Pour moi le paradis sur terre ressemble à un bocage. Je ferme les yeux et je l’imagine. Je déambule sur un chemin, au dessus de ma tête les branches des arbres filtrent les rayons du soleil. Elles diffusent une lumière douce et subtile. En se rejoignant, elles forment une voûte majestueuse ressemblant à celle d’une cathédrale gothique.
Leur forme est cependant plus subtile et irrégulière. Bien qu’elles s’étalent au dessus du chemin pour le recouvrir complètement, le bruit du vent dans les feuilles me rappelle leur légèreté. Sous mes pieds, le sol dégage une délicieuse odeur d’humus qui se mélange à celle des fleurs de sureaux que je viens de cueillir.
Derrière les arbres, des vaches broutent paisiblement dans le pré. En cette fin de journée elles se sont éloignées de l’ombre du vieux noyer qui les protège des ardeurs du soleil les chaudes après midi d’été. Ce soir, une averse a amené une fraîcheur bienfaisante et redonné de la vigueur à la végétation.
Après l’averse les bourdons reprennent du service. Dans le fossé, ils butinent les fleurs pourpres des consoudes. Chargés de pollens, ils volent de fleur en fleur sans se soucier de ma présence. Les oiseaux sont plus craintifs. Leurs chants me rappellent qu’ils ne sont pas loin.
En poursuivant ma marche, j’arrive à hauteur d’un champ de blé. Le soleil commence à descendre. Les nuages filtrent ses rayons et créent un subtil jeu d’ombre et de lumière qui magnifie le paysage. Le ciel se couvre d’une vaste palette de couleur. Le bleu azur se mêle aux gris des nuages avec des pointes de rouge et d’orange à l’ouest.
Les grains de blé mûrs se balancent mollement. Le temps des moissons approche. Ce paysage est rassurant. En le regardant, je pense au pain que le blé donnera et au fromage qui est élaboré avec le lait des vaches, aux noix du noyer, aux pommes du pommier. Cela m’évoque le plaisir simple et essentiel de manger de bonnes choses.
Ce paysage me fascine par son élégance mais aussi pour tout ce qu’il représente pour moi. Des solutions pour assurer la sécurité alimentaire. Une harmonie entre l’Homme et la nature. Une beauté changeante dont on apprend toujours quelque chose de nouveau.
Je me sens en sécurité. Ce sentiment est conforté par la présence d’un chemin. Je sais où je suis, je ne suis pas coupé du monde des hommes. En même temps, je perçois la présence de la nature. Elle est là à côté de moi. Dans les arbres où nichent les oiseaux. Dans le champ de blé où quelques tâches rouges me rappellent la présence de coquelicots. Dans les fossés où poussent des orties. Dans la prairie où j’aperçois parfois un chevreuil. Elles aussi là, invisible sous mes pieds avec une multitude de vers de terre et les racines des plantes.