Les champs de mes rêves

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    • L’homme qui plantait des arbres

      Publié à 15 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 25, 2026

      Ces derniers jours, j’ai lu avec plaisir l’adaptation en BDi de la nouvelle de Jean Giono « L’homme qui plantait des arbres ». Une façon de redécouvrir ce récit. L’histoire est simple, elle tient en une vingtaine de pages  : dans le sud des alpes françaises, un berger, Elzéard Bouffier, vit à l’écart des hommes. Il passe, inlassablement, ses journées à planter des arbres. Les moyens dont il dispose semblent dérisoires : des graines qu’il ramasse et une tringle de fer pour faire les trous dans lesquels il dépose les graines. Pourtant, en l’espace de 40 ans, il métamorphose le paysage autour de lui. Sur des dizaines de kilomètres, les arbres qu’il plante transforment des terres arides, presque désertiques, en une magnifique forêt. Grâce à elle l’eau coule de nouveau dans les sources et les rivières. Les hommes reviennent vivre sur ces terres et occupent de nouveau les villages qu’ils avaient abandonnés. Et ils y vivent bien.

      En 2026 lire ce texte fait du bien pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’au lieu de laisser place à l’indignation ou à l’inquiétude comme une large part des actualités qui arrivent à nos yeux et nos oreilles, il suscite de l’admiration et interroge. Elzeard Bouffier fait le bien autour de lui sans rien attendre en retour. Suite au décès de sa femme et de son fils unique, il décide de se rendre utile en plantant des arbres. Parce qu’il avait jugé que le pays mourait par manque d’arbres. Sans attendre aucune récompense ou reconnaissance en retour. Ce personnage de fiction est remarquable par son altruisme. Une qualité rarement mise en avant.

      Grâce à sa patience Elzéard Bouffier finit par avoir prise sur la réalité. Cela rappelle que s’il y a des choses comme le changement climatique sur lesquelles nos actions individuelles restent symboliques, elles peuvent aussi peser très concrètement sur notre quotidien. C’est le cas dès qu’il s’agit de choisir comment sont recouverts les sols. Jean Giono l’explique bien en quelques phrases. Oui les arbres et les écosystèmes qu’ils abritent retiennent l’eau et la restituent petit à petit, oui ils abritent du vent, oui ils sont beaux, oui il est plus agréable de vivre avec eux que sans eux. Il suffit de peu pour qu’ils reviennent. Le plus souvent d’attendre que des graines germent toutes seules et de les laisser tranquilles. Si cela ne suffit pas, comme c’est le cas dans la nouvelle, planter des graines demande beaucoup de patience mais reste possible.

      Cette nouvelle est également apaisante par sa sobriété. Chaque mot semble être pesé pour faire sens. A l’image d’Elzeard Bouffier qui parle peu et du narrateur qui sait respecter son silence en ne lui posant pas de questions superflues. C’est cette discrétion qui lui permet d’être accepté par Elzeard Bouffier et de passer du temps avec lui. Cette sobriété fait du bien à notre époque où nous sommes submergés par un trop plein de mots et d’informations. Devant ces stimulus incessants, c’est notre capacité à observer et à réfléchir qui est menacée. Jean Giono arrive à susciter beaucoup de sens avec peu de mots. Exactement l’inverse des intelligences artificielles génératives qui les alignes simplement de manière probabiliste.

      Il se dégage beaucoup de sérénité de l’homme qui plantait des arbres. Parce que les personnages vivent lentement au rythme de la nature. Ils donnent l’impression de ne faire qu’un avec elle. Plus encore, parce que les pensées et les actes d’ Elzeard Bouffier sont en cohérence. C’est peut être le secret de son bonheur.

      ihttps://www.gallimard-bd.fr/9782075224116/l-homme-qui-plantait-des-arbres.html

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    • Un regard sur le printemps

      Publié à 22 h 09 min par Antoine Bocheux, le mars 28, 2026

      Après avoir écrit sur les cellules dans mon précédent billet, le printemps m’a donné envie de revenir à la réalité en partageant quelques photographies prises ces dernières semaines au fil de mes promenades. Réalité visible pour être précis, les cellules étant bien réelles mais complètement invisibles sans un microscope. Il y aurait matière à disserter longuement sur ce qu’est la réalité. A brûle-pourpoint on peut proposer comme définition que ce qui est réel est ce que l’on voit. Donc, les photographies constituent une solution parfaite pour montrer le réel. Me voilà donc parti avec l’espoir de partager avec vous des fragments de la réalité glanés au fil de mes ballades.

      En réfléchissant, les choses ne sont pas si simples. Il m’est revenu en mémoire, l’interview sur France Culture d’une historienne de l’art, Dominique de Font-Réaulx i. Je me souvenais vaguement qu’elle expliquait qu’une photographie n’est pas la réalité. C’était en janvier, je l’ai ré-écouté pour noter ses arguments. Elle explique que croire que la photographie se superpose à la réalité et montre le monde tel qu’il est une utopie très partagée. Me voilà rassuré, je n’était pas seul à y croire !

      Pourquoi la photographie n’est-elle pas la réalité, mais une représentation du monde ? Tout simplement parce que le photographe doit choisir ce qu’il montre et ce qu’il ne montre pas. Son regard est orienté. Il choisit un sujet. Il choisit comment cadrer ce sujet. Il choisit une lumière. Il choisit une perspective. Prendre une photo est une suite de choix. Tout cela pour saisir une image qui appartient déjà au passé au moment où on la regarde. Finalement, une photographie n’est pas la réalité mais une composition avec la réalité.

      Ces choix, cette composition avec la réalité font partie du plaisir de photographier. Des choix, conscients ou inconscients, il y en a beaucoup dans mes photos. Le choix de montrer la végétation plutôt que les êtres humains, les maisons, le macadam ou les cannettes de bière dans les fossés.

      Le choix de montrer des fleurs, parfois discrètes, souvent petites, si petites que les photos donnent à voir des détails qui ne sont pas visibles à l’œil nu. La macro-photographie opère comme une loupe en faisant découvrir ce qui est difficilement visible à l’œil nu. Ces fleurs sont réelles, je les ai vues de mes propres yeux, mais pas exactement de la même manière que sur mes photographies. Elles sont également éphémères, la photographie en conserve une trace. Elle permet également de figer le moment où les bourgeons s’ouvrent, un symbole du printemps, quand les arbres reprennent vie avec des cellules toutes neuves.

      Passons aux travaux pratiques. D’abord avec des primevères officinale (Primula veris). La premières photo a pour objectif d’être au plus proche de ce que j’ai vu au moment où je les aient découvertes.

      Sur la seconde photo, je me suis rapproché et accroupi. J’ai cherché à composer l’image pour les mettre en valeur tout en faisant ressortir leur environnement à la lisère d’un bois.

      La troisième photo, un gros plan, le plus proche possible avec mon appareil, de la fleur. Le résultat est très différent, dans les couleurs, les formes et les textures. Il faudrait une loupe pour atteindre ce niveau de détail.

      Une seconde série d’images avec les premières feuilles d’un charme en lisière d’un bois. On les distingue à peine sur la première photo qui a pour objectif de montrer ce que j’ai vu quand je le aient repérées.

      Elles sont déjà plus visibles sur la deuxième photo où un travail sur la profondeur de champ permet de rendre les feuilles nettes et le sous bois flou.

      Elles sont nettement visibles sur la macro-photographie. On peut y observer le vert tendre des feuilles, leur pilosité et les écailles du bourgeon qui sont encore là.

      ihttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-l-idee/pourquoi-l-ia-ne-surpassera-jamais-la-photo-5743740

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Nature, Photos, Printemps
    • La fin de l’insouciance estivale

      Publié à 17 h 56 min par Antoine Bocheux, le septembre 14, 2025

      Il pleut en ce début septembre. Pour moi c’est un soulagement, je présume que je ne suis pas le seul. Après deux mois et demi sans pluie significative, je me demandais jusqu’où irait cette sècheresse qui n’en finit pas. D’abord une première canicule fin juin (16 jours ). Heureusement le printemps avait été pluvieux, le sol était gorgé d’eau ce qui a permis aux arbres de passer sans dommage visible cette première vague de chaleur et de tenir jusqu’au début du mois d’août. En regardant plus attentivement on pouvait déjà observer que les feuilles se recroquevillaient, signe de la fermeture de leurs stomates pour évaporer moins d’eau. Donc pomper moins d’eau dans le sol mais aussi réduire leur photosynthèsei.

      Il n’a presque pas plu en juillet, seulement quelques orages secs et de petites averses tellement insignifiantes qu’elles n’ont même pas permis à l’herbe de reverdir. C’est dans un état de sècheresse avancée des sols que les arbres ont du affronter la seconde canicule en aout (11 jours). Plus courte mais plus chaude que celle de juin avec plusieurs pointes au dessus de 40 degrés. L’effet a été spectaculaire. Les arbres, mêmes les plus grands, les plus vieux, les mieux enracinés ont commencé à perdre une partie de leurs feuilles. Sans jaunir ou rougir comme en automne. Elles tombaient au sol en quelques jours. Résultat : les arbres pompent encore moins d’eau dans le sol, mais ils réduisent encore plus leur photosynthèse. C’est autant de réserves de sucres qu’ils ne ne pourront pas faire pour le printemps prochain. Cela les rend plus vulnérables aux maladies.

      Il n’y a pas que les arbres qui ont souffert des canicules. Elles ont également éprouvé les êtres humains. On peut écrire sans prendre trop de risque que pendant 27 jours l’adaptation à cette chaleur inhabituelle a fait partie des préoccupations principales des français. 27 jours pendant lesquels la vie a été plus compliquée. Que faire quand il ne suffit plus d’aérer la nuit et fermer les volets le jour pour faire baisser la température de son logement. Quand même en vivant dans le noir, il fait plus de 30 degrés dans sa chambre, comment dormir normalement ? La climatisation devient la seule solution pour conserver un peu de fraîcheur. Avec la chaleur qui devient pesante et le soleil brûlant l’organisation des journées change : on sort le moins possible pour ne peut pas s’exposer. Même en vacances, même à la plage il fait trop chaud. Il faut se lever à l’aube pour profiter d’une marche dans la nature.

      Pour constater un spectacle de désolation. Toute la végétation est jaune, les arbres perdent leurs feuilles. Il ne reste plus de fleurs sauvages à observer. La vie végétale semble encore plus à l’arrêt qu’en plein hiver. Il faut chercher dans les fossés pour trouver un semblant de vie et avec ça et là un pied de menthe qui fleurit péniblement. Les images champêtres de campagnes verdoyantes ne sont plus qu’un lointain souvenir du printemps. Ou de temps anciens, quand été ne rimait pas systématiquement avec sécheresse et canicule. Une époque, pas si lointaine, où il était courant de voir de l’herbe verte et des fleurs au mois d’août. L’été était alors une saison d’insouciance. Nous étions à l’abri du froid. La chaleur était parfois gênante l’après midi, ce qui n’avait rien d’inquiétant quand la fraîcheur revenait toujours la nuit et le matin. Il faudra s’y faire le climat change ; même à l’abri de nos cocons nous ne pouvons pas l’ignorer.

      Les statistiques sont têtues, les climatologue nous mettent en garde. Si la canicule de 2003 était statistiquement improbable, il y avait déjà une chance sur six de subir celles de 2025. En en 2050, l’été 2025 nous semblera fraisii. L’été devient petit à petit une saison inquiétante avec une probabilité qui augmente d’année en année de subir canicule, sécheresse et feux de forêts. Été après été la face sombre du réchauffement climatique entre dans nos vie.

      La pluie de septembre est donc arrivée comme un soulagement, nous sommes plus statiquement à l’abri d’une canicule en septembre. L’herbe redevient verte, les arbres reprennent leur photosynthèse avec leurs dernières feuilles dont les stomates s’ouvrent de nouveau. Ils retrouvent un aspect presque normal. Et les fleurs sauvages sont de retour comme cette magnifique Mauve sylvestre (Malva sylvestris) photographiée le 5 septembre .

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/actualites/pourquoi-les-feuilles-tombent-elles-plus-tot-cette-annee

      iihttps://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-26-aout-2025-4269750

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    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
    • Les vies heureuses du botaniste 

      Publié à 14 h 07 min par Antoine Bocheux, le octobre 29, 2023

      En cet automne 2023, quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, se lancer dans la lecture d’une biographie dont le titre promet de s’attarder sur « les vies heureuses du botaniste » est une expérience alléchante. Cette biographie, c’est celle du botaniste Francis Halléi. Né en 1938, il a accordé une vingtaine d’entretiens à Laure Dominique Agniel entre décembre 2020 et juin 2022. Une somme qui lui permet de nous faire découvrir les grands jalons du parcours d’un botaniste qui a beaucoup parlé des plantes tout en restant discret sur sa vie. L’auteur de l’éloge de la planteii et du plaidoyer pour l’arbreiii a bien eu plusieurs vies.

      La liste des activités de Francis Hallé est longue : enseignant, chercheur, explorateur de la biodiversité des forêts tropicales au sol mais aussi à la cime des arbres, passeur de connaissances et d’émotions auprès du grand public et, plus récemment, initiateur et promoteur d’un projet de forêt primaire en Europe. Elles tournent autour d’un dénominateur commun, sa passion pour les plantes. Dès qu’il en a eu l’occasion, il a voyagé à travers le monde pour les observer, particulièrement dans les pays tropicaux où se trouve la plus grande biodiversité. Leur climat chaud et humide permet aux plantes de s’y développer sans être contraintes par le froid et la sécheresse. Elles atteignent un niveau de diversité bien supérieur à celui rencontré sous les hautes latitudes où les espèces adaptées aux contraintes climatiques peuvent proliférer avec une faible concurrence. Sous les tropiques c’est l’inverse, on rencontre rarement deux arbres identiques côte à côte. Afrique, Amérique du sud, Asie, trois forêts tropicales qui ont en commun leur exubérance et qui pourtant abritent une faune et une flore complètement différentes.

      Francis Hallé aime voyager dans ces forêts encore mal connues. La chaleur, l’humidité ou les piqûres d’insectes n’entament pas son enthousiasme. Passer des heures à observer les plantes, les dessiner afin de mieux les connaître, voilà son bonheur. Il reste toujours émerveillé par leur beauté et leurs facultés d’adaptation. Il privilégie l’étude des plantes sur le terrain à une époque où la recherche en laboratoire est reine. Il se refuse à dissocier la science de la beauté. Pourquoi le chercheur ne pourrait-il pas partager les émotions qu’il éprouve devant la beauté de l’objet de ses recherches?

      Cette posture a beaucoup à voir avec un des sujets de recherche qui a fait sa notoriété dans le monde scientifique : l’étude de l’architecture des plantes. Sujet qu’il aurait été difficile d’étudier depuis un laboratoire. Les années passées en forêt à dessiner des plantes lui ont donné une perspective qu’un scientifique hors sol n’aurait pas pu avoir. C’est aussi sa connaissance des forêts tropicales qui l’a amené à se lancer dans l’aventure du radeau des cimes. L’idée est simple, étudier la cime des arbres des forêts tropicales primaires, la canopée, là où se trouve la lumière, et une faune et une flore beaucoup plus nombreuses et variées que celles vivant dans les sombres sous bois. Un monde situé 50 mètres au dessus du sol moins bien connu que la surface de la lune ! Il a fallu beaucoup de persévérance pour concevoir et donner vie au radeau des cimesiv, cette structure semi rigide posée sur la canopée qui a permis de passer des semaines à « naviguer » sur les cimes des arbres pour étudier leur diversité.

      Son bonheur à étudier les plantes, Francis Hallé aime le partager. Avec sa femme Odile et ses enfants qui l’ont accompagné quand il a enseigné en Côte d’Ivoire, au Congo et en Indonésie. Avec d’autres botanistes, collègues ou étudiants. Avec les chercheurs de tous horizons à qui il a permis de découvrir la canopée sur le radeau des cimes. Et avec le grand public auprès duquel il partage inlassablement son amour des plantes à travers ses livres et des conférences. Depuis qu’il s’est lancé, dans ce rôle de passeur l’intérêt du grand public pour la botanique n’a cessé de croître. La destruction des dernières forets tropicales primaires aussi. Détruites alors que l’on ne connaît même pas leur biodiversité. Alors Francis Hallé est aussi un homme indigné qui milite pour alerter sur leur destruction qui est arrivée à un point où il lui est impossible de se taire. Il se mobilise également en France contre des projets d’abatage de vieux arbres comme celui de tilleuls à Sète.

      Lui qui n’a pas de jardin s’émerveille devant les plantes partout où il voyage. Il s’intéresse autant au chêne qui fait face à son bureau à Montpellier qu’aux arbres des forêts tropicales. Voyageur ou sédentaire, chacun ayant l’occasion d’observer des plantes dans sa vie peut-être sensible à son invitation à porter plus d’attention aux végétaux qui nous entourent. Sa réflexion sur les plantes est dans l’air du temps. Elles deviennent un repère dans une époque qui y en manque. P 38-39 Laure Dominique Agnielle cite « j’ai vu grandir l’intérêt pour la botanique dans le monde entier. Je crois que la dégradation écologique nous amène à nous raccrocher aux plantes qui sont solides et rassurantes. Elles existent depuis des millions d’années et elles existeront après nous ; de plus elles améliorent leur environnement alors que nous dégradons le notre ».

      iLaure-Dominique AGNIEL, Francis Hallé. Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 208 pages, Mai 2023
      iiFrancis Hallé, Eloge de la plante : Pour une nouvelle biologie, Point, 346 pages, 2014 (première édition en 1999)
      iiiFrancis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006
      ivAvec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt

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    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

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    • Le printemps en automne

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le octobre 30, 2022

      Après un printemps et un été exceptionnellement chaud et sec, la météo continue de faire des siennes. Les jours raccourcissent, la fraîcheur est revenue pendant quelques jours, la chaleur n’est plus une chape de plomb pesante, elle redevient agréable. Pour décrire cette douceur automnale éphémère, on parle généralement d’été indien. Mais cette année, la douceur est persistante, nous vivons une sorte de « méga été indien ». Ce n’est pas tout à fait ça ; il manque quelque chose à ce « méga été-indien ». Du rouge, du jaune, les couleurs flamboyantes des feuilles mortes. Elles se font rares. C’est le vert qui domine. Un vert tendre qui rappelle le printemps, une renaissance pour la végétation après trois mois de sécheresse.

      La météo, la pluie et le beau temps, les médias et les réseaux sociaux en parlent moins que cet été. Plus d’incendie. La sécheresse se fait moins pesante. On finit par ne plus se soucier du temps qu’il fait, happé par les joies et les peines du quotidien. Bien sûr, on apprécie de ne pas avoir besoin d’allumer le chauffage, de flâner dehors pour une belle après-midi d’automne. Parfois, on ne sait plus vraiment comment il faut s’habiller. Garder une tenue d’été ? prendre un parapluie ? Se couvrir pour ne pas attraper froid au point du jour ? Ou tout simplement rester à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Rien de bien désagréable en somme. Tout en restant changeante et imprévisible, la météo pèse moins sur le cours de nos vies.

      En marchant, le lien avec la météo devient plus fort. En prise directe avec la pluie et le soleil, on ne peut plus l’oublier. Quand la pluie est de retour après la sécheresse, beaucoup de choses changent. En arpentant les chemins, le vent ne soulève plus un épais nuage de poussières. Le sol devient plus souple et onctueux sous les pieds du promeneur. On redécouvre le pétrichor, cette odeur de terre mouillée dégagée par les bactéries du sol quand les premières pluies tombent sur un sol sec.

      Elle avait disparu pendant l’été, petit à petit l’herbe verte fait son retour. Les paysages changent d’une manière inattendue. Après avoir été asséchés par un été terrible, ils redeviennent verts et onctueux, comme au printemps. Un printemps prudent, un peu timoré. L’herbe est moins dense, elle pousse moins vite. Même les orties prennent leur temps. Ce vert contraste avec les quelques feuilles qui commencent à jaunir et les fruits rouges des aubépines et des églantiers. Ils nous rappellent que l’on est bien en automne. Les fleurs sont rares et discrètes. Les plus exubérantes sont de saison. Ce sont celles du lierre. Elles apportent une source de nourriture bienvenue aux insectes pollinisateurs.

      Les chênes semblent reprendre des forces et connaître une sorte de second printemps. Ils perdent bien quelques feuilles ça et là. A cause de la sécheresse, c’est malheureusement le cas depuis la fin du mois de juillet. Les feuilles qui ont traversé l’été retrouvent un vert tendre qui rappelle celui du printemps. Elles donnent l’impression de revivre après avoir survécu à la mauvaise saison en se recroquevillant. En observant les chênes plus attentivement, les stigmates de l’été sont encore bien visibles. Leurs feuilles filtrent moins les rayons du soleil qu’au printemps, leurs houppiers sont moins denses. Les feuilles tombées pendant l’été laissent certains rameaux dénudés. Sur d’autres branches, il manque ça et là quelques feuilles. Cela leur donne une silhouette étrange et inédite.

      Ces observations ne peuvent pas être généralisées et mériteraient d’être confrontées à d’autres témoignages. Ce ne sont qu’une bribe de la réalité saisie au fil de mes marches. Elles interrogent. Si cette météo étrange venait à se répéter, ce qui n’est pas impossible avec le changement climatique, comment les plantes réagiront-elles ? Ce regain de la végétation évoque un peu, avec moins de vigueur, le printemps sous nos latitudes et la saison des pluies dans les zones tropicales. Pourtant les jours raccourcissent et nous rappellent que l’hiver approche, que le froid peut revenir très vite. Il semble peu probable que les bizarreries de la météo nous préparent un hiver suffisamment doux pour mettre les feuilles à l’abri du gel. En les conservant plus longtemps les arbres s’exposent à ce risque. Avec un printemps et été sec comme cette année il leur reste bien peu de temps pour reconstituer leurs réserves. En hivernant l’hiver à cause du froid, puis en vivant au ralenti l’été pour palier la sécheresse leur période d’activité est dangereusement raccourcie. En gardant leurs feuilles quelques semaines de plus, ils font preuve d’une grande capacité d’adaptation pour faire face aux nouvelles contraintes que la météo leur impose.

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    • Quand je me fais mon cinéma

      Publié à 15 h 54 min par Antoine Bocheux, le Mai 28, 2022

      François Truffaut disait “Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films”i. Parfois j’ai l’impression de me faire mon cinéma en me promenant dans la nature. Quel contraste entre le recul de la nature, dont s’alarment parfois les médias, et l’harmonie qui se dégage lors de mes promenades. Ce contraste est tellement fort que, je le sais, je me fais du cinéma. Je me rends au bon endroit, au bon moment, pour trouver ce que je cherche. Comme un réalisateur, j’ai en tête des séquences, je sais ce que j’ai envie de voir et t’entendre.

      Je cherche le calme. Loin des routes fréquentées. Pour ne pas entendre le fond sonore de la circulation qui couvre le chant des oiseaux et le souffle du vent. Loin des chasseurs, du silence inquiétant précédant le bruit assourdissant des coups de feu. Loin du bruit des tondeuses dans les zones pavillonnaires. Loin des avions qui peuvent à tout moment envahir le ciel d’un vacarme assourdissant. En bon animal, je marche à la recherche de ce calme dans l’espoir de trouver un endroit où je pourrai m’arrêter quelques minutes.

      Je cherche les arbres. Leur ombre est apaisante quand il fait doux, nécessaire quand il fait trop chaud. Ils abritent les oiseaux et toute une faune invisible dont je soupçonne la présence. Ils donnent du relief aux paysages. Tâches vertes vu de loin, cathédrale de verdure à l’architecture complexe en levant la tête à leurs pieds. Immensité peuplée d’une foule d’insectes en regardant de près leurs feuilles et leurs branches.

      Je cherche les fleurs. Elles sont incontournables. Pour leur beauté bien sûr. La diversité de leur formes et de leurs couleurs attirent le regard. Pour la symbiose entre le monde végétal et les insectes dont elles sont le vecteur. S’arrêter devant une fleur, c’est presque la garantie de croiser un insecte pollinisateur. Le nectar et le pollen des fleurs les nourrissent. Ils fécondent les fleurs en les butinant. Quelle belle symbiose, quelle sérénité pour l’observateur qui assiste à ce spectacle. En toute quiétude, les insectes pollinisateurs loin de leur nid, trop occupés à se nourrir sur les fleurs sont indifférents à sa présence. Tellement indifférents qu’ils se laissent volontiers photographier. Eux qui sont d’habitude si difficiles à saisir.

      Je cherche le bon jour et la bonne heure. Éviter les jours trop froids ou trop chauds où la douceur de l’air se transforme en un fardeau pénible à supporter. Sortir l’après midi l’hiver, le soir l’été. Privilégier la fin du jour. Pour la fraîcheur, la qualité de la lumière, le coucher de soleil. L’espoir de croiser un lièvre, un renard ou un chevreuil au détour d’une prairie.

      Cette quête m’amène le long des haies bocagères, dans les prairies naturelles, en lisière des bois. Rechercher le bon endroit, le bon moment, pour voir se dérouler sous nos yeux le scénario d’une nature symbiotique suivant paisiblement son cours. Une nature propice à la sérénité, aux rêves, au repos. La recherche de ce scénario nous éloigne des abords des routes fréquentées, des centres- villes, des vastes parcelles de monocultures. Sans fleurs et sans arbres, la nature y est comme amputée.

      Finalement, il lui reste un espace restreint, de plus en plus restreint. On le constate parfois quand une prairie est remplacée par un lotissement ou une zone industrielle. Après la coupe à blanc d’une haie ou d’un bois. Nos jambes nous permettent de fuir ces espaces peu propices à la vie. Ce n’est pas le cas des fleurs et des arbres. Les insectes sont plus mobiles mais sans fleurs à butiner leur population ne peut que déclinerii. Faute d’insectes et de graines à manger, d’arbres pour nicher le nombre d’oiseau recule inexorablement. Ils ne peuvent pas se faire leur cinéma. La réalité est cruelle.

      ihttp://evene.lefigaro.fr/citation/films-harmonieux-vie-embouteillage-films-temps-mort-79006.php

      iihttps://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/le-declin-des-oiseaux-n-est-que-le-reflet-du-declin-des-insectes-selon-la-lpo-de-la-vienne-1521620146

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    • Rêveries bourgeonnantes

      Publié à 13 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 30, 2022

      Rêver est presque devenu un luxe au milieu de l’agitation et des tragédies qui nous entourent. Passer quelques minutes sous un arbre. Le regarder, laisser vagabonder ses pensées. Tout cela ne va pas de soi. Pourtant, c’est simple, les arbres sont là autour de nous. Avec le printemps, même sans leur prêter attention, on se rend plus ou moins compte qu’il se passe quelque chose. Les paysages verdissent, sous les feuilles la lumière du soleil est de nouveau filtrée .

      Cela s’est passé vite, en quelques semaines. Quand le passant peu attentif finit par s’en rendre compte, il a déjà manqué une partie de l’histoire, le débourrement. Pour lui, c’est comme si du jour au lendemain les marrons et les gris des écorces, couleurs de l’hiver, étaient remplacées par le vert, couleur du printemps.

      Le rêveur, lui, attend ce moment avec impatience et lève les yeux vers les branches tous les jours. Juste pour voir s’il se passe quelque chose. Il le sait, quelque chose va se passer. Il s’imagine que, déjà peut-être, la sève s’est remise à circuler dans le tronc de l’arbre. Un laps de temps de deux semaines s’écoule entre la reprise de la circulation de la sève et l’ouverture des bourgeons. Exceptionnellement, la sève brute, celle qui monte du sol vers le ciel, est chargée de sucres stockés dans les racines et le tronc de l’arbre. Il faut bien alimenter la croissance des feuilles avant qu’elles ne puissent commencer à produire elles même leurs propres sucres avec la photosynthèse.

      Les jours passent et il ne se passe rien. Ou presque. Imperceptiblement, la taille des bourgeons semble légèrement augmenter. Comme s’ils gonflaient. De loin rien ne change, toujours les teintes sombres et monochromes de l’hiver Il faut vraiment s’approcher pour s’en rendre compte, mais autant être attentif, si l’on rate une étape, il faudra attendre un an pour avoir une chance de la revoir. Et puis, un jour, on se rend compte qu’un petit bout de vert commence à sortir d’un bourgeon. Cette fois nous y sommes, l’arbre change, on peut constater son évolution de jours en jours. De plus en plus de bourgeons débourrent. Parfois l’on peut apercevoir la bourre blanche qui les a protégé du froid pendant l’hiver. Ils débourrent, ils éclosent pourrait-on dire. Il en sort de petites feuilles délicates comme des fleurs. D’ailleurs, sur certains arbres comme les pommiers ou les poiriers, les fleurs sortent avant les feuilles transformant les arbres en bouquets de fleurs géants. D’autre comme les chênes ont des fleurs plus discrètes. Pendant quelques jours, le vert tendre des jeunes feuilles se distingue à peine au milieux du marron de l’écorce. Les arbres sont en même temps morts et vivants. Cette faculté dont le botaniste Francis Hallé s’émerveille dans son plaidoyer pour l’arbre est saisissante. Le marron du bois en partie mort contraste avec le vert tendre des feuilles qui viennent de naître. C’est le secret de l’arbre pour durer. Des cellules mortes transformées en bois pour assurer sa rigidité, l’accès à la lumière, le stockages des sucres, pour transporter sa sève. Et de nouvelles cellules qui depuis les bourgeons s’étalent sur cette ossature de bois pour former de nouvelles branches, de nouvelles feuilles et des fleurs. Du neuf qui s’additionne à du vieux ; une croissance additive.

      Les jours passent, le rêveur continue de lever les yeux vers les bourgeons en train d’éclore. Parfois, il a le sentiment que les bourgeons qui grandissent sur les branches sont comme des graines qui germent sur le sol. Au même moment, mais chacune indépendantes les unes des autres. L’arbre fait alors penser à une colonie dont les individus sont les bourgeons alors que le socle est l’ossature en bois et son prolongement racinaire. Ce socle donnant aux bourgeons de nombreux avantages sur les graines. Accès aux réserves de sucres emmagasinées dans les racines et le tronc, accès à la lumière, accès à l’eau. Ces bourgeons portés par un socle commun sont-ils les parties d’un individu ou une colonies d’individus collaborant ensemble ? Peut-être un peu des deux en même temps.

      Au fil des jours les feuilles se font de plus en plus denses. Les traces des bourgeons disparaissent. En étant attentif il reste encore possible de voir des restes de leur écailles à la base des nouvelles tiges. A ce moment là, il devient bien visible qu’il ne sort pas seulement des feuilles des bourgeons mais bien des tiges qui se transformeront en branches. Bientôt ces indices disparaîtrons. Discrètement, de nouveaux bourgeons vont se former en prévision du printemps suivant. Mais c’est une autre histoire.

      Pour aller plus loin

      Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006

      Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre ; secrets et mystères des géants qui vous entourent, Belin, 498 pages, 2021,

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    • Les feuilles mortes

      Publié à 17 h 59 min par Antoine Bocheux, le octobre 31, 2021

      Les feuilles mortes? C’est le titre d’une chanson de Jacques Prévert et Joseph Kosma, un des standards de jazz les plus joués. C’est aussi la manifestation la plus picturale de l’automne. Difficile de passer à côté de ce festival de couleurs quand le vert des feuilles se mue en quelques jours en un patchwork de jaunes, d’orange et de bruns. L’océan vert des forêts devient doré, brillant de mille éclats sous le soleil de l’été indien. Avant de laisser place à un épais tapis de feuilles mortes dont les craquements moelleux amortissent avec délicatesse les pas du promeneur. Pris dans ses pensées il lui arrive de se demander pourquoi les feuilles changent de couleur et tombent ?

      Les premiers indices pour répondre à cette énigme sont faciles à trouver. En automne, les jours sont plus courts, les températures plus fraîches. Moins de lumière, moins de chaleur, autant de conditions défavorables à la photosynthèse, cette opération consistant à fabriquer des sucres avec de l’air et de l’eau qui est la raison d’être des feuilles. C’est aussi le signe que l’hiver et les températures négatives approchent, il est temps que les feuilles tombent avant qu’elles ne gèlent. Question de logique.

      Plus étonnant est le changement de couleur des feuilles avant leurs chutes. Pourquoi jaunissent-elles, alors qu’en toute logique, elles devraient tomber en conservant leur couleur verte ? La réponse à cette question est démontage. Démontage des chloroplastes, la partie des cellules des feuilles qui abrite la photosynthèse. Ces chloroplastes sont recouverts d’un pigment vert, la chlorophylle, qui donne leur couleur verte aux feuilles. Avant la chute des feuilles, ils sont « découpés » en petits morceaux, pour être stockés sous forme de fines molécules dans le tronc et les racines de l’arbre. Elles y resteront pendant l’hiver et seront utilisées au printemps quand les bourgeons, déjà présent à l’automne, vont débourrer et devenir à leur tour tiges, feuilles et fleurs. Grâce à cette opération de démontage des chloroplastes, 60 % de l’azote et du phosphore contenus dans une feuille sont stockés par l’arbre avant la chute des feuilles.

      La disparition des chloroplastes dévoile à notre regard les nuances de jaunes et d’orange des pigments accessoires des feuilles, les caroténoïdes, jusque là cachés à notre regard par le vert de la chlorophylle. En étant attentif, il est possible d’observer ce passage du vert au jaune sur une même feuille. Les chloroplastes sont d’abord « démontés » à la périphérie des feuilles pendant que la partie centrale, près des nervures, conserve sa couleur verte. Cet état transitoire et éphémère permet de visualiser cette étape prémice à la chute des feuilles.

      Il y a besoin d’être moins attentif pour observer la suite. Les feuilles jaunies et orangées ne sont plus alimentées en sève brute, une cicatrice se forme pour préparer leurs chutes ; proprement sans laisser une porte d’entrée aux bactéries pathogènes. Elles finissent par tomber au premier souffle de vent, à ce stade il suffit d’exercer une infime pression sur leurs tiges pour les arracher. Puis elles recouvrent le sol d’un épais tapis. Il servira de garde-manger et de gîtes aux habitants du sol. Ils le digéreront et restitueront aux racines des arbres des nutriments assimilables. La boucle sera bouclée.

      Finalement les feuilles mortes c’est le changement dans la continuité, une étape d’un cycle. Un bouleversement dans le paysage qui se transforme de jour en jour pour devenir méconnaissable. Et pourtant ce chamboulement est rassurant. On sait qu’après les feuilles jaunies de l’automne arrivent les silhouettes dénudées des arbres en hiver. Et qu’au printemps les feuilles verts tendres seront de retour.

      Pour aller plus loin

      En automne se débarrasser du superflu p 336 dans – Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre, Belin, 496 pages, 2021

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos
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