Les champs de mes rêves

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    • Travelling sur berce

      Publié à 10 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 30, 2024

      De mes promenades le long des chemins, il reste quelques souvenirs mémorables. Pas à chaque ballade, l’émerveillement ne vient pas sur commande. Souvent, ce sont juste des moments agréables pour mettre le corps et l’esprit en mouvement. Une bonne occasion de croiser des plantes familières,de se remémorer leurs noms ou leurs odeurs. Par exemple, cueillir puis froisser quelques graines sur un pied berce (Heracleum sphondylium). Leur odeur inimitable rappelle un peu celle des agrumes. S’arrêter quelques secondes devant les fleurs blanches de cette plante. Disposées en ombelle,elles culminent à un mètre cinquante de haut.

      Par un bel après-midi de juin, je répétais ces gestes, petits plaisirs simples de la vie. Je m’approchais au plus près d’une ombelle pour observer quelques fleurs à la loupe. Une ombelle est un monde en soi. Vu de loin c’est un grand rond blanc sur lequel des centaines de fleurs s’étalent. Vu de près on se rend compte, que le grand rond est constitué de plusieurs petits ronds, les ombellules. En se penchant sur une ombellule on peut voir à l’œil nu des dizaines de fleurs blanches. Ce jour là, je m’arrêtais pour observer un détail mis en avant dans une flore. A l’extérieur des ombellules les fleurs sont plus grandes qu’à l’intérieur. Celles de l’extérieur ne sont pas symétriques, les pétales orientés vers l’extérieur de l’ombellule sont plus grands que ceux orientés vers l’intérieur. Par contre les fleurs à l’intérieur de l’ombellule ont des pétales parfaitement symétriques. Explication : cela permettrait d’attirer plus facilement les insectes pollinisateurs en les guidant.

      J’observe donc à la loupe les détails de quelques fleurs, je constate cette différence. En relevant la tête je remarque qu’un insecte pollinisateur se trouve à quelque centimètres de moi. Il butine sur une ombellule voisine en ignorant ma présence. C’est probablement une abeille, je n’en suis pas sûr. Si quelqu’un de plus expert que moi en entomologie peut m’éclairer sur la questions la zone commentaire de cette page lui tend les bras !

      Profitant de la situation, je sors mon appareil photo, je me rends compte que ce sont des dizaines d’abeilles qui butinent sur l’ombelle de la berce. Souvent les insectes pollinisateurs s’éloignent ou fuient quand je m’approche de trop près d’une fleur. Il faut s’approcher petit à petit avec des gestes lents pour espérer les prendre en photo. Pour une raison que je j’ignore, j’ai passé des dizaines de minutes devant ce pied de berce, l’objectif collé à quelque centimètre des abeilles, à aucun moment elles n’ont fuit ou n’ont esquivé un geste menaçant envers moi. J’avais la sensation d’être le témoin invisible d’un spectacle qui se joue à une échelle qui m’est normalement inaccessible. Et pourtant littéralement sous mes yeux, la hauteur de l’ombelle de la berce m’épargnant même d’avoir à m’accroupir être aux premières loges.

      J’ai pu les observer en gros plan. Voir leurs poils, leurs yeux à facettes, leurs pattes, leurs ailes et surtout leurs trompes. Elles l’utilisent comme une paille pour siroter le nectar. J’avais lu dans ma flore qu’un disque nectarifère se trouve sur chaque fleur, à la base des étamines. Je le confirme, ils intéressent les abeilles au plus haut point. Elle vont s’y abreuver méthodiquement, imperturbables. Elles se regroupent autour des ombellules un peu comme des vaches autour d’un abreuvoir ou d’une mangeoire. La comparaison s’arrête là. Les vaches ne volent pas alors que les abeilles se déplacent avec précision de fleur en fleur, d’îles en îles. A leur échelle, une ombelle est un archipel suspendu dans les airs dont les ombellules sont les îles.

      Après être resté longtemps à observer le spectacle d’un archipel, je reprend ma marche et me rends compte que ce ballet aurait mérité d’être filmé. La chance me sourit. Je m’arrête devant une autre berce où les abeilles sont toutes aussi actives et indifférentes à ma présence. L’occasion de partager avec vous ce travelling sur berce.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, botanique, Insectes, Nature, Photos, Vidéos
    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
    • Quand les plantes se jouent du temps qui passe

      Publié à 20 h 22 min par Antoine Bocheux, le mars 31, 2024

      Le printemps est comme un miracle évident. Imaginez comment les plantes traversent les longs mois d’hiver ? Fixes, privées de la possibilité de se déplacer sous des cieux plus cléments ou de s’abriter dans une maison bien chauffée. Sans pouvoir se couvrir d’un épais manteau, ni se réchauffer en bougeant. Sans pouvoir grandir faute de chaleur et de lumière. A ce problème pas si évident les solutions adoptées par les plantes sont aussi variées que complexes.

      Elles ne fuient pas le danger en se déplaçant, mais se distinguent par leurs facultés à se jouer du temps qui passe. Une sorte de fuite dans le temps, l’attente du bon moment plutôt que la recherche du bon endroit par le mouvement (ce que les graines font aussi, transportées par le vent et les animaux). Elles sont fixes mais nous pouvons leur envier quelques spécificités.

      D’abord, leur capacité d’attendre des conditions favorables des années, parfois des décennies sous forme d’embryon ayant mis son développement en sommeil : les graines. Il a fallu que la vie évolue pendant des centaines de millions d’années pour arriver à ce résultat qui permet aux plantes de recouvrir les terres émergées dès que des conditions favorables se présentent. Même si ces conditions favorables ne durent que quelques semaines, c’est suffisant pour que des graines germent, fleurissent et donnent naissance à de nouvelles graines qui, à leur tout, attendront patiemment dans le sol.

      Ensuite, la faculté des arbres à perdre leurs feuilles pendant l’hiver. Nous y sommes habitués, mais quand on y pense c’est un peu comme si nous hivernions en nous séparant de nos organes ne conversant que nos os, des réserves de graisses et quelques cellules en dormance capables de reconstituer nos organes le moment venu. Complètement inimaginable pour les animaux que nous sommes. La métaphore est un peu osée, trop basique pour rendre justice à la complexité du règne végétal, son but est simplement de faire ressortir le caractère extraordinaire de ce qui nous semble ordinaire.

      Au delà de ces réflexions métaphysiques, le printemps évidemment nous fait du bien. Le retour des herbes verts tendres, les premières fleurs, les premières feuilles. Puis au fil des semaines une montée en puissance vers toujours plus de verts, de variétés dans les formes et les couleurs des fleurs. Des odeurs qui reviennent, les paysages qui changent et sont remodelés.

      C’est un plaisir pour les yeux dont j’aime garder une trace à travers quelques photos. Je vous propose ici quelques clichés de ficaires (Ranonculus ficaria) et de pulmonaires (Pulmonaria officinalis) qui sont souvent les premières fleurs de l’année le long des chemin où je me promène.Il est toujours émouvant d’observer les prémices d’un nouveau cycle, je les regarde avec plus d’attention que celles qui les suivront. Le manque créé l’envie, la quasi disparition des fleurs sauvages qui se fait sentir pendant l’hiver pousse à s’arrêter et à se baisser pour les photographier.

      On les trouve souvent au bord des fossés et sur les talus. Les ficaires apparaissent généralement en premier. Leurs feuilles d’un vert luisant, en forme de cœur, sortent de terre dès le début du mois de janvier. Leurs fleurs jaunes se montrent de façon éparse dès fin janvier, de petites étoiles qui brillent au milieu de l’hiver. En février et en mars elles forment de véritables tapis jaunes le long des chemins. Elles vivent à contre courant du reste des plantes, elles s’éclipsent pendant l’été et démarrent leur cycle végétatif au milieu de l’hiver à la faveur des réserves accumulées dans leurs tubercules.

      Ficaires
      Tapis de ficaire le long d’un chemin
      Pulmonaires

      Les pulmonaires sortent généralement de terre quelques semaines plus tard. Leurs feuilles sont facilement reconnaissables à leurs taches blanches. Leurs fleurs sont de couleurs variables en fonction de leur maturité, elles oscillent entre le bleu et le pourpre. Cela permet de renseigner les insectes qui les pollinisent sur leur degré de maturité. Bientôt les herbes vont monter à hauteur des genoux, les arbres vont retrouver leurs feuilles. Les ficaires et les pulmonaires auront profité de leur précocité pour être seuls sous les derniers rayons de soleil de l’hiver. Ces quelques photos prises par une belle journée ensoleillée de mars permettront d’en garder un souvenir en attendant de les retrouver l’année prochaine.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Entre émerveillement et abattement

      Publié à 17 h 36 min par Antoine Bocheux, le janvier 7, 2024

      Entre émerveillement et abattement, la formule semble un peu éculée. Elle est pourtant parfaitement appropriée pour décrire ce que l’on ressent quand on aime la nature en ce début de 21ième siècle. D’un côté, les ouvrages de vulgarisation scientifique aident à toujours mieux connaître la vie des plantes et des animaux visibles et à s’imaginer celles des champignons et des bactéries invisibles. Des appareils photos et des caméras toujours plus perfectionnés donnent à voir des images magnifiques. D’un autre côté, on ne peut que constater tout ce qui disparaît ou devient rare en l’espace de quelques années. Les insectes et les oiseaux deviennent rares. Il est de plus en plus difficile de trouver une prairie, un bocage ou une forêt avec plusieurs essences d’arbres. Entre l’étalement urbain, les monocultures agricoles et sylvicoles, la place laissée à la nature est mince.

      Le climat tempéré que nous avons connu lui aussi disparaît. Cela fait maintenant 4 ans que j’écris ce blog, 4 années durant lesquelles les effets du changement climatique se sont faits lourdement ressentir. Vagues de chaleur, sécheresses, grêles, inondations. Les épisodes extrêmes se sont multipliés à un point où l’on peut constater que ce ne sont plus des anomalies météorologiques mais bien le climat qui change.

      Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les sécheresses et les vagues de chaleurs estivales. La couleur de l’été est de moins en moins le vert et de plus en plus le jaune paille de la végétation desséchée et des feuilles mortes qui tombent prématurément des arbres à cause de la sécheresse. Son parfum est de moins en moins souvent celui de la terre mouillée et de plus en plus celui de la poussière. L’eau qui était assez abondante devient maintenant suffisamment rare pour être sources de conflits et d’inquiétudes. Une réalité biologique simple et implacable se manifeste : sans eau aucune plante, sauvage ou cultivée, ne peut pousser. Ce qui ne nous met pas à l’abri des excès d’eau que nous connaissons cet hiver dont les paroxysmes sont les vagues d’inondations dramatiques que connaît le nord de la France. Pendant qu’une sécheresse historique frappe les Pyrénées orientales.

      La vie est parfois comme une musique de film qui alterne entre des scènes inquiétantes et des moments plus apaisants, propices à l’émerveillement et aux rêves. J’essaye régulièrement de partager ces moments lumineux dans ce blog. Souvent à travers mes lectures et le récit de mes promenades campagnardes et péri-urbaines. Les livres sont extraordinaires pour se lancer dans un voyage immobile et imaginer les mondes invisibles que les bons ouvrages de vulgarisation scientifique nous proposent de découvrir. Imaginer, chacun avec les images que les mots suscitent en lui, la présence de ces bactéries invisibles dans les sols, dans l’air, les roches, dans l’eau et dans nos corps. Les filaments invisibles des champignons qui occupent les moindres recoins du sols pour fournir en eau et en sels minéraux les plantes avec lesquelles ils vivent en symbiose. Une forme de vie encore sauvage, insaisissable que nous sommes parmi les premières générations d’êtres humains à découvrir.

      La découverte de ces vies invisibles et prolifiques nous ne consolera pas du recul du monde des plantes et des animaux. Celui que nous pouvons voir de nos propres yeux, mais aussi sentir, toucher, parfois goûter. Ici les livres ne font que nous aider à mieux comprendre et appréhender une réalité que nous pouvons observer avec nos propres sens. Il suffit parfois de peu de choses pour être saisi par l’émotion et sentir un éphémère sentiment de plénitude : la contemplation d’un arbre dans le brouillard qui lui donne une silhouette inhabituelle, une rencontre furtive avec un lièvre, une fleur sauvage qui s’épanouit sur un trottoir ou le long d’un chemin, l’odeur d’une aiguille d’épicéa froissée dans la main, le vol d’un papillon qui butine de fleurs en fleurs

      Tous ces moments où le rêve d’harmonie entre le vivant non humain et les êtres humains devient réalité pour quelques instants sont précieux. Même s’ils sont éphémères et symboliques. En ce début d’année je souhaite tout simplement les partager.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Changement climatique, Nature, Photos
    • Les vies heureuses du botaniste 

      Publié à 14 h 07 min par Antoine Bocheux, le octobre 29, 2023

      En cet automne 2023, quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, se lancer dans la lecture d’une biographie dont le titre promet de s’attarder sur « les vies heureuses du botaniste » est une expérience alléchante. Cette biographie, c’est celle du botaniste Francis Halléi. Né en 1938, il a accordé une vingtaine d’entretiens à Laure Dominique Agniel entre décembre 2020 et juin 2022. Une somme qui lui permet de nous faire découvrir les grands jalons du parcours d’un botaniste qui a beaucoup parlé des plantes tout en restant discret sur sa vie. L’auteur de l’éloge de la planteii et du plaidoyer pour l’arbreiii a bien eu plusieurs vies.

      La liste des activités de Francis Hallé est longue : enseignant, chercheur, explorateur de la biodiversité des forêts tropicales au sol mais aussi à la cime des arbres, passeur de connaissances et d’émotions auprès du grand public et, plus récemment, initiateur et promoteur d’un projet de forêt primaire en Europe. Elles tournent autour d’un dénominateur commun, sa passion pour les plantes. Dès qu’il en a eu l’occasion, il a voyagé à travers le monde pour les observer, particulièrement dans les pays tropicaux où se trouve la plus grande biodiversité. Leur climat chaud et humide permet aux plantes de s’y développer sans être contraintes par le froid et la sécheresse. Elles atteignent un niveau de diversité bien supérieur à celui rencontré sous les hautes latitudes où les espèces adaptées aux contraintes climatiques peuvent proliférer avec une faible concurrence. Sous les tropiques c’est l’inverse, on rencontre rarement deux arbres identiques côte à côte. Afrique, Amérique du sud, Asie, trois forêts tropicales qui ont en commun leur exubérance et qui pourtant abritent une faune et une flore complètement différentes.

      Francis Hallé aime voyager dans ces forêts encore mal connues. La chaleur, l’humidité ou les piqûres d’insectes n’entament pas son enthousiasme. Passer des heures à observer les plantes, les dessiner afin de mieux les connaître, voilà son bonheur. Il reste toujours émerveillé par leur beauté et leurs facultés d’adaptation. Il privilégie l’étude des plantes sur le terrain à une époque où la recherche en laboratoire est reine. Il se refuse à dissocier la science de la beauté. Pourquoi le chercheur ne pourrait-il pas partager les émotions qu’il éprouve devant la beauté de l’objet de ses recherches?

      Cette posture a beaucoup à voir avec un des sujets de recherche qui a fait sa notoriété dans le monde scientifique : l’étude de l’architecture des plantes. Sujet qu’il aurait été difficile d’étudier depuis un laboratoire. Les années passées en forêt à dessiner des plantes lui ont donné une perspective qu’un scientifique hors sol n’aurait pas pu avoir. C’est aussi sa connaissance des forêts tropicales qui l’a amené à se lancer dans l’aventure du radeau des cimes. L’idée est simple, étudier la cime des arbres des forêts tropicales primaires, la canopée, là où se trouve la lumière, et une faune et une flore beaucoup plus nombreuses et variées que celles vivant dans les sombres sous bois. Un monde situé 50 mètres au dessus du sol moins bien connu que la surface de la lune ! Il a fallu beaucoup de persévérance pour concevoir et donner vie au radeau des cimesiv, cette structure semi rigide posée sur la canopée qui a permis de passer des semaines à « naviguer » sur les cimes des arbres pour étudier leur diversité.

      Son bonheur à étudier les plantes, Francis Hallé aime le partager. Avec sa femme Odile et ses enfants qui l’ont accompagné quand il a enseigné en Côte d’Ivoire, au Congo et en Indonésie. Avec d’autres botanistes, collègues ou étudiants. Avec les chercheurs de tous horizons à qui il a permis de découvrir la canopée sur le radeau des cimes. Et avec le grand public auprès duquel il partage inlassablement son amour des plantes à travers ses livres et des conférences. Depuis qu’il s’est lancé, dans ce rôle de passeur l’intérêt du grand public pour la botanique n’a cessé de croître. La destruction des dernières forets tropicales primaires aussi. Détruites alors que l’on ne connaît même pas leur biodiversité. Alors Francis Hallé est aussi un homme indigné qui milite pour alerter sur leur destruction qui est arrivée à un point où il lui est impossible de se taire. Il se mobilise également en France contre des projets d’abatage de vieux arbres comme celui de tilleuls à Sète.

      Lui qui n’a pas de jardin s’émerveille devant les plantes partout où il voyage. Il s’intéresse autant au chêne qui fait face à son bureau à Montpellier qu’aux arbres des forêts tropicales. Voyageur ou sédentaire, chacun ayant l’occasion d’observer des plantes dans sa vie peut-être sensible à son invitation à porter plus d’attention aux végétaux qui nous entourent. Sa réflexion sur les plantes est dans l’air du temps. Elles deviennent un repère dans une époque qui y en manque. P 38-39 Laure Dominique Agnielle cite « j’ai vu grandir l’intérêt pour la botanique dans le monde entier. Je crois que la dégradation écologique nous amène à nous raccrocher aux plantes qui sont solides et rassurantes. Elles existent depuis des millions d’années et elles existeront après nous ; de plus elles améliorent leur environnement alors que nous dégradons le notre ».

      iLaure-Dominique AGNIEL, Francis Hallé. Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 208 pages, Mai 2023
      iiFrancis Hallé, Eloge de la plante : Pour une nouvelle biologie, Point, 346 pages, 2014 (première édition en 1999)
      iiiFrancis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006
      ivAvec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt

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    • Pourquoi être végétarien  ? Un petit geste individuel face au réchauffement climatique … et bien plus encore.

      Publié à 14 h 52 min par Antoine Bocheux, le septembre 24, 2023

      Les oiseaux se font plus rares, les canicules et les sécheresses plus fréquentes. Au fil des ans le poids du réchauffement climatique et du recul de la biodiversité devient de plus en plus pesant. L’avenir n’est pas réjouissant. Les scientifiques nous prédisent un accroissement des événements climatiques extrêmes dont nous savons maintenant combien ils affectent notre quotidien. Des mots nouveaux apparaissent pour décrire le mal-être que peut engendrer cette situation inédite. Parmi eux« solastalgie » que Wikipédia définit comme « une forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux passés, actuels ou attendus, en particulier concernant la destruction des écosystèmes et de la biodiversité, et par extension le réchauffement climatique »i. Ce mot ne figure pas au Petit Robert, peut-être y fera-il son entrée dans les années à venir.

      Sans souffrir de solastalgie, il reste difficile d’ignorer le réchauffement climatique et le recul de la biodiversité. Cela amène immanquablement à se poser la question, que puis-je y faire ? Beaucoup de décisions à prendre sont collectives. La liberté des uns à conserver leur mode de vie entre vite en conflit avec celle des autres à aspirer à de profonds changements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger la biodiversité. Une fois un accord trouvé sur la nécessité de changements, le plus difficile reste à venir pour aboutir à un consensus sur la nature et la modalité de mise en œuvre des dits changements. Chacun aura son idée sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire, et au milieu de la diversité des points de vue, il devient parfois difficile de démêler le vrai du faux. A défaut d’aller plus loin dans ce débat nécessaire mais complexe je vous propose de vous interroger sur une liberté que nous avons tous : celle de choisir notre régime alimentaire. Manger moins de viande, être végétarien ou être végétalien sont de petits gestes que chacun d’entre nous a individuellement le choix de faire ou de ne pas faire.

      Commençons par quelques courtes définitions. Un régime alimentaire végétarien bannit toute consommation de chair animale, c’est à dire qu’il exclut la viande et le poisson. Un régime végétalien retire également les œufs et les produits laitiers car même s’ils n’entraînent pas directement la mort d’un animal, ils sont d’origine animale.

      Pourquoi manger moins de viande est-il bon pour le climat ? Le lien est simple. Manger directement une plante consomme moins d’énergie que de manger un animal qui mange des plantes. Il est plus logique de manger directement des céréales que de manger des animaux d’élevage nourris avec des céréales. Il faut toutefois apporter un bémol à ce raisonnement, tous les animaux d’élevage ne mangent pas des céréales, ceux qui sont nourris à l’herbe et au foin permettent de valoriser des prairies qui sont des milieux favorables à la biodiversité.

      En fonction des espèces élevées il faut 4 à 11 calories végétales pour faire une calorie animal. Pour des explications plus précises je vous renvoie vers le site Nos Gestes Climat où est proposée une évaluation du bilan carbone d’un repas en fonction du choix des alimentsii.

      La réduction des émissions de gaz à effet de serre est une bonne raison pour fortement réduire sa consommation de viande, pas forcément pour devenir complètement végétarien ou végétalien. Une motivation plus profonde est de refuser de manger la chair des animaux. Là aussi avec un peu de logique il est difficile d’ignorer que leur mise à mort entraîne pour eux de la souffrance. Cette souffrance est d’ailleurs cachée loin de nos yeux dans les abattoirs. Les supermarchés nous présentent des morceaux de viande découpés, pas des carcasses d’animaux morts, le lien entre l’animal mort et la viande est caché. Dans l’histoire de l’humanité la viande a tenu une place importante car elle était pour les chasseurs cueilleurs une source de protéines irremplaçable. Aujourd’hui il est possible d’avoir toutes les protéines nécessaires à notre alimentation en combinant les céréales et les légumineuses. Continuer à manger de la viande n’est pas une nécessité mais un choix que chacun peut faire. Ne pas en manger c’est choisir une relation harmonieuse avec le vivant non humain. Manger le fruit d’un arbre ne fait aucun mal à l’arbre, au contraire c’est pour lui une occasion de disséminer ses graines. Manger un grain de blé cueillit sur un épi n’entraîne pas de souffrance pour la graminée qui a fini son cycle végétatif. Ce sont des relations de symbiose avec les plantes. Être végétarien c’est avant tout cela, se nourrir d’une relation de symbiose avec des plantes plutôt que de la souffrance d’un animal.

      Tout cela n’est pas anodin. Difficile de prétendre protéger la biodiversité si nous ne vivons pas en harmonie avec le vivant non humain. Cette harmonie se trouve plus facilement en mangeant des plantes que des produits laitiers, des œufs ou de la viande. On ne peut cependant pas ignorer que certaines formes d’élevages où les animaux peuvent vivre une partie de leur vie dans des prairies se rapprochent d’une certaine harmonie, l’animal a au moins une bonne vie en contrepartie de sa mort prématurée. A l’inverse l’élevage intensif où les animaux sont entassés et enfermés n’est que souffrance, la négation du caractère d’être vivant sensible des animaux.

      Le choix de notre alimentation : un sujet qui entraîne finalement beaucoup de questions et de réflexions. Un terrain où l’on constate que nos choix individuels ont aussi un petit impact physique et une réelle portée symbolique.

      ihttps://fr.wikipedia.org/wiki/Solastalgie

      iihttps://nosgestesclimat.fr/actions/plus/alimentation/r%C3%A9duire-viande/par-deux?lang=fr

      Posté dans Agriculture | 0 Commentaire | Tagué Alimentation, Biodiversité, Changement climatique, Nature, Solastalgie, Végétalien, Végétarien
    • Voler de fleurs en fleurs

      Publié à 14 h 25 min par Antoine Bocheux, le août 15, 2023

      Souvent les livres permettent de s’extraire du quotidien, de voyager dans le temps et dans l’espace. Parfois, c’est plus rare, ils ouvrent un nouveau point de vue sur des lieux qui semblent familiers. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de l’effet papillon1, un livre présentant des photos de papillons en vol. Les photos sont de Ghislain Simard, elles sont commentées par l’entomologiste Vincent Albouy. L’arrière plan et les paysages autour des papillons me semblent familiers. Ils se rapprochent de ceux que je peux observer quand je m’assieds au bord d’une prairie pour regarder les fleurs. Une succession de tiges, de feuilles et de fleurs avec d’infinies nuances de couleurs et de formes. Immergés dans ce décor, les insectes se font rarement attendre. La végétation est la fois leur gîte et leur garde manger.

      Les papillons ne sont pas faciles à observer. Parfois il se laissent photographier, occupés à butiner sur une fleur ou à se réchauffer au soleil. Avec un peu de persévérance, j’ai pu distinguer leurs yeux sur mes photographies. Voir ci-dessous une de mes photos.

      Par contre, je n’ai jamais réussi à les photographier en vol comme Ghislain Simard. Réussir ce type d’image nécessite un matériel sophistiqué, un savoir faire et beaucoup de patience. Côté matériel, prévoir une barrière laser qui déclenche la prise de vue quand le papillon traverse le faisceau. L’appareil photo est lui posé sur un trépied, le cadrage de l’image et la mise au point de la zone de netteté étant réglés au préalable. Le temps de pose étant extrêmement court, des flashs sont également nécessaire pour éclairer les images. Une fois ce montage complexe installé reste à patienter jusqu’à ce qu’un papillon se présente. A l’arrivé de superbes images de papillons en vol permettant de saisir un instantané de ce qui est normalement invisible à l’œil humain. Vous pouvez en consulter certaines avec ce lien sur le site de la Salamandre, l’éditeur du livre

      On apprend beaucoup sur le vol des papillons à la lecture de ce livre. Premier constat, les papillons ont quatre ailes indépendantes les unes des autres ce qui confère à leur vol beaucoup de maniabilité et de précision. Elles sont à la fois souples et robustes, elles peuvent se tordre et se déformer. Certaines photos qui permettent de le constater sont saisissantes. Malgré leurs trajectoires qui peuvent parfois nous sembler imprévisibles et erratiques, elles permettent aux papillons de se déplacer avec précision en dépensant un minimum d’énergie. L’instabilité apparente de leur vol s’explique pour de nombreuses espèces par la faiblesse de leur poids par rapport à la surface de leurs ailes. De vrais poids plumes virtuoses des acrobaties en plein vol. Jusqu’à l’accouplement en plein vol que Ghislain Simard à réussi à saisir (p 80-81)

      Le principal objet de ces déplacements est de butiner de fleurs en fleurs pour se nourrir de leur nectar. Une tournée des bars à sucre, en quelques en sorte. Ce sucre, transformé en graisse, est leur carburant pour voler. Certaines espèces de papillons comme les belles dames ou les vulcains ne se contentent pas de voler de fleurs en fleurs. Ils se lancent dans de longues migrations portés par les vents et les courants thermiques. Se déplaçant parfois sur des milliers de kilomètres, en patientant à l’abri au ras du sol quand les vents sont contraires. Leur petite taille ne les empêchent pas d’être de grands voyageurs.

      Au delà de la prouesse technique que constituent ces images et des précieuses informations sur le vol des papillons que nous donnent les commentaires qui les accompagnent, beaucoup d’émotions se dégagent de ce livre. Les papillons se nourrissent du nectar tout en pollinisant les fleurs, voilà une relation harmonieuse. Harmonieuse également pour l’être humain qui l’observe en profitant à la fois de la beauté des fleurs et de celle des papillons. Juste le plaisir de partager une tranche de vie avec le vivant non humain. Les photos de Ghislain Simard font ressortir cette harmonie. Si certaines d’entre elles donnent à voir les détails des écailles des ailes des papillons ou des gros plans sur leurs yeux, beaucoup permettent de les observer en plan large, dans leur environnement au milieu des plantes. On peut alors imaginer que les tiges des fleurs sont des troncs d’arbres entre lesquelles les papillons slaloment, les fleurs des promontoires où ils se reposent et se restaurent et les arbres des montagnes qu’ils contournent ou qu’ils survolent. L’on se prend à rêver de changer d’échelle pour voler avec légèreté dans ce monde féerique. Féerie renforcée par la beauté des couleurs des flous en arrière plan des images qui rappelle les tableaux des peintres impressionnistes.

      Les textes qui accompagnent les photos nous renvoient à la triste réalité du fort déclin des papillons au cours des dernières décennies. Le plaisir de croiser des papillons devient de plus en plus rare. Vincent Albouy indique que les espèces autrefois courantes deviennent rares et que celles qui étaient rares disparaissent ou voient leurs aires de répartition dangereusement rétrécies. Ghislain Simard, explique qu’un autre photographe lui a conseillé de photographier les papillons tant qu’il y en a encore. Le parallèle entre les progrès du matériel photographique qui permet de saisir ces images et celui du déclin des papillons est saisissant.

      Pour finir sur une note positive, les auteurs nous rappellent combien il est important de laisser fleurir des fleurs sauvages dans les jardins et les champs pour préserver les papillons. Tondre à ras la pelouse plutôt que de laisser fleurir les plantes sauvages est un choix souvent motivé par des raisons esthétiques. En feuilletant ce livre on ne peut pourtant que constater à quel point la beauté est du côté des fleurs sauvages et des papillons.

      1Ghislain Simard  et Vincent Albouy, L’effet papillon, La Salamandre, 160 pages, 2023

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    • Examiner les fleurs : retour sur un stage de botanique

      Publié à 15 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 18, 2023

      Selon le dictionnaire de l’Académie Française, la botanique est la « Science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux » J’ai toujours aimé suivre les découvertes de la science sur la connaissance des plantes, principalement en lisant des ouvrages de vulgarisation scientifique. Ce blog en témoigne. Par contre, je le confesse, j’ai été moins curieux en ce qui concerne la description et la classification des végétaux. Pas au point de ne pas chercher à mettre un nom sur les plantes que je croise. Bien au contraire. Mais en me contentant souvent d’une méthode peu rigoureuse : comparer d’un coup d’œil les plantes que j’observe dans mes ballades à celles que je trouve dans les livres sous forme de dessins ou de photos.

      Motivé par l’envie d’aller plus loin, je me suis inscrit au stage de botanique pratique de l’association Veilles Racines & Jeunes Pousses. Objectif de la formation : « acquérir des bases solides en reconnaissances et en déterminations ». Elle se déroule sur 4 jours. Elle a lieu à la ferme école de Mercin, dans le sud-est du département de la Creuse sur la commune de Mérinchal. Le cadre est magnifique, la salle de formation est entourée d’un jardin où sont cultivées des plantes médicinales. Derrière le jardin, des prairies entourées de haies bocagères.Nous nous installons en plein air autour d’une table à l’ombre de la terrasse. Entourés de plantes et de livres nous pouvons commencer les présentations autour d’un café ou d’une tisane. Dès le début du stage le botaniste Cédric Perraudeau, notre formateur, nous remet nos outils d’apprenti botaniste : Une flore portative de Gaston Bonnieri et une loupe. L’un ne va pas sans l’autre, nous allons découvrir que la loupe est souvent indispensable pour utiliser la flore. Nous allons prendre l’habitude d’y coller notre œil pour observer les plantes. Observer le mot n’est pas assez fort, nous allons les examiner dans les moindres détails

      Il nous met en garde dès le début, pour utiliser une flore il est nécessaire de maîtriser un vocabulaire précis. Les tiges, les feuilles, les inflorescences, les fleurs, les fruits, tout y passe. Les explications théoriques sont illustrées par des dessins et par la présentation de plantes qu’il cueille dans le jardin voisin pour nous les décrire et nous inviter à les observer à la loupe. Nous examinons les feuilles, les stipules, les formes des poils sur les tiges et les fleurs (certains spécialistes arrivent à reconnaître les espèces de géranium simplement à partir de ce critère) les sépales, les pétales, les étamines. Plus complexes, les pistils qui peuvent être composés d’une ou plusieurs carpelles qui peuvent être libres ou soudées. Viennent ensuite les fruits, akènes, capsules, baies, drupes, gousses et autres siliques. J’arrête ici cet inventaire non exhaustif qui a pour seule ambition de donner une idée de la diversité du vocabulaire à maîtriser pour décrire les plantes. La tâche paraît lourde mais en l’utilisant avec assiduité pendant 4 jours il devient petit à petit familier. Pendant tout le stage Cédric nous a fait des piqûres de rappel sous forme de quiz. Il s’est lui même prêté au jeu en mode expert : il nous a proposé de l’interroger en lui lisant la description détaillée d’une plante, sans lui présenter de photo ou d’illustration. Nous avons essayé de le piéger mais nous n’avons pas réussi ! Preuve qu’un vocabulaire précis permet de décrire les plantes avec une précision redoutable.

      Les trois jours suivants ont été consacrés à la présentation des principales familles botaniques et à la prise en main de la flore de Bonnier. Au jardin puis dans les prairies, nous l’avons utilisée pour déterminer des espèces. C’est une sorte de QCM géant où chaque question élimine des hypothèses jusqu’à arriver, si l’on répond correctement à toutes les questions, à la description de la plante que l’on a sous les yeux. Je me souviendrai de la renoncule rampante ( Ranuculus repens) première plante que j’ai identifiée en utilisant cette flore. Pour être plus précis, plante devant laquelle j’ai commencé à comprendre le fonctionnement de la flore de Bonnier grâce à Cédric. Je pense en particulier à ces nombreuses carpelles formant un bloc. Je les croyais soudées, ce qui m’a induit en erreur. En fait, elles se séparent à maturité, il est possible de les détacher à la main pour s’en assurer. Des plantes il y en eu beaucoup d’autres dans le jardin, dans les prairies sèches, les prairies humides, en lisière des bois, le long des chemins, en bord de rivière, ou sur les coteaux. Il est délicieux de passer quelques jours au milieu des plantes assis dans une prairie. Le tout dans la bonne humeur, dans un contexte propice aux discussions. Une occasion de rencontrer d’autres passionnés de nature, d’échanger sur nos parcours et nos régions respectives. On en perd la notion du temps. Mais il y a la vie, le quotidien reprend son cours. Le mien est derrière un bureau devant un écran. Les plantes ne sont pas absentes pour autant. Elles sont là, le long des chemins où je me promène le soir après le travail et le week-end. Et bien sûr au jardin.

      Une vue imprenable sur la prairie

      Avec le jardin en mouvement les plantes spontanées sont nombreuses mais comment les identifier précisément ? Voilà un terrain où je pourrai continuer d’utiliser régulièrement la flore de Bonnier. Aujourd’hui les liserons attirent mon attention. Ils me donnent du fil à retordre en s’enroulant dans les courgettes ou la lavande mais quand ils s’enroulent autour des lampsanes (Lapsana communis) leurs fleurs sont magnifiques. Mais quelle espèce de liseron est devant moi ? Voilà une occasion de sortir ma flore, de reprendre la loupe et de réviser mon vocabulaire. C’est un liseron des champs (Convolvulus arvensis ). Pour en être sûr il faut savoir ce qu’est une bractée (la dernière feuille avant la fleur). Savoir, également, que la bractée peu avoir un aspect semblable à la feuille ou au contraire être beaucoup plus petite, invisible pour un œil non exercé ! Enfin être informé qu’elle peut-être située proche ou loin de la fleur. Ici la flore de Bonnier précise « bractées distantes de la fleur ». Même au jardin il y a matière à réviser son vocabulaire botanique !

      iGaston Bonnier et Geroges de Layens, Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, 426 pages, 1985

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué botanique, Nature
    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Arbres, Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Quand le « beau » temps inquiète

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le mars 5, 2023

      Au fil des ans, sournoisement, les conséquences du changement climatique prennent de plus en plus de place dans nos vies. L’hiver, elles se font moins sentir que l’été. Il n’y a pas cette chaleur étouffante qui colle à la peau. S’il fait moins froid comme à Noël 2022, la hausse des températures donne une douceur agréable. Moins de froid, plus de ciel bleu, peuvent paraître agréables à ceux d’entre nous qui ne regrettent ni la neige ni les sports d’hiver qui vont avec. Mais une menace plane au-dessus de ce ciel bleu.

      Pour utiliser une métaphore commune, il serait tentant d’écrire qu’un nuage noir plane au-dessus de nos têtes. Mais cela serait un contre-sens ; le risque qui plane au dessus de nos têtes, c’est la sécheresse. Contrairement à ce qu’indique le sens commun, le nuage noir et la pluie qui va avec seraient une délivrance. On peut aimer ou ne pas aimer le ciel bleu et le temps sec, la sécheresse nous concerne tous. L’eau est nécessaire pour nos besoins domestiques quotidiens, mais aussi et avant tout parce que sans eau il n’y a pas d’agriculture possible.

      Si dans le langage courant nous parlons de « beau » temps pour décrire un ciel bleu sans pluie et sans nuage, et de nuage noir pour évoquer un mauvais présage, c’est probablement parce que pendant des siècles nous avons connu un climat relativement stable où les récoltes étaient beaucoup plus souvent réduites par un manque d’ensoleillement et un excès de pluie que par la sécheresse. On parlait d’été pourri pour décrire un été trop arrosé. Parlera-t-on demain de « chape de plomb anticyclonique » pour évoquer une longue période sans précipitation ? Difficile de prévoir l’avenir. Dans tous les cas, ce qu’il s’est passé cet hiver avec 32 jours consécutifs sans pluie est inédit1. Peut-être que le printemps sera pluvieux et que tout s’arrangera ? Impossible de faire des prévisions. Ce qui est sûr, c’est que l’inquiétude est là. La pluie tombe moins souvent, moins régulièrement et quand elle tombe, c’est souvent sous forme de déluge. Après avoir vécu pendant des siècles avec la certitude tranquille qu’elle tomberait toujours avec régularité, nous avançons vers un futur incertain.

      Au milieu de cette incertitude climatique, des repères restent. La longueur des jours augmente. Malgré le froid persistant, elle annonce la fin de l’hiver. Plus visible encore, les fleurs sont de retour. En 2023, elles sont arrivées avec quelques semaines de retard par rapport à 2022. Les ficaires avec leurs fleurs jaunes et leurs feuilles en forme de cœur. Le lamier pourpre, dont la belle couleur contraste avec le vert des pelouses. Du bleu avec les petites véroniques de Perse. Du jaune encore avec quelques pissenlits isolés, et plus fréquemment des séneçons commun . Le tapis jaune qu’ils forment par endroit amène des couleurs vives réconfortantes.

      Malgré les écarts de température, passant en quelques jours de la douceur au gel, malgré le manque de pluie, elles sont bien là fidèles au rendez-vous du printemps. Elles se contentent de peu. Juste un peu d’eau et un peu de lumière. Avant que la concurrence pour accéder à la lumière ne soit trop rude, elle occupent le terrain en premier. Elle n’ont pas besoin de monter haut pour la trouver. Elles sont petites, ce qui les empêchent pas d’avoir des couleurs éclatantes. Et des formes complexes que l’on découvre quand on prend le temps de se baisser pour les regarder

      Lamier pourpre
      Fleur de Ficaire
      Feuille de ficaire
      Séneçon Commun
      Pissenlit
      Véronique de Perse

      Elle fleurissent vite, au ras du sol, leurs fleurs donnent rapidement de nouvelles graines qui attendront patiemment le printemps prochain à l’abri du sol. Peu importe pour elles les risques de sécheresse ou de déluge qui planent sur les autres plantes qui arriveront plus tard dans la saison. Elles auront déjà bouclé leur cycle annuel.

      1https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/secheresse-32-jours-sans-pluie-en-france-record-battu

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos, Printemps
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