane dans l’atmosphère. Et mis le feu à de gigantesques tourbières, ce qui a encore fait monter la concentration de gaz à effet de serre. S’en est suivi un réchauffement climatique rapide, une acidification des océans et l’extinction de 96 % des espèces. Difficile de ne pas voir de similitudes avec la situation actuelle !

      Thomas Halliday fait part de ces similitudes dans sa conclusion. Si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous nous dirigeons vers un climat jamais connu par le genre Homo. Il faut remonter à l’Eocène il y a 40 millions d’année pour s’en approcher. A cette époque, l’antarctique était recouvert de forêts. Il se montre malgré tout optimiste car nous sommes informés de la situation « le fait même que nous soyons en mesure de réfléchir à l’état de notre environnement, que nous disposons de la capacité de nous plonger dans le passé pour le comparer au présent est la raison pour laquelle nous pouvons rester optimiste »ii. Mais est-il suffisant d’être informé ? Quelques jours avant de lire cette phrase nous parlions avec mon ami Sébastien Dathané de la désinformation. Concept qu’il présente dans son blog Alchimie de sensiii. Au moment où un consensus se dégage au sein de la communauté scientifique sur l’origine anthropique du réchauffement et sur sa gravité, un constat s’impose : savoir est une choses, agir pour trouver une solution à ce péril en est une autre.

      La COP 30 en est une illustration pour plusieurs raisons. La première est l’absence des Etats-Unis parce que son président remet en cause l’origine anthropique du changement climatique. Cela traduit une remise en cause de la science. Le savoir scientifique est pourtant construit autour d’une méthodologie rigoureuse, où les chercheurs citent leur sources, expliquent en détail leur méthodologie afin de permettre à d’autres chercheurs de reproduire leurs expérience pour vérifier leur résultats et sont soumis à l’évaluation de leurs pairs. Quand les résultats de travaux menés avec rigueur sur des décennies sont balayés d’un revers de main, cela laisse perplexe. Quand leur réfutation s’appuie sur quelques travaux scientifiques il y a bien désinformation.

      La seconde est la nature des discussions entre les participants : des pays, des lobbies industriels et des organisations non gouvernementales. L’émission de Causes à effets sur France Culture en propose un compte renduiv. Elles ont principalement tournées autour de la décarbonation de l’économie mondiale. Il a été question de continuer ou pas l’extraction des énergies fossiles, et de réduire les émissions de CO2 en utilisant plus d’énergies renouvelables. Dans une conjoncture marquée par les tensions internationales où les États cherchent avant tout à développer leurs industries et de nouvelles techniques autour de cette nouvelle économie décarbonée. Avec un budget contraint par la hausse des dépenses militaires. Dans ce contexte concurrentiel avec de forts enjeux de pouvoir et de puissance sous jacents, il est fort probable que la désinformation ait été utilisée comme une arme pour peser sur les débats. On peut voir le verre d’eau à moitié plein et se dire que, malgré tout, cette transition énergétique va permettre de réduire un peu les émissions de gaz à effet de serre ce qui limitera les dégâts. On peut aussi être plus pessimiste comme l’historien Jean Baptiste Fressoz qui explique que la transition énergétique n’est en fait qu’un empilement des énergies les unes sur les autresv et pas une substitution des énergies renouvelables aux énergies fossiles.

      Devant la complexité des politiques d’atténuation et d’adaptation, le risque de mésinformation n’est jamais loin. Le temps que chacun peut consacrer pour s’informer sur ces sujets est forcément limité. Moi le premier, personne n’est à l’abri de distorsion involontaire de la vérité, sans intention malveillante. Pourtant, il faut bien s’informer de son mieux. Nous l’avons vu, savoir ne suffit pas, mais il est indispensable de savoir pour espérer trouver une solution. Adhérer à la désinformation selon laquelle le réchauffement climatique n’est pas d’origine anthropique c’est aller tout droit vers les pires scénarios climatiques.

      iThomas Halliday , Les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre, Livre de poche, 660 pages, 2022

      iiP 516 Thomas Halliday , Les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre

      iiihttps://alchimie-de-sens.netlify.app/notes-permanentes/20251021-desinformation-generalites/

      ivhttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/de-cause-a-effets-le-magazine-de-l-environnement/cop-30-clap-de-fin-quels-engagements-pour-demain-1367320

      vhttps://champsdemesreves.fr/2024/02/24/quand-le-petrole-sert-a-extraire-du-bois/

      Posté dans Information | 0 Commentaire | Tagué Changement climatique, Désinformation, Energie, Histoire de la vie, Information
    • Incomplétude heureuse

      Publié à 17 h 53 min par Antoine Bocheux, le octobre 19, 2025

      Incomplétude, ce mot étrange m’est venu à l’esprit en assistant à un récital de piano. Même en me concentrant, impossible de suivre le flot de musique qui jaillit de la table d’harmonie. Sur le clavier, tout va vite, sous l’impulsion des mouvements vifs, souples et précis du pianiste. Trop de notes d’arpèges et d’accords, trop de nuances, trop de variétés dans les timbres. Même en étant attentif, il m’est impossible de me concentrer sur tout. J’imagine que, peut-être dans la salle, d’autres spectateurs plus familiers que moi à l’art du piano perçoivent une sorte de face cachée de la musique qui échappe à mon oreille. J’ai l’impression que mon écoute est incomplète, ce qui ne m’empêche pas d’en entendre assez pour apprécier la musique. Cette incomplétude me donne même une forme de satisfaction. Le flot musical qui sort du piano n’est pas clos. Il est riche des promesses du plaisir d’en découvrir de nouvelles facettes à l’occasion de prochains concerts ou de l’écoute attentive d’un disque.

      Cette incomplétude heureuse m’évoque également la botanique. Essayer de vous installer seul au milieu d’une prairie et de nommer les plantes qui vous entourent. Si vous n’en connaissez aucune, l’exercice sera frustrant. Il est difficile de s’intéresser à quelque chose sans aucun repère. Ce n’est plus de l’incomplétude, c’est le vide, le néant. Si vous en reconnaissez la moitié, vous serez heureux de les retrouver et sûrement très motivé par la perspective de sortir votre flore et votre loupe pour mettre un nom sur une partie des plantes que vous n’avez pas reconnues. En repassant, saisons après saisons, années après années, vous aurez le plaisir de constater que vous en reconnaissez de plus en plus. La prairie devient de plus en plus familière. Si un jour vous les reconnaissez toutes, vous aurez un moment l’impression d’avoir fait le tour de la question.

      Mais l’horizon de la botanique est vaste. Vous aurez peut-être envie d’aller voir ailleurs pour découvrir des plantes que vous ne connaissez pas encore. Et même de découvrir des espèces que personne n’a jamais décrites si vous êtes un botaniste chevronné (pour cela il faudra quitter la France métropolitaine). Ou de vous intéresser plus en détail aux plantes que vous avez identifiées dans la prairie. Ce que leur association permet de déduire sur la nature du sol ? Sont-elles comestibles ? Ont-elles des vertus médicinales. Quels animaux s’en nourrissent ? Sont-elles rares ? Les questions à se poser sont nombreuses. Si la prairie était un cercle, il se remplirait au fur et fur à mesure que l’on apprend à y identifier les plantes qui poussent à l’intérieur. Et au moment où l’on pense en connaître la superficie, l’on se rend compte qu’il reste de nouveaux points, d’une nature différente, à découvrir. En y prêtant attention, certains points se dilatent et deviennent de nouveaux cercles à explorer.

      Sous la prairie, il y a peut-être un sol calcaire constitué de l’accumulation des cadavres de micro-organismes ayant vécu il y a des centaines de millions d’années. Pour les scientifiques, proposer un récit de l’histoire de la vie sur terre ressemble à une enquête policière dont les indices se trouvent principalement dans les roches. La découverte de fossiles permet de compléter le tableau. A partir de ces indices, ils peuvent nous proposer les contours d’une histoire de la vie sur terre. Il restera toujours du mystère dans cette histoire, des découvertes scientifiques à venir la feront évoluer, la bouleverseront peut-être. Une chose est sûre elle sera toujours incomplète. Cette incomplétude fait travailler l’imagination. Comme créer une image mentale de ce qui n’existe plus. Une solution est de faire appel à des illustrations d’artistes qui essayent de restituer les paysages disparus avec le plus de précisions possible. Une autre est de se laisser aller à son imagination.

      J’imagine des images floues avec des dominantes de couleurs chaudes pour marquer différents chapitres. Du rouge pour la terre primitive encore en fusion, il y a environ 4,5 milliards d’années. Du bleu foncé pour les débuts de la vie sur terre avant que la photosynthèse des cyanobactéries ne rejette de l’oxygène dans l’atmosphère. La vie existait, mais elle n’était représentée que par des bactéries invisibles à l’œil nu. Du bleu plus clair entre 2,4 milliards d’année et 600 millions d’années, la vie est toujours invisible mais un peu plus grande avec l’apparition des cellules à noyaux, les eucaryotes. Des formes floues, variées et étranges au milieu du bleu de l’océan pour les débuts de la vie multicellulaire entre 600 et 450 millions d’années Et du vert d’il y a 450 millions d’années à nos jours quand les plantes ont colonisé les continents. Les images sont floues, très incomplètes, mais le cercle commence à se remplir. Et je réjouis de la perspective que mes lectures au cours des prochaines années leur apporte un peu de netteté.

      Posté dans Non classé | 1 commentaire | Tagué botanique, Histoire de la vie, Musique
    • La fin de l’insouciance estivale

      Publié à 17 h 56 min par Antoine Bocheux, le septembre 14, 2025

      Il pleut en ce début septembre. Pour moi c’est un soulagement, je présume que je ne suis pas le seul. Après deux mois et demi sans pluie significative, je me demandais jusqu’où irait cette sècheresse qui n’en finit pas. D’abord une première canicule fin juin (16 jours ). Heureusement le printemps avait été pluvieux, le sol était gorgé d’eau ce qui a permis aux arbres de passer sans dommage visible cette première vague de chaleur et de tenir jusqu’au début du mois d’août. En regardant plus attentivement on pouvait déjà observer que les feuilles se recroquevillaient, signe de la fermeture de leurs stomates pour évaporer moins d’eau. Donc pomper moins d’eau dans le sol mais aussi réduire leur photosynthèsei.

      Il n’a presque pas plu en juillet, seulement quelques orages secs et de petites averses tellement insignifiantes qu’elles n’ont même pas permis à l’herbe de reverdir. C’est dans un état de sècheresse avancée des sols que les arbres ont du affronter la seconde canicule en aout (11 jours). Plus courte mais plus chaude que celle de juin avec plusieurs pointes au dessus de 40 degrés. L’effet a été spectaculaire. Les arbres, mêmes les plus grands, les plus vieux, les mieux enracinés ont commencé à perdre une partie de leurs feuilles. Sans jaunir ou rougir comme en automne. Elles tombaient au sol en quelques jours. Résultat : les arbres pompent encore moins d’eau dans le sol, mais ils réduisent encore plus leur photosynthèse. C’est autant de réserves de sucres qu’ils ne ne pourront pas faire pour le printemps prochain. Cela les rend plus vulnérables aux maladies.

      Il n’y a pas que les arbres qui ont souffert des canicules. Elles ont également éprouvé les êtres humains. On peut écrire sans prendre trop de risque que pendant 27 jours l’adaptation à cette chaleur inhabituelle a fait partie des préoccupations principales des français. 27 jours pendant lesquels la vie a été plus compliquée. Que faire quand il ne suffit plus d’aérer la nuit et fermer les volets le jour pour faire baisser la température de son logement. Quand même en vivant dans le noir, il fait plus de 30 degrés dans sa chambre, comment dormir normalement ? La climatisation devient la seule solution pour conserver un peu de fraîcheur. Avec la chaleur qui devient pesante et le soleil brûlant l’organisation des journées change : on sort le moins possible pour ne peut pas s’exposer. Même en vacances, même à la plage il fait trop chaud. Il faut se lever à l’aube pour profiter d’une marche dans la nature.

      Pour constater un spectacle de désolation. Toute la végétation est jaune, les arbres perdent leurs feuilles. Il ne reste plus de fleurs sauvages à observer. La vie végétale semble encore plus à l’arrêt qu’en plein hiver. Il faut chercher dans les fossés pour trouver un semblant de vie et avec ça et là un pied de menthe qui fleurit péniblement. Les images champêtres de campagnes verdoyantes ne sont plus qu’un lointain souvenir du printemps. Ou de temps anciens, quand été ne rimait pas systématiquement avec sécheresse et canicule. Une époque, pas si lointaine, où il était courant de voir de l’herbe verte et des fleurs au mois d’août. L’été était alors une saison d’insouciance. Nous étions à l’abri du froid. La chaleur était parfois gênante l’après midi, ce qui n’avait rien d’inquiétant quand la fraîcheur revenait toujours la nuit et le matin. Il faudra s’y faire le climat change ; même à l’abri de nos cocons nous ne pouvons pas l’ignorer.

      Les statistiques sont têtues, les climatologue nous mettent en garde. Si la canicule de 2003 était statistiquement improbable, il y avait déjà une chance sur six de subir celles de 2025. En en 2050, l’été 2025 nous semblera fraisii. L’été devient petit à petit une saison inquiétante avec une probabilité qui augmente d’année en année de subir canicule, sécheresse et feux de forêts. Été après été la face sombre du réchauffement climatique entre dans nos vie.

      La pluie de septembre est donc arrivée comme un soulagement, nous sommes plus statiquement à l’abri d’une canicule en septembre. L’herbe redevient verte, les arbres reprennent leur photosynthèse avec leurs dernières feuilles dont les stomates s’ouvrent de nouveau. Ils retrouvent un aspect presque normal. Et les fleurs sauvages sont de retour comme cette magnifique Mauve sylvestre (Malva sylvestris) photographiée le 5 septembre .

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/actualites/pourquoi-les-feuilles-tombent-elles-plus-tot-cette-annee

      iihttps://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-26-aout-2025-4269750

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Changement climatique, Nature, photo
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