Les champs de mes rêves

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    • Quand les plantes se jouent du temps qui passe

      Publié à 20 h 22 min par Antoine Bocheux, le mars 31, 2024

      Le printemps est comme un miracle évident. Imaginez comment les plantes traversent les longs mois d’hiver ? Fixes, privées de la possibilité de se déplacer sous des cieux plus cléments ou de s’abriter dans une maison bien chauffée. Sans pouvoir se couvrir d’un épais manteau, ni se réchauffer en bougeant. Sans pouvoir grandir faute de chaleur et de lumière. A ce problème pas si évident les solutions adoptées par les plantes sont aussi variées que complexes.

      Elles ne fuient pas le danger en se déplaçant, mais se distinguent par leurs facultés à se jouer du temps qui passe. Une sorte de fuite dans le temps, l’attente du bon moment plutôt que la recherche du bon endroit par le mouvement (ce que les graines font aussi, transportées par le vent et les animaux). Elles sont fixes mais nous pouvons leur envier quelques spécificités.

      D’abord, leur capacité d’attendre des conditions favorables des années, parfois des décennies sous forme d’embryon ayant mis son développement en sommeil : les graines. Il a fallu que la vie évolue pendant des centaines de millions d’années pour arriver à ce résultat qui permet aux plantes de recouvrir les terres émergées dès que des conditions favorables se présentent. Même si ces conditions favorables ne durent que quelques semaines, c’est suffisant pour que des graines germent, fleurissent et donnent naissance à de nouvelles graines qui, à leur tout, attendront patiemment dans le sol.

      Ensuite, la faculté des arbres à perdre leurs feuilles pendant l’hiver. Nous y sommes habitués, mais quand on y pense c’est un peu comme si nous hivernions en nous séparant de nos organes ne conversant que nos os, des réserves de graisses et quelques cellules en dormance capables de reconstituer nos organes le moment venu. Complètement inimaginable pour les animaux que nous sommes. La métaphore est un peu osée, trop basique pour rendre justice à la complexité du règne végétal, son but est simplement de faire ressortir le caractère extraordinaire de ce qui nous semble ordinaire.

      Au delà de ces réflexions métaphysiques, le printemps évidemment nous fait du bien. Le retour des herbes verts tendres, les premières fleurs, les premières feuilles. Puis au fil des semaines une montée en puissance vers toujours plus de verts, de variétés dans les formes et les couleurs des fleurs. Des odeurs qui reviennent, les paysages qui changent et sont remodelés.

      C’est un plaisir pour les yeux dont j’aime garder une trace à travers quelques photos. Je vous propose ici quelques clichés de ficaires (Ranonculus ficaria) et de pulmonaires (Pulmonaria officinalis) qui sont souvent les premières fleurs de l’année le long des chemin où je me promène.Il est toujours émouvant d’observer les prémices d’un nouveau cycle, je les regarde avec plus d’attention que celles qui les suivront. Le manque créé l’envie, la quasi disparition des fleurs sauvages qui se fait sentir pendant l’hiver pousse à s’arrêter et à se baisser pour les photographier.

      On les trouve souvent au bord des fossés et sur les talus. Les ficaires apparaissent généralement en premier. Leurs feuilles d’un vert luisant, en forme de cœur, sortent de terre dès le début du mois de janvier. Leurs fleurs jaunes se montrent de façon éparse dès fin janvier, de petites étoiles qui brillent au milieu de l’hiver. En février et en mars elles forment de véritables tapis jaunes le long des chemins. Elles vivent à contre courant du reste des plantes, elles s’éclipsent pendant l’été et démarrent leur cycle végétatif au milieu de l’hiver à la faveur des réserves accumulées dans leurs tubercules.

      Ficaires
      Tapis de ficaire le long d’un chemin
      Pulmonaires

      Les pulmonaires sortent généralement de terre quelques semaines plus tard. Leurs feuilles sont facilement reconnaissables à leurs taches blanches. Leurs fleurs sont de couleurs variables en fonction de leur maturité, elles oscillent entre le bleu et le pourpre. Cela permet de renseigner les insectes qui les pollinisent sur leur degré de maturité. Bientôt les herbes vont monter à hauteur des genoux, les arbres vont retrouver leurs feuilles. Les ficaires et les pulmonaires auront profité de leur précocité pour être seuls sous les derniers rayons de soleil de l’hiver. Ces quelques photos prises par une belle journée ensoleillée de mars permettront d’en garder un souvenir en attendant de les retrouver l’année prochaine.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Quand le pétrole sert à extraire du bois

      Publié à 20 h 01 min par Antoine Bocheux, le février 24, 2024

      Dans son dernier ouvrage, « Sans transition ; une nouvelle histoire de l’énergie »i l’historien Jean-Baptiste Fressoz porte un regard neuf sur l’histoire de l’énergie. Il insiste sur les intrications entre le bois, le charbon et le pétrole. Il démontre que ces trois sources d’énergie n’ont jamais été en concurrence. Au contraire, elles se sont développées en synergie les unes avec les autres.

      Ce constat ébranle le concept de transition écologique. L’histoire ayant montré que les différentes sources d’énergie se complètent mais ne se succèdent pas les une aux autres, comment les énergies renouvelables pourraient-elles remplacer le charbon et le pétrole? La lecture de ce livre douche l’espoir de voir les émissions de gaz à effet de serre réduites à temps pour limiter le changement climatique grâce à la transition énergétique. Cette perspective n’est pas réjouissante. Pourtant n’est-il pas préférable d’essayer de tendre vers la vérité plutôt que de croire en des illusions ? Résumée de façon abrupte, la lecture de ce livre peut sembler fastidieuse. Il n’en est rien, il est rédigé dans un style clair et vif.

      Le fil rouge de sa première partie est la découverte des intrications entre le bois, le charbon et le pétrole. Tout commence avec la dépendance, surprenante au premier abord, du charbon vis à vis du bois. L’Angleterre, le premier pays à avoir extrait massivement du charbon, utilisait plus de bois en une année pour ses mines de charbon à la fin du 19ième que pour se chauffer une année au 18ième siècle. Ce bois servait à fabriquer des étais qui permettaient de stabiliser les galeries des mines. L’extraction du charbon était donc impossible sans bois. L’utilisation de bateaux à vapeur et du chemin de fer permettait de transporter ce bois sur de longues distances. L’Angleterre, dont les forêts étaient notoirement insuffisantes pour répondre aux besoins de ses mines, le faisait venir de toute l’Europe. Par exemple, une partie des pins plantés dans le seconde moitié du 19ième siècle dans les Landes ont fini au fond des mines anglaises.

      A ses débuts, l’extraction du pétrole a également nécessité beaucoup de bois. Au 19ième siècle, le pétrole était principalement transporté dans des barriques en bois, les compagnies pétrolières possédaient à cette époque de gigantesques tonnelleries. Elle a commencé à grande échelle aux États-Unis dans les années 1860. Les compagnies pétrolières ont pu y trouver les grandes quantités de bois nécessaires à leurs activités. Quand elle s’est faite à plus grand échelle les barriques ont été progressivement remplacées par des réservoirs et des pipelines en acier. La dépendance du pétrole au bois a glissé vers une dépendance au charbon. N’oublions pas que pour faire de l’acier il faut du charbon, beaucoup de charbon. Acier également indispensable à la fabrication des voitures, des camions, des bateaux et des avions qui brûlent le pétrole. Dans la liste des engins nourris au pétrole, il faut rajouter ceux qui permettent de mécaniser l’extraction du charbon, les haveuses. Leurs perfectionnements ont fait entrer l’exploitation du charbon dans une nouvelle dimension, permettant d’extraire toujours plus de charbon en ayant recours à peu de main d’œuvre.

      Le pétrole a également permis de couper toujours plus de bois. D’abord, les tronçonneuses ont grandement facilité l’abattage des arbres. Ensuite, les camions et les engins de terrassement ont ouvert un dense réseau de pistes forestières qui a rendu accessibles des parcelles de forêts auparavant préservées par leur isolement. Le pétrole a également accéléré le développement des plantations d’arbres en monocultures. Le recours à des engrais de synthèse à base de gaz permet de faire pousser les arbres plus vite. Et les abatteuses, autres engins d’acier nourris au pétrole, de mécaniser la récolte du bois. Une fois broyé, ce bois devient une source d’énergie dite renouvelable. Il ne faut pourtant pas oublier que sa récolte, sa transformation et son transport sont dépendants du pétrole.

      Les liens entre le bois et le pétrole vont plus loin. Seul ou souvent mélangé aux plastiques issus du pétrole, le bois permet de répondre à la demande croissante d’emballages qu’a accompagné l’essor de la grande distribution puis celui de e-commerce. Les palettes de bois entourées de films plastiques constituent un autre exemple d’un produit issus de l’hybridation bois, pétrole.

      Tous ces exemples illustrent l’unicité qui lie toutes les techniques les unes aux autres, mais également leur auto-accroissement, les nouvelles techniques se mélangeant les unes aux autres pour en créer de nouvelles. Jacques Ellul avait très bien expliqué cela il y a plus de 50 ans, la lecture de cette nouvelle histoire de l’énergie est un bon exemple pour illustrer sa théorie du système technicien dont nous avions déjà parlé dans le billet « Le fonctionnement du système technicien : comment la technique façonne notre monde »

      i Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition, une nouvelle histoire de l’énergie, Seuil, 2024, 416 pages

      Posté dans Histoire, La Technique | 2 Commentaires | Tagué Bois, Charbon, Energie, Histoire, Pétrole
    • Entre émerveillement et abattement

      Publié à 17 h 36 min par Antoine Bocheux, le janvier 7, 2024

      Entre émerveillement et abattement, la formule semble un peu éculée. Elle est pourtant parfaitement appropriée pour décrire ce que l’on ressent quand on aime la nature en ce début de 21ième siècle. D’un côté, les ouvrages de vulgarisation scientifique aident à toujours mieux connaître la vie des plantes et des animaux visibles et à s’imaginer celles des champignons et des bactéries invisibles. Des appareils photos et des caméras toujours plus perfectionnés donnent à voir des images magnifiques. D’un autre côté, on ne peut que constater tout ce qui disparaît ou devient rare en l’espace de quelques années. Les insectes et les oiseaux deviennent rares. Il est de plus en plus difficile de trouver une prairie, un bocage ou une forêt avec plusieurs essences d’arbres. Entre l’étalement urbain, les monocultures agricoles et sylvicoles, la place laissée à la nature est mince.

      Le climat tempéré que nous avons connu lui aussi disparaît. Cela fait maintenant 4 ans que j’écris ce blog, 4 années durant lesquelles les effets du changement climatique se sont faits lourdement ressentir. Vagues de chaleur, sécheresses, grêles, inondations. Les épisodes extrêmes se sont multipliés à un point où l’on peut constater que ce ne sont plus des anomalies météorologiques mais bien le climat qui change.

      Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les sécheresses et les vagues de chaleurs estivales. La couleur de l’été est de moins en moins le vert et de plus en plus le jaune paille de la végétation desséchée et des feuilles mortes qui tombent prématurément des arbres à cause de la sécheresse. Son parfum est de moins en moins souvent celui de la terre mouillée et de plus en plus celui de la poussière. L’eau qui était assez abondante devient maintenant suffisamment rare pour être sources de conflits et d’inquiétudes. Une réalité biologique simple et implacable se manifeste : sans eau aucune plante, sauvage ou cultivée, ne peut pousser. Ce qui ne nous met pas à l’abri des excès d’eau que nous connaissons cet hiver dont les paroxysmes sont les vagues d’inondations dramatiques que connaît le nord de la France. Pendant qu’une sécheresse historique frappe les Pyrénées orientales.

      La vie est parfois comme une musique de film qui alterne entre des scènes inquiétantes et des moments plus apaisants, propices à l’émerveillement et aux rêves. J’essaye régulièrement de partager ces moments lumineux dans ce blog. Souvent à travers mes lectures et le récit de mes promenades campagnardes et péri-urbaines. Les livres sont extraordinaires pour se lancer dans un voyage immobile et imaginer les mondes invisibles que les bons ouvrages de vulgarisation scientifique nous proposent de découvrir. Imaginer, chacun avec les images que les mots suscitent en lui, la présence de ces bactéries invisibles dans les sols, dans l’air, les roches, dans l’eau et dans nos corps. Les filaments invisibles des champignons qui occupent les moindres recoins du sols pour fournir en eau et en sels minéraux les plantes avec lesquelles ils vivent en symbiose. Une forme de vie encore sauvage, insaisissable que nous sommes parmi les premières générations d’êtres humains à découvrir.

      La découverte de ces vies invisibles et prolifiques nous ne consolera pas du recul du monde des plantes et des animaux. Celui que nous pouvons voir de nos propres yeux, mais aussi sentir, toucher, parfois goûter. Ici les livres ne font que nous aider à mieux comprendre et appréhender une réalité que nous pouvons observer avec nos propres sens. Il suffit parfois de peu de choses pour être saisi par l’émotion et sentir un éphémère sentiment de plénitude : la contemplation d’un arbre dans le brouillard qui lui donne une silhouette inhabituelle, une rencontre furtive avec un lièvre, une fleur sauvage qui s’épanouit sur un trottoir ou le long d’un chemin, l’odeur d’une aiguille d’épicéa froissée dans la main, le vol d’un papillon qui butine de fleurs en fleurs

      Tous ces moments où le rêve d’harmonie entre le vivant non humain et les êtres humains devient réalité pour quelques instants sont précieux. Même s’ils sont éphémères et symboliques. En ce début d’année je souhaite tout simplement les partager.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Changement climatique, Nature, Photos
    • Souvenirs d’une époque où la musique était rare

      Publié à 19 h 45 min par Antoine Bocheux, le décembre 17, 2023

      Dans ces jours qui précèdent Noël, des souvenirs me reviennent. Souvenirs d’une quête de nouvelles émotions musicales, à la recherche de nouveaux CD. Souvenirs d’une époque, pas si lointaine, et déjà oubliée où écouter la musique que l’on a envie de découvrir n’allait pas de soi. Derrière ces rayons de Noël remplis de coffrets chatoyants, se cachaient sûrement quelques trésors musicaux. Quelles chansons merveilleuses pouvait bien contenir l’intégrale de Georges Brassens ? Quelles mélodies derrière celui des sonates pour piano de Mozart ? Quelle énergie derrière cette réédition d’un concert de Sonny Rollins ? Le dernier album de Pascal Obispo était-il à la hauteur du single que j’avais aimé entendre à la radio ? La musique « impressionniste » de Claude Debussy me toucherait-elle ? Voilà quelques exemples des questions que je pouvais me poser devant les alignements de CD. Et surtout la question : lesquels choisir ?

      A l’époque choisir était une prise de risque. Au moment de mettre le disque sur la platine, il pouvait y avoir de grandes joies comme de grandes déceptions. Dans le second cas, j’insistais. Au prix des CD il fallait attendre plusieurs mois avant d’avoir une chance de découvrir autre chose. Si aujourd’hui j’entends une musique qui ne me plaît pas sur YouTube, je clique immédiatement pour écouter autre chose. Vous aussi j’imagine ? Avec les CD, il fallait prendre le temps de plusieurs écoutes. C’était ça ou continuer à faire tourner en boucle les disques que je connaissais déjà par cœur. J’ai fini par aimer certaines chansons comme ça. A force de devenir familières, j’ai fini par les apprécier. Il y a aussi de grosses déceptions avec des disques que je n’ai jamais aimé, même en insistant. Cette prise de risque ne faisait qu’accroire le soin que je portais à mes nouvelles acquisitions. Le plaisir de choisir et l’attente de la découverte de la musique était parfois aussi forte que celui de la musique en elle même.

      Si l’on fait un saut dans l’histoire, on constate que la musique enregistrée est devenu de moins en rare au fil des ans, une marche de la rareté vers la surabondance. Dans les années 80 la bande fm a permis l’émergence de radios musicales avec la possibilité de nouvelles découvertes. Encore fallait-il savoir ce que l’on écoute pour pouvoir envisager de s’acheter le disque. Le CD sorti en 1982, rare et cher au début, il a mis 10 ans avant de remplacer les vinyles. Il avait l’immense avantage de ne pas s’user et de permettre d’écouter autant le fois que l’on souhaite le même disque ou la même chanson. Une possibilité qui d’ailleurs n’a pas le fait le bonheur de ceux qui devaient entendre en boucle une chanson qu’ils n’aimaient pas ! Dans les années 90 et 2000 je me souviens également du prêt de CD dans les médiathèques qui m’a permis beaucoup de découvertes sans prendre le risque d’acheter un CD au prix fort. Il y avait peu d’espoir de trouver les disques des derniers chanteurs à la mode mais c’était parfait pour découvrir ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas dans la musique classique et le jazz. Et que j’étais sous le charme de tous les albums des Beatles. C’était gratuit mais il fallait se déplacer, choisir, découvrir ce qui était disponible et trouver d’autres solutions ou attendre pour ce qui ne l’était pas.

      Aujourd’hui avec le streaming, il est possible d’écouter gratuitement un catalogue de musique plus grand que celui des plus grands magasins de disques des années 90. Alors pourquoi cette nostalgie ? La perte du plaisir de la quête de nouvelles musiques qui malgré ses inévitables déconvenues avait son charme. Le plaisir de l’attente de ce qui est rare est différent de celui de l’accès à ce qui est abondant. Il y a une forme de culpabilité de ne pas essayer de tout écouter pour découvrir les émotions musicales qui se cachent probablement dans cette masse. En même temps, un besoin de silences et de repères devant ce trop plein de musiques impalpables. Au contraire les CD sont tangibles. Une pile de CD a une épaisseur , on peut jauger la taille d’une discothèque. Chaque CD à sa pochette qui souvent rappelle des souvenirs. Ma discothèque est une trace de la musique que j’ai aimée aux différentes périodes de ma vie, m’y plonger aura toujours un charme incomparable avec celui de l’écoute en streaming. J’aurais sûrement aimé le streaming adolescent quand mon budget était limité et que j’avais tout à découvrir. Il est vrai que dès qu’il s’agit de découvrir un artiste que je ne connais pas il reste magique de pouvoir compter dessus.

      Alors pourquoi ces quelques lignes ? Pour illustrer que toute nouvelle technique, comme le streaming, fille de la numérisation de la musique et d’Internet, est par nature ambivalente. Malgré ses indéniables avantages on y perd quand même quelque chose.

      Posté dans La Technique | 1 commentaire
    • Les vies heureuses du botaniste 

      Publié à 14 h 07 min par Antoine Bocheux, le octobre 29, 2023

      En cet automne 2023, quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, se lancer dans la lecture d’une biographie dont le titre promet de s’attarder sur « les vies heureuses du botaniste » est une expérience alléchante. Cette biographie, c’est celle du botaniste Francis Halléi. Né en 1938, il a accordé une vingtaine d’entretiens à Laure Dominique Agniel entre décembre 2020 et juin 2022. Une somme qui lui permet de nous faire découvrir les grands jalons du parcours d’un botaniste qui a beaucoup parlé des plantes tout en restant discret sur sa vie. L’auteur de l’éloge de la planteii et du plaidoyer pour l’arbreiii a bien eu plusieurs vies.

      La liste des activités de Francis Hallé est longue : enseignant, chercheur, explorateur de la biodiversité des forêts tropicales au sol mais aussi à la cime des arbres, passeur de connaissances et d’émotions auprès du grand public et, plus récemment, initiateur et promoteur d’un projet de forêt primaire en Europe. Elles tournent autour d’un dénominateur commun, sa passion pour les plantes. Dès qu’il en a eu l’occasion, il a voyagé à travers le monde pour les observer, particulièrement dans les pays tropicaux où se trouve la plus grande biodiversité. Leur climat chaud et humide permet aux plantes de s’y développer sans être contraintes par le froid et la sécheresse. Elles atteignent un niveau de diversité bien supérieur à celui rencontré sous les hautes latitudes où les espèces adaptées aux contraintes climatiques peuvent proliférer avec une faible concurrence. Sous les tropiques c’est l’inverse, on rencontre rarement deux arbres identiques côte à côte. Afrique, Amérique du sud, Asie, trois forêts tropicales qui ont en commun leur exubérance et qui pourtant abritent une faune et une flore complètement différentes.

      Francis Hallé aime voyager dans ces forêts encore mal connues. La chaleur, l’humidité ou les piqûres d’insectes n’entament pas son enthousiasme. Passer des heures à observer les plantes, les dessiner afin de mieux les connaître, voilà son bonheur. Il reste toujours émerveillé par leur beauté et leurs facultés d’adaptation. Il privilégie l’étude des plantes sur le terrain à une époque où la recherche en laboratoire est reine. Il se refuse à dissocier la science de la beauté. Pourquoi le chercheur ne pourrait-il pas partager les émotions qu’il éprouve devant la beauté de l’objet de ses recherches?

      Cette posture a beaucoup à voir avec un des sujets de recherche qui a fait sa notoriété dans le monde scientifique : l’étude de l’architecture des plantes. Sujet qu’il aurait été difficile d’étudier depuis un laboratoire. Les années passées en forêt à dessiner des plantes lui ont donné une perspective qu’un scientifique hors sol n’aurait pas pu avoir. C’est aussi sa connaissance des forêts tropicales qui l’a amené à se lancer dans l’aventure du radeau des cimes. L’idée est simple, étudier la cime des arbres des forêts tropicales primaires, la canopée, là où se trouve la lumière, et une faune et une flore beaucoup plus nombreuses et variées que celles vivant dans les sombres sous bois. Un monde situé 50 mètres au dessus du sol moins bien connu que la surface de la lune ! Il a fallu beaucoup de persévérance pour concevoir et donner vie au radeau des cimesiv, cette structure semi rigide posée sur la canopée qui a permis de passer des semaines à « naviguer » sur les cimes des arbres pour étudier leur diversité.

      Son bonheur à étudier les plantes, Francis Hallé aime le partager. Avec sa femme Odile et ses enfants qui l’ont accompagné quand il a enseigné en Côte d’Ivoire, au Congo et en Indonésie. Avec d’autres botanistes, collègues ou étudiants. Avec les chercheurs de tous horizons à qui il a permis de découvrir la canopée sur le radeau des cimes. Et avec le grand public auprès duquel il partage inlassablement son amour des plantes à travers ses livres et des conférences. Depuis qu’il s’est lancé, dans ce rôle de passeur l’intérêt du grand public pour la botanique n’a cessé de croître. La destruction des dernières forets tropicales primaires aussi. Détruites alors que l’on ne connaît même pas leur biodiversité. Alors Francis Hallé est aussi un homme indigné qui milite pour alerter sur leur destruction qui est arrivée à un point où il lui est impossible de se taire. Il se mobilise également en France contre des projets d’abatage de vieux arbres comme celui de tilleuls à Sète.

      Lui qui n’a pas de jardin s’émerveille devant les plantes partout où il voyage. Il s’intéresse autant au chêne qui fait face à son bureau à Montpellier qu’aux arbres des forêts tropicales. Voyageur ou sédentaire, chacun ayant l’occasion d’observer des plantes dans sa vie peut-être sensible à son invitation à porter plus d’attention aux végétaux qui nous entourent. Sa réflexion sur les plantes est dans l’air du temps. Elles deviennent un repère dans une époque qui y en manque. P 38-39 Laure Dominique Agnielle cite « j’ai vu grandir l’intérêt pour la botanique dans le monde entier. Je crois que la dégradation écologique nous amène à nous raccrocher aux plantes qui sont solides et rassurantes. Elles existent depuis des millions d’années et elles existeront après nous ; de plus elles améliorent leur environnement alors que nous dégradons le notre ».

      iLaure-Dominique AGNIEL, Francis Hallé. Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 208 pages, Mai 2023
      iiFrancis Hallé, Eloge de la plante : Pour une nouvelle biologie, Point, 346 pages, 2014 (première édition en 1999)
      iiiFrancis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006
      ivAvec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt

      Posté dans Forêt, Nature | 2 Commentaires | Tagué Arbres, botanique, Nature
    • Pourquoi être végétarien  ? Un petit geste individuel face au réchauffement climatique … et bien plus encore.

      Publié à 14 h 52 min par Antoine Bocheux, le septembre 24, 2023

      Les oiseaux se font plus rares, les canicules et les sécheresses plus fréquentes. Au fil des ans le poids du réchauffement climatique et du recul de la biodiversité devient de plus en plus pesant. L’avenir n’est pas réjouissant. Les scientifiques nous prédisent un accroissement des événements climatiques extrêmes dont nous savons maintenant combien ils affectent notre quotidien. Des mots nouveaux apparaissent pour décrire le mal-être que peut engendrer cette situation inédite. Parmi eux« solastalgie » que Wikipédia définit comme « une forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux passés, actuels ou attendus, en particulier concernant la destruction des écosystèmes et de la biodiversité, et par extension le réchauffement climatique »i. Ce mot ne figure pas au Petit Robert, peut-être y fera-il son entrée dans les années à venir.

      Sans souffrir de solastalgie, il reste difficile d’ignorer le réchauffement climatique et le recul de la biodiversité. Cela amène immanquablement à se poser la question, que puis-je y faire ? Beaucoup de décisions à prendre sont collectives. La liberté des uns à conserver leur mode de vie entre vite en conflit avec celle des autres à aspirer à de profonds changements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger la biodiversité. Une fois un accord trouvé sur la nécessité de changements, le plus difficile reste à venir pour aboutir à un consensus sur la nature et la modalité de mise en œuvre des dits changements. Chacun aura son idée sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire, et au milieu de la diversité des points de vue, il devient parfois difficile de démêler le vrai du faux. A défaut d’aller plus loin dans ce débat nécessaire mais complexe je vous propose de vous interroger sur une liberté que nous avons tous : celle de choisir notre régime alimentaire. Manger moins de viande, être végétarien ou être végétalien sont de petits gestes que chacun d’entre nous a individuellement le choix de faire ou de ne pas faire.

      Commençons par quelques courtes définitions. Un régime alimentaire végétarien bannit toute consommation de chair animale, c’est à dire qu’il exclut la viande et le poisson. Un régime végétalien retire également les œufs et les produits laitiers car même s’ils n’entraînent pas directement la mort d’un animal, ils sont d’origine animale.

      Pourquoi manger moins de viande est-il bon pour le climat ? Le lien est simple. Manger directement une plante consomme moins d’énergie que de manger un animal qui mange des plantes. Il est plus logique de manger directement des céréales que de manger des animaux d’élevage nourris avec des céréales. Il faut toutefois apporter un bémol à ce raisonnement, tous les animaux d’élevage ne mangent pas des céréales, ceux qui sont nourris à l’herbe et au foin permettent de valoriser des prairies qui sont des milieux favorables à la biodiversité.

      En fonction des espèces élevées il faut 4 à 11 calories végétales pour faire une calorie animal. Pour des explications plus précises je vous renvoie vers le site Nos Gestes Climat où est proposée une évaluation du bilan carbone d’un repas en fonction du choix des alimentsii.

      La réduction des émissions de gaz à effet de serre est une bonne raison pour fortement réduire sa consommation de viande, pas forcément pour devenir complètement végétarien ou végétalien. Une motivation plus profonde est de refuser de manger la chair des animaux. Là aussi avec un peu de logique il est difficile d’ignorer que leur mise à mort entraîne pour eux de la souffrance. Cette souffrance est d’ailleurs cachée loin de nos yeux dans les abattoirs. Les supermarchés nous présentent des morceaux de viande découpés, pas des carcasses d’animaux morts, le lien entre l’animal mort et la viande est caché. Dans l’histoire de l’humanité la viande a tenu une place importante car elle était pour les chasseurs cueilleurs une source de protéines irremplaçable. Aujourd’hui il est possible d’avoir toutes les protéines nécessaires à notre alimentation en combinant les céréales et les légumineuses. Continuer à manger de la viande n’est pas une nécessité mais un choix que chacun peut faire. Ne pas en manger c’est choisir une relation harmonieuse avec le vivant non humain. Manger le fruit d’un arbre ne fait aucun mal à l’arbre, au contraire c’est pour lui une occasion de disséminer ses graines. Manger un grain de blé cueillit sur un épi n’entraîne pas de souffrance pour la graminée qui a fini son cycle végétatif. Ce sont des relations de symbiose avec les plantes. Être végétarien c’est avant tout cela, se nourrir d’une relation de symbiose avec des plantes plutôt que de la souffrance d’un animal.

      Tout cela n’est pas anodin. Difficile de prétendre protéger la biodiversité si nous ne vivons pas en harmonie avec le vivant non humain. Cette harmonie se trouve plus facilement en mangeant des plantes que des produits laitiers, des œufs ou de la viande. On ne peut cependant pas ignorer que certaines formes d’élevages où les animaux peuvent vivre une partie de leur vie dans des prairies se rapprochent d’une certaine harmonie, l’animal a au moins une bonne vie en contrepartie de sa mort prématurée. A l’inverse l’élevage intensif où les animaux sont entassés et enfermés n’est que souffrance, la négation du caractère d’être vivant sensible des animaux.

      Le choix de notre alimentation : un sujet qui entraîne finalement beaucoup de questions et de réflexions. Un terrain où l’on constate que nos choix individuels ont aussi un petit impact physique et une réelle portée symbolique.

      ihttps://fr.wikipedia.org/wiki/Solastalgie

      iihttps://nosgestesclimat.fr/actions/plus/alimentation/r%C3%A9duire-viande/par-deux?lang=fr

      Posté dans Agriculture | 0 Commentaire | Tagué Alimentation, Biodiversité, Changement climatique, Nature, Solastalgie, Végétalien, Végétarien
    • Voler de fleurs en fleurs

      Publié à 14 h 25 min par Antoine Bocheux, le août 15, 2023

      Souvent les livres permettent de s’extraire du quotidien, de voyager dans le temps et dans l’espace. Parfois, c’est plus rare, ils ouvrent un nouveau point de vue sur des lieux qui semblent familiers. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de l’effet papillon1, un livre présentant des photos de papillons en vol. Les photos sont de Ghislain Simard, elles sont commentées par l’entomologiste Vincent Albouy. L’arrière plan et les paysages autour des papillons me semblent familiers. Ils se rapprochent de ceux que je peux observer quand je m’assieds au bord d’une prairie pour regarder les fleurs. Une succession de tiges, de feuilles et de fleurs avec d’infinies nuances de couleurs et de formes. Immergés dans ce décor, les insectes se font rarement attendre. La végétation est la fois leur gîte et leur garde manger.

      Les papillons ne sont pas faciles à observer. Parfois il se laissent photographier, occupés à butiner sur une fleur ou à se réchauffer au soleil. Avec un peu de persévérance, j’ai pu distinguer leurs yeux sur mes photographies. Voir ci-dessous une de mes photos.

      Par contre, je n’ai jamais réussi à les photographier en vol comme Ghislain Simard. Réussir ce type d’image nécessite un matériel sophistiqué, un savoir faire et beaucoup de patience. Côté matériel, prévoir une barrière laser qui déclenche la prise de vue quand le papillon traverse le faisceau. L’appareil photo est lui posé sur un trépied, le cadrage de l’image et la mise au point de la zone de netteté étant réglés au préalable. Le temps de pose étant extrêmement court, des flashs sont également nécessaire pour éclairer les images. Une fois ce montage complexe installé reste à patienter jusqu’à ce qu’un papillon se présente. A l’arrivé de superbes images de papillons en vol permettant de saisir un instantané de ce qui est normalement invisible à l’œil humain. Vous pouvez en consulter certaines avec ce lien sur le site de la Salamandre, l’éditeur du livre

      On apprend beaucoup sur le vol des papillons à la lecture de ce livre. Premier constat, les papillons ont quatre ailes indépendantes les unes des autres ce qui confère à leur vol beaucoup de maniabilité et de précision. Elles sont à la fois souples et robustes, elles peuvent se tordre et se déformer. Certaines photos qui permettent de le constater sont saisissantes. Malgré leurs trajectoires qui peuvent parfois nous sembler imprévisibles et erratiques, elles permettent aux papillons de se déplacer avec précision en dépensant un minimum d’énergie. L’instabilité apparente de leur vol s’explique pour de nombreuses espèces par la faiblesse de leur poids par rapport à la surface de leurs ailes. De vrais poids plumes virtuoses des acrobaties en plein vol. Jusqu’à l’accouplement en plein vol que Ghislain Simard à réussi à saisir (p 80-81)

      Le principal objet de ces déplacements est de butiner de fleurs en fleurs pour se nourrir de leur nectar. Une tournée des bars à sucre, en quelques en sorte. Ce sucre, transformé en graisse, est leur carburant pour voler. Certaines espèces de papillons comme les belles dames ou les vulcains ne se contentent pas de voler de fleurs en fleurs. Ils se lancent dans de longues migrations portés par les vents et les courants thermiques. Se déplaçant parfois sur des milliers de kilomètres, en patientant à l’abri au ras du sol quand les vents sont contraires. Leur petite taille ne les empêchent pas d’être de grands voyageurs.

      Au delà de la prouesse technique que constituent ces images et des précieuses informations sur le vol des papillons que nous donnent les commentaires qui les accompagnent, beaucoup d’émotions se dégagent de ce livre. Les papillons se nourrissent du nectar tout en pollinisant les fleurs, voilà une relation harmonieuse. Harmonieuse également pour l’être humain qui l’observe en profitant à la fois de la beauté des fleurs et de celle des papillons. Juste le plaisir de partager une tranche de vie avec le vivant non humain. Les photos de Ghislain Simard font ressortir cette harmonie. Si certaines d’entre elles donnent à voir les détails des écailles des ailes des papillons ou des gros plans sur leurs yeux, beaucoup permettent de les observer en plan large, dans leur environnement au milieu des plantes. On peut alors imaginer que les tiges des fleurs sont des troncs d’arbres entre lesquelles les papillons slaloment, les fleurs des promontoires où ils se reposent et se restaurent et les arbres des montagnes qu’ils contournent ou qu’ils survolent. L’on se prend à rêver de changer d’échelle pour voler avec légèreté dans ce monde féerique. Féerie renforcée par la beauté des couleurs des flous en arrière plan des images qui rappelle les tableaux des peintres impressionnistes.

      Les textes qui accompagnent les photos nous renvoient à la triste réalité du fort déclin des papillons au cours des dernières décennies. Le plaisir de croiser des papillons devient de plus en plus rare. Vincent Albouy indique que les espèces autrefois courantes deviennent rares et que celles qui étaient rares disparaissent ou voient leurs aires de répartition dangereusement rétrécies. Ghislain Simard, explique qu’un autre photographe lui a conseillé de photographier les papillons tant qu’il y en a encore. Le parallèle entre les progrès du matériel photographique qui permet de saisir ces images et celui du déclin des papillons est saisissant.

      Pour finir sur une note positive, les auteurs nous rappellent combien il est important de laisser fleurir des fleurs sauvages dans les jardins et les champs pour préserver les papillons. Tondre à ras la pelouse plutôt que de laisser fleurir les plantes sauvages est un choix souvent motivé par des raisons esthétiques. En feuilletant ce livre on ne peut pourtant que constater à quel point la beauté est du côté des fleurs sauvages et des papillons.

      1Ghislain Simard  et Vincent Albouy, L’effet papillon, La Salamandre, 160 pages, 2023

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Jardin, Nature, Papillons, Photos
    • Examiner les fleurs : retour sur un stage de botanique

      Publié à 15 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 18, 2023

      Selon le dictionnaire de l’Académie Française, la botanique est la « Science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux » J’ai toujours aimé suivre les découvertes de la science sur la connaissance des plantes, principalement en lisant des ouvrages de vulgarisation scientifique. Ce blog en témoigne. Par contre, je le confesse, j’ai été moins curieux en ce qui concerne la description et la classification des végétaux. Pas au point de ne pas chercher à mettre un nom sur les plantes que je croise. Bien au contraire. Mais en me contentant souvent d’une méthode peu rigoureuse : comparer d’un coup d’œil les plantes que j’observe dans mes ballades à celles que je trouve dans les livres sous forme de dessins ou de photos.

      Motivé par l’envie d’aller plus loin, je me suis inscrit au stage de botanique pratique de l’association Veilles Racines & Jeunes Pousses. Objectif de la formation : « acquérir des bases solides en reconnaissances et en déterminations ». Elle se déroule sur 4 jours. Elle a lieu à la ferme école de Mercin, dans le sud-est du département de la Creuse sur la commune de Mérinchal. Le cadre est magnifique, la salle de formation est entourée d’un jardin où sont cultivées des plantes médicinales. Derrière le jardin, des prairies entourées de haies bocagères.Nous nous installons en plein air autour d’une table à l’ombre de la terrasse. Entourés de plantes et de livres nous pouvons commencer les présentations autour d’un café ou d’une tisane. Dès le début du stage le botaniste Cédric Perraudeau, notre formateur, nous remet nos outils d’apprenti botaniste : Une flore portative de Gaston Bonnieri et une loupe. L’un ne va pas sans l’autre, nous allons découvrir que la loupe est souvent indispensable pour utiliser la flore. Nous allons prendre l’habitude d’y coller notre œil pour observer les plantes. Observer le mot n’est pas assez fort, nous allons les examiner dans les moindres détails

      Il nous met en garde dès le début, pour utiliser une flore il est nécessaire de maîtriser un vocabulaire précis. Les tiges, les feuilles, les inflorescences, les fleurs, les fruits, tout y passe. Les explications théoriques sont illustrées par des dessins et par la présentation de plantes qu’il cueille dans le jardin voisin pour nous les décrire et nous inviter à les observer à la loupe. Nous examinons les feuilles, les stipules, les formes des poils sur les tiges et les fleurs (certains spécialistes arrivent à reconnaître les espèces de géranium simplement à partir de ce critère) les sépales, les pétales, les étamines. Plus complexes, les pistils qui peuvent être composés d’une ou plusieurs carpelles qui peuvent être libres ou soudées. Viennent ensuite les fruits, akènes, capsules, baies, drupes, gousses et autres siliques. J’arrête ici cet inventaire non exhaustif qui a pour seule ambition de donner une idée de la diversité du vocabulaire à maîtriser pour décrire les plantes. La tâche paraît lourde mais en l’utilisant avec assiduité pendant 4 jours il devient petit à petit familier. Pendant tout le stage Cédric nous a fait des piqûres de rappel sous forme de quiz. Il s’est lui même prêté au jeu en mode expert : il nous a proposé de l’interroger en lui lisant la description détaillée d’une plante, sans lui présenter de photo ou d’illustration. Nous avons essayé de le piéger mais nous n’avons pas réussi ! Preuve qu’un vocabulaire précis permet de décrire les plantes avec une précision redoutable.

      Les trois jours suivants ont été consacrés à la présentation des principales familles botaniques et à la prise en main de la flore de Bonnier. Au jardin puis dans les prairies, nous l’avons utilisée pour déterminer des espèces. C’est une sorte de QCM géant où chaque question élimine des hypothèses jusqu’à arriver, si l’on répond correctement à toutes les questions, à la description de la plante que l’on a sous les yeux. Je me souviendrai de la renoncule rampante ( Ranuculus repens) première plante que j’ai identifiée en utilisant cette flore. Pour être plus précis, plante devant laquelle j’ai commencé à comprendre le fonctionnement de la flore de Bonnier grâce à Cédric. Je pense en particulier à ces nombreuses carpelles formant un bloc. Je les croyais soudées, ce qui m’a induit en erreur. En fait, elles se séparent à maturité, il est possible de les détacher à la main pour s’en assurer. Des plantes il y en eu beaucoup d’autres dans le jardin, dans les prairies sèches, les prairies humides, en lisière des bois, le long des chemins, en bord de rivière, ou sur les coteaux. Il est délicieux de passer quelques jours au milieu des plantes assis dans une prairie. Le tout dans la bonne humeur, dans un contexte propice aux discussions. Une occasion de rencontrer d’autres passionnés de nature, d’échanger sur nos parcours et nos régions respectives. On en perd la notion du temps. Mais il y a la vie, le quotidien reprend son cours. Le mien est derrière un bureau devant un écran. Les plantes ne sont pas absentes pour autant. Elles sont là, le long des chemins où je me promène le soir après le travail et le week-end. Et bien sûr au jardin.

      Une vue imprenable sur la prairie

      Avec le jardin en mouvement les plantes spontanées sont nombreuses mais comment les identifier précisément ? Voilà un terrain où je pourrai continuer d’utiliser régulièrement la flore de Bonnier. Aujourd’hui les liserons attirent mon attention. Ils me donnent du fil à retordre en s’enroulant dans les courgettes ou la lavande mais quand ils s’enroulent autour des lampsanes (Lapsana communis) leurs fleurs sont magnifiques. Mais quelle espèce de liseron est devant moi ? Voilà une occasion de sortir ma flore, de reprendre la loupe et de réviser mon vocabulaire. C’est un liseron des champs (Convolvulus arvensis ). Pour en être sûr il faut savoir ce qu’est une bractée (la dernière feuille avant la fleur). Savoir, également, que la bractée peu avoir un aspect semblable à la feuille ou au contraire être beaucoup plus petite, invisible pour un œil non exercé ! Enfin être informé qu’elle peut-être située proche ou loin de la fleur. Ici la flore de Bonnier précise « bractées distantes de la fleur ». Même au jardin il y a matière à réviser son vocabulaire botanique !

      iGaston Bonnier et Geroges de Layens, Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, 426 pages, 1985

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué botanique, Nature
    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Arbres, Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Avons « Nous » mangé la terre ?

      Publié à 16 h 13 min par Antoine Bocheux, le avril 10, 2023

      Nous avons mangé la terre : c’est le titre d’un livre co-signé par Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz et Jean-Robert Vialleti. En quelques lignes concises et synthétiques, il propose un autre récit de l’histoire des 19ième et 20ième siècles. Il débute avec l’exploitation du charbon très vite complétée par celle du pétrole. L’industrialisation qui en a découlé, le rapport à l’espace qui s’est modifié avec les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Les deux guerres mondiales qui ont été nourries par cette industrialisation ont largement contribué à accélérer son développement. Il se poursuit avec des changements profonds de modes de vie : l’automobile et les maisons individuelles, une agriculture qui se transforme radicalement avec l’emploi de la mécanisation et de la chimie; la diffusion de ces bouleversements venus des États-Unis vers le reste du monde. Le tout accompagné d’une extraction minière et d’une pollution toujours accrues

      Ce récit résume, à grands traits, ce que l’on l’appelait encore le progrès à la fin du 20ième siècle. Malgré les souffrances des guerres, la pénibilité du travail, l’on en retenait une marche en avant vers plus de confort, les progrès de l’hygiène et de la santé, la hausse de la production agricole permettant une hausse de la population. Tout cela reste vrai, mais les circonstances imposent aujourd’hui une autre lecture de ces événements. La combustion du charbon et du pétrole, c’est aussi l’émission de gaz à effet de serre qui réchauffent le climat avec les conséquences dramatiques que nous commençons à éprouver. L’énergie déployée par la combustion de ces hydrocarbures a également permis une destruction du vivant non humain sans commune mesure avec ce qui s’était passé avant. C’est aussi une pollution de l’air et de l’eau visible des glaces polaires jusque dans les eaux des océans les plus reculés. Ces changements sont tellement profonds que certains chercheurs avancent que nous sommes rentrés dans une nouvelle ère géologique : l’anthropocène. Il fallait proposer une nouvelle lecture de l’histoire pour expliquer comment nous en sommes arrivé là. Les historiens Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz se sont attelés à cette tache en 2013 avec leur ouvrage « L’Événement Anthropocène ; La Terre, l’histoire et nous. »ii. « Nous avons mangé la terre » propose une synthèse de ce travail.

      Au delà de son contenu, le titre « Nous avons mangé la terre » interpelle. En tant qu’espèce Homo Sapiens il semble difficilement contestable que nous ayons mangé la terre. En tant qu’individu c’est beaucoup moins évident. Géographiquement c’est au Royaume-Uni, puis dans le reste de l’Europe et aux États-Unis que l’entrée dans anthropocène a commencée. A l’intérieur de ces pays, l’utilisation de ces nouvelles techniques n’a pas fait l’unanimité. Beaucoup de paysans sont partis travailler à l’usine ou la mine parce qu’ils n’avaient pas d’autre alternative. A l’extérieur les européens ont également imposé leur utilisation dans les empires coloniaux. Au cours des deux guerres mondiales les techniques ont été développées sans aucun esprit critique sur leurs impacts négatifs, l’utilisation massive des dernières techniques étant indispensable pour prétendre à la victoire. Cela a abouti à la bombe atomique. Cet état de fait s’est poursuivi pendant la guerre froide et continue aujourd’hui. Malgré les risques, n’entend-t-on pas dire que si nous ne développons pas l’intelligence artificielle les chinois, eux, le feront. Or plus de techniques c’est toujours plus d’exploitation de ressources minières et d’hydrocarbures. Même derrière l’informatique il y a l’extraction de métaux qui demande beaucoup d’énergie, souvent fournie par le charbon. Sans oublier le fonctionnement des serveurs, lui aussi gourmand en énergie

      Quand on retrace le cours des événements, il ressort que les techniques se sont souvent imposées sans nous laisser le choix, confirmant la théorie de Jacques Ellul sur l’automatismeiii de l’utilisation des nouvelles techniques indépendamment des choix des individus et des États.

      Derrière le « Nous », il y a plus d’êtres humains qui utilisent des techniques parce qu’elles s’imposent à eux plutôt qu’une volonté de « manger la terre ». Et continuent d’aspirer et de rêver à autres choses. Il y a aussi toutes celles et ceux qui ont vécu et continuent de vivre en respectant le vivant non humain. Une diversité d’expériences et d’aspirations humaines qu’il ne faut pas oublier à une époque où l’uniformité des techniques pousse à tout rendre identique.

      ihttps://www.seuil.com/ouvrage/nous-avons-mange-la-terre-christophe-bonneuil/9782021478969

      iihttps://www.seuil.com/ouvrage/l-evenement-anthropocene-jean-baptiste-fressoz/9782757859599

      iiihttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      Nous avons mangé la terre : c’est le titre d’un livre co-signé par Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz et Jean-Robert Vialleti. En quelques lignes concises et synthétiques, il propose un autre récit de l’histoire des 19ième et 20ième siècles. Il débute avec l’exploitation du charbon très vite complétée par celle du pétrole. L’industrialisation qui en a découlé, le rapport à l’espace qui s’est modifié avec les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Les deux guerres mondiales qui ont été nourries par cette industrialisation ont largement contribué à accélérer son développement. Il se poursuit avec des changements profonds de modes de vie : l’automobile et les maisons individuelles, une agriculture qui se transforme radicalement avec l’emploi de la mécanisation et de la chimie; la diffusion de ces bouleversements venus des États-Unis vers le reste du monde. Le tout accompagné d’une extraction minière et d’une pollution toujours accrues

      Posté dans Histoire, La Technique | 0 Commentaire | Tagué Energie, Histoire
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