Les champs de mes rêves

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    • Zoom et dézoom : voyage à l’échelle d’une bactérie

      Publié à 20 h 13 min par Antoine Bocheux, le août 7, 2025

      Il existe de nombreux divertissements pour oublier les soucis du quotidien. Le cinéma en est un : souverain. Parfois, avec les films policiers, nous regardons des histoires qui font peur. Pour se dire que nos vies ne sont pas si terribles que ça ? D’autres fois, avec les comédies romantiques, nous rentrons dans un monde idéalisé où tout finit bien. Pour rêver d’une vie meilleure que la nôtre ? Il existe aussi des expériences de pensées plus originalesoù l’on se fait soi même son cinéma dans sa tête. De bonnes occasions d’imaginer ce que nos sens ne peuvent pas voir. Pourquoi pas essayer de changer d’échelle en se mettant dans le peau d’une bactérie ?

      Les bactéries sont partout. Dans nos corps comme dans celui de tous les animaux, dans les plantes, dans les sols, dans les océans et même dans l’air. Elles sont la forme de vie la plus ancienne sur terre. Elles existent depuis au moins 3,5 milliards d’années alors que la vie pluricellulaire n’aurait que 600 millions d’années. Elles sont partout, mais ne pouvons pas les voir directement. Elles sont petites, beaucoup trop petites. Elles ne font qu’environ 1 millième de millimètre. Beaucoup trop lilliputien pour espérer les observer avec une loupe. Pour les voir il reste le microscope électronique. Pas vraiment le genre d’équipement auquel tout un chacun a accès ! Les scientifiques qui ont pu les observer par ce biais nous apprennent que leurs formes sont variées : sphériques, ovales, bâtonnets, filaments … Tout cela reste encore bien abstrait. 1 millième de millimètre c’est tellement petit ! Nous sommes trop gros pour faire de la biologie.

      Alors lançons nous dans notre expérience de pensée. Agrandissons suffisamment nos bactéries pour pouvoir les observer sans loupe et les saisir. Imaginons que leur taille est multipliée par mille. Elles font maintenant un millimètre de haut. Un millimètre c’est encore minuscule mais avec une pince nous pouvons maintenant espérer les manipuler. En étant patient nous pourrions essayer de les empiler pour construire une tour. Imaginons que cette tour fait mille fois la taille d’un être humain de 180 centimètres. Notre tour est un gratte ciel qui culmine à 180 mètres de hauts. Il faudrait beaucoup de petits briques d’un millimètres pour la construire ! Des milliards et des milliards de briques. On comprend mieux pourquoi un corps humain est assez grand pour abriter des dizaines de milliards de bactérie. Le Muséum d’Histoire Naturelle estime que le corps d’un être humain de 20 à 30 de ans mesurant 1,70 mètres abriterait 38 milliards de bactériesi. C’est vraiment beaucoup. Pour donner un ordre de grandeur, la terre est peuplée de « seulement » 8,14 milliards d’habitants en 2025.

      Poursuivons notre expérience de pensée en imaginant maintenant que nous sommes une bactérie de 180 centimètres de haut au pied d’un être humain. Pour respecter les ordres de grandeurs, agrandissons notre être humain géant dans les mêmes proportions que la bactérie pour passer de passer de 1 millième de millimètre à 180 centimètres ? Quelle hauteur ferait cet être humain ? Il serait bien plus haut qu’une grande girafe de 6 mètre de haut c’est sûr. Beaucoup plus haut qu’un gratte ciel de 800 mètre de haut. Il culminerait largement au dessus des 8849 mètre d’altitude de mont Everest. La bonne réponse est 324 kilomètres. Notre géant imaginaire aurait donc les pieds sur terre et la tête dans l’espace. En ordre de grandeur sa taille correspond à peut près à la distance en ligne droite entre Paris et Londres (344 kilomètres) ou la distance entre la terre et la station spatiale internationale. Mais ce n’est finalement pas si grand que ça pour abriter 38 milliards de bactéries !

      Il nous faudrait du temps pour explorer ce géant, le chemin de ses pieds à sa tête serait long. Il serait particulièrement embouteillé au niveau du tube digestif qui abrite 90 % des bactéries hébergées dans un corps humain. Comme souvent c’est là où se trouve la nourriture que la vie se concentre.

      Chaque bactérie contient des millions de molécules. Nous pourrions poursuivre notre expérience de pensée en nous mettant à l’échelle d’une molécule. Mais les distances risquent de devenir vraiment vertigineuses !

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/le-corps-humain-terrain-de-toute-une-biodiversite

      Posté dans Non classé | 0 Commentaire | Tagué Biologie, Histoire de la vie
    • Entropie, énergie et informations : quand la physique et la biologie rejoignent le quotidien

      Publié à 16 h 33 min par Antoine Bocheux, le juillet 20, 2025

      Les idées se croisent parfois d’une manière surprenante. En ouvrant un livre pour s’évader du quotidien. Juste pour le plaisir de découvrir d’autres mondes que nous ne pouvons pas voir mais dont la science nous fait découvrir l’existence. Elle nous aide à en imaginer les contours. Physique, astrophysique, biologie, géologie … les champs de de la sciences sont vastes et variés. L’historien David Christian a eu la bonne idée de réunir toutes ces disciplines pour nos proposer une histoire de la Terre du big bang à nos jours dans son livre « Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours »i. Après avoir lu ses deux premières parties sur le cosmos et la biosphère quelques constantes apparaissent.

      Dans la description qu’il fait du cosmos comme dans celle de la biosphère l’opposition entre l’entropie et l’énergie tient une place importante. L’entropie est la tendance de notre univers en expansion à aller vers le désordre. L’énergie, au contraire permet de fusionner la matière vers des atomes puis des molécules toujours plus complexes. Mais quand l’énergie libre qui permet à cette complexité de se former s’épuise, l’entropie reprend le dessus. C’est l’énergie de la gravitation qui permet à des atomes d’hydrogène et d’hélium qui circulent dans l’univers de se regrouper ce qui les réchauffe. Jusqu’à atteindre 10 000 degrés, température à laquelle se forme une réaction de fusion nucléaire qui transforme l’hydrogène en hélium. Une étoile est née. Quand l’hydrogène s’épuise, d’autre atomes plus lourds (avec plus de protons dans leurs noyaux ) se forment, jusqu’à ce que la température de l’étoile devienne tellement élevée qu’elle explose. Et que ses atomes se dispersent dans l’espace. C’est le retour de l’entropie.

      Sur terre, notre planète formée d’atomes issus de poussière d’étoiles ayant explosées, la source d’énergie directe est fournie par le soleil qui lui permet d’atteindre une température propice à la formation de molécules complexes. En simplifiant à grands traits, ces atomes ont finit par donner la vie sous forme de petites cellules procaryote (environ un millième de millimètre). Une sorte de bain liquide constitué de molécules qui restent groupées grâce à un ensemble de réactions chimiques, leur métabolisme. Elles peuvent se reproduire de façon quasi identique grâce à leur ADN. Pour alimenter leur métabolisme, elle ont besoin d’énergie, le plus souvent fournie directement par les photons du soleil grâce à la photosynthèse. Elles ont également besoin d’informations pour s’adapter à leur environnement. Par exemples, elles peuvent détecter la présence de nutriments, de toxines ou d’autres micro-organismes et ajuster leur comportement en conséquence (comme se déplacer vers une source de nourriture ou éviter des substances nocives). Avoir accès à une source d’énergie et à des informations est donc indispensable aux organismes vivants, même les plus simples, pour rester en vie.

      Revenons à notre échelle et à nos activités quotidiennes. Nous aussi avons besoin d’énergie pour vivre. Nous la recevons sous forme de nourriture, en mangeant d’autres animaux ou des végétaux ayant tiré leur énergie du soleil. De l’énergie il nous en faut pour activer nos muscles, pour ranger notre bureau qui est vite envahi par le désordre si nous n’intervenons pas. La tendance naturelle vers l’entropie sans dépense d’énergie se vérifie ici d’une manière imparable ! Même au repos, il faut manger pour vivre, pour alimenter notre cerveau quand nous lisons ou nous rêvons ou tout simplement pour respirer. L’information nous est également nécessaire, pour vérifier qu’il n’y a pas de voiture avant de traverser de la route ou pour ne pas manger des aliments moisis.

      Mais s’informer c’est aussi une dépense d’énergie. Faible quand il s’agit de regarder si une voiture arrive avant de traverser la route, forte quand il s’agit de choisir une voiture à acheter. Encore plus élevée quand il s’agit de gérer une entreprise : suivre la réglementation, la concurrence, les attentes des clients … les besoins d’informations sont énormes. Ces informations sont pourtant nécessaires pour prendre des décisions les plus éclairées possible. Le web est rempli d’informations utiles, disponibles gratuitement encore faut-il le temps de les identifier et encore du temps pour les analyser. Ce temps nécessite de l’énergie, puisqu’il sollicite nos cerveaux. Qui ont leurs limites alors que le volume d’informations disponibles sur le web ne cesse d’augmenter. L’intelligence artificielle et ses datas center gourmands en énergie peut, dans une certaine mesure, aider dans ces tâches de recherche et de traitement de l’information. Mais elle contribue également à produire plus d’informations de « mauvaises » qualités dont le traitement fait perdre de l’énergie. « Fausses » quand elles sont émises avec l’intention d’induire en erreur. Ou tout simplement sans intérêt quand elles ne font que reformuler presque à l’identique des informations déjà émises, créant une surcharge informationnelle qui sature nos cerveaux. Une intervention humaine reste indispensable pour sélectionner les informations à évaluer en évitant le trop peu ou le trop plein d’information, mais aussi de se disperser en se basant sur des informations hors sujet ou sans valeur ajoutée pour l’analyse.

      Si nous savons que traverser la route sans regarder s’il n’y pas de voiture est dangereux, n’oublions pas aussi que l’excès d’information est également dangereux. S’il fallait deux heures pour analyser les détails de la route avant de traverser il serait difficile d’arriver à l’heure à son rendrez-vous. Et compter les fenêtres sur les maisons de chaque côté de la route ne permettrait pas de savoir si la voie est libre pour traverser. L’information c’est un peu comme la nourriture, notre source d’énergie, il n’en faut ni trop ni trop peu et elle doit correspondre à nos besoins pour prendre les bonnes décisions ! L’énergie de nos cerveaux n’est pas illimitée contrairement à la quantité d’informations disponibles sur le web.

      iDavid Christian,  Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours , arpa, 2025, 400 pages

      Posté dans Information | 0 Commentaire | Tagué Astrophysique, Biologie, Histoire de la vie, Informations, Intelligence Artificielle
    • Quand le bocage continue de mourir : aux sources d’une dissonance entre les paroles et les actes

      Publié à 17 h 30 min par Antoine Bocheux, le juin 22, 2025

      La presse se fait souvent l’écho de plantations de haies. Comme nous l’avons déjà vu l’année dernière, les scientifiques insistent sur les vertus agronomiques et écologiques du bocage. : lutte contre les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.iDans ce contexte il semblerait logique que le linéaire de haies progresse sur le territoire français. Malheureusement, à première vue en dépit de toute logique, l’arrachage continue en France. Il s’accélère même. 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Comment expliquer cette situation ? Dans les discours, il est difficile de trouver des ennemis au bocage et à la haie champêtre. Opinion publique, syndicats agricoles de diverses sensibilités, chasseurs et amis des animaux : personne n’est contre. Alors d’où vient ce décalage entre la parole et les actes ? Deux ouvrages sortis récemment aident à y voir plus clair.

      La journaliste Inés Léraud revient sur l’histoire du remembrement dans la BD « champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement »ii Que retenir de cet épisode qui a aboutit à la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées entre les années 1950 et les années 1980 ? Que le remembrement n’a pas seulement eu pour objectif arracher les haies pour faciliter la mécanisation de l’agriculture. Ni l’autosuffisance alimentaire. Il a également eu pour ambition de transformer les fermes en exploitations agricoles et de réduire drastiquement le nombre de paysans. L’État ne voyait pas d’un bon œil de laisser des millions de paysans vivre en quasi autonomie. Le bocage contribuait largement à cette autonomie en leur fournissant, entre autres le bois d’œuvre et le bois de chauffage et des fruits. Entre 1946 et 1974, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 7 millions à 3 millions Quatre raisons se cachent derrière cet objectif de réduire le nombre de paysans

      Premièrement, réduire le nombre d’agriculteurs pour libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. Deuxièmement, ouvrir des débouchés à l’industrie des fournitures agricoles : tracteurs, engrais, pesticides, semences… Troisièmement :favoriser les exploitations agricoles qui fournissent des matières premières agricoles standardisées pour répondre aux besoins de l’industrie agro-alimentaire. Quatrièmement : réduire le coût de l’alimentation dans le budget des français pour favoriser les ventes de produits de consommation : télévisions, frigidaires, lave linge, voitures …

      Ce qui ressort de la BD d’Inés Léraud, c’est la souffrance qu’à représenté ce remembrement pour les paysans qui l’ont subi. Ils ont été victimes de la destruction du paysage dans le lequel ils avaient vécu en même temps que la remise en question de leur mode de vie. Il s’est également accompagné de conflits tenaces entre les paysans pro et anti remembrement qui ont laissés des traces durables. Et toutes les oppositions ont été réprimées par l’État, souvent par la force, qui n’a pas hésité à envoyer des compagnies de CRS pour protéger les engins de travaux publics nécessaires à l’arrachage des haies quand c’était nécessaire.

      Aujourd’hui, la situation a changé. En conclusion de son livre « La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des moeurs »iii le sociologue Léo Magnin souligne que «  2 % de la population active, les agriculteurs, qui sont économiquement contraints de baisser leur coût de production et réglementairement poussés à prendre en charge la préservation de 52 % du territoire national ». Les haies sont souvent sacrifiées à cause de cette contradiction. Elles deviennent une contrainte pour beaucoup d’agriculteurs qui manquent de temps pour les entretenir du fait de l’agrandissement des exploitations. Dans le même temps cet entretien n’est plus une source de revenus, le bois n’étant pas toujours valorisé. Même l’ombrage qu’elle apporte aux bétails est de moins en moins apprécié. l’augmentation de la taille des exploitations incitant les éleveurs à laisser les animaux à l’étable toute l’année, les intérêts agronomiques et écologiques des haies pèsent peu pour des agriculteurs déjà soumis à une lourde charge de travail. Ceux qui en ont encore sur leurs exploitations vivent parfois comme une injustice l’interdiction de les arracher Dans ce contexte la zone de deux mètres d’herbe entre le labour et le pied de la haie n’est pas toujours respectée, les haies sont parfois tuées à petit feu en les taillant un peu plus bas chaque année jusqu’à leur disparition définitive. Cela permet de contourner l’interdiction d’arracher et coûte en plus moins cher qu’un arrachage.

      Tout cela nous rappelle que derrière les haies, il y a des hommes. Ce sont eux qui ont planté les haies champêtres pour assurer leur autonomie en bois et en fruits et pour disposer de parcelles closes et ombragées pour leur bétail. En vidant les campagnes de leurs paysans l’agriculture industrielle rend difficile le retour des haies. Malgré les discours, malgré l’intérêt agronomique et écologique des haies, un blocage profond persiste. Réduire toujours plus le nombre d’agriculteurs, augmenter toujours plus la productivité par actif est une logique qui n’est pas tenable si l’on souhaite préserver les haies. Compte tenu des bénéfices de la présence des haies pour l’ensemble de la société il est urgent de s’en inquiéter.

      ihttps://champsdemesreves.fr/2024/05/12/les-vielles-haies-champetres-un-patrimoine-naturel-et-culturel-a-preserver/
      iiInès Léraud, Champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement, Delcourt, 2024, 192 pages
      iiiLéo Magnin, La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des mœurs, La Découverte,2024, 224 pages

      Posté dans Agriculture, Histoire | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Bocage, Histoire
    • L’intelligence artificielle, la technique et nous. Vous avez dit autonome ?

      Publié à 15 h 10 min par Antoine Bocheux, le avril 27, 2025

      L’intelligence artificielle modifie nos vies, c’est entendu. Mais il reste l’espoir qu’en la comprenant nous la contrôlions. Comprendre? Le sujet est quand même complexe! Pas simple de vraiment expliquer comment des programmes informatiques arrivent à effectuer des tâches que l’on croyait, il y a encore quelques années, réservées à l’intelligence humaine. Bien sûr on sait que tout cela n’a rien du surnaturel, ni d’immatériel, contrairement aux apparences. Derrière les intelligences artificielles génératives il y a des montagnes de données récoltées sur le web ; des datas center qui traitent ces données en consommant beaucoup d’électricité en émettant beaucoup de chaleur ; des informaticiens grassement payés dans la Silicon Valley et des millions de travailleurs du clic très mal payési … tout cela est bien complexe, il faudrait être à la fois mathématicien, informaticien, économiste, sociologue et j’en passe pour en expliquer les rouages. Il existe peut-être des spécialistes qui maîtrisent tous ces rouages. Ils ne doivent pas être nombreux.

      Cette complexité interpelle. On peut se dire que l’on est pas doué. Ou penser que Jacques Ellul avait bien raison quand il expliquait il y a maintenant 70 ans que la technique dans son ensemble est automne car si des spécialistes peuvent comprendre ses tenants et ses aboutissant dans leurs spécialités, il est devenu impossible pour une seule personne d’en comprendre l’ensemble. Un ensemble qu’il faudrait connaître pour espérer être autonome car toutes les techniques sont liées les unes aux autres. Elles se nourrissent les unes les autres pour former, sans cesse, de nouvelles techniques dans un auto-accroissement perpétuel. Les intelligences artificielles génératives, par exemple, fonctionnent avec des réseaux de neurones mis au point pour reconnaître des animaux sur des images, sont entraînées à partir de textes et d’images glanés sur le web qui a été créé à l’origine pour échanger des informations scientifiques. Et elles profitent de la puissance de calcul des cartes graphiques Nvidia conçues pour les jeux vidéos. Toutes les techniques sont liées et s’intriquent les unes aux autres, de façon parfois imprévisible.

      Et elles sont universelles, les plus efficaces s’imposent dans le monde entier laissant peu de place aux alternatives. Les États-Unis et la Chine le savent et se livrent une bataille pour imposer leurs intelligences artificielles génératives. Ce qui de facto les poussent à avancer le plus vite possible en se préoccupant un minimum des conséquences de cette course en avant. Dans cette quête de puissance, pas question de ralentir !. Ce qui n’empêche pas parfois d’exprimer quelques inquiétudes comme l’a fait Dario Amodei le PDG d’Anthropic la société derrière l’IA générative Claudeii.

      Finalement la technique selon Jacques Ellul c’est quoi ? J’en avais déjà parlé ici iii et là iv. En une phrase c’est « l’utilisation du moyen le plus efficace dans tous les domaines ». Efficace, voilà un mot qui revient souvent à notre époque. Il faut être efficace dans le monde de l’entreprise, mais aussi dans celui du sport et même dans la manière de « gérer » sa vie comme en témoigne le succès du développement personnel. Finalement nos vies professionnelles et privées sont largement imprégnées par cette quête de l’efficacité. Dans le monde professionnel, il devient de plus en plus difficile de ne pas tester les IA génératives pour chercher à évaluer en quoi elles peuvent nous rendre plus efficace. Dans mon métier de chargé de veille il est difficilement concevable de ne pas utiliser ces nouveaux outils qui permettent, par exemple, de traduire, de résumer et maintenant de rechercher de l’information sur le web. La question qui se pose est comment bien les utiliser, ne pas les utiliser est inconcevable. Il est nécessaire d’adopter les techniques les plus efficaces pour ne pas être mis à la marge, c’est ce que Jacques Ellul appelle l’automatisme du choix.

      En attendant l’utilisation des intelligences artificielles génératives nous offres de nouvelles occasions de détériorer nos bilans carbones, pour s’adapter … ou pour des futilités comme la génération de figurines à son effigie sous forme de starter packsv. Un rapport de L’Agence Internationale de l’Énergie indique que les datas center, largement utilisés pour développer l’IA représentent 1,5 % de la consommation mondiale électrique en 2024, cette consommation devrait plus que doubler d’ici 2030. Difficile d’espérer atteindre la neutralité carbone dans ces conditions. La technique impose ses lois mais la physique et la biologie ont aussi les leurs qui risquent de se rappeler douloureusement à nous. Nous sommes face à une double contrainte.

      Tout cela n’est pas réjouissant, alors pourquoi en parler ? Premièrement pour vous donner envie d’entendre (par exemple en écoutant son interview dans Radioscopievi) ou de lire Jacques Ellul qui avait fait preuve de clairvoyance. Deuxièmement, parce que la connaissance ne doit pas forcément déboucher sur l’action ou sur du divertissement. Savoir c’est aussi admettre ses limites. Ce qui n’implique pas de renoncer à agir. Troisièmement, pour insister sur l’importance de garder dans nos vies des moments et des activités où la recherche de l’efficacité est laissée de côté. Pourquoi pas pour admirer les plantes et les regarder pousser ? Et beaucoup d’autres choses encore, le champ des possibles est encore plus étendu quand on ne s’impose la contrainte de synthétiquement choisir le moyen le plus efficace en toute chose.

      ihttps://www.france.tv/documentaires/documentaires-societe/6888928-les-sacrifies-de-l-ia.html#about-section

      ii https://www.anthropic.com/news/paris-ai-summit

      iiihttps://champsdemesreves.fr/2020/07/18/la-technique-selon-jacques-ellul-a-la-recherche-du-facteur-determinant-pour-apprehender-la-realite/

      ivhttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      vhttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/intelligence-artificielle-les-starter-packs-sont-ils-vraiment-un-gouffre-energetique_7161201.html

      vihttps://www.youtube.com/watch?v=we7UhN0Z3BE

      Posté dans La Technique | 2 Commentaires | Tagué Intelligence Artificielle, Technique
    • Le passage des grues cendrées

      Publié à 19 h 10 min par Antoine Bocheux, le mars 8, 2025

      Février est déjà derrière nous, il est d’autant plus vite passé qu’il ne dure que 28 jours. Une des bonnes nouvelles du mois, oui il y en a,a été le passage des grues cendrées. Elles ont repris le chemin de leurs quartiers d’été en Europe du nord. Il est facile de les observer. Pour cela, il n’est pas nécessaire de se cacher dans un affût. Pendant leurs migrations, elles survolent en masse les habitations. Difficile de manquer leurs cris puissants que l’on peut parfois entendre à l’intérieur des habitations. Une fois localisées grâce à leurs vocalises, il ne reste plus qu’à lever les yeux au ciel et admirer leur passage.

      Le moment est bref mais émouvant. Presque systématiquement la peur, justifiée, de l’être humain rend les animaux sauvages difficiles à approcher. On entend souvent les oiseaux mais on les voit rarement. Les rencontres avec les chevreuils restent généralement brèves et furtives. Entendre les grues et voir leurs nombreuses silhouettes former des V, des chevrons et des lignes dans le ciel a quelque chose de réconfortant. Elles passent au dessus de nos têtes sans modifier leur trajectoire. Il est même possible de les photographier pour garder une trace de leurs silhouettes dans le ciel.

      Les photos ne sont pas nettes. Il faut préciser que leur passage est bref. Les grues volent vite, généralement entre 45 et 65 kilomètres heure. C’est aussi rapide que des coureurs cycliste pendant une course. Cela laisse peut de temps pour soigner le cadrage et la mise au point des photos. Autre point commun avec les coureurs cyclistes, elles se relaient pour s’exposer au vent à tour de rôle. Elles volent parfois très pres les une des autres. La forme en V qu’elles adoptent leur permet de limiter la prise au vent, comme le peloton des cyclistes.

      La revue nature La Salamandre a consacré son numéro de février/mars 2025i aux grues cendrées. L’occasion d’en savoir plus sur ces magnifiques oiseaux. Ce sont de grands oiseaux, plus grands qu’ils n’en ont l’air haut dans le ciel. 1,20 mètres de hauteur à terre, 2,20 d’envergure en vol. En hiver, leur régime alimentaire est essentiellement végétarien, elles apprécient les résidus de récolte et s’adaptent aux immensités recouvertes de maïs en glanant les restes qu’elles y trouvent. En période de migration, elles peuvent manger 300 grammes de grains par jour. Une fois à terre, elles sont plus craintives qu’en vol, particulièrement en période de reproduction où il est difficile de les observer à moins de 300 mètres.

      Elles peuvent passer une partie de leur vie dans des milieux où la présence humaine est forte, survolant nos habitations et se nourrissant en partie de résidus de culture. Par contre, il leur est nécessaire d’avoir accès à des zones humides pour se reproduire. Forêt inondées, rivières marécageuses, tourbières … elles ont besoin d’eau libre pour protéger leurs nids des prédateurs.

      Même si elles surmontent déjà beaucoup d’obstacles, les grues cendrées doivent s’adapter à la raréfaction des zones humides et aux conséquences du réchauffement climatique qui les poussent parfois à revoir leurs routes migratoires, leurs sites de reproduction et les dates de leurs migrations. Savoir tout cela est une raison de plus d’admirer le passage de ces grands animaux sauvages qui circulent librement au dessus de nos villes et de nos frontières.

      ihttps://www.salamandre.org/visionneuse/286/

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Nature, Photos
    • Les couleurs de l’hiver

      Publié à 12 h 10 min par Antoine Bocheux, le février 9, 2025

      A première vue, l’hiver n’est pas la saison la plus propice pour photographier les plantes. Le vert des feuilles et les couleurs chatoyantes se font rares. Ils laissent leurs places à des paysages qui tendent vers le monochrome. Il reste bien un peu de vert avec le feuillage des arbres à feuilles persistantes. Quelques herbes conservent leur chlorophylle malgré les rigueurs du froid. Dépourvus de leur feuilles les arbres à feuilles caduques dévoilent leurs architectures. Leurs silhouettes se fondent dans les paysages.

      Quand le brouillard s’en mêle elles prennent de l’épaisseur et se détachent sur un fond flou. Les paysages familiers deviennent mystérieux, l’on se sent désorienté ,même sur des des chemins familiers. Ce temps est propice aux rêves. Pas à ceux que l’on fait en dormant. Ni à ceux que l’on dessine éveillé en s’imaginant un monde meilleur. Ici le rêve consiste à isoler de petits détails que l’on remarque à peine si l’on ne les cherche pas. Rêver c’est aussi fuir la laideur du monde et se focaliser l’espace d’un instant sur sa beauté. Un peu comme si l’on cherchait des pierres précieuses au bord du chemin. A défaut de pierres précieuses, l’on y trouve des graines et des fleurs. Témoignages du vivant qui se perpétue encore. La photographie est l’occasion de garder une trace de ces moments.

      Graines de carotte sauvage (Daucus carota)

      Commençons avec cette photo de carotte sauvage(Daucus carota) abritant ces précieuses graines recroquevillées dans son ombelle. Elles se détachent dans le brouillard qui les isole du reste de leur environnement. Les ombelles sont comme des coffrets dans lesquels sont exposées les graines. Des gouttes d’eau et une toile d’araignée donnent du relief à cet écrin.

      Avec cette photo qui permet d’observer les formes de l’ombelle et des graines, l’on reste dans le monochrome. En cherchant bien il est pourtant possible de trouver de traces de couleurs dans ces paysages d’hiver. C’est le cas avec les capsules de fusain (Euonymus europaeus). Suspendues au dessus de vide, leurs couleurs vives attirent l’oeil malgré leur petite taille.

      Capsules de fusain (Euonymus europaeus)

      Ces capsules sont déhiscentesi. Une fois à maturité elles s’ouvrent pour libérer leurs graines.

      Gros plan sur une capsule de fusain ouverte (Euonymus europaeus)

      En s’approchant l’on peut constater que les capsules sont bien ouvertes. L’on observe également qu’elles sont constituées de 3 loges vides et une loge pleine avec une graine (arillode).

      En traversant un sous bois où les arbres sont dénudés, quelques taches de verdure attirent l’attention. Il s’agit d’un arbrisseau, le fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus). Ses feuilles sont des tiges aplaties (cladodes ). Il mesure 30 à 80 centimètres de haut. Ses baies rouges sur ses feuilles amènent un peu de couleur dans cette ambiance hivernale.

      Fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus)

      Les graines ne sont pas rares en cette période hivernale. Les fleurs le sont, mais notre ballade photographique finit par nous mener vers celles d’un ajonc (probablement Ulex europoeus). Impossible de les manquer avec leur jaune étincelant. Ce sont des fleurs papilionacées avec un étendard, deux ailes, une carène (deux pétales soudées) évoquant la forme d’un papillon. Un papillon un peu en avance sur le printemps qui ne va pas tarder à faire son retour avec son foisonnement de couleurs !

      Fleurs d’ajonc

      iToutes les précisions botaniques présentées ici sont issues de la Petite Flore de France (Régis Thomas, David Busti, Margarethe Maillart, Petite Flore de France, Belin, 2018, 465 pages

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué botanique, Nature, Photos
    • L’évolution d’Homo sapiens entre ondulation et raz-de-marée

      Publié à 17 h 04 min par Antoine Bocheux, le décembre 31, 2024

      Ces derniers jours, au milieu d’une actualité anxiogène, les médias ont relaté le trentième anniversaire de la découverte de la grotte Chauvet. Voir sur un écran les représentations d’animaux qui ornent ses parois est une petite bouffée d’oxygènei. Parce qu’elles sont belles, dessinées par des hommes et des femmes qui vivaient au contact de ces grands animaux sauvages qui n’existent plus. Parce qu’elles sont mystérieuses et ont un sens qui nous échappe. Surtout parce qu’elles sont très anciennes. Elles auraient 37 000 ans pour les plus anciennes. Plus de 20 000 ans dans tous les cas, l’entrée de la grotte ayant été comblée il y a 21 000 ans, ce qui explique son état de conservation exceptionnel. Ces dates sont frappantes. Elles suggèrent que dès leur arrivée en Europe nos ancêtres Homo sapiens maîtrisaient l’art, qu’ils avaient probablement des croyances et des mythes.

      Cela change la perception parfois péjorative que nous avons de l’âge de pierre. Avec des outils en bois, en os et en pierre, certes. Mais aussi avec suffisamment d’aisance pour libérer le temps nécessaire à des pratiques artistiques. Avec la liberté de se déplacer sans entrave dans de vastes espaces sans pollution. Un mode de vie qu’il ne faut pas idéaliser. Vivre au contact des grands animaux comme les ours des cavernes qui fréquentaient également la grotte Chauvet devait parfois être dangereux. Nous ne sauront jamais si c’était l’entraide ou la violence qui tenait la part la plus importante dans les rapports sociaux à l’intérieur de ces groupes de chasseurs cueilleurs. Un point où il est sûr que nos ancêtres ont mieux réussi que nous est la durée. Plusieurs centaines de générations se sont succédées sur des milliers d’années dans la grotte Chauvet avec un mode de vie qui a probablement évolué très lentement.

      Aujourd’hui que l’on soit optimiste ou pessimisme concernant l’avenir, tout le monde ou presque est conscient que nos modes de vie seront très différents dans 50 ans et nous n’osons même pas imaginer ce qu’ils deviendront dans 100 ans ou 1000 ans. Ils changent radicalement à l’échelle d’une vie. Par exemple, la micro-informatique, Internet et les smartphones les ont déjà lourdement modifiés en quelques décennies. L’intelligence artificielle commence déjà à avoir des impacts importants. Il est a craindre que ces nouvelles technologies qui permettent de créer des armes autonomes, qui changent notre rapport au langage et facilitent la surveillance de masse aient des effets délétères. Sans aucune chance d’appuyer sur le bouton pause pour prendre le temps de réfléchir et reprendre nos esprits.

      En étant optimiste on peut espérer qu’elles nous libèrent des tâches répétitives et nous aident à mieux apprendre. Quels que soient les effets de l’intelligence artificielle, demain sera forcément différent d’aujourd’hui. Les techniques s’empilent et s’intriquent les unes avec les autres. Elles sont devenues tellement complexes qu’elles nous échappent.

      Dans le même temps, les réalités physiques nous rattrapent. Le climat ne sera plus le même, d’ailleurs il a déjà changé, un communiqué de l’Organisation Météorologique Mondiale indique « 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais observée alors que le réchauffement dépasse temporairement 1,5 °C »ii. Avec peu d’espoir que cela s’arrange, il est également prévu que les émissions de gaz à effet de serre augmentent en 2024iii. L’élection du climato-sceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis laisse peu d’espoir d’inverser cette tendance.

      Le recul de la place laissée aux vivants non humains, l’érosion des sols ou les effets de nouvelles molécules chimiques qu’aucun organisme vivant ne sais recycler sont tout aussi préoccupants.

      Tout cela présage de beaucoup de changements dans un laps de temps très court. Bien sûr, le climat a toujours changé, Homo sapiens a toujours évolué d’un point de vue biologique et culturel. Il a toujours vécu dans des écosystèmes qui évoluent également, qu’il a toujours contribué à modifier. C’est la vitesse de cette évolution qui change. Au temps de nos ancêtres de la grotte Chauvet elle évoque une légère ondulation à peine perceptible sur un océan calme. Aujourd’hui elle fait penser à un raz-de-marée qui, en quelques secondes, emporte tout sur son passage.

      iLe documentaire « Grotte Chauvet – Dans les pas des artistes de la Préhistoire » propose de belles images complétées par une reconstitution en trois dimensions de la grotte https://www.arte.tv/fr/videos/112849-000-A/grotte-chauvet-dans-les-pas-des-artistes-de-la-prehistoire/

      iihttps://wmo.int/fr/news/media-centre/2024-est-en-passe-de-devenir-lannee-la-plus-chaude-jamais-observee-alors-que-le-rechauffement

      iiihttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/cop29-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-atteignent-de-nouveaux-sommets-en-2024_6867230.html

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    • Réflexions scientifiques, poétiques et philosophiques sur la beauté du vivant

      Publié à 18 h 15 min par Antoine Bocheux, le novembre 17, 2024

      Les définitions du dictionnaire ne donnent pas toujours satisfaction. C’est le cas de celle du mot beauté. Le dictionnaire de l’académie françaisei en propose plusieurs. La première est basique « Qualité de ce qui est beau, de ce qui relève du Beau », la seconde plus intéressante « Caractère de ce qui provoque l’admiration et l’émotion, par ses formes, ses proportions, ses rythmes, son harmonie. ». Source d’émotion et d’admiration, cette définition nous indique les sentiments que la beauté peut susciter en nous. Des formes, des proportions, des rythmes, une harmonie, elle nous donne des pistes sur ce qui peut susciter cette émotion. Sans nous dévoiler ce qu’est intrinsèquement la beauté.

      Dans son dernier livre, la beauté du vivantii le botaniste Francis Hallé nous propose une réflexion sur la beauté, plus spécifiquement sur celle du vivant. Il ne se satisfait pas des définitions de la beauté proposées par les dictionnaires. Il souligne qu’elles sont trop anthropocentrées, elles se focalisent sur ce que la beauté suscite chez l’être humain sans vraiment la définir. Tel un poète, il nous propose de dépasser le sens commun des mots pour exprimer ce qu’ils n’expriment pas habituellement, contribuant à élargir notre perception de la réalité.

      La beauté, les scientifiques n’en parlent pas dans leurs travaux de recherche. Depuis l’avènement de la biologie moléculaire, il est mal vu que ceux qui étudient le vivant de s’émerveiller devant sa beauté. Francis Hallé le regrette. Parce ce que son observation est une puissante source de motivation pour les chercheurs qui consacrent leur carrière à l’étude de la nature. Parce que le grand public y est sensible. Mais aussi parce ce que cette beauté a peut-être un sens.

      La beauté du vivant est un beau livre, grand format, dont les textes sont ponctués par de nombreuses planches d’illustrations dessinées par l’auteur. Il y donne à voir des animaux et des plantes fossiles et actuels. En se focalisant sur le vivant visible, la beauté que nous pouvons admirer de nos propres yeux. Dessins à l’appui, il constate qu’au cours de la longue histoire de la vie , le vivant est allé vers plus de beauté. L’évolution sélectionne sur le temps très long les formes les plus belles et les plus fonctionnelles. Les fleurs, les papillons ou les paons dont la plupart d’entre nous admirent la beauté sont apparus tard dans l’histoire de la vie. Alors que l’esthétique des premières plantes , des premiers insectes ou des premiers vertébrés nous laisse généralement indifférent.

      Comme l’histoire de l’art ne retient que les plus beaux tableaux des époques anciennes, l’évolution ne conserverait que ce qui est beau et fonctionnel. Les formes et les proportions que nous observons dans la nature seraient tracées par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. L’émotion et l’admiration que nous éprouvons devant la beauté de vivant est l’œuvre du temps infiniment long. Nous l’éprouvons devant ce que nos sens nous permettent de voir. Les bactéries invisibles partout autour de nous et en nous continuent-elles à évoluer. Vers plus de beauté ? Ne pouvant pas les observer, nous ne pouvons pas le savoir.

      La contemplation de la beauté du vivant peut parfois provoquer des émotions intenses. C’est ce que Francis Hallé appelle « le sentiment océanique ». Il décrit ce sentiment éphémère qui n’a rien à voir avec l’océan « la forêt s’est parée de délicates couleurs dorées et j’ai eu l’impression d’avoir disparu au profit du sublime décor qui m’entourait. Grande satisfaction, grand bonheur ; hélas cela n’a pas duré et le spectacle est redevenu normal aussi brusquement qu’il était métamorphosé ». Expérience rare qu’il indique n’avoir vécu qu’une fois. Qui correspond peut-être au sentiment exacerbé de ne faire qu’un avec la nature. Sentiment qu’il est possible d’éprouver, d’une façon moins intense et plus intellectuelle en étant touché par la beauté de la nature tout en réfléchissant aux liens intimes qui nous relient à elle. Cela me rappelle des vacances pendant lesquelles je marchais tranquillement dans le bocage et pensais que je baignais dans le même air que les arbres que j’admiraisiii. Je pensais aux molécules d’oxygène que je respirais, résultat de leur photosynthèse. Baignant dans le même air que les plantes, respirant les molécules d’oxygène qu’elles venaient probablement de rejeter. En y pensant, je me sentais plus proche d’elles. En même temps j’admirais la beauté des formes et des couleurs du vivant qui semblaient plus belles que d’habitude. J’admirais en réfléchissant au livre du philosophe Emmanuele Coccia « la vie des plantes ; une métaphysique du vivant »iv que j’étais en train de lire. Mon expérience était beaucoup plus intellectuelle et moins intense que le sentiment océanique, mais il se passait quelque chose d’inhabituel. Le sentiment de faire un avec la nature n’était plus seulement théorique.

      Après cette réflexion sur la beauté mêlant biologie, poésie et philosophie, il me reste plus simplement à partager une photo pour tenter de l’illustrer.

      ihttps://dictionnaire-academie.fr/article/A9B0713
      iiFrancis Hallé, la beauté du vivant, Actes sud, 200 pages, 2024
      iiihttps://champsdemesreves.fr/2023/05/08/vivre-au-milieu-des-plantes/
      ivEmmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Le jardin : une ouverture du cocon sur l’extérieur

      Publié à 13 h 41 min par Antoine Bocheux, le octobre 26, 2024

      Nous l’avons vu le mois dernier dans cocon et dépendances, à l’intérieur de nos logements, nos cocons, nous vivons dans un milieu protégé. Protégé mais soumis à de nombreuses dépendances, parfois évidentes, parfois cachées. Dans un espace restreint de quelques dizaines de mètres carrés. Qui donne parfois l’impression d’être ouvert sur l’infini à travers des images et des mots. Accompagné d’un sentiment de n’avoir aucune prise sur le réel. Pour qu’y s’intéresse à la nature et plus particulièrement aux plantes, le jardin aide à créer des ponts entre le monde des livres et le monde réel.

      Le jardin se prête bien à l’observation du mouvement des plantes, ces êtres vivants fixes mais pas immobiles. Les observer, jour après jour, au même endroit est la meilleure façon de constater qu’elles changent et qu’elles grandissent. D’ailleurs, nul besoin d’être un fin observateur pour constater que l’herbe et les haies poussent. Ce mouvement est plus ou moins lent en fonction des saisons et du climat. S’il est impossible de l’observer en temps réel comme celui d’un oiseau qui s’envole sur une branche, il arrive toujours un moment où il faut bien constater que l’herbe a tellement poussé qu’elle rend les allées impraticables.

      Les livres de botanique incitent à observer de plus près le mouvement des plantes. Derrière le terme générique « herbe » se cachent des centaines d’espèces de plantes. Derrière chaque herbe, il y a une fleur en devenir, derrière chaque fleur fanée une graine qui après avoir patienté dans le sol donnera peut-être une nouvelle plante. Ce simple constat suffit à changer le regard sur la pelouse du jardin. Ce n’est plus seulement un tapis qu’il faut tondre quand il devient trop haut. C’est aussi une mosaïque de plantes. Avec un peut de patience, il devient possible de mettre un nom sur certaines d’entre-elles. De s’imaginer leurs aspects quand elles fleuriront. Les pâquerettes ou le plantain restent petits mais fleurissent vite. Résistant mieux que les autres aux passages réguliers des tondeuses on les trouve souvent dans nos jardins. Si l’on décide de tondre moins souvent certaines zones du jardin ce sont des herbes plus hautes qui fleurissent comme les oseilles sauvages (Rumex acetosa) ou les achillées mille feuille (Achillea millefolium). Le résultat sera différent en fonction des jardins et de la saison. Dans tous les cas des plantes plus ou ou moins spectaculaires finiront par fleurir.

      Quelques feuilles d’oseille sauvage ( (Rumex acetosa) au milieu de la pelouse …
      … fleurissent au printemps …

      Laisser les plantes fleurir, c’est aussi préserver une source de nourriture pour les insectes pollinisateurs. Tout le monde n’aime pas le lierre. Pourtant, an mois d’octobre, il suffit d’observer la vie grouillante autour d’un lierre en fleur pour se convaincre que c’est une source de nourriture bienvenue pour les insectes. Plus étonnant en fin de de printemps les oiseaux qui s’accrochent au pied d’oseille sauvage en fleur pour en manger les graines.

      … les oiseaux se régalent de leurs graines

      Le jardin est aussi un lieu où l’on peut appréhender les odeurs et les textures décrites dans les livres. Celles des plantes aromatiques comme la menthe, le thym ou le romarin mais aussi plus surprenante celle de la terre mouillé. La sentir et la toucher est une expérience à laquelle aucun livre ne peut complètement rendre justice même si l’on peut y apprendre que son odeur est due à des bactéries dans les prairies ou à des champignons dans les forêts.

      On peut parfois oublier la météo à l’intérieur du cocon, au jardin ses effets sont trop visibles pour les ignorer. Le manque d’eau y est visible avec le vert qui vire au jaune. La sécheresse finit par figer le mouvement des plantes comme le froid le fait en hiver. Sans chauffage ni climatisation sans autre réserve d’eau que celle contenue dans le sol, elles subissent de plein fouet les caprices de la météo. Dès que l’eau revient et que la température est favorable, elles reprennent leur mouvement. Le jardin est abrité mais pas protégé du monde du monde extérieur. Cette adversité n’empêche pas la nature de s’exprimer au jardin. Libre à chacun d’entre nous de lui laisser un peu plus de place. Juste pour le plaisir de la découvrir et de l’observer.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué botanique, Jardin, Nature, Photos
    • Cocon et dépendances

      Publié à 16 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 8, 2024

      Le cocon. Voilà un mot intéressant pour décrire nos logements. Il évoque un lieu rassurant, à l’abri des vicissitudes du monde. Le premier sens du mot cocon, selon le dictionnaire de l’Académie française est « enveloppe soyeuse filée par de nombreuses larves de lépidoptères, et dans laquelle s’opère leur dernière mue ». Un lieu où des papillons s’abritent à un moment de leur vie où ils sont vulnérables. Son second sens est « milieu douillet où l’on est protégé des réalités, des difficultés de la vie ». Ce confort et ce sentiment de sécurité peuvent faire oublier que dans nos cocons nous restons complètement dépendants, de la nature comme de la société. Ces liens sont parfois surprenants.

      Commençons par le plus trivial, les réseaux et les fils. Notre cocon deviendrait vite inhabitable s’il n’était pas relié au réseau d’eau potable. Le résultat serait le même sans le fil qui le relie au réseau électrique. Il suffit de se remémorer quelques souvenirs de lendemain de tempêtes pour se se rappeler que sans électricité le cocon n’est plus aussi douillet ! Plus de lumière, plus de frigidaire, ni de lave linge ou d’ordinateur Et l’on se sent vite isolé si l’accès au réseau Internet, avec ou sans fil est coupé.

      Pas de lien avec la nature jusqu’ici. Comment le suggère Marc André Sélosse dans son dernier livre Nature et Préjugési, il suffit de poursuivre l’enquête dans le réfrigérateur et se demander d’où viennent les aliments qui s’y trouvent. Les produits laitiers, les œufs et la viande sont issus d’animaux qu’il a fallu nourrir. Avec des céréales cultivées dans de vastes champs, ou du foin récolté dans des prairies ou encore avec l’herbe broutée directement par les vaches. Les fruits et les légumes sont cultivés dans des champs, des vergers et des serres. Le carton et le papier qui servent à emballer ces aliments sont fabriqués à partir de bois, souvent issu de vastes plantations d’arbres. Des champs, des prairies, des plantations d’arbres, autant d’écosystèmes aménagés pour répondre à nos besoins alimentaires.

      Marc André Selosse les appelle écosystèmes externes. Ils sont parfois locaux comme les fruits et légumes en circuit court, souvent plus lointains comme les bananes ou le soja OGM brésilien qui sert à nourrir de nombreuses vaches élevés en France. Dans la majorité des cas nous ne visitons jamais ces écosystèmes où poussent notre nourriture, le bois dont est fait le papier de nos livres et le coton de nos jeans. Loin de yeux, il est difficile de s’imaginer ces lieux.

      Plus étonnant nous dépendons également de ce que Marc André Sélosse appelle nos écosystèmes internes. Ce sont les microbes qu’héberge notre corps, en particulier notre tube digestif. Sans ces milliers de bactéries, nous ne serions tout simplement pas en mesure de digérer notre nourriture. Elles sont tellement proches, dans notre corps, et tellement lointaines du fait de leur taille qui les rend invisibles. Sans la science il serait tout simplement impossible d’imaginer leur existence.

      Beaucoup plus visible est le monde virtuel qui se déploie derrière nos écrans. Connecté à Internet, le monde extérieur rentre dans nos cocons à travers un flux continu d’images et de mots venus du monde entier. Ouvert sur le monde, tout en s’en abritant. Ce qui réduit nos rapports directs avec autrui. Le télétravail pendant le Covid en est un bon exemple. Nous avons continué à communiquer avec l’extérieur, à l’abri du virus à l’intérieur du cocon.

      Nous filtrons les informations qui y rentrent pour y créer un monde virtuel correspondant à nos attentes, parfois en s’appuyant excessivement sur les moteurs de recherche et les algorithmes des réseaux sociaux. Cela peut nous donner le sentiment de maîtriser ce flux numérique entre l’extérieur et l’intérieur du cocon. Ce sentiment est largement une illusion car nous sommes ici au cœur de dépendances. Pour schématiser à grands traits, dépendance vis à vis de la Chine pour la fabrication du matériel informatique, des métaux rares extraits des mines à l’assemblage des ordinateurs. Et dépendance à l’égard des États-Unis pour les logiciels. Par exemple, les systèmes d’exploitation Windows, MacOS sur les ordinateurs, Android et iOS sur les smartphones ou les moteurs de recherche avec l’incontournable Google ou encore les réseaux sociaux avec Facebook et YouTube. Ces logiciels, simples à utiliser, dont la complexité du fonctionnement nous échappe sont les interfaces indispensables pour accéder au monde numérique. Si suite à un bug ou un accident ils ne fonctionnement plus c’est l’ouverture du cocon sur le monde numérique qui est menacé. L’accès à ce blog l’est aussi. Il est hébergé par WordPress.com dont la société mère Automattic à comme adresse Inc. 60 29th Street #343 San Francisco, CA 94110 United States of America.

      Cocon et dépendances, voilà un sujet qui pourrait être développé beaucoup plus en profondeur, nous n’en avons vu que l’écume ici. Triviales ou étonnantes les dépendances qui relient nos cocons à l’extérieur sont nombreuses. Les chercher s’apparente par certains côtés à une enquêtes de roman policier. Dans les romans le but de l’enquêteur est limpide : trouver l’assassin pour qu’il ne recommence pas. Ici le but de notre enquête est simplement de prendre, ou de reprendre, conscience de dépendances entre nos cocons et le monde extérieur. Les conséquences à en tirer sont beaucoup moins évidentes. Retenons simplement que, même si nous l’ignorons, nous restons dépendants de la nature. Dépendants également du système technicien, qui derrière sa fluidité apparente cache des rouages d’une grande complexité.

      iMarc André Selosse, Nature et préjugés : convier l’humanité dans l’histoire naturelle, Actes Sud, 2024, 438 p

      Posté dans La Technique, Nature | 1 commentaire | Tagué Agriculture, écosystèmes, Informatique, Nature, Technique
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