Les champs de mes rêves

Les champs de mes rêves
  • Archives
  • Nature
  • Présentation
  • Accueil
  • Articles
  • Tag: Photos

    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Arbres, Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Quand le « beau » temps inquiète

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le mars 5, 2023

      Au fil des ans, sournoisement, les conséquences du changement climatique prennent de plus en plus de place dans nos vies. L’hiver, elles se font moins sentir que l’été. Il n’y a pas cette chaleur étouffante qui colle à la peau. S’il fait moins froid comme à Noël 2022, la hausse des températures donne une douceur agréable. Moins de froid, plus de ciel bleu, peuvent paraître agréables à ceux d’entre nous qui ne regrettent ni la neige ni les sports d’hiver qui vont avec. Mais une menace plane au-dessus de ce ciel bleu.

      Pour utiliser une métaphore commune, il serait tentant d’écrire qu’un nuage noir plane au-dessus de nos têtes. Mais cela serait un contre-sens ; le risque qui plane au dessus de nos têtes, c’est la sécheresse. Contrairement à ce qu’indique le sens commun, le nuage noir et la pluie qui va avec seraient une délivrance. On peut aimer ou ne pas aimer le ciel bleu et le temps sec, la sécheresse nous concerne tous. L’eau est nécessaire pour nos besoins domestiques quotidiens, mais aussi et avant tout parce que sans eau il n’y a pas d’agriculture possible.

      Si dans le langage courant nous parlons de « beau » temps pour décrire un ciel bleu sans pluie et sans nuage, et de nuage noir pour évoquer un mauvais présage, c’est probablement parce que pendant des siècles nous avons connu un climat relativement stable où les récoltes étaient beaucoup plus souvent réduites par un manque d’ensoleillement et un excès de pluie que par la sécheresse. On parlait d’été pourri pour décrire un été trop arrosé. Parlera-t-on demain de « chape de plomb anticyclonique » pour évoquer une longue période sans précipitation ? Difficile de prévoir l’avenir. Dans tous les cas, ce qu’il s’est passé cet hiver avec 32 jours consécutifs sans pluie est inédit1. Peut-être que le printemps sera pluvieux et que tout s’arrangera ? Impossible de faire des prévisions. Ce qui est sûr, c’est que l’inquiétude est là. La pluie tombe moins souvent, moins régulièrement et quand elle tombe, c’est souvent sous forme de déluge. Après avoir vécu pendant des siècles avec la certitude tranquille qu’elle tomberait toujours avec régularité, nous avançons vers un futur incertain.

      Au milieu de cette incertitude climatique, des repères restent. La longueur des jours augmente. Malgré le froid persistant, elle annonce la fin de l’hiver. Plus visible encore, les fleurs sont de retour. En 2023, elles sont arrivées avec quelques semaines de retard par rapport à 2022. Les ficaires avec leurs fleurs jaunes et leurs feuilles en forme de cœur. Le lamier pourpre, dont la belle couleur contraste avec le vert des pelouses. Du bleu avec les petites véroniques de Perse. Du jaune encore avec quelques pissenlits isolés, et plus fréquemment des séneçons commun . Le tapis jaune qu’ils forment par endroit amène des couleurs vives réconfortantes.

      Malgré les écarts de température, passant en quelques jours de la douceur au gel, malgré le manque de pluie, elles sont bien là fidèles au rendez-vous du printemps. Elles se contentent de peu. Juste un peu d’eau et un peu de lumière. Avant que la concurrence pour accéder à la lumière ne soit trop rude, elle occupent le terrain en premier. Elle n’ont pas besoin de monter haut pour la trouver. Elles sont petites, ce qui les empêchent pas d’avoir des couleurs éclatantes. Et des formes complexes que l’on découvre quand on prend le temps de se baisser pour les regarder

      Lamier pourpre
      Fleur de Ficaire
      Feuille de ficaire
      Séneçon Commun
      Pissenlit
      Véronique de Perse

      Elle fleurissent vite, au ras du sol, leurs fleurs donnent rapidement de nouvelles graines qui attendront patiemment le printemps prochain à l’abri du sol. Peu importe pour elles les risques de sécheresse ou de déluge qui planent sur les autres plantes qui arriveront plus tard dans la saison. Elles auront déjà bouclé leur cycle annuel.

      1https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/secheresse-32-jours-sans-pluie-en-france-record-battu

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos, Printemps
    • Le printemps en automne

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le octobre 30, 2022

      Après un printemps et un été exceptionnellement chaud et sec, la météo continue de faire des siennes. Les jours raccourcissent, la fraîcheur est revenue pendant quelques jours, la chaleur n’est plus une chape de plomb pesante, elle redevient agréable. Pour décrire cette douceur automnale éphémère, on parle généralement d’été indien. Mais cette année, la douceur est persistante, nous vivons une sorte de « méga été indien ». Ce n’est pas tout à fait ça ; il manque quelque chose à ce « méga été-indien ». Du rouge, du jaune, les couleurs flamboyantes des feuilles mortes. Elles se font rares. C’est le vert qui domine. Un vert tendre qui rappelle le printemps, une renaissance pour la végétation après trois mois de sécheresse.

      La météo, la pluie et le beau temps, les médias et les réseaux sociaux en parlent moins que cet été. Plus d’incendie. La sécheresse se fait moins pesante. On finit par ne plus se soucier du temps qu’il fait, happé par les joies et les peines du quotidien. Bien sûr, on apprécie de ne pas avoir besoin d’allumer le chauffage, de flâner dehors pour une belle après-midi d’automne. Parfois, on ne sait plus vraiment comment il faut s’habiller. Garder une tenue d’été ? prendre un parapluie ? Se couvrir pour ne pas attraper froid au point du jour ? Ou tout simplement rester à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Rien de bien désagréable en somme. Tout en restant changeante et imprévisible, la météo pèse moins sur le cours de nos vies.

      En marchant, le lien avec la météo devient plus fort. En prise directe avec la pluie et le soleil, on ne peut plus l’oublier. Quand la pluie est de retour après la sécheresse, beaucoup de choses changent. En arpentant les chemins, le vent ne soulève plus un épais nuage de poussières. Le sol devient plus souple et onctueux sous les pieds du promeneur. On redécouvre le pétrichor, cette odeur de terre mouillée dégagée par les bactéries du sol quand les premières pluies tombent sur un sol sec.

      Elle avait disparu pendant l’été, petit à petit l’herbe verte fait son retour. Les paysages changent d’une manière inattendue. Après avoir été asséchés par un été terrible, ils redeviennent verts et onctueux, comme au printemps. Un printemps prudent, un peu timoré. L’herbe est moins dense, elle pousse moins vite. Même les orties prennent leur temps. Ce vert contraste avec les quelques feuilles qui commencent à jaunir et les fruits rouges des aubépines et des églantiers. Ils nous rappellent que l’on est bien en automne. Les fleurs sont rares et discrètes. Les plus exubérantes sont de saison. Ce sont celles du lierre. Elles apportent une source de nourriture bienvenue aux insectes pollinisateurs.

      Les chênes semblent reprendre des forces et connaître une sorte de second printemps. Ils perdent bien quelques feuilles ça et là. A cause de la sécheresse, c’est malheureusement le cas depuis la fin du mois de juillet. Les feuilles qui ont traversé l’été retrouvent un vert tendre qui rappelle celui du printemps. Elles donnent l’impression de revivre après avoir survécu à la mauvaise saison en se recroquevillant. En observant les chênes plus attentivement, les stigmates de l’été sont encore bien visibles. Leurs feuilles filtrent moins les rayons du soleil qu’au printemps, leurs houppiers sont moins denses. Les feuilles tombées pendant l’été laissent certains rameaux dénudés. Sur d’autres branches, il manque ça et là quelques feuilles. Cela leur donne une silhouette étrange et inédite.

      Ces observations ne peuvent pas être généralisées et mériteraient d’être confrontées à d’autres témoignages. Ce ne sont qu’une bribe de la réalité saisie au fil de mes marches. Elles interrogent. Si cette météo étrange venait à se répéter, ce qui n’est pas impossible avec le changement climatique, comment les plantes réagiront-elles ? Ce regain de la végétation évoque un peu, avec moins de vigueur, le printemps sous nos latitudes et la saison des pluies dans les zones tropicales. Pourtant les jours raccourcissent et nous rappellent que l’hiver approche, que le froid peut revenir très vite. Il semble peu probable que les bizarreries de la météo nous préparent un hiver suffisamment doux pour mettre les feuilles à l’abri du gel. En les conservant plus longtemps les arbres s’exposent à ce risque. Avec un printemps et été sec comme cette année il leur reste bien peu de temps pour reconstituer leurs réserves. En hivernant l’hiver à cause du froid, puis en vivant au ralenti l’été pour palier la sécheresse leur période d’activité est dangereusement raccourcie. En gardant leurs feuilles quelques semaines de plus, ils font preuve d’une grande capacité d’adaptation pour faire face aux nouvelles contraintes que la météo leur impose.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos
    • Rêveries bourgeonnantes

      Publié à 13 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 30, 2022

      Rêver est presque devenu un luxe au milieu de l’agitation et des tragédies qui nous entourent. Passer quelques minutes sous un arbre. Le regarder, laisser vagabonder ses pensées. Tout cela ne va pas de soi. Pourtant, c’est simple, les arbres sont là autour de nous. Avec le printemps, même sans leur prêter attention, on se rend plus ou moins compte qu’il se passe quelque chose. Les paysages verdissent, sous les feuilles la lumière du soleil est de nouveau filtrée .

      Cela s’est passé vite, en quelques semaines. Quand le passant peu attentif finit par s’en rendre compte, il a déjà manqué une partie de l’histoire, le débourrement. Pour lui, c’est comme si du jour au lendemain les marrons et les gris des écorces, couleurs de l’hiver, étaient remplacées par le vert, couleur du printemps.

      Le rêveur, lui, attend ce moment avec impatience et lève les yeux vers les branches tous les jours. Juste pour voir s’il se passe quelque chose. Il le sait, quelque chose va se passer. Il s’imagine que, déjà peut-être, la sève s’est remise à circuler dans le tronc de l’arbre. Un laps de temps de deux semaines s’écoule entre la reprise de la circulation de la sève et l’ouverture des bourgeons. Exceptionnellement, la sève brute, celle qui monte du sol vers le ciel, est chargée de sucres stockés dans les racines et le tronc de l’arbre. Il faut bien alimenter la croissance des feuilles avant qu’elles ne puissent commencer à produire elles même leurs propres sucres avec la photosynthèse.

      Les jours passent et il ne se passe rien. Ou presque. Imperceptiblement, la taille des bourgeons semble légèrement augmenter. Comme s’ils gonflaient. De loin rien ne change, toujours les teintes sombres et monochromes de l’hiver Il faut vraiment s’approcher pour s’en rendre compte, mais autant être attentif, si l’on rate une étape, il faudra attendre un an pour avoir une chance de la revoir. Et puis, un jour, on se rend compte qu’un petit bout de vert commence à sortir d’un bourgeon. Cette fois nous y sommes, l’arbre change, on peut constater son évolution de jours en jours. De plus en plus de bourgeons débourrent. Parfois l’on peut apercevoir la bourre blanche qui les a protégé du froid pendant l’hiver. Ils débourrent, ils éclosent pourrait-on dire. Il en sort de petites feuilles délicates comme des fleurs. D’ailleurs, sur certains arbres comme les pommiers ou les poiriers, les fleurs sortent avant les feuilles transformant les arbres en bouquets de fleurs géants. D’autre comme les chênes ont des fleurs plus discrètes. Pendant quelques jours, le vert tendre des jeunes feuilles se distingue à peine au milieux du marron de l’écorce. Les arbres sont en même temps morts et vivants. Cette faculté dont le botaniste Francis Hallé s’émerveille dans son plaidoyer pour l’arbre est saisissante. Le marron du bois en partie mort contraste avec le vert tendre des feuilles qui viennent de naître. C’est le secret de l’arbre pour durer. Des cellules mortes transformées en bois pour assurer sa rigidité, l’accès à la lumière, le stockages des sucres, pour transporter sa sève. Et de nouvelles cellules qui depuis les bourgeons s’étalent sur cette ossature de bois pour former de nouvelles branches, de nouvelles feuilles et des fleurs. Du neuf qui s’additionne à du vieux ; une croissance additive.

      Les jours passent, le rêveur continue de lever les yeux vers les bourgeons en train d’éclore. Parfois, il a le sentiment que les bourgeons qui grandissent sur les branches sont comme des graines qui germent sur le sol. Au même moment, mais chacune indépendantes les unes des autres. L’arbre fait alors penser à une colonie dont les individus sont les bourgeons alors que le socle est l’ossature en bois et son prolongement racinaire. Ce socle donnant aux bourgeons de nombreux avantages sur les graines. Accès aux réserves de sucres emmagasinées dans les racines et le tronc, accès à la lumière, accès à l’eau. Ces bourgeons portés par un socle commun sont-ils les parties d’un individu ou une colonies d’individus collaborant ensemble ? Peut-être un peu des deux en même temps.

      Au fil des jours les feuilles se font de plus en plus denses. Les traces des bourgeons disparaissent. En étant attentif il reste encore possible de voir des restes de leur écailles à la base des nouvelles tiges. A ce moment là, il devient bien visible qu’il ne sort pas seulement des feuilles des bourgeons mais bien des tiges qui se transformeront en branches. Bientôt ces indices disparaîtrons. Discrètement, de nouveaux bourgeons vont se former en prévision du printemps suivant. Mais c’est une autre histoire.

      Pour aller plus loin

      Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006

      Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre ; secrets et mystères des géants qui vous entourent, Belin, 498 pages, 2021,

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos, Printemps
    • La nature au printemps : une envie de partage

      Publié à 19 h 20 min par Antoine Bocheux, le février 27, 2022

      En cette fin février les jours rallongent, le soleil se montre plus souvent. Ces premiers rayons de soleil, les mimosas ou les jonquilles en fleur. Autant de plaisirs que l’on a souvent l’occasion de partager au fil des conversations. Ce blog est l’occasion d’en partager d’autres, plus discrets et pourtant proches de nous. Le week-end, le rapport au temps est différent, il est possible de flâner et de regarder la nature autour de nous. Discrète et pourtant bien là. Dans les parcs en ville, le long des petites routes, des chemins de terre, dans les prairies, à la lisière des bois dans cette ceinture pavillonnaire autour des villes que l’on appelle péri-urbain.

      Ce qui semble fixe en découvrant un lieu pour la première fois se met en mouvement en y revenant régulièrement. Avec l’hiver pendant des mois rien ou presque n’a changé. Les arbres ont perdu leurs feuilles et puis plus rien ou presque. La végétation s’est figée pour quelques mois. Il y a bien eu dès le mois de janvier le spectacle des noisetiers en fleurs et quelques petites fleurs jaunes, des ficaires. Mais dans l’ensemble la végétation restait immobile.

      Après une semaine de redoux et de la pluie, un samedi, l’inattendu est arrivé. Je marchais, pour le plaisir de marcher en laissant vagabonder mes pensées, en m’attendant à retrouver les mêmes paysages que la semaine précédente. Pourtant, la couleur du vert de l’herbe avait changé, elle était un peu plus haute. En regardant de plus près, je remarquai des formes familières que je n’avais pas vues depuis des mois. Je distinguai de jeunes pousses d’orties et quelques feuilles de renoncules qui égermaient. Les ficaires étaient plus nombreuses, parsemant ça et là le bord des chemins de taches jaunes. Les premières pulmonaires étaient en fleurs, amenant une touche de mauve. En baissant les yeux sur les bas côtés, ce changement était saisissant.

      Ficaires et pulmonaires

      Sans intervention humaine, nous étions passés d’une végétation rase et uniforme à une diversité de formes de feuilles parsemée ça et là de taches de couleurs. Après avoir passé l’hiver dans le sol, les graines germaient et donnaient naissance à un nouveau microcosme. Ce qui semblait figé se mettait en mouvement. Il suffisait d’avoir le temps de flâner et de baisser le regard pour être le spectateur de ce changement. Même en gardant les yeux fixés à l’horizon, il était impossible de manquer le splendide prunellier formant une grosse boule d’un blanc immaculé.

      Prunellier en fleur

      L’imprévu donnait encore un peu plus de charme à la situation avec la rencontre inopinée avec un rouge gorge. Je m’arrêtai, il me regardait. Je me baissai lentement, je sorti mon appareil, il ne bougeait pas. Je zoomai, je cadrai, il me regardait toujours. La photo n’est pas bonne mais c’est le souvenir d’un rencontre avec un animal libre chez qui la curiosité de me regarder l’a probablement emporté sur la peur qu’inspire l’homme à la plupart des animaux sauvages. Parfois avec un peu de chance, des gestes lents et doux, arrivent ces rares et précieux moments où nos regards se croisent quelques minutes.

      Rouge gorge

      Pourquoi vouloir partager ces plaisirs simple de la vie. Peut-être pour vous faire passer quelques minutes agréables en vous montrant mes photos. Mais elles n’ont rien de remarquable. Ce que j’aimerais partager c’est le plaisir que je prends à passer quelques heures à observer la nature « ordinaire ». Pour le bien être que cela amène. Pour oublier, pour quelques heures, les soucis du quotidien, les mauvaises nouvelles et les tragédies dont les médias se font l’écho. Pour avoir envie de tondre moins souvent au jardin et de laisser fleurir ces graines spontanées qui ne lèvent pas seulement au bord des chemins mais aussi dans nos jardins. Parce qu’en observant la nature autour de soi on comprend mieux combien les fleurs, les arbres, les oiseaux et les insectes qui vivent autour de nous sont précieux. Peut-être que si nous étions nombreux à prendre le temps de les regarder nous serions plus en paix avec nous nous même et aurions envie de faire plus pour leur laisser un place. C’est un rêve, à la fois réaliste et utopique. Simplement laisser plus d’espace à la nature pour s’exprimer librement et avoir un peu de plus de temps pour prendre du plaisir à l’observer.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos, Printemps
    • Hasard ou causalité : pourquoi les progrès dans la connaissance du vivant coïncident avec sa destruction

      Publié à 21 h 02 min par Antoine Bocheux, le janvier 30, 2022

      Si vous êtes amateur de documentaires animaliers, vous connaissez probablement ce mélange d’émerveillement et d’abattement que l’on ressent après avoir visionné de magnifiques images de forêts, de savanes ou de steppes dont on commence à découvrir la beauté en apprenant qu’elles sont menacées de destruction par les activités humaines. Les années passent, les images sont toujours plus nettes et définies, les gros plans toujours plus serrés et les menaces qui pèsent sur les écosystèmes que nous découvrons toujours plus aiguës. Le photographe amateur éprouve également cette gêne. Alors que les progrès de son matériel lui permettent de réaliser des gros plans sur les fleurs et les insectes, de suivre les oiseaux en vol, il ne peut que constater qu’il y a moins de moins en moins de fleurs, d’insectes et d’oiseaux.

      Cette relation entre le progrès du matériel de prise de vue et la destruction des plantes et des animaux qu’il permet de découvrir sous un nouvel angle est-t-il un hasard ? A première vue oui. Localement la présence des photographes peut perturber la nature s’ils sont nombreux. C’est très largement insuffisant pour expliquer le recul généralisé de la nature. Ce n’est pas eux qui coupent les forêts et les haies, labourent de vastes champs cultivés en monocultures où sont épandus des pesticides. Ni eux qui braconnent des espèces protégées. On peut poser la question différemment et se demander en quoi les appareils photos sophistiqués sont à l’origine de la destruction de la nature. Directement, il y tiennent une petite part. Il faut des métaux rares donc des mines pour fabriquer leur électronique, ils sont presque tous fabriqués en Asie, leur transport a donc un coût énergétique.

      Si l’on aborde la question sous un angle plus large on se rend compte qu’ils font partie d’un tout. Il existe une unicité entre toutes les techniques, chacune progresse grâce aux développements d’autres techniques. Les avancées dans l’électronique et dans l’optique qui ont permis les progrès spectaculaires des appareils photos et des caméras servent aussi à des fins de renseignement militaire ou aux caméras de surveillance. Ce sont les mêmes technologies qui donnent la possibilité à un photographe de saisir un renard au crépuscule avec son téléobjectif sans avoir recours au flash que celles qu’utilisent les radars de dernière génération pour verbaliser les automobilistes sans avoir recours au flash. Dans les deux cas, c’est l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul des processeurs qui permet de prendre des images de nuit dans des conditions inimaginables il y a seulement 20 ans. Élargissons encore l’angle de vue. Derrière ces progrès des processeurs il y a le développement rapide de l’informatique qui a accompagné et accéléré le développement d’un nombre innombrable de techniques. Dont celle de l’aviation qui facilite le déplacement à l’autre bout du monde des équipes qui réalisent les documentaires animaliers.

      Même s’il est plus moins ou moins évident à déceler, il existe un lien entre toutes les techniques, elles forment un tout avec ses avantages et ses inconvénients. C’est ce que Jacques Ellul appelle l’unicité de la techniquei. Ce tout facilite et entraîne la destruction de la nature. Les nouvelles techniques donnent toujours plus de moyens pour l’exploiter et la perturber. Et nécessitent de l’exploiter et de la perturber toujours plus pour se développer. En même temps, elles amènent des moyens formidables pour mieux la regarder et mieux la connaître.

      La nature ce n’est pas seulement ce qui est visible, c’est aussi le monde des bactéries et des champignons qui est invisible à nos yeux. Dans sa découverte des progrès spectaculaires ont été permis ces dernières années avec le séquençage du génome de bactéries qui restent invisibles même en utilisant un microscope. La connaissance du vivant progresse rapidement avec celle de cette vie invisible qui peuple les sols, l’air, notre peau ou notre système digestif. Cela permet de découvrir la complexité de la vie des sols au moment où le labour profond et les pesticides sont en train de la détruire. Dans le même temps, les progrès de la génétique aboutissent à des semences qui résistent aux pesticides qui contribuent à détruire la vie des sols que nous sommes en train de découvrir … et à la poursuite du déclin des oiseaux et des insectes que nous pouvons photographier en gros plans avec les derniers appareils photo. Les herbicides détruisent les fleurs dont se nourrissent les insectes dont se nourrissent les oiseaux. Nous comprenons que tout l’écosystème est perturbé. Mais les recherches sur les modifications des génomes avec les ciseaux CRISPR ne sont pas prêtes de s’arrêter pour créer de nouvelles semences résistantes aux herbicides. Il est difficile d’interdire l’utilisation des ciseaux CRISPR qui devraient aboutir à des applications médicales dont l’utilité n’est pas contestable. Mais qui pourra empêcher que quelqu’un quelque part n’utilise ces nouvelles techniques pour mettre aux points des plantes résistantes aux herbicides ou tout simplement pour modifier un embryon humain ?

      iJ’en ai déjà parlé ici : https://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      Posté dans La Technique, Nature | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Nature, Photos
    • Les feuilles mortes

      Publié à 17 h 59 min par Antoine Bocheux, le octobre 31, 2021

      Les feuilles mortes? C’est le titre d’une chanson de Jacques Prévert et Joseph Kosma, un des standards de jazz les plus joués. C’est aussi la manifestation la plus picturale de l’automne. Difficile de passer à côté de ce festival de couleurs quand le vert des feuilles se mue en quelques jours en un patchwork de jaunes, d’orange et de bruns. L’océan vert des forêts devient doré, brillant de mille éclats sous le soleil de l’été indien. Avant de laisser place à un épais tapis de feuilles mortes dont les craquements moelleux amortissent avec délicatesse les pas du promeneur. Pris dans ses pensées il lui arrive de se demander pourquoi les feuilles changent de couleur et tombent ?

      Les premiers indices pour répondre à cette énigme sont faciles à trouver. En automne, les jours sont plus courts, les températures plus fraîches. Moins de lumière, moins de chaleur, autant de conditions défavorables à la photosynthèse, cette opération consistant à fabriquer des sucres avec de l’air et de l’eau qui est la raison d’être des feuilles. C’est aussi le signe que l’hiver et les températures négatives approchent, il est temps que les feuilles tombent avant qu’elles ne gèlent. Question de logique.

      Plus étonnant est le changement de couleur des feuilles avant leurs chutes. Pourquoi jaunissent-elles, alors qu’en toute logique, elles devraient tomber en conservant leur couleur verte ? La réponse à cette question est démontage. Démontage des chloroplastes, la partie des cellules des feuilles qui abrite la photosynthèse. Ces chloroplastes sont recouverts d’un pigment vert, la chlorophylle, qui donne leur couleur verte aux feuilles. Avant la chute des feuilles, ils sont « découpés » en petits morceaux, pour être stockés sous forme de fines molécules dans le tronc et les racines de l’arbre. Elles y resteront pendant l’hiver et seront utilisées au printemps quand les bourgeons, déjà présent à l’automne, vont débourrer et devenir à leur tour tiges, feuilles et fleurs. Grâce à cette opération de démontage des chloroplastes, 60 % de l’azote et du phosphore contenus dans une feuille sont stockés par l’arbre avant la chute des feuilles.

      La disparition des chloroplastes dévoile à notre regard les nuances de jaunes et d’orange des pigments accessoires des feuilles, les caroténoïdes, jusque là cachés à notre regard par le vert de la chlorophylle. En étant attentif, il est possible d’observer ce passage du vert au jaune sur une même feuille. Les chloroplastes sont d’abord « démontés » à la périphérie des feuilles pendant que la partie centrale, près des nervures, conserve sa couleur verte. Cet état transitoire et éphémère permet de visualiser cette étape prémice à la chute des feuilles.

      Il y a besoin d’être moins attentif pour observer la suite. Les feuilles jaunies et orangées ne sont plus alimentées en sève brute, une cicatrice se forme pour préparer leurs chutes ; proprement sans laisser une porte d’entrée aux bactéries pathogènes. Elles finissent par tomber au premier souffle de vent, à ce stade il suffit d’exercer une infime pression sur leurs tiges pour les arracher. Puis elles recouvrent le sol d’un épais tapis. Il servira de garde-manger et de gîtes aux habitants du sol. Ils le digéreront et restitueront aux racines des arbres des nutriments assimilables. La boucle sera bouclée.

      Finalement les feuilles mortes c’est le changement dans la continuité, une étape d’un cycle. Un bouleversement dans le paysage qui se transforme de jour en jour pour devenir méconnaissable. Et pourtant ce chamboulement est rassurant. On sait qu’après les feuilles jaunies de l’automne arrivent les silhouettes dénudées des arbres en hiver. Et qu’au printemps les feuilles verts tendres seront de retour.

      Pour aller plus loin

      En automne se débarrasser du superflu p 336 dans – Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre, Belin, 496 pages, 2021

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos
    • Des insectes et des fleurs

      Publié à 15 h 03 min par Antoine Bocheux, le juin 12, 2021

      En ce début juin, les petits matins frais sont derrière nous. Les chaleurs ne sont pas encore trop écrasantes, la pluie continue de tomber. Autant de conditions propices à l’exubérance des plantes. Certains petits chemins serpentant dans les bois commencent à se refermer. S’ils n’étaient pas entretenus, la végétation y reprendrait vite ses droits. Dans les prairies, la masse monochrome des graminées contraste avec les couleurs des fleurs. Comme un aimant, elles attirent le regard. Du blanc, du rose, du mauve, du jaune. Les couleurs de la nature évoquent la palette d’une peintre. Ce tableau n’est pas figé. Le vent, les nuages qui filtrent la lumière du soleil, le font évoluer par petites touches.

      Après avoir contemplé l’ensemble, vient l’envie de se baisser et de regarder les fleurs de plus près. On cherche les fleurs, presque à tous les coups, on trouve aussi les insectes. Ce n’est pas un hasard. Les insectes pollinisateurs zigzaguent de fleurs en fleurs. Ils butinent le nectar avec délectation. Pour aller s’en abreuver, ils accrochent quelques grains de pollen qu’ils transportent de fleur en fleur. Une belle symbiose. Les insectes s’y nourrissent de nectar riche en sucres et de pollen riche en protéines. Les plantes ont trouvé dans les insectes un moyen de transport précis pour transporter leur précieux pollen.

      Cette symbiose est également agréable aux yeux du promeneur. Les fleurs se parent de leurs plus belles couleurs et prennent des formes variées pour attirer leurs pollinisateurs. Elle est également bénéfique pour sa santé. Pour transporter leur pollen, les graminées se passent du service des pollinisateurs. Leur fleurs sont microscopiques et ternes. Elles n’ont pas besoins d’être visible des insectes. Elle utilisent un moyen de transport à la fiabilité aléatoire, le vent. Pour pallier ce risque elles émettent de grandes quantités d’un fin pollen qui peut provoquer des allergies. Cette symbiose fleurs, pollinisateurs nous avons, nous aussi, tout à y gagner. N’oublions pas non plus que les pollinisateurs sont aussi indispensables pour nos fruits et légumes.

      En se penchant pour regarder de près une fleur on ne voit pas que des symbioses entre les insectes et les plantes. Il y a aussi du parasitisme comme en témoignent les feuilles à moitié dévorées. Même les piquantes feuilles d’ortie ne sont pas épargnées. Ces insectes mangeurs de feuilles sont souvent camouflés, prenant la couleur verte des feuilles qu’ils dévorent. Les pucerons se laissent plus facilement repérer. Ils sont petits mais nombreux, affairés à sucer la sève de la plante sur laquelle ils sont posés. Pas loin des pucerons, une coccinelle attend en embuscade, prête à en dévorer quelques uns. Si elle n’est pas elle même chassée par des fourmis qui protègent les pucerons … dont elles « traient » le miellat.

      Parasitisme, prédation et même élevage, une simple tige est déjà un monde en miniature. Miniature à notre échelle, mais grands espaces à l’échelle des insectes. La macro photographie permet parfois de saisir leur regard. Pour eux, les tiges sont ce que sont à notre échelle les troncs des grands arbres d’une forêt primaire et les ombelles des fleurs un vaste houppier.

      Quand on se penche dans une prairie à la belle saison on constate à quel point les fleurs sont importantes pour la biodiversité. Pas de fleurs, pas de pollinisateurs. Le lien est saisissant, on comprend mieux pourquoi il est indispensable de préserver des prairies et des bandes enherbées pour les protéger.

      La beauté des fleurs attire notre regard. Elle n’est pas superficielle. Derrière elle se cache une belle symbiose, un concentré de vie. Et la promesse de nouvelles générations de plantes.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Insectes, Nature, Photos, prairie, Printemps
    • S’émerveiller devant la nature : dilater l’espace et le temps à l’ombre des arbres

      Publié à 20 h 00 min par Antoine Bocheux, le Mai 9, 2021

      L’émerveillement. Ce mot est plusieurs fois revenu dans la bouche de Vincent Munier dans son interview croisé avec Matthieu Ricard dans l’émission de Cause à Effets sur France Culturei. Le premier photographie les animaux, le second les paysages. A travers leurs images, ils cherchent tous les deux à nous faire partager ce sentiment d’admiration mêlé de joie et d’étonnement. Dans leurs propos, il nous font également part de leur désespoir devant la destruction de la nature. Assister à la destruction de l’objet de son émerveillement, c’est le sort que subissent tous ceux qui aiment la nature. Alors nos photographes voyagent pour chercher la nature là ou elle est encore préservée. Sur les contreforts glacés de l’Himalaya, aux confins du cercle polaire. Plus près de nous, ils la cherche sur les versants escarpés des montagnes difficilement accessibles ou à la lisère des bois.

      Plus ou moins fugace, plus ou moins dilué, il reste encore possible à chacun de nous de croiser un fragment de nature en dilatant l’espace et le temps. Je ne vous parlerai pas ici du bruit des avions et des tondeuses, ni des canettes de bières qui côtoient les fleurs dans les fossés. La plasticité de notre cerveau nous aide peut-être à oublier cette laideur. Nos sens ne s’attardent pas sur toutes les sollicitations qui s’offrent à eux. Notre mémoire est sélective et retient plus facilement ces moments d’émerveillement que la laideur ordinaire. La mobilité permise par nos jambes nous aide à la fuir. Alors en marchant, finit par arriver le moment où l’émerveillement opère et donne une envie irrésistible de faire une pause. Devant le vert, le rose et le jaune d’une prairie recouverte d’oseilles sauvage et de renoncules. Dans cet océan végétal les tiges ondulent bercées par le vent. Les couleurs et les silhouettes se mélangent pour former un patchwork dont la texture rappelle celle d’une aquarelle.

      Plus loin, c’est l’ombre des arbres d’un petit bois qui attire l’attention. Trop souvent, il est frustrant de le traverser en voiture sans pouvoir faire une pause pour profiter de sa fraîcheur. La chance du marcheur est de pouvoir s’arrêter à labri de l’ombre bienfaisante des arbres. Elle le protège des premières chaleurs printanières. Après quelques kilomètres de marche sous un soleil brûlant, cette fraîcheur est comme un caresse apaisante. Elle s’accompagne des odeurs et de l’humidité du sous-bois, formant une enveloppe protectrice

      Les branches qui se rejoignent au dessus du chemin rappellent les croisées d’ogives d’une cathédrale gothique. Les feuilles filtrent la lumière comme les vitraux, laissant apparaître une lumière allant ,avec mille nuances, du sombre vers le clair à laquelle les appareils photos ne peuvent pas rendre justice. Ce jeu de lumières évolue au fil des minutes, oscillant avec l’intensité du soleil. Il éclaire sous différents angles l’architecture des arbres. Leurs silhouettes prennent des formes différentes en se déplaçant de quelques mètres pour les observer sous un autre angle.

      Cet intermède sous leurs frondaisons ouvre nos sens à autre perception. Pendant quelques minutes le temps et l’espace se dilatent pour laisser pénétrer en nous un fragment de nature. Comme les bons moments passés avec ses amis, ils font partie des souvenirs qu’il est agréable de se remémorer.

      i https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/etre-photographe-animalier-et-vivre-a-pas-de-loup

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos
    • Quand les arbres se remettent en mouvement

      Publié à 20 h 24 min par Antoine Bocheux, le mars 21, 2021

      Depuis le 20 mars nous avons changé de saison pour rentrer dans le printemps Nous quittons les longues nuits d’hiver pour rentrer dans une période où les jours sont plus longs que les nuits. 20 mars, 19 mars, 18 mars. La végétation semble la même, un changement est difficilement perceptible. Les plantes semblent immobiles. Cette immobilité n’est qu’une illusion. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les arbres. Le 1er mars leurs silhouettes sont encore complètement dénudées comme un dessin à l’encre de Chine. Dans les premiers jours de mars, les premières feuilles apparaissent sur les arbustes. C’est le retour du vert tendre des feuilles dans la palette de couleurs de la nature. Les jours passent et les arbres semblent toujours figés.

      Les premiers bourgeons des arbres commencent à éclore

      Au bord des chemins, le mouvement est perceptible de semaines en semaines, les fleurs continuent d’amener des taches de couleur. Malgré des températures parfois plus fraîches qu’en février, l’allongement de la durée des jours est propice à leurs éclosions. Les stellaires holostées amènent une touche de blanc sur les talus où elles poussent en abondance. Le jaune des ficaires et le bleu des pulmonaires sont toujours présents en abondance. Le rose fait timidement son retour avec les premières fleurs d’oseilles sauvages et de géraniums Herbe à Robert. Près des fossés, les feuilles sont de plus en plus variées et laissent deviner l’exubérance de la végétation qui nous attend en avril et en mai. Les feuilles en forme d’étoile des boutons d’or sont déjà nombreuses. Les premières feuilles de bardanes, rugueuses et épaisses font leur apparition. C’est toujours avec plaisir que je froisse la première feuille de berce de l’année pour retrouver son odeur caractéristique, très puissante et difficilement descriptible. Un étonnant mélange de panais et noix de coco. Derrière l’uniformité du vert des feuilles, se cache une infinie diversité, de formes, de textures et d’odeurs.

      Au cours du mois, les journées passent et la durée des jours s’allonge. Et puis, un jour, en levant les yeux au ciel, une tâche de couleurs fait sans crier gare son retour dans les houppiers de certains arbres. Les houppiers sont hauts, difficile de voir exactement ce qui se passe depuis le sol. Pour cela je me rends à la lisière d’une prairie et d’un bois. Le 20 février tout semblait immobile ici, hormis les fleurs de noisetiers dont l’exubérance détonnait avec le vert uniforme de la prairie et les arbres dégarnis. Le 20 mars changement de décor : la prairie est recouverte de cardamines des prés et les premières feuilles de charme commencent à capter la lumière du soleil. Avec leurs délicates fleurs blanches et roses, les cardamines sont un régal pour les yeux. Pour le palais aussi, ces fleurs me rappellent le souvenir d’une journée plantes sauvages et comestibles avec les Jardins D’Isis. L’occasion de découvrir que leur saveur pimente agréablement les salades.

      En lisière du bois, j’ai tout le temps de regarder de plus près les bourgeons des charmes et des chênes. Les tâches vertes que j’ai vu tout à l’heure sont celles de charmes fraîchement débourrés. Les bourgeons des chênes commencent à gonfler, mais leurs écailles restent fermées.
      Observer à hauteur d’homme le débourrage des bourgeons de charme est un moment privilégié. Comme une boîte à bijoux, ils s’ouvrent pour libérer leur trésor. Enroulés tout l’hiver à l’abri de leurs coffrets d’écailles, de petites feuilles et de petites tiges commencent à s’étirer vers la lumière. Ce moment éphémère où le pétiole d’une jeune feuille vert tendre est encore recouvert par les écailles du bourgeon qui l’ont protégé tout l’hiver permet de visualiser avec notre perception limitée le mouvement des arbres. Les feuilles, les tiges, les fleurs, tout est déjà là en miniature dans le bourgeon en train de s’ouvrir, prêt à grandir et s’étirer vers la lumière du soleil.

      • Le débourrage d’un charme
      • Gros plan sur l’éclosion d’un bourgeon de charme
      • Cardamine des prés
      • Stellaire holostée
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Nature, Photos, Printemps
    ← Articles Précédents
    Articles plus récents →
    • Articles récents

      • La cellule : dénominateur commun du vivant
      • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver
      • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas
      • Incomplétude heureuse
      • La fin de l’insouciance estivale
    • Catégories

      • Nature (42)
      • La Technique (16)
      • Histoire (8)
      • Agriculture (8)
      • Non classé (7)
      • Forêt (5)
      • Information (4)

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Les champs de mes rêves
Créez un site ou un blog sur WordPress.com
  • S'abonner Abonné
    • Les champs de mes rêves
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Les champs de mes rêves
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…