Les champs de mes rêves

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    • L’homme qui plantait des arbres

      Publié à 15 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 25, 2026

      Ces derniers jours, j’ai lu avec plaisir l’adaptation en BDi de la nouvelle de Jean Giono « L’homme qui plantait des arbres ». Une façon de redécouvrir ce récit. L’histoire est simple, elle tient en une vingtaine de pages  : dans le sud des alpes françaises, un berger, Elzéard Bouffier, vit à l’écart des hommes. Il passe, inlassablement, ses journées à planter des arbres. Les moyens dont il dispose semblent dérisoires : des graines qu’il ramasse et une tringle de fer pour faire les trous dans lesquels il dépose les graines. Pourtant, en l’espace de 40 ans, il métamorphose le paysage autour de lui. Sur des dizaines de kilomètres, les arbres qu’il plante transforment des terres arides, presque désertiques, en une magnifique forêt. Grâce à elle l’eau coule de nouveau dans les sources et les rivières. Les hommes reviennent vivre sur ces terres et occupent de nouveau les villages qu’ils avaient abandonnés. Et ils y vivent bien.

      En 2026 lire ce texte fait du bien pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’au lieu de laisser place à l’indignation ou à l’inquiétude comme une large part des actualités qui arrivent à nos yeux et nos oreilles, il suscite de l’admiration et interroge. Elzeard Bouffier fait le bien autour de lui sans rien attendre en retour. Suite au décès de sa femme et de son fils unique, il décide de se rendre utile en plantant des arbres. Parce qu’il avait jugé que le pays mourait par manque d’arbres. Sans attendre aucune récompense ou reconnaissance en retour. Ce personnage de fiction est remarquable par son altruisme. Une qualité rarement mise en avant.

      Grâce à sa patience Elzéard Bouffier finit par avoir prise sur la réalité. Cela rappelle que s’il y a des choses comme le changement climatique sur lesquelles nos actions individuelles restent symboliques, elles peuvent aussi peser très concrètement sur notre quotidien. C’est le cas dès qu’il s’agit de choisir comment sont recouverts les sols. Jean Giono l’explique bien en quelques phrases. Oui les arbres et les écosystèmes qu’ils abritent retiennent l’eau et la restituent petit à petit, oui ils abritent du vent, oui ils sont beaux, oui il est plus agréable de vivre avec eux que sans eux. Il suffit de peu pour qu’ils reviennent. Le plus souvent d’attendre que des graines germent toutes seules et de les laisser tranquilles. Si cela ne suffit pas, comme c’est le cas dans la nouvelle, planter des graines demande beaucoup de patience mais reste possible.

      Cette nouvelle est également apaisante par sa sobriété. Chaque mot semble être pesé pour faire sens. A l’image d’Elzeard Bouffier qui parle peu et du narrateur qui sait respecter son silence en ne lui posant pas de questions superflues. C’est cette discrétion qui lui permet d’être accepté par Elzeard Bouffier et de passer du temps avec lui. Cette sobriété fait du bien à notre époque où nous sommes submergés par un trop plein de mots et d’informations. Devant ces stimulus incessants, c’est notre capacité à observer et à réfléchir qui est menacée. Jean Giono arrive à susciter beaucoup de sens avec peu de mots. Exactement l’inverse des intelligences artificielles génératives qui les alignes simplement de manière probabiliste.

      Il se dégage beaucoup de sérénité de l’homme qui plantait des arbres. Parce que les personnages vivent lentement au rythme de la nature. Ils donnent l’impression de ne faire qu’un avec elle. Plus encore, parce que les pensées et les actes d’ Elzeard Bouffier sont en cohérence. C’est peut être le secret de son bonheur.

      ihttps://www.gallimard-bd.fr/9782075224116/l-homme-qui-plantait-des-arbres.html

      Posté dans Forêt | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature
    • Un regard sur le printemps

      Publié à 22 h 09 min par Antoine Bocheux, le mars 28, 2026

      Après avoir écrit sur les cellules dans mon précédent billet, le printemps m’a donné envie de revenir à la réalité en partageant quelques photographies prises ces dernières semaines au fil de mes promenades. Réalité visible pour être précis, les cellules étant bien réelles mais complètement invisibles sans un microscope. Il y aurait matière à disserter longuement sur ce qu’est la réalité. A brûle-pourpoint on peut proposer comme définition que ce qui est réel est ce que l’on voit. Donc, les photographies constituent une solution parfaite pour montrer le réel. Me voilà donc parti avec l’espoir de partager avec vous des fragments de la réalité glanés au fil de mes ballades.

      En réfléchissant, les choses ne sont pas si simples. Il m’est revenu en mémoire, l’interview sur France Culture d’une historienne de l’art, Dominique de Font-Réaulx i. Je me souvenais vaguement qu’elle expliquait qu’une photographie n’est pas la réalité. C’était en janvier, je l’ai ré-écouté pour noter ses arguments. Elle explique que croire que la photographie se superpose à la réalité et montre le monde tel qu’il est une utopie très partagée. Me voilà rassuré, je n’était pas seul à y croire !

      Pourquoi la photographie n’est-elle pas la réalité, mais une représentation du monde ? Tout simplement parce que le photographe doit choisir ce qu’il montre et ce qu’il ne montre pas. Son regard est orienté. Il choisit un sujet. Il choisit comment cadrer ce sujet. Il choisit une lumière. Il choisit une perspective. Prendre une photo est une suite de choix. Tout cela pour saisir une image qui appartient déjà au passé au moment où on la regarde. Finalement, une photographie n’est pas la réalité mais une composition avec la réalité.

      Ces choix, cette composition avec la réalité font partie du plaisir de photographier. Des choix, conscients ou inconscients, il y en a beaucoup dans mes photos. Le choix de montrer la végétation plutôt que les êtres humains, les maisons, le macadam ou les cannettes de bière dans les fossés.

      Le choix de montrer des fleurs, parfois discrètes, souvent petites, si petites que les photos donnent à voir des détails qui ne sont pas visibles à l’œil nu. La macro-photographie opère comme une loupe en faisant découvrir ce qui est difficilement visible à l’œil nu. Ces fleurs sont réelles, je les ai vues de mes propres yeux, mais pas exactement de la même manière que sur mes photographies. Elles sont également éphémères, la photographie en conserve une trace. Elle permet également de figer le moment où les bourgeons s’ouvrent, un symbole du printemps, quand les arbres reprennent vie avec des cellules toutes neuves.

      Passons aux travaux pratiques. D’abord avec des primevères officinale (Primula veris). La premières photo a pour objectif d’être au plus proche de ce que j’ai vu au moment où je les aient découvertes.

      Sur la seconde photo, je me suis rapproché et accroupi. J’ai cherché à composer l’image pour les mettre en valeur tout en faisant ressortir leur environnement à la lisère d’un bois.

      La troisième photo, un gros plan, le plus proche possible avec mon appareil, de la fleur. Le résultat est très différent, dans les couleurs, les formes et les textures. Il faudrait une loupe pour atteindre ce niveau de détail.

      Une seconde série d’images avec les premières feuilles d’un charme en lisière d’un bois. On les distingue à peine sur la première photo qui a pour objectif de montrer ce que j’ai vu quand je le aient repérées.

      Elles sont déjà plus visibles sur la deuxième photo où un travail sur la profondeur de champ permet de rendre les feuilles nettes et le sous bois flou.

      Elles sont nettement visibles sur la macro-photographie. On peut y observer le vert tendre des feuilles, leur pilosité et les écailles du bourgeon qui sont encore là.

      ihttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-l-idee/pourquoi-l-ia-ne-surpassera-jamais-la-photo-5743740

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    • La cellule : dénominateur commun du vivant

      Publié à 15 h 46 min par Antoine Bocheux, le janvier 18, 2026

      Le vivant est d’une diversité foisonnante. Quels points communs peut-on trouver entre une minuscule bactérie, un arbre et un être humain ? Les différences sautent aux yeux. La bactérie est complètement invisible, l’arbre est fixe et l’être humain bouge. Si l’on oublie nos sens et que l’on adopte un point de vue scientifique il existe pourtant un lien de parenté entre notre bactérie, notre arbre et notre être humain. Ce sont des cousins très éloignés que des centaines de millions d’années d’évolution séparent. En dépit des apparences, ils ont tous un ancêtre commun. Et ils sont tous les trois constitués de cellules. Une simple cellule sans noyau pour la bactérie. Des milliards de cellules avec des noyaux pour l’arbre et l’être humain.

      La vie n’est pas simple à définir, aucune définition ne donne complètement satisfaction. Mais en observant son histoire en plan large, la cellule est un fil rouge, un dénominateur commun entre toutes les formes de vie ayant existé et existant aujourd’hui. Elles ont évolué et se sont diversifiées au fil du temps. Pourtant, elles ont toutes des séquences d’ADN en commun, ce qui permet aux scientifiques d’arriver à la conclusion qu’elles ont un ancêtre commun.

      Au début, il n’y avait que de minuscules cellules sans noyau pour protéger leur ADN, les bactéries et les archées. On ne sait pas laquelle des deux familles est apparue en premier. C’était probablement il y a 4 milliards d’années dans l’enfance de l’histoire de la terre qui a commencé il y a 4,5 milliards d’années. Beaucoup plus tard, il y a environ 1,5 milliard d’années sont apparus les eucaryotes, des cellules plus grandes, avec un noyau pour protéger leur ADN. Plus tard, il y a environ 600 millions d’années la vie multicellulaire apparaît avec des eucaryotes qui deviendront les champignons, les animaux et les plantes. Les cellules des plantes auront des chloroplastes qui leur permettront de fabriquer du sucre avec du CO2, de l’eau et la lumière du soleil. Celles des animaux auront des parois souples, quand celles des plantes seront rigides. Les animaux auront de multiples organes quand les plantes n’en auront que trois : tiges, racines et feuilles (les fleurs sont des feuilles transformées).

      Tout cela est bien complexe à expliquer. Cela semble pourtant limpide en lisant l’excellent livre de vulgarisation scientifique de Christophe Galfard, la vie à portée de maini. Tout est une question d’échelle. Nous sommes trop gros pour voir la majorité des formes de vie et les scientifiques ont eu besoin de microscopes de plus en plus puissants pour les découvrir et commencer à percer les secrets des cellules. La vie, comme toute la matière, est comme un puzzle géant dont l’unité de base est l’atome. Ces atomes sont assemblés en molécules. Celles des êtres vivants sont organisées sous forme de cellules. Dans ces cellules, se déroulent d’incessantes réactions chimiques au cours desquelles des millions de molécules sont assemblées chaque seconde. Les recettes de ces réactions chimiques sont codées sous formes d’ADN, l’alphabet du vivant.

      Pour nous aider à imaginer l’invisible Christophe Galfard nous propose de voyager par la pensée à l’intérieur d’une des cellules de notre main. Ce voyage serait trop long à décrire. Retenons en ici une métaphore (p 293). « les cellules sont les éléments constitutifs de la vie, ce qui est une découverte plutôt solide et rassurante. Mais plus vous observezcelle-ci, plus vous avez l’impression que les cellules sont le fruit du travail d’un groupe d’elfes ivres et minuscules qui ont décidé, lors d’une nuit épique, pour la blague, de construire des villes miniatures à l’intérieur de bulles liquides remplies de gel. C’était une bonne blague parce que ces villes qu’ils avaient en tête étaient, bien sûr faites de telle manière qu’elles devaient en permanence se reconstruire à partir de rien avec des matériaux constamment apportés, filtrés, détruits, recyclés par la cellule elle même. »

      Étrange, invisible. Pourtant notre corps est bien constitué de cellules, leur nombre est estimé à 30 milliards. Une activité incessante se déroule en permanence à l’intérieur de chacune d’entre elles. Autant d’éléments dont nous sommes constitués dont nous n’aurions pas conscience sans les découvertes de la science ! C’est déjà beaucoup, mais cela n’explique pas tout. D’où vient notre conscience d’être en vie, toutes les formes de vie ont-elles une conscience ? Autant de questions auxquelles la science n’est pas en mesure de répondre.

      iChristophe Galfard, la vie à portée, Albin Michel, 2025, 570 p

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    • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le janvier 1, 2026

      Le cycle des saisons poursuit son cours. Chaque changement de saison donne à redécouvrir sous un nouveau jour des lieux familiers. Redécouvrir, car la météo n’est jamais la même d’une année sur l’autre. Parce qu’en fonction de l’humeur et de l’attention que l’on porte aux paysages, le regard ne se porte pas au même endroit. Ces derniers jours, le mien s’est attardé sur les cynorrhodons, les fruits de l’églantier. Ils passent inaperçus quand on les cherche pas. Mais en marchant, en cherchant à reconnaître tous les fruits que l’on croise sur son chemin, ils se laissent facilement repérer. Ils sont nombreux, leur couleur rouge rehausse les teintes de plus en plus monochromes de ce début d’hiver.

      Cynorrhodon, voilà un mot qui doit rapporter gros au scrabble. Un mot qu’il n’est pas facile de mémoriser. En langage familier, on les appelle également gratte cul, c’est plus simple à retenir. Et cela rappelle que le contact avec les poils que l’on trouve à l’intérieur des cynorrhodons peut provoquer des démangeaisons ! En s’approchant, attention à ne pas se faire piquer par les épines de l’églantier. Puis cueillir quelques cynorrhodons. Les palper : s’ils sont tendres, ils sont faciles à ouvrir et l’on peut espérer y sucer quelques fragments d’une chair sucrée riche en vitamines C. Ne comptez pas dessus si vous avez un gros appétit. Il est délicat d’y goutter sans avaler par mégarde quelques graines ou quelques poils. Mais le jeu en vaut la chandelle, son goût est très fin, les plus patients en font d’ailleurs d’excellentes confitures.

      Après cette séquence dégustation, place à la botanique. Les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air. Membre de la famille des rosacés, l’églantier (Rosa en latin) est le cousin des rosiers horticoles. Rosa n’est pas une espèce mais un genre. A l’intérieur duquel il existe des dizaines d’espèces. La petite flore de France précise que le genre Rosa comporte, selon les auteurs, 20 à 30 taxons. En précisant qu’ils sont difficiles à identifier, raison pour laquelle elle ne présente que les 6 espèces les plus courantes. N’ayant que les fruits sous les yeux je n’irai pas plus loin dans mes investigations et me contente de constater que les cynorrhodons que j’ai photographiés sont d’une forme nettement différente. J’ai donc probablement croisé deux espèces différentes.

      Autre découverte. Le cynorrhodon n’est pas un fruit mais un réceptacle. C’est ce réceptacle qui portait les pétales, les sépales, les étamines et les pistils de la fleur. A l’intérieur l’ont trouve les véritables fruits. Ce que nous avons pris pour des graines sont en fait des fruits, des akènes pour être précis. Selon le dictionnaire visuel de la botanique leur paroi est très dure et épaisse. Les cynorrhodons ne sont donc pas des fruits, mais des sortes d’urnes charnues, rouges à maturité, qui contiennent les véritables fruits.

      Quelle métamorphose entre la délicate fleur d’églantier, rose tendre, fine et délicate et ce réceptacle rouge vif. Le second était pourtant le support de la première. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie pour la douceur du printemps que je me remémore cette fleur. Une autre époque au même endroit. Une époque où les fleurs comptaient sur les insectes pollinisateurs pour transporter leur pollen. Dans les frimas de l’hiver notre églantier ne peut plus compter sur les insectes, engourdis par le froid. Mais les oiseaux sont là pour disperser ses graines. Les cynorrhodons constituent pour eux une source d’énergie bien venue.

      En attendant de retrouver le printemps et ces fleurs délicates, il est temps de vous souhaiter une bonne année 2026. Avec des haies champêtres qui abritent de magnifiques églantiers qui nourrissent les insectes et les oiseaux et font le bonheur des promeneurs attentifs à leur beauté.

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    • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le novembre 30, 2025

      Certaines lectures donnent l’espoir d’échapper à l’actualité et son lot de mauvaises nouvelles. C’est ce que j’espérais en me plongeant dans la lecture de « les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre »i. Ce livre de vulgarisation scientifique écrit par le paléontologue Thomas Halliday plonge avec délice dans un voyage spatio-temporel. A partir des fossiles et autres indices conservés dans les roches, il imagine une description des paysages, de la flore et de la faune à différentes époques géologiques. Le voyage commence au pléistocène, au milieu des mammouths, il y a 20 000 ans et finit il y a 550 millions d’années dans les océans de l’édiacarien. Toute cette histoire peut sembler loin de nous, elle est pourtant brûlante d’actualité.

      Pendant ces 550 millions d’années, on compte 5 extinctions de masse dont certaines sont provoquées par de brusques changements climatiques … En particulier celle qui est survenu il y a 252 millions à la fin du permien : une gigantesque irruption volcanique en Sibérie a provoqué une forte concentration en CO2 et en méthane dans l’atmosphère. Et mis le feu à de gigantesques tourbières, ce qui a encore fait monter la concentration de gaz à effet de serre. S’en est suivi un réchauffement climatique rapide, une acidification des océans et l’extinction de 96 % des espèces. Difficile de ne pas voir de similitudes avec la situation actuelle !

      Thomas Halliday fait part de ces similitudes dans sa conclusion. Si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous nous dirigeons vers un climat jamais connu par le genre Homo. Il faut remonter à l’Eocène il y a 40 millions d’année pour s’en approcher. A cette époque, l’antarctique était recouvert de forêts. Il se montre malgré tout optimiste car nous sommes informés de la situation « le fait même que nous soyons en mesure de réfléchir à l’état de notre environnement, que nous disposons de la capacité de nous plonger dans le passé pour le comparer au présent est la raison pour laquelle nous pouvons rester optimiste »ii. Mais est-il suffisant d’être informé ? Quelques jours avant de lire cette phrase nous parlions avec mon ami Sébastien Dathané de la désinformation. Concept qu’il présente dans son blog Alchimie de sensiii. Au moment où un consensus se dégage au sein de la communauté scientifique sur l’origine anthropique du réchauffement et sur sa gravité, un constat s’impose : savoir est une choses, agir pour trouver une solution à ce péril en est une autre.

      La COP 30 en est une illustration pour plusieurs raisons. La première est l’absence des Etats-Unis parce que son président remet en cause l’origine anthropique du changement climatique. Cela traduit une remise en cause de la science. Le savoir scientifique est pourtant construit autour d’une méthodologie rigoureuse, où les chercheurs citent leur sources, expliquent en détail leur méthodologie afin de permettre à d’autres chercheurs de reproduire leurs expérience pour vérifier leur résultats et sont soumis à l’évaluation de leurs pairs. Quand les résultats de travaux menés avec rigueur sur des décennies sont balayés d’un revers de main, cela laisse perplexe. Quand leur réfutation s’appuie sur quelques travaux scientifiques il y a bien désinformation.

      La seconde est la nature des discussions entre les participants : des pays, des lobbies industriels et des organisations non gouvernementales. L’émission de Causes à effets sur France Culture en propose un compte renduiv. Elles ont principalement tournées autour de la décarbonation de l’économie mondiale. Il a été question de continuer ou pas l’extraction des énergies fossiles, et de réduire les émissions de CO2 en utilisant plus d’énergies renouvelables. Dans une conjoncture marquée par les tensions internationales où les États cherchent avant tout à développer leurs industries et de nouvelles techniques autour de cette nouvelle économie décarbonée. Avec un budget contraint par la hausse des dépenses militaires. Dans ce contexte concurrentiel avec de forts enjeux de pouvoir et de puissance sous jacents, il est fort probable que la désinformation ait été utilisée comme une arme pour peser sur les débats. On peut voir le verre d’eau à moitié plein et se dire que, malgré tout, cette transition énergétique va permettre de réduire un peu les émissions de gaz à effet de serre ce qui limitera les dégâts. On peut aussi être plus pessimiste comme l’historien Jean Baptiste Fressoz qui explique que la transition énergétique n’est en fait qu’un empilement des énergies les unes sur les autresv et pas une substitution des énergies renouvelables aux énergies fossiles.

      Devant la complexité des politiques d’atténuation et d’adaptation, le risque de mésinformation n’est jamais loin. Le temps que chacun peut consacrer pour s’informer sur ces sujets est forcément limité. Moi le premier, personne n’est à l’abri de distorsion involontaire de la vérité, sans intention malveillante. Pourtant, il faut bien s’informer de son mieux. Nous l’avons vu, savoir ne suffit pas, mais il est indispensable de savoir pour espérer trouver une solution. Adhérer à la désinformation selon laquelle le réchauffement climatique n’est pas d’origine anthropique c’est aller tout droit vers les pires scénarios climatiques.

      iThomas Halliday , Les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre, Livre de poche, 660 pages, 2022

      iiP 516 Thomas Halliday , Les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre

      iiihttps://alchimie-de-sens.netlify.app/notes-permanentes/20251021-desinformation-generalites/

      ivhttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/de-cause-a-effets-le-magazine-de-l-environnement/cop-30-clap-de-fin-quels-engagements-pour-demain-1367320

      vhttps://champsdemesreves.fr/2024/02/24/quand-le-petrole-sert-a-extraire-du-bois/

      Posté dans Information | 0 Commentaire | Tagué Changement climatique, Désinformation, Energie, Histoire de la vie, Information
    • Incomplétude heureuse

      Publié à 17 h 53 min par Antoine Bocheux, le octobre 19, 2025

      Incomplétude, ce mot étrange m’est venu à l’esprit en assistant à un récital de piano. Même en me concentrant, impossible de suivre le flot de musique qui jaillit de la table d’harmonie. Sur le clavier, tout va vite, sous l’impulsion des mouvements vifs, souples et précis du pianiste. Trop de notes d’arpèges et d’accords, trop de nuances, trop de variétés dans les timbres. Même en étant attentif, il m’est impossible de me concentrer sur tout. J’imagine que, peut-être dans la salle, d’autres spectateurs plus familiers que moi à l’art du piano perçoivent une sorte de face cachée de la musique qui échappe à mon oreille. J’ai l’impression que mon écoute est incomplète, ce qui ne m’empêche pas d’en entendre assez pour apprécier la musique. Cette incomplétude me donne même une forme de satisfaction. Le flot musical qui sort du piano n’est pas clos. Il est riche des promesses du plaisir d’en découvrir de nouvelles facettes à l’occasion de prochains concerts ou de l’écoute attentive d’un disque.

      Cette incomplétude heureuse m’évoque également la botanique. Essayer de vous installer seul au milieu d’une prairie et de nommer les plantes qui vous entourent. Si vous n’en connaissez aucune, l’exercice sera frustrant. Il est difficile de s’intéresser à quelque chose sans aucun repère. Ce n’est plus de l’incomplétude, c’est le vide, le néant. Si vous en reconnaissez la moitié, vous serez heureux de les retrouver et sûrement très motivé par la perspective de sortir votre flore et votre loupe pour mettre un nom sur une partie des plantes que vous n’avez pas reconnues. En repassant, saisons après saisons, années après années, vous aurez le plaisir de constater que vous en reconnaissez de plus en plus. La prairie devient de plus en plus familière. Si un jour vous les reconnaissez toutes, vous aurez un moment l’impression d’avoir fait le tour de la question.

      Mais l’horizon de la botanique est vaste. Vous aurez peut-être envie d’aller voir ailleurs pour découvrir des plantes que vous ne connaissez pas encore. Et même de découvrir des espèces que personne n’a jamais décrites si vous êtes un botaniste chevronné (pour cela il faudra quitter la France métropolitaine). Ou de vous intéresser plus en détail aux plantes que vous avez identifiées dans la prairie. Ce que leur association permet de déduire sur la nature du sol ? Sont-elles comestibles ? Ont-elles des vertus médicinales. Quels animaux s’en nourrissent ? Sont-elles rares ? Les questions à se poser sont nombreuses. Si la prairie était un cercle, il se remplirait au fur et fur à mesure que l’on apprend à y identifier les plantes qui poussent à l’intérieur. Et au moment où l’on pense en connaître la superficie, l’on se rend compte qu’il reste de nouveaux points, d’une nature différente, à découvrir. En y prêtant attention, certains points se dilatent et deviennent de nouveaux cercles à explorer.

      Sous la prairie, il y a peut-être un sol calcaire constitué de l’accumulation des cadavres de micro-organismes ayant vécu il y a des centaines de millions d’années. Pour les scientifiques, proposer un récit de l’histoire de la vie sur terre ressemble à une enquête policière dont les indices se trouvent principalement dans les roches. La découverte de fossiles permet de compléter le tableau. A partir de ces indices, ils peuvent nous proposer les contours d’une histoire de la vie sur terre. Il restera toujours du mystère dans cette histoire, des découvertes scientifiques à venir la feront évoluer, la bouleverseront peut-être. Une chose est sûre elle sera toujours incomplète. Cette incomplétude fait travailler l’imagination. Comme créer une image mentale de ce qui n’existe plus. Une solution est de faire appel à des illustrations d’artistes qui essayent de restituer les paysages disparus avec le plus de précisions possible. Une autre est de se laisser aller à son imagination.

      J’imagine des images floues avec des dominantes de couleurs chaudes pour marquer différents chapitres. Du rouge pour la terre primitive encore en fusion, il y a environ 4,5 milliards d’années. Du bleu foncé pour les débuts de la vie sur terre avant que la photosynthèse des cyanobactéries ne rejette de l’oxygène dans l’atmosphère. La vie existait, mais elle n’était représentée que par des bactéries invisibles à l’œil nu. Du bleu plus clair entre 2,4 milliards d’année et 600 millions d’années, la vie est toujours invisible mais un peu plus grande avec l’apparition des cellules à noyaux, les eucaryotes. Des formes floues, variées et étranges au milieu du bleu de l’océan pour les débuts de la vie multicellulaire entre 600 et 450 millions d’années Et du vert d’il y a 450 millions d’années à nos jours quand les plantes ont colonisé les continents. Les images sont floues, très incomplètes, mais le cercle commence à se remplir. Et je réjouis de la perspective que mes lectures au cours des prochaines années leur apporte un peu de netteté.

      Posté dans Non classé | 1 commentaire | Tagué botanique, Histoire de la vie, Musique
    • La fin de l’insouciance estivale

      Publié à 17 h 56 min par Antoine Bocheux, le septembre 14, 2025

      Il pleut en ce début septembre. Pour moi c’est un soulagement, je présume que je ne suis pas le seul. Après deux mois et demi sans pluie significative, je me demandais jusqu’où irait cette sècheresse qui n’en finit pas. D’abord une première canicule fin juin (16 jours ). Heureusement le printemps avait été pluvieux, le sol était gorgé d’eau ce qui a permis aux arbres de passer sans dommage visible cette première vague de chaleur et de tenir jusqu’au début du mois d’août. En regardant plus attentivement on pouvait déjà observer que les feuilles se recroquevillaient, signe de la fermeture de leurs stomates pour évaporer moins d’eau. Donc pomper moins d’eau dans le sol mais aussi réduire leur photosynthèsei.

      Il n’a presque pas plu en juillet, seulement quelques orages secs et de petites averses tellement insignifiantes qu’elles n’ont même pas permis à l’herbe de reverdir. C’est dans un état de sècheresse avancée des sols que les arbres ont du affronter la seconde canicule en aout (11 jours). Plus courte mais plus chaude que celle de juin avec plusieurs pointes au dessus de 40 degrés. L’effet a été spectaculaire. Les arbres, mêmes les plus grands, les plus vieux, les mieux enracinés ont commencé à perdre une partie de leurs feuilles. Sans jaunir ou rougir comme en automne. Elles tombaient au sol en quelques jours. Résultat : les arbres pompent encore moins d’eau dans le sol, mais ils réduisent encore plus leur photosynthèse. C’est autant de réserves de sucres qu’ils ne ne pourront pas faire pour le printemps prochain. Cela les rend plus vulnérables aux maladies.

      Il n’y a pas que les arbres qui ont souffert des canicules. Elles ont également éprouvé les êtres humains. On peut écrire sans prendre trop de risque que pendant 27 jours l’adaptation à cette chaleur inhabituelle a fait partie des préoccupations principales des français. 27 jours pendant lesquels la vie a été plus compliquée. Que faire quand il ne suffit plus d’aérer la nuit et fermer les volets le jour pour faire baisser la température de son logement. Quand même en vivant dans le noir, il fait plus de 30 degrés dans sa chambre, comment dormir normalement ? La climatisation devient la seule solution pour conserver un peu de fraîcheur. Avec la chaleur qui devient pesante et le soleil brûlant l’organisation des journées change : on sort le moins possible pour ne peut pas s’exposer. Même en vacances, même à la plage il fait trop chaud. Il faut se lever à l’aube pour profiter d’une marche dans la nature.

      Pour constater un spectacle de désolation. Toute la végétation est jaune, les arbres perdent leurs feuilles. Il ne reste plus de fleurs sauvages à observer. La vie végétale semble encore plus à l’arrêt qu’en plein hiver. Il faut chercher dans les fossés pour trouver un semblant de vie et avec ça et là un pied de menthe qui fleurit péniblement. Les images champêtres de campagnes verdoyantes ne sont plus qu’un lointain souvenir du printemps. Ou de temps anciens, quand été ne rimait pas systématiquement avec sécheresse et canicule. Une époque, pas si lointaine, où il était courant de voir de l’herbe verte et des fleurs au mois d’août. L’été était alors une saison d’insouciance. Nous étions à l’abri du froid. La chaleur était parfois gênante l’après midi, ce qui n’avait rien d’inquiétant quand la fraîcheur revenait toujours la nuit et le matin. Il faudra s’y faire le climat change ; même à l’abri de nos cocons nous ne pouvons pas l’ignorer.

      Les statistiques sont têtues, les climatologue nous mettent en garde. Si la canicule de 2003 était statistiquement improbable, il y avait déjà une chance sur six de subir celles de 2025. En en 2050, l’été 2025 nous semblera fraisii. L’été devient petit à petit une saison inquiétante avec une probabilité qui augmente d’année en année de subir canicule, sécheresse et feux de forêts. Été après été la face sombre du réchauffement climatique entre dans nos vie.

      La pluie de septembre est donc arrivée comme un soulagement, nous sommes plus statiquement à l’abri d’une canicule en septembre. L’herbe redevient verte, les arbres reprennent leur photosynthèse avec leurs dernières feuilles dont les stomates s’ouvrent de nouveau. Ils retrouvent un aspect presque normal. Et les fleurs sauvages sont de retour comme cette magnifique Mauve sylvestre (Malva sylvestris) photographiée le 5 septembre .

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/actualites/pourquoi-les-feuilles-tombent-elles-plus-tot-cette-annee

      iihttps://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-26-aout-2025-4269750

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Changement climatique, Nature, photo
    • Zoom et dézoom : voyage à l’échelle d’une bactérie

      Publié à 20 h 13 min par Antoine Bocheux, le août 7, 2025

      Il existe de nombreux divertissements pour oublier les soucis du quotidien. Le cinéma en est un : souverain. Parfois, avec les films policiers, nous regardons des histoires qui font peur. Pour se dire que nos vies ne sont pas si terribles que ça ? D’autres fois, avec les comédies romantiques, nous rentrons dans un monde idéalisé où tout finit bien. Pour rêver d’une vie meilleure que la nôtre ? Il existe aussi des expériences de pensées plus originalesoù l’on se fait soi même son cinéma dans sa tête. De bonnes occasions d’imaginer ce que nos sens ne peuvent pas voir. Pourquoi pas essayer de changer d’échelle en se mettant dans le peau d’une bactérie ?

      Les bactéries sont partout. Dans nos corps comme dans celui de tous les animaux, dans les plantes, dans les sols, dans les océans et même dans l’air. Elles sont la forme de vie la plus ancienne sur terre. Elles existent depuis au moins 3,5 milliards d’années alors que la vie pluricellulaire n’aurait que 600 millions d’années. Elles sont partout, mais ne pouvons pas les voir directement. Elles sont petites, beaucoup trop petites. Elles ne font qu’environ 1 millième de millimètre. Beaucoup trop lilliputien pour espérer les observer avec une loupe. Pour les voir il reste le microscope électronique. Pas vraiment le genre d’équipement auquel tout un chacun a accès ! Les scientifiques qui ont pu les observer par ce biais nous apprennent que leurs formes sont variées : sphériques, ovales, bâtonnets, filaments … Tout cela reste encore bien abstrait. 1 millième de millimètre c’est tellement petit ! Nous sommes trop gros pour faire de la biologie.

      Alors lançons nous dans notre expérience de pensée. Agrandissons suffisamment nos bactéries pour pouvoir les observer sans loupe et les saisir. Imaginons que leur taille est multipliée par mille. Elles font maintenant un millimètre de haut. Un millimètre c’est encore minuscule mais avec une pince nous pouvons maintenant espérer les manipuler. En étant patient nous pourrions essayer de les empiler pour construire une tour. Imaginons que cette tour fait mille fois la taille d’un être humain de 180 centimètres. Notre tour est un gratte ciel qui culmine à 180 mètres de hauts. Il faudrait beaucoup de petits briques d’un millimètres pour la construire ! Des milliards et des milliards de briques. On comprend mieux pourquoi un corps humain est assez grand pour abriter des dizaines de milliards de bactérie. Le Muséum d’Histoire Naturelle estime que le corps d’un être humain de 20 à 30 de ans mesurant 1,70 mètres abriterait 38 milliards de bactériesi. C’est vraiment beaucoup. Pour donner un ordre de grandeur, la terre est peuplée de « seulement » 8,14 milliards d’habitants en 2025.

      Poursuivons notre expérience de pensée en imaginant maintenant que nous sommes une bactérie de 180 centimètres de haut au pied d’un être humain. Pour respecter les ordres de grandeurs, agrandissons notre être humain géant dans les mêmes proportions que la bactérie pour passer de passer de 1 millième de millimètre à 180 centimètres ? Quelle hauteur ferait cet être humain ? Il serait bien plus haut qu’une grande girafe de 6 mètre de haut c’est sûr. Beaucoup plus haut qu’un gratte ciel de 800 mètre de haut. Il culminerait largement au dessus des 8849 mètre d’altitude de mont Everest. La bonne réponse est 324 kilomètres. Notre géant imaginaire aurait donc les pieds sur terre et la tête dans l’espace. En ordre de grandeur sa taille correspond à peut près à la distance en ligne droite entre Paris et Londres (344 kilomètres) ou la distance entre la terre et la station spatiale internationale. Mais ce n’est finalement pas si grand que ça pour abriter 38 milliards de bactéries !

      Il nous faudrait du temps pour explorer ce géant, le chemin de ses pieds à sa tête serait long. Il serait particulièrement embouteillé au niveau du tube digestif qui abrite 90 % des bactéries hébergées dans un corps humain. Comme souvent c’est là où se trouve la nourriture que la vie se concentre.

      Chaque bactérie contient des millions de molécules. Nous pourrions poursuivre notre expérience de pensée en nous mettant à l’échelle d’une molécule. Mais les distances risquent de devenir vraiment vertigineuses !

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/le-corps-humain-terrain-de-toute-une-biodiversite

      Posté dans Non classé | 0 Commentaire | Tagué Biologie, Histoire de la vie
    • Entropie, énergie et informations : quand la physique et la biologie rejoignent le quotidien

      Publié à 16 h 33 min par Antoine Bocheux, le juillet 20, 2025

      Les idées se croisent parfois d’une manière surprenante. En ouvrant un livre pour s’évader du quotidien. Juste pour le plaisir de découvrir d’autres mondes que nous ne pouvons pas voir mais dont la science nous fait découvrir l’existence. Elle nous aide à en imaginer les contours. Physique, astrophysique, biologie, géologie … les champs de de la sciences sont vastes et variés. L’historien David Christian a eu la bonne idée de réunir toutes ces disciplines pour nos proposer une histoire de la Terre du big bang à nos jours dans son livre « Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours »i. Après avoir lu ses deux premières parties sur le cosmos et la biosphère quelques constantes apparaissent.

      Dans la description qu’il fait du cosmos comme dans celle de la biosphère l’opposition entre l’entropie et l’énergie tient une place importante. L’entropie est la tendance de notre univers en expansion à aller vers le désordre. L’énergie, au contraire permet de fusionner la matière vers des atomes puis des molécules toujours plus complexes. Mais quand l’énergie libre qui permet à cette complexité de se former s’épuise, l’entropie reprend le dessus. C’est l’énergie de la gravitation qui permet à des atomes d’hydrogène et d’hélium qui circulent dans l’univers de se regrouper ce qui les réchauffe. Jusqu’à atteindre 10 000 degrés, température à laquelle se forme une réaction de fusion nucléaire qui transforme l’hydrogène en hélium. Une étoile est née. Quand l’hydrogène s’épuise, d’autre atomes plus lourds (avec plus de protons dans leurs noyaux ) se forment, jusqu’à ce que la température de l’étoile devienne tellement élevée qu’elle explose. Et que ses atomes se dispersent dans l’espace. C’est le retour de l’entropie.

      Sur terre, notre planète formée d’atomes issus de poussière d’étoiles ayant explosées, la source d’énergie directe est fournie par le soleil qui lui permet d’atteindre une température propice à la formation de molécules complexes. En simplifiant à grands traits, ces atomes ont finit par donner la vie sous forme de petites cellules procaryote (environ un millième de millimètre). Une sorte de bain liquide constitué de molécules qui restent groupées grâce à un ensemble de réactions chimiques, leur métabolisme. Elles peuvent se reproduire de façon quasi identique grâce à leur ADN. Pour alimenter leur métabolisme, elle ont besoin d’énergie, le plus souvent fournie directement par les photons du soleil grâce à la photosynthèse. Elles ont également besoin d’informations pour s’adapter à leur environnement. Par exemples, elles peuvent détecter la présence de nutriments, de toxines ou d’autres micro-organismes et ajuster leur comportement en conséquence (comme se déplacer vers une source de nourriture ou éviter des substances nocives). Avoir accès à une source d’énergie et à des informations est donc indispensable aux organismes vivants, même les plus simples, pour rester en vie.

      Revenons à notre échelle et à nos activités quotidiennes. Nous aussi avons besoin d’énergie pour vivre. Nous la recevons sous forme de nourriture, en mangeant d’autres animaux ou des végétaux ayant tiré leur énergie du soleil. De l’énergie il nous en faut pour activer nos muscles, pour ranger notre bureau qui est vite envahi par le désordre si nous n’intervenons pas. La tendance naturelle vers l’entropie sans dépense d’énergie se vérifie ici d’une manière imparable ! Même au repos, il faut manger pour vivre, pour alimenter notre cerveau quand nous lisons ou nous rêvons ou tout simplement pour respirer. L’information nous est également nécessaire, pour vérifier qu’il n’y a pas de voiture avant de traverser de la route ou pour ne pas manger des aliments moisis.

      Mais s’informer c’est aussi une dépense d’énergie. Faible quand il s’agit de regarder si une voiture arrive avant de traverser la route, forte quand il s’agit de choisir une voiture à acheter. Encore plus élevée quand il s’agit de gérer une entreprise : suivre la réglementation, la concurrence, les attentes des clients … les besoins d’informations sont énormes. Ces informations sont pourtant nécessaires pour prendre des décisions les plus éclairées possible. Le web est rempli d’informations utiles, disponibles gratuitement encore faut-il le temps de les identifier et encore du temps pour les analyser. Ce temps nécessite de l’énergie, puisqu’il sollicite nos cerveaux. Qui ont leurs limites alors que le volume d’informations disponibles sur le web ne cesse d’augmenter. L’intelligence artificielle et ses datas center gourmands en énergie peut, dans une certaine mesure, aider dans ces tâches de recherche et de traitement de l’information. Mais elle contribue également à produire plus d’informations de « mauvaises » qualités dont le traitement fait perdre de l’énergie. « Fausses » quand elles sont émises avec l’intention d’induire en erreur. Ou tout simplement sans intérêt quand elles ne font que reformuler presque à l’identique des informations déjà émises, créant une surcharge informationnelle qui sature nos cerveaux. Une intervention humaine reste indispensable pour sélectionner les informations à évaluer en évitant le trop peu ou le trop plein d’information, mais aussi de se disperser en se basant sur des informations hors sujet ou sans valeur ajoutée pour l’analyse.

      Si nous savons que traverser la route sans regarder s’il n’y pas de voiture est dangereux, n’oublions pas aussi que l’excès d’information est également dangereux. S’il fallait deux heures pour analyser les détails de la route avant de traverser il serait difficile d’arriver à l’heure à son rendrez-vous. Et compter les fenêtres sur les maisons de chaque côté de la route ne permettrait pas de savoir si la voie est libre pour traverser. L’information c’est un peu comme la nourriture, notre source d’énergie, il n’en faut ni trop ni trop peu et elle doit correspondre à nos besoins pour prendre les bonnes décisions ! L’énergie de nos cerveaux n’est pas illimitée contrairement à la quantité d’informations disponibles sur le web.

      iDavid Christian,  Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours , arpa, 2025, 400 pages

      Posté dans Information | 0 Commentaire | Tagué Astrophysique, Biologie, Histoire de la vie, Informations, Intelligence Artificielle
    • Quand le bocage continue de mourir : aux sources d’une dissonance entre les paroles et les actes

      Publié à 17 h 30 min par Antoine Bocheux, le juin 22, 2025

      La presse se fait souvent l’écho de plantations de haies. Comme nous l’avons déjà vu l’année dernière, les scientifiques insistent sur les vertus agronomiques et écologiques du bocage. : lutte contre les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.iDans ce contexte il semblerait logique que le linéaire de haies progresse sur le territoire français. Malheureusement, à première vue en dépit de toute logique, l’arrachage continue en France. Il s’accélère même. 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Comment expliquer cette situation ? Dans les discours, il est difficile de trouver des ennemis au bocage et à la haie champêtre. Opinion publique, syndicats agricoles de diverses sensibilités, chasseurs et amis des animaux : personne n’est contre. Alors d’où vient ce décalage entre la parole et les actes ? Deux ouvrages sortis récemment aident à y voir plus clair.

      La journaliste Inés Léraud revient sur l’histoire du remembrement dans la BD « champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement »ii Que retenir de cet épisode qui a aboutit à la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées entre les années 1950 et les années 1980 ? Que le remembrement n’a pas seulement eu pour objectif arracher les haies pour faciliter la mécanisation de l’agriculture. Ni l’autosuffisance alimentaire. Il a également eu pour ambition de transformer les fermes en exploitations agricoles et de réduire drastiquement le nombre de paysans. L’État ne voyait pas d’un bon œil de laisser des millions de paysans vivre en quasi autonomie. Le bocage contribuait largement à cette autonomie en leur fournissant, entre autres le bois d’œuvre et le bois de chauffage et des fruits. Entre 1946 et 1974, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 7 millions à 3 millions Quatre raisons se cachent derrière cet objectif de réduire le nombre de paysans

      Premièrement, réduire le nombre d’agriculteurs pour libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. Deuxièmement, ouvrir des débouchés à l’industrie des fournitures agricoles : tracteurs, engrais, pesticides, semences… Troisièmement :favoriser les exploitations agricoles qui fournissent des matières premières agricoles standardisées pour répondre aux besoins de l’industrie agro-alimentaire. Quatrièmement : réduire le coût de l’alimentation dans le budget des français pour favoriser les ventes de produits de consommation : télévisions, frigidaires, lave linge, voitures …

      Ce qui ressort de la BD d’Inés Léraud, c’est la souffrance qu’à représenté ce remembrement pour les paysans qui l’ont subi. Ils ont été victimes de la destruction du paysage dans le lequel ils avaient vécu en même temps que la remise en question de leur mode de vie. Il s’est également accompagné de conflits tenaces entre les paysans pro et anti remembrement qui ont laissés des traces durables. Et toutes les oppositions ont été réprimées par l’État, souvent par la force, qui n’a pas hésité à envoyer des compagnies de CRS pour protéger les engins de travaux publics nécessaires à l’arrachage des haies quand c’était nécessaire.

      Aujourd’hui, la situation a changé. En conclusion de son livre « La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des moeurs »iii le sociologue Léo Magnin souligne que «  2 % de la population active, les agriculteurs, qui sont économiquement contraints de baisser leur coût de production et réglementairement poussés à prendre en charge la préservation de 52 % du territoire national ». Les haies sont souvent sacrifiées à cause de cette contradiction. Elles deviennent une contrainte pour beaucoup d’agriculteurs qui manquent de temps pour les entretenir du fait de l’agrandissement des exploitations. Dans le même temps cet entretien n’est plus une source de revenus, le bois n’étant pas toujours valorisé. Même l’ombrage qu’elle apporte aux bétails est de moins en moins apprécié. l’augmentation de la taille des exploitations incitant les éleveurs à laisser les animaux à l’étable toute l’année, les intérêts agronomiques et écologiques des haies pèsent peu pour des agriculteurs déjà soumis à une lourde charge de travail. Ceux qui en ont encore sur leurs exploitations vivent parfois comme une injustice l’interdiction de les arracher Dans ce contexte la zone de deux mètres d’herbe entre le labour et le pied de la haie n’est pas toujours respectée, les haies sont parfois tuées à petit feu en les taillant un peu plus bas chaque année jusqu’à leur disparition définitive. Cela permet de contourner l’interdiction d’arracher et coûte en plus moins cher qu’un arrachage.

      Tout cela nous rappelle que derrière les haies, il y a des hommes. Ce sont eux qui ont planté les haies champêtres pour assurer leur autonomie en bois et en fruits et pour disposer de parcelles closes et ombragées pour leur bétail. En vidant les campagnes de leurs paysans l’agriculture industrielle rend difficile le retour des haies. Malgré les discours, malgré l’intérêt agronomique et écologique des haies, un blocage profond persiste. Réduire toujours plus le nombre d’agriculteurs, augmenter toujours plus la productivité par actif est une logique qui n’est pas tenable si l’on souhaite préserver les haies. Compte tenu des bénéfices de la présence des haies pour l’ensemble de la société il est urgent de s’en inquiéter.

      ihttps://champsdemesreves.fr/2024/05/12/les-vielles-haies-champetres-un-patrimoine-naturel-et-culturel-a-preserver/
      iiInès Léraud, Champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement, Delcourt, 2024, 192 pages
      iiiLéo Magnin, La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des mœurs, La Découverte,2024, 224 pages

      Posté dans Agriculture, Histoire | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Bocage, Histoire
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