Les champs de mes rêves

Les champs de mes rêves
  • Archives
  • Nature
  • Présentation
  • Accueil
  • Articles
  • Tag: Nature

    • S’émerveiller devant la nature : dilater l’espace et le temps à l’ombre des arbres

      Publié à 20 h 00 min par Antoine Bocheux, le Mai 9, 2021

      L’émerveillement. Ce mot est plusieurs fois revenu dans la bouche de Vincent Munier dans son interview croisé avec Matthieu Ricard dans l’émission de Cause à Effets sur France Culturei. Le premier photographie les animaux, le second les paysages. A travers leurs images, ils cherchent tous les deux à nous faire partager ce sentiment d’admiration mêlé de joie et d’étonnement. Dans leurs propos, il nous font également part de leur désespoir devant la destruction de la nature. Assister à la destruction de l’objet de son émerveillement, c’est le sort que subissent tous ceux qui aiment la nature. Alors nos photographes voyagent pour chercher la nature là ou elle est encore préservée. Sur les contreforts glacés de l’Himalaya, aux confins du cercle polaire. Plus près de nous, ils la cherche sur les versants escarpés des montagnes difficilement accessibles ou à la lisère des bois.

      Plus ou moins fugace, plus ou moins dilué, il reste encore possible à chacun de nous de croiser un fragment de nature en dilatant l’espace et le temps. Je ne vous parlerai pas ici du bruit des avions et des tondeuses, ni des canettes de bières qui côtoient les fleurs dans les fossés. La plasticité de notre cerveau nous aide peut-être à oublier cette laideur. Nos sens ne s’attardent pas sur toutes les sollicitations qui s’offrent à eux. Notre mémoire est sélective et retient plus facilement ces moments d’émerveillement que la laideur ordinaire. La mobilité permise par nos jambes nous aide à la fuir. Alors en marchant, finit par arriver le moment où l’émerveillement opère et donne une envie irrésistible de faire une pause. Devant le vert, le rose et le jaune d’une prairie recouverte d’oseilles sauvage et de renoncules. Dans cet océan végétal les tiges ondulent bercées par le vent. Les couleurs et les silhouettes se mélangent pour former un patchwork dont la texture rappelle celle d’une aquarelle.

      Plus loin, c’est l’ombre des arbres d’un petit bois qui attire l’attention. Trop souvent, il est frustrant de le traverser en voiture sans pouvoir faire une pause pour profiter de sa fraîcheur. La chance du marcheur est de pouvoir s’arrêter à labri de l’ombre bienfaisante des arbres. Elle le protège des premières chaleurs printanières. Après quelques kilomètres de marche sous un soleil brûlant, cette fraîcheur est comme un caresse apaisante. Elle s’accompagne des odeurs et de l’humidité du sous-bois, formant une enveloppe protectrice

      Les branches qui se rejoignent au dessus du chemin rappellent les croisées d’ogives d’une cathédrale gothique. Les feuilles filtrent la lumière comme les vitraux, laissant apparaître une lumière allant ,avec mille nuances, du sombre vers le clair à laquelle les appareils photos ne peuvent pas rendre justice. Ce jeu de lumières évolue au fil des minutes, oscillant avec l’intensité du soleil. Il éclaire sous différents angles l’architecture des arbres. Leurs silhouettes prennent des formes différentes en se déplaçant de quelques mètres pour les observer sous un autre angle.

      Cet intermède sous leurs frondaisons ouvre nos sens à autre perception. Pendant quelques minutes le temps et l’espace se dilatent pour laisser pénétrer en nous un fragment de nature. Comme les bons moments passés avec ses amis, ils font partie des souvenirs qu’il est agréable de se remémorer.

      i https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/etre-photographe-animalier-et-vivre-a-pas-de-loup

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos
    • Quand les arbres se remettent en mouvement

      Publié à 20 h 24 min par Antoine Bocheux, le mars 21, 2021

      Depuis le 20 mars nous avons changé de saison pour rentrer dans le printemps Nous quittons les longues nuits d’hiver pour rentrer dans une période où les jours sont plus longs que les nuits. 20 mars, 19 mars, 18 mars. La végétation semble la même, un changement est difficilement perceptible. Les plantes semblent immobiles. Cette immobilité n’est qu’une illusion. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les arbres. Le 1er mars leurs silhouettes sont encore complètement dénudées comme un dessin à l’encre de Chine. Dans les premiers jours de mars, les premières feuilles apparaissent sur les arbustes. C’est le retour du vert tendre des feuilles dans la palette de couleurs de la nature. Les jours passent et les arbres semblent toujours figés.

      Les premiers bourgeons des arbres commencent à éclore

      Au bord des chemins, le mouvement est perceptible de semaines en semaines, les fleurs continuent d’amener des taches de couleur. Malgré des températures parfois plus fraîches qu’en février, l’allongement de la durée des jours est propice à leurs éclosions. Les stellaires holostées amènent une touche de blanc sur les talus où elles poussent en abondance. Le jaune des ficaires et le bleu des pulmonaires sont toujours présents en abondance. Le rose fait timidement son retour avec les premières fleurs d’oseilles sauvages et de géraniums Herbe à Robert. Près des fossés, les feuilles sont de plus en plus variées et laissent deviner l’exubérance de la végétation qui nous attend en avril et en mai. Les feuilles en forme d’étoile des boutons d’or sont déjà nombreuses. Les premières feuilles de bardanes, rugueuses et épaisses font leur apparition. C’est toujours avec plaisir que je froisse la première feuille de berce de l’année pour retrouver son odeur caractéristique, très puissante et difficilement descriptible. Un étonnant mélange de panais et noix de coco. Derrière l’uniformité du vert des feuilles, se cache une infinie diversité, de formes, de textures et d’odeurs.

      Au cours du mois, les journées passent et la durée des jours s’allonge. Et puis, un jour, en levant les yeux au ciel, une tâche de couleurs fait sans crier gare son retour dans les houppiers de certains arbres. Les houppiers sont hauts, difficile de voir exactement ce qui se passe depuis le sol. Pour cela je me rends à la lisière d’une prairie et d’un bois. Le 20 février tout semblait immobile ici, hormis les fleurs de noisetiers dont l’exubérance détonnait avec le vert uniforme de la prairie et les arbres dégarnis. Le 20 mars changement de décor : la prairie est recouverte de cardamines des prés et les premières feuilles de charme commencent à capter la lumière du soleil. Avec leurs délicates fleurs blanches et roses, les cardamines sont un régal pour les yeux. Pour le palais aussi, ces fleurs me rappellent le souvenir d’une journée plantes sauvages et comestibles avec les Jardins D’Isis. L’occasion de découvrir que leur saveur pimente agréablement les salades.

      En lisière du bois, j’ai tout le temps de regarder de plus près les bourgeons des charmes et des chênes. Les tâches vertes que j’ai vu tout à l’heure sont celles de charmes fraîchement débourrés. Les bourgeons des chênes commencent à gonfler, mais leurs écailles restent fermées.
      Observer à hauteur d’homme le débourrage des bourgeons de charme est un moment privilégié. Comme une boîte à bijoux, ils s’ouvrent pour libérer leur trésor. Enroulés tout l’hiver à l’abri de leurs coffrets d’écailles, de petites feuilles et de petites tiges commencent à s’étirer vers la lumière. Ce moment éphémère où le pétiole d’une jeune feuille vert tendre est encore recouvert par les écailles du bourgeon qui l’ont protégé tout l’hiver permet de visualiser avec notre perception limitée le mouvement des arbres. Les feuilles, les tiges, les fleurs, tout est déjà là en miniature dans le bourgeon en train de s’ouvrir, prêt à grandir et s’étirer vers la lumière du soleil.

      • Le débourrage d’un charme
      • Gros plan sur l’éclosion d’un bourgeon de charme
      • Cardamine des prés
      • Stellaire holostée
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Nature, Photos, Printemps
    • Rencontre inattendue avec un chevreuil

      Publié à 15 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 6, 2021

      Le monde des photographies animalières sur papier glacé semble parfois lointain et inaccessible. Ces images féeriques servies sur un plateau sont-elles vraiment réelles ? La nature existe-t-elle encore en dehors des réserves ? D’ailleurs savons nous encore ce qu’est la nature ? Pour la trouver, il n’est pas nécessaire d’aller au bout du monde. Simplement, marcher le long des chemins et prendre son temps. Apprendre à regarder, à écouter, à sentir, à toucher. Le monde des plantes se dévoile alors petit à petit. Il faut du temps pour apprendre à les observer, s’éloigner des villes et des vastes étendues de monocultures. Avec ses chemins creux, sa mosaïque de prairies, de champs et de bois, le bocage est un lieu privilégié pour l’observer. Les vacances sont l’occasion de se détacher des écrans et de marcher lentement. Suivre le fil rouge des chemins pour déambuler dans ce labyrinthe entre les clochers et les hameaux. Et parfois, avoir la chance de faire des rencontres impromptues avec les animaux.

      Une de ces rencontres me revient en mémoire. C’était dans le bocage de la Gatîne dans les Deux-Sèvres. Le temps était anormalement pluvieux pour un mois de juin. La végétation resplendissait grâce à cette pluie bienfaisante. Après avoir marché toute la journée, je profitais des dernières heures du jour pour continuer à flâner sur les chemins. Il avait beaucoup plu l’après midi. Après les averses, j’avais eu la chance d’admirer un bel arc en ciel. Autour de moi les plantes étaient partout. Les digitales pourpres formaient de belles tâches rouges visibles de loin. En m’arrêtant pour les photographier, j’avais longuement observé des bourdons s’engouffrer à l’intérieur. Plus loin, je me demandais quel animal pouvait bien loger dans le tronc creux d’un vieux trogne.

      Les plantes étaient exubérantes, les animaux discrets. J’entendais le chant des oiseaux sans les apercevoir. Sous les averses, je croisais des escargots et des limaces qui se hasardaient à traverser le chemin. En me baissant pour observer de plus près les fleurs, je découvrais une profusion d’insectes que je n’aurais pas imaginée si je ne m’étais pas baissé. La nature était bien là autour de moi, dans le long couloir formé par les haies à la lisère des champs et des chemins. Il suffisait de prendre le temps de mettre mes sens en éveil. Elle était différente de celle que l’on découvre en photo ou dans les documentaires où les grands animaux tiennent souvent une place prépondérante. Je n’espérais pas les croiser. J’imaginais qu’ils pourraient être là, mais je les pensaient trop craintifs pour espérer croiser leur regard sans me camoufler pendant des heures sous un affût.

      Je continuais à observer les arbres les fleurs et les insectes. Je cherchais des ouvertures derrière la végétation, curieux de découvrir les champs et les prairies abrités du regard par les haies. Tout à coup, en entrant dans une prairie je me suis retrouvé nez à nez avec un chevreuil. Nous sommes restés tous les deux figés un court instant, aussi surpris l’un que l’autre par cette rencontre impromptue. Et fugace… Je n’ai pas pu retenir un mouvement brusque qui a anéanti tout espoir de la prolonger. J’ai continué ma flânerie crépusculaire en prenant soin de ne pas avoir de mouvement brusque au moment de m’aventurer à l’entrée d’une nouvelle parcelle. Les minutes passent, je ne vois plus l’ombre d’un chevreuil. Au moment où je n’y crois plus, surpris, je me trouve de nouveau face à un chevreuil. Cette fois, il est plus loin de moi. Je reste immobile. Je prends le temps de l’observer. Tous mes sens sont en éveil, attentifs à mes mouvements comme aux siens. Les minutes passent, il continue de m’observer, impassible.

      La scène me semble presque irréelle. Une haie, un chemin, un champ de blé. A l’horizon, le hameau où se trouve le gîte où je loge. Ce paysage familier prend une autre dimension. Une face cachée de la nature se dévoile à moi. L’émotion est forte. Le temps est comme suspendu, je sens le caractère éphémère et fugace de cette rencontre. Pendant de longues minutes, je reste immobile, je n’ose pas bouger. Au bout d’un moment, je ne résiste pas à la tentation. Avec d’infinies précautions je sors mon appareil. Il continue à me fixer sans bouger. J’ai le temps de prendre plusieurs photos au téléobjectif. Je m’avance doucement, il ne bouge pas, je reprends quelques photos. Je continue … et il s’enfuit, disparaissant avec légèreté dans le champ de blé. La nuit va bientôt tomber, il est temps de rentrer. Je reprends le fil des chemins en pensant à lui. Il est peut-être à quelques mètres de moi, caché derrière une haie. Cette pensée me réjouit et rend mes pas plus légers.

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Nature, photo
    • Comment façonner son jardin avec une tondeuse et la nature ?

      Publié à 21 h 13 min par Antoine Bocheux, le avril 26, 2020

      Au jardin comme dans les champs, nous pouvons choisir de laisser une place plus ou moins grande à la nature. C’est un lieu où notre rapport avec elle peut s’exprimer avec force, où nous la façonnons avant tout en fonction de critères esthétiques. Ce qui est beau ou ce qui est laid, ne se décrète pas, nous le ressentons viscéralement. Je fais partie de ceux qui aiment les jardins où elle a toute sa place. J’ai bien conscience que ce ressenti est loin de faire l’unanimité. Je constate également que le goût pour le jardinage avec la nature est de plus en plus partagé.

      Je voudrais vous parler ici du jardin en mouvement, un concept imaginé par le jardinier paysagiste Gilles Clément. Je l’ai découvert il y a environ 10 ans dans son ouvrage « où en est-on avec l’herbe ? : Réflexions sur le Jardin Planétaire ». 10 ans, c’est long, je n’ai plus mes notes de lecture sous la main au moment d’écrire ce texte. Je tiens à vous en parler quand même, sans avoir l’ambition de vous le présenter dans sa globalité mais en insistant sur une idée qui a changé ma façon de jardiner : il est possible, souhaitable et utile de ne pas tondre la totalité de son jardin. Certaines zones peuvent être tondues régulièrement. D’autre une fois sur deux ou sur trois. D’autre une fois par an. En procédant ainsi, comme le ciseau d’un sculpteur, la tondeuse créé du relief dans le jardin. Elle devient également un crayon qui permet de dessiner des formes, géométriques comme des allées, ou aléatoires en contournant les plantes que l’on souhaite laisser fleurir. En anticipant la couleur de ces fleurs, elle devient également la palette de couleurs du peintre avec le rouge de l’oseille sauvage, le jaune des pissenlits, le bleu de la sauge des prés ou le blanc de l’achillée millefeuille.

      Le jardin en mouvement porte bien son nom, il induit le mouvement. Alors que les massifs de fleurs plantées sont fixes, les îlots de fleurs du jardin en mouvement se déplacent. Elles se ressèment toutes seules mais pas au même endroit d’une année sur l’autre. La forme du jardin change ainsi d’année en année pour les suivre mais aussi de saison en saison. Par exemple, une fois que l’oseille sauvage a dispersé ses graines, elle peut-être tondue pour laisser éclore plus loin de nouveaux îlots d’ achillée millefeuille.

      Cette façon d’apprendre à faire moins pour laisser plus de place à la nature et un bonheur quand on aime contempler un petit coin de nature au seuil de sa porte.Elle permet d’assouvir sa curiosité pour la botanique pour reconnaître avant fleuraison les fleurs que l’on souhaite voir s’épanouir et mettre un nom sur celles qui poussent toutes seules dans les zones épargnés par la tondeuse. Elle donne la satisfaction d’observer les insectes qui butinent sur les fleurs, les plantes sauvages leur sont plus favorables que leurs cousines ornementales. Même les oiseaux en profitent, les plus petits d’entre eux s’accrochent aux tiges d’oseille sauvage pour picorer leurs graines.

      Des îlots d’oseille sauvage

      De la nature, du mouvement mais un jardin avant tout, avec des allées régulièrement tondues pour circuler et des passages de tondeuse suffisamment fréquents et ciblés pour ne pas voir son jardin se transformer en friche. Et beaucoup d’autres choses encore… Un terrain de jeu pour observer la nature à sa porte Une création en modelant les îlots fleuris au fil des saisons . Un jardin fleuri sans planter une fleur, 100 % local sans engrais ni pesticides !Sans déchets non plus, il n’est pas nécessaire de ramasser la tonte, elle sera mangée par les habitants du sol qui le transformeront en nourriture pour les plantes et la boucle sera bouclée. A moins que vous ne préfériez la ramasser pour pailler une parcelle de permaculture, mais ça c’est autre histoire!

      Pour aller plus loin :

      Gilles CLEMENT, Où en est l’herbe ? : Réflexions sur le Jardin Planétaire, Actes Sud, 155 pages, 2006

      Une interview de Gilles Clément en 5 épisodes dans l’émission A Voix Nue sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/gilles-clement-0

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Jardin, Nature
    • Comment tendre vers des agricultures en symbiose avec la nature ?

      Publié à 14 h 13 min par Antoine Bocheux, le mars 1, 2020

      L’objectif de l’agriculture est de cultiver les plantes et d’élever les animaux dont nous avons besoin pour nous nourrir. Cela nécessite d’intervenir pour créer un milieu qui leur est favorable. En contrôlant la concurrence des adventices, ces plantes qui poussent aux milieux des cultures alors qu’elle ne sont pas désirées, mais aussi les champignons et les insectes qui peuvent compromettre la récolte. En faisant le nécessaire pour que les sols soient suffisamment riches et meubles pour assurer la croissance des plantes cultivées. Il est possible d’arriver à ce résultat en créant un milieu artificiel où la nature a une place réduite. Il est également possible de pratiquer une agriculture qui laisse une place à la nature et d’en faire bénéficier les plantes que nous cultivons.

      Prenons un peu de recul et observons les plantes dans une forêt où les interventions de l’homme sont limitées. Elles sont vigoureuses, foisonnantes. Pourtant, elles ne bénéficient d’aucun soin pour accélérer leur croissance. En partant de cette simple observation, on peut constater qu’elles poussent parfaitement sans notre aide. Les terres agricoles laissées à l’abandon sont rapidement recouvertes de végétation et se transforment en forêts en quelques décennies si nous n’intervenons pas.

      Dans notre forêt, le sol n’est pas labouré et aucun apport d’engrais n’est amené aux plantes. Elles trouvent dans le sol ce dont elles ont besoin pour pousser. Elles profitent du travail des vers de terre, bactéries et champignons qui travaillent naturellement dans le sol pour transformer la matière organique (feuille morte, bois mort…) et la mélanger à la roche mère pour former l’humus, cette fine couche de terre à la surface du sol riche en nutriments. Ils contribuent également à rendre le sol meuble et à l’aérer en creusant de petites galeries. Cela améliore sa capacité à stocker l’eau de pluie et à la restituer. Ce qui explique qu’après un orage, quand l’eau ruisselle dans les champs, elle est absorbée par le sol de la forêt.

      Comme le sol n’y est jamais retourné et qu’il est toujours recouvert par des plantes vivantes et de la matière organique, tous les éléments sont réunis pour favoriser la formation d’humus.

      Apprendre à laisser une place à la nature dans les champs

      Les résultats de cette observation étant posés, on ne peut que constater qu’il faut intervenir un minimum dans un champ. Il n’est pas question de faire pousser des céréales ou des légumes dans une forêt. Cela n’empêche pas de laisser faire la nature à certains endroits .

      Autour des parcelles, en laissant des plantes pousser spontanément pour que la flore et la faune qui ne trouvent pas leur place dans les cultures trouvent un refuge.

      Sous nos pieds, en respectant la vie du sol pour que les cultures profitent de ses bienfaits comme les arbres de notre forêt. Pour en arriver là, il faut qu’une plante recouvre le sol le plus souvent possible pour le protéger de l’érosion. Laisser des résidus de culture à sa surface ou cultiver des engrais verts pour nourrir les animaux et les bactéries qui y vivent. Limiter au maximum les labours et, quand c’est possible, les abandonner. En retour les habitants du sol ameublissent le sol et fournissent aux cultures les nutriments dont elles ont besoins sans aucune intervention humaine. Dans ces conditions, il est possible de tendre vers une symbiose entre les plantes cultivées et la vie du sol.

      Pour ne pas perdre les bénéfices de ces efforts, il est nécessaire de limiter au maximum l’emploi des pesticides dont la présence peut facilement rompre le fragile équilibre de la vie des sols mais aussi éliminer des insectes dont la présence est indispensable à l’équilibre de la parcelle

      Associer les cultures dans l’espace et dans le temps

      Pour tendre vers cette symbiose, il est également nécessaire d’associer plusieurs cultures, chacune d’entre elles apportant des nutriments différents aux sols. Par exemple les légumineuses sont riches en azote, dont les céréales ont besoins. On retrouve cette diversité dans notre forêt, où, comme l’intervention de l’homme est réduite, on rencontre plusieurs essences d’arbres et plusieurs espèces d’arbustes et de plantes de sous bois. Elle est favorable à la vie du sol. Elle est également bénéfique aux plantes elles-mêmes car elle les aide à se protéger contre les ravageurs. Elle permet de nourrir une faune variée qui s’auto-régule, chaque espèce limitant les effectifs des autres. Ici aucun pesticide, fongicide ou insecticide ne sont utilisés pour protéger les plantes, ce qui ne les empêche pas d’être vigoureuses. Les ravageurs sont bien présents, mais ils subissent un impact suffisamment fort de la part des prédateurs pour que les dégâts qu’ils occasionnent soient limités. L’exemple le plus connu de ce type de régulation naturelle est celui des coccinelles qui contrôlent la population de pucerons. S’il arrive qu’un ravageur ait un fort impact sur une espèce de plante, son expansion sera limitée par la résistance des autres plantes à ses attaques. Il ne pourra pas se développer car il ne trouvera pas en quantité suffisante pour se nourrir la plante qu’il parasite.

      En agriculture il est nécessaire de maintenir cette diversité pour diminuer la pression des parasites sur les plantes cultivées. Cultiver des plantes différentes d’une année sur l’autre permet d’y contribuer. Il est également bénéfique de semer en même temps plusieurs plantes différentes. Enfin, il est possible de l’augmenter en laissant une place aux arbres au milieu des cultures. Les espaces laissés à la nature autour de la parcelle lui sont aussi favorable en abritant une grande variété de plantes et d’insectes. En respectant une partie ou la totalité de ces associations, il est envisageable de réduire ou de supprimer l’usage de pesticides. Là encore, il est possible de tendre vers une symbiose entre l’agriculture et la nature.

      Intervenir moins pour laisser une place à la nature, associer les plantes dans le temps et dans le l’espace. Ces grandes lignes se déclinent sous une grande variété de pratiques agronomiques qui s’adaptent aux différents contextes, climatique,géologique, géographique et économique, rencontrés par les agriculteurs qui les mettent en pratique.

      Pour aller plus loin :

      Claude et Lydia Bourguignon, Le sol, la terre et les champs, Sang de la terre , 224 pages, 2008

      Posté dans Agriculture, Nature | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Nature
    • Définir la nature avec François Terrasson : savons nous encore ce qu’est la nature ?

      Publié à 16 h 57 min par Antoine Bocheux, le janvier 12, 2020

      Il existe de nombreuses définitions de la nature. Celle du naturaliste François Terrasson, la nature c’est « ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’homme » est simple et nous ramène à l’essentiel. La nature est là, plus ou moins présente, partout autour de nous, elle n’est pas cantonnée aux réserves naturelles et aux terres lointaines. Mais savons nous discerner sa présence autour de nous ? Et l’aimons nous vraiment ?

      Même dans les milieux le plus anthropisés une bactérie arrive toujours à trouver sa place, alors que les terres australes les plus isolées que l’Homme ne fréquente pas sont impactées par la pollution et le changement climatique liés à ses activités. Ce cadre étant fixé, l’important est de savoir quelle « dose » de nature est présente dans les lieux que nous fréquentons. Est-elle étouffée et cachée ou voyante et exubérante. Entre ces deux extrêmes, tous les cas de figures sont possibles. François Terrasson propose de noter sa présence sur une échelle de 1 à 10 pour mesurer la place que les activités humaines lui laissent sur chaque territoire.

      Elle est balbutiante dans les rues des centres villes où elle s’exprime à travers les herbes qui se faufilent dans les fissures du macadam. La dose augmente dans les jardins, avec les arbres, les fleurs, les légumes, les insectes, les oiseaux et les vers de terre. Sa présence se fait plus forte dans les bandes enherbées et les haies au bord des champs et des routes.

      Elle est là aux milieux des aménagements nécessaires aux activités des hommes. Ignorée, mal aimée ou appréciée, elle peut y occuper une place plus ou moins importante. Il suffit d’intervenir un minimum pour la laisser s’exprimer. En fauchant l’herbe une fois par an au lieu de la tondre régulièrement dans les endroits les moins fréquentés du jardin. En laissant pousser des arbres et des haies champêtres. En cultivant une large variété de plantes. En laissant les feuilles mortes, et un peu de bois mort sur le sol. En n’arrachant pas systématiquement les plantes qui poussent spontanément.

      Loin des villes et des champs, sa présence se fait plus prégnante dans les forêts. Celle de l’homme est ici plus discrète. Elle est pourtant réelle, à travers le choix d’essences plantées, l’entretien des chemins et celui des sous bois. La dose de nature sera faible dans une monoculture de pins. Elle sera plus forte dans une futaie irrégulière où plusieurs essences d’arbres sont exploitées. Un jugement favorable est souvent porté sur ces forêts jardinées, propices à la promenade. Elles deviennent plus inquiétantes quand il faut les fréquenter la nuit sans éclairage. Les repères de la civilisation s’obscurcissent. Il reste seulement des bruits et des odeurs qui ne sont pas familières. Passer une nuit dans ces conditions est une expérience déroutante. François Terrasson l’a proposée à des cobayes volontaires. Certain se sentent mal à l’aise et ont peur dans ces conditions. D’autres, au contraire se sentent bien.

      Dans des circonstances plus communes on retrouve cette diversité des sentiments vis-à-vis de la nature. L’aime-t-on vraiment ? Avec quelle dose de nature se sent-on bien ? Ces réponses sont personnelles et chacun a une relation singulière avec elle. Même à petite à dose elle n’est pas forcément aimée. Chacun se sent plus ou moins à l’aise quand la dose augmente. Les fleurs et l’ombre des arbres dégagent souvent une image positive. Le plaisir de marcher dans les herbes hautes ou dans les feuilles mortes n’est pas toujours partagé. Les ronces, le lierre et les orties sont plus rarement appréciées. On retrouve le même contraste avec les animaux. Les oiseaux, les papillons, dégagent une image positive alors que les araignées et les serpents font souvent peur. Les friches sont mal aimées. Pas de chemin pour y accéder, des ronces et orties qui empêchent de déambuler. La nature s’exprime pleinement dans ces territoires abandonnés par l’homme. Petit à petit, la forêt reprend ses droits. Les arbres poussent à l’abri des ronces. Sans intervention pendant plusieurs décennies on obtient une forêt luxuriante abritant une flore et une faune variées.

      Dans l’imaginaire collectif la nature est pourtant rarement symbolisée par une friche. C’est plutôt La peur de la nature : au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature

      Une réserve naturelle où sont protégés quelques animaux emblématiques comme les éléphants, les lions et les ours. Ce n’est pourtant pas forcément dans ces réserves que se trouve la plus forte dose de nature. Elles sont aménagées pour faciliter l’accueil du public et pour favoriser la protection de certaines espèces qui ne trouvent plus leur place dans les champs et les forêts. Elles sont souvent gérées pour favoriser la présence des espèces à protéger et pour accueillir le public. L’intervention de l’homme s’y fait donc sentir. Cela prête à confusion sur c’est qu’est vraiment la nature : « ce qui existe en dehors du toutes actions de la part de l’homme ». Elles sont souvent considérées comme des territoires où la nature peut pleinement s’exprimer, ce qui est rarement le cas du fait des interventions nécessaire à leur gestion. Elles ont leur utilité, mais le danger quelles représentent est qu’elles laissent implicitement penser que la nature doit être protégée seulement en leur sein et que son absence et sa destruction sont normales ailleurs.

      Compte tenu de la pression démographique humaine, si l’on veut vraiment protéger la nature, il faut lui laisser une place sur les territoires où nous vivons. Cela nécessite d’apprendre à la connaître, d’apprécier sa beauté et de l’aimer. Il y a beaucoup de chemin à parcourir pour en arriver là. Lui laisser une place seulement dans des réserves aménagés, c’est se couper d’elle et la tuer à petit feu. Peut-on se satisfaire d’avoir pour seul contact avec la nature une visite annuelle sur un chantier balisé ?

      Pour aller plus loin :

      François Terrasson, La peur de la nature : au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature, Sang de la terre , 270 pages, 2007

      François Terrasson, La civilisation anti-nature : on ne peut vivre en parenté avec la nature sans comprendre ce que nous sommes , Sang de la terre , 293 pages, 2008

      François Terrasson, En finir avec la nature : le lien ou l’absence de lien avec la nature, voilà le point crucial !, Sang de la terre , 318 pages, 2008

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Nature
    • Prélude aux champs de mes rêves

      Publié à 22 h 00 min par Antoine Bocheux, le janvier 1, 2020

      Pour moi le paradis sur terre ressemble à un bocage. Je ferme les yeux et je l’imagine. Je déambule sur un chemin, au dessus de ma tête les branches des arbres filtrent les rayons du soleil. Elles diffusent une lumière douce et subtile. En se rejoignant, elles forment une voûte majestueuse ressemblant à celle d’une cathédrale gothique.

      Leur forme est cependant plus subtile et irrégulière. Bien qu’elles s’étalent au dessus du chemin pour le recouvrir complètement, le bruit du vent dans les feuilles me rappelle leur légèreté. Sous mes pieds, le sol dégage une délicieuse odeur d’humus qui se mélange à celle des fleurs de sureaux que je viens de cueillir.

      Derrière les arbres, des vaches broutent paisiblement dans le pré. En cette fin de journée elles se sont éloignées de l’ombre du vieux noyer qui les protège des ardeurs du soleil les chaudes après midi d’été. Ce soir, une averse a amené une fraîcheur bienfaisante et redonné de la vigueur à la végétation.

      Après l’averse les bourdons reprennent du service. Dans le fossé, ils butinent les fleurs pourpres des consoudes. Chargés de pollens, ils volent de fleur en fleur sans se soucier de ma présence. Les oiseaux sont plus craintifs. Leurs chants me rappellent qu’ils ne sont pas loin.

      En poursuivant ma marche, j’arrive à hauteur d’un champ de blé. Le soleil commence à descendre. Les nuages filtrent ses rayons et créent un subtil jeu d’ombre et de lumière qui magnifie le paysage. Le ciel se couvre d’une vaste palette de couleur. Le bleu azur se mêle aux gris des nuages avec des pointes de rouge et d’orange à l’ouest.

      Les grains de blé mûrs se balancent mollement. Le temps des moissons approche. Ce paysage est rassurant. En le regardant, je pense au pain que le blé donnera et au fromage qui est élaboré avec le lait des vaches, aux noix du noyer, aux pommes du pommier. Cela m’évoque le plaisir simple et essentiel de manger de bonnes choses.

      Ce paysage me fascine par son élégance mais aussi pour tout ce qu’il représente pour moi. Des solutions pour assurer la sécurité alimentaire. Une harmonie entre l’Homme et la nature. Une beauté changeante dont on apprend toujours quelque chose de nouveau.

      Je me sens en sécurité. Ce sentiment est conforté par la présence d’un chemin. Je sais où je suis, je ne suis pas coupé du monde des hommes. En même temps, je perçois la présence de la nature. Elle est là à côté de moi. Dans les arbres où nichent les oiseaux. Dans le champ de blé où quelques tâches rouges me rappellent la présence de coquelicots. Dans les fossés où poussent des orties. Dans la prairie où j’aperçois parfois un chevreuil. Elles aussi là, invisible sous mes pieds avec une multitude de vers de terre et les racines des plantes.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, Nature
    Articles plus récents →
    • Articles récents

      • La cellule : dénominateur commun du vivant
      • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver
      • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas
      • Incomplétude heureuse
      • La fin de l’insouciance estivale
    • Catégories

      • Nature (42)
      • La Technique (16)
      • Histoire (8)
      • Agriculture (8)
      • Non classé (7)
      • Forêt (5)
      • Information (4)

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

  • S'abonner Abonné
    • Les champs de mes rêves
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Les champs de mes rêves
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…