Les champs de mes rêves

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    • Le printemps en automne

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le octobre 30, 2022

      Après un printemps et un été exceptionnellement chaud et sec, la météo continue de faire des siennes. Les jours raccourcissent, la fraîcheur est revenue pendant quelques jours, la chaleur n’est plus une chape de plomb pesante, elle redevient agréable. Pour décrire cette douceur automnale éphémère, on parle généralement d’été indien. Mais cette année, la douceur est persistante, nous vivons une sorte de « méga été indien ». Ce n’est pas tout à fait ça ; il manque quelque chose à ce « méga été-indien ». Du rouge, du jaune, les couleurs flamboyantes des feuilles mortes. Elles se font rares. C’est le vert qui domine. Un vert tendre qui rappelle le printemps, une renaissance pour la végétation après trois mois de sécheresse.

      La météo, la pluie et le beau temps, les médias et les réseaux sociaux en parlent moins que cet été. Plus d’incendie. La sécheresse se fait moins pesante. On finit par ne plus se soucier du temps qu’il fait, happé par les joies et les peines du quotidien. Bien sûr, on apprécie de ne pas avoir besoin d’allumer le chauffage, de flâner dehors pour une belle après-midi d’automne. Parfois, on ne sait plus vraiment comment il faut s’habiller. Garder une tenue d’été ? prendre un parapluie ? Se couvrir pour ne pas attraper froid au point du jour ? Ou tout simplement rester à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Rien de bien désagréable en somme. Tout en restant changeante et imprévisible, la météo pèse moins sur le cours de nos vies.

      En marchant, le lien avec la météo devient plus fort. En prise directe avec la pluie et le soleil, on ne peut plus l’oublier. Quand la pluie est de retour après la sécheresse, beaucoup de choses changent. En arpentant les chemins, le vent ne soulève plus un épais nuage de poussières. Le sol devient plus souple et onctueux sous les pieds du promeneur. On redécouvre le pétrichor, cette odeur de terre mouillée dégagée par les bactéries du sol quand les premières pluies tombent sur un sol sec.

      Elle avait disparu pendant l’été, petit à petit l’herbe verte fait son retour. Les paysages changent d’une manière inattendue. Après avoir été asséchés par un été terrible, ils redeviennent verts et onctueux, comme au printemps. Un printemps prudent, un peu timoré. L’herbe est moins dense, elle pousse moins vite. Même les orties prennent leur temps. Ce vert contraste avec les quelques feuilles qui commencent à jaunir et les fruits rouges des aubépines et des églantiers. Ils nous rappellent que l’on est bien en automne. Les fleurs sont rares et discrètes. Les plus exubérantes sont de saison. Ce sont celles du lierre. Elles apportent une source de nourriture bienvenue aux insectes pollinisateurs.

      Les chênes semblent reprendre des forces et connaître une sorte de second printemps. Ils perdent bien quelques feuilles ça et là. A cause de la sécheresse, c’est malheureusement le cas depuis la fin du mois de juillet. Les feuilles qui ont traversé l’été retrouvent un vert tendre qui rappelle celui du printemps. Elles donnent l’impression de revivre après avoir survécu à la mauvaise saison en se recroquevillant. En observant les chênes plus attentivement, les stigmates de l’été sont encore bien visibles. Leurs feuilles filtrent moins les rayons du soleil qu’au printemps, leurs houppiers sont moins denses. Les feuilles tombées pendant l’été laissent certains rameaux dénudés. Sur d’autres branches, il manque ça et là quelques feuilles. Cela leur donne une silhouette étrange et inédite.

      Ces observations ne peuvent pas être généralisées et mériteraient d’être confrontées à d’autres témoignages. Ce ne sont qu’une bribe de la réalité saisie au fil de mes marches. Elles interrogent. Si cette météo étrange venait à se répéter, ce qui n’est pas impossible avec le changement climatique, comment les plantes réagiront-elles ? Ce regain de la végétation évoque un peu, avec moins de vigueur, le printemps sous nos latitudes et la saison des pluies dans les zones tropicales. Pourtant les jours raccourcissent et nous rappellent que l’hiver approche, que le froid peut revenir très vite. Il semble peu probable que les bizarreries de la météo nous préparent un hiver suffisamment doux pour mettre les feuilles à l’abri du gel. En les conservant plus longtemps les arbres s’exposent à ce risque. Avec un printemps et été sec comme cette année il leur reste bien peu de temps pour reconstituer leurs réserves. En hivernant l’hiver à cause du froid, puis en vivant au ralenti l’été pour palier la sécheresse leur période d’activité est dangereusement raccourcie. En gardant leurs feuilles quelques semaines de plus, ils font preuve d’une grande capacité d’adaptation pour faire face aux nouvelles contraintes que la météo leur impose.

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    • Sidération estivale

      Publié à 17 h 28 min par Antoine Bocheux, le septembre 4, 2022

      L’été 2022 a été particulièrement éprouvant. Chaud, sec, jaune, poussiéreux, lourd, orageux. Inquiétant, avec une accumulation de catastrophes : incendies, grêle, inondations. L’été était une trêve, une saison marquée par la douceur de vivre et une forme d’insouciance. Tout cela fut loin de nous cette année. Difficile d’échapper à la chaleur qui rend le quotidien plus pénible. Ni à l’inquiétude d’être touché par un incendie ou une averse de grêle.

      Pendant que nous subissons les affres de la chaleur, les plantes souffrent aussi. Dans les jardins, le jaune prend petit à petit la place du vert, des arbustes meurent. Aucune fleur, aucun légume à espérer sans arrosage.

      Dans les bois les arbres semblent mieux résister. De loin tout semble presque normal, les feuilles sont bien vertes. Pourtant, en marchant sous leur voûte on se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Bien sûr, il fait beaucoup plus frais qu’au soleil. Mais même à l’ombre, l’air est anormalement sec. Sous les pieds, un bruit inhabituel en cette saison se fait entendre. C’est celui des feuilles mortes. Un coup d’œil au sol permet de vérifier que ce n’est pas un rêve. Le sol est bien couvert d’un tapis de feuilles mortes ; en plein mois d’août ! Il est moins épais que celui que l’on rencontre habituellement en automne. Ce sont pourtant bien des feuilles fraîchement tombées. En levant les yeux, on constate que les branches sont clairsemées, des feuilles manquent à l’appel. Tous les arbres semblent touchés. En observant le sol attentivement, le constat est sans appel. Partout où il y a des feuillus on trouve des feuilles mortes au sol.

      Faute d’eau en quantité suffisante, les arbres se séparent avant l’automne d’une partie de leur feuillage. Au moment où la photosynthèse de ces feuilles aurait du leur permettre d’emmagasiner des réserves pour le printemps suivant. Comment les arbres réagiront-ils si cela se produit régulièrement ? Les conséquences du dérèglement climatique leur complique la tâche. Les été deviennent trop chauds et sec pendant que les hivers restent trop froids pour leur permettre de conserver leurs feuilles en restant à l’abri du gel.

      Dans les prairies les paysages sont également bouleversés par la sécheresse. Il ne reste qu’un tapis jaune au milieu duquel subsiste encore un chapelet de taches vertes. Parfois on y trouve encore quelques fleurs éparses qui arrivent à pousser dans ces conditions extrêmes. Cet été, on ne peut plus vraiment dire que l’on se met au vert en allant à la campagne. Se mettre au jaune serait plus adapté pour décrire la situation. Même les pâturages de haute montagne jaunissent sous les coups de butoir de la sécheresse. Toutes les agricultures non irriguées tournent au ralenti. Dans les prés on croise des vaches qui mangent leurs réserves de foins au lieu de brouter de l’herbe verte.

      Après la sidération du Covid qui avait changé drastiquement nos modes de vie du jour au lendemain, vient celle de la sécheresse. Elle nous affecte d’une manière plus diffuse ; mais aussi plus profonde si elle est amenée à se répéter tous les été. Si c’est le cas c’est notre sécurité alimentaire qui pourrait finir par être affectée. Tous les continents étant touchés par le changement climatique, il risque de devenir de plus en plus aléatoire de compter sur le surplus des autres pays pour palier une mauvaise récolte. Nous n’en sommes pas là. Il faut déjà apprendre à vivre avec la chaleur et les restrictions d’eau. Vivre dans un environnement qui n’est plus tout à fait le même. Petit à petit nous glissons vers autre chose. Les paysages changent, la nature devient moins accueillante. Les forêts ne sont plus baignées d’une humidité bienfaisante, les vertes prairies deviennent jaunes. Les lieux familiers changent et prennent un nouveau visage. Comme si l’été n’existait plus. Qu’il était remplacé par une nouvelle saison. Une saison morte, comme un hiver estival où les conditions climatiques ne sont pas suffisamment favorables pour permettre à la végétation de pousser.

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    • Quand je me fais mon cinéma

      Publié à 15 h 54 min par Antoine Bocheux, le Mai 28, 2022

      François Truffaut disait “Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films”i. Parfois j’ai l’impression de me faire mon cinéma en me promenant dans la nature. Quel contraste entre le recul de la nature, dont s’alarment parfois les médias, et l’harmonie qui se dégage lors de mes promenades. Ce contraste est tellement fort que, je le sais, je me fais du cinéma. Je me rends au bon endroit, au bon moment, pour trouver ce que je cherche. Comme un réalisateur, j’ai en tête des séquences, je sais ce que j’ai envie de voir et t’entendre.

      Je cherche le calme. Loin des routes fréquentées. Pour ne pas entendre le fond sonore de la circulation qui couvre le chant des oiseaux et le souffle du vent. Loin des chasseurs, du silence inquiétant précédant le bruit assourdissant des coups de feu. Loin du bruit des tondeuses dans les zones pavillonnaires. Loin des avions qui peuvent à tout moment envahir le ciel d’un vacarme assourdissant. En bon animal, je marche à la recherche de ce calme dans l’espoir de trouver un endroit où je pourrai m’arrêter quelques minutes.

      Je cherche les arbres. Leur ombre est apaisante quand il fait doux, nécessaire quand il fait trop chaud. Ils abritent les oiseaux et toute une faune invisible dont je soupçonne la présence. Ils donnent du relief aux paysages. Tâches vertes vu de loin, cathédrale de verdure à l’architecture complexe en levant la tête à leurs pieds. Immensité peuplée d’une foule d’insectes en regardant de près leurs feuilles et leurs branches.

      Je cherche les fleurs. Elles sont incontournables. Pour leur beauté bien sûr. La diversité de leur formes et de leurs couleurs attirent le regard. Pour la symbiose entre le monde végétal et les insectes dont elles sont le vecteur. S’arrêter devant une fleur, c’est presque la garantie de croiser un insecte pollinisateur. Le nectar et le pollen des fleurs les nourrissent. Ils fécondent les fleurs en les butinant. Quelle belle symbiose, quelle sérénité pour l’observateur qui assiste à ce spectacle. En toute quiétude, les insectes pollinisateurs loin de leur nid, trop occupés à se nourrir sur les fleurs sont indifférents à sa présence. Tellement indifférents qu’ils se laissent volontiers photographier. Eux qui sont d’habitude si difficiles à saisir.

      Je cherche le bon jour et la bonne heure. Éviter les jours trop froids ou trop chauds où la douceur de l’air se transforme en un fardeau pénible à supporter. Sortir l’après midi l’hiver, le soir l’été. Privilégier la fin du jour. Pour la fraîcheur, la qualité de la lumière, le coucher de soleil. L’espoir de croiser un lièvre, un renard ou un chevreuil au détour d’une prairie.

      Cette quête m’amène le long des haies bocagères, dans les prairies naturelles, en lisière des bois. Rechercher le bon endroit, le bon moment, pour voir se dérouler sous nos yeux le scénario d’une nature symbiotique suivant paisiblement son cours. Une nature propice à la sérénité, aux rêves, au repos. La recherche de ce scénario nous éloigne des abords des routes fréquentées, des centres- villes, des vastes parcelles de monocultures. Sans fleurs et sans arbres, la nature y est comme amputée.

      Finalement, il lui reste un espace restreint, de plus en plus restreint. On le constate parfois quand une prairie est remplacée par un lotissement ou une zone industrielle. Après la coupe à blanc d’une haie ou d’un bois. Nos jambes nous permettent de fuir ces espaces peu propices à la vie. Ce n’est pas le cas des fleurs et des arbres. Les insectes sont plus mobiles mais sans fleurs à butiner leur population ne peut que déclinerii. Faute d’insectes et de graines à manger, d’arbres pour nicher le nombre d’oiseau recule inexorablement. Ils ne peuvent pas se faire leur cinéma. La réalité est cruelle.

      ihttp://evene.lefigaro.fr/citation/films-harmonieux-vie-embouteillage-films-temps-mort-79006.php

      iihttps://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/le-declin-des-oiseaux-n-est-que-le-reflet-du-declin-des-insectes-selon-la-lpo-de-la-vienne-1521620146

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    • Rêveries bourgeonnantes

      Publié à 13 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 30, 2022

      Rêver est presque devenu un luxe au milieu de l’agitation et des tragédies qui nous entourent. Passer quelques minutes sous un arbre. Le regarder, laisser vagabonder ses pensées. Tout cela ne va pas de soi. Pourtant, c’est simple, les arbres sont là autour de nous. Avec le printemps, même sans leur prêter attention, on se rend plus ou moins compte qu’il se passe quelque chose. Les paysages verdissent, sous les feuilles la lumière du soleil est de nouveau filtrée .

      Cela s’est passé vite, en quelques semaines. Quand le passant peu attentif finit par s’en rendre compte, il a déjà manqué une partie de l’histoire, le débourrement. Pour lui, c’est comme si du jour au lendemain les marrons et les gris des écorces, couleurs de l’hiver, étaient remplacées par le vert, couleur du printemps.

      Le rêveur, lui, attend ce moment avec impatience et lève les yeux vers les branches tous les jours. Juste pour voir s’il se passe quelque chose. Il le sait, quelque chose va se passer. Il s’imagine que, déjà peut-être, la sève s’est remise à circuler dans le tronc de l’arbre. Un laps de temps de deux semaines s’écoule entre la reprise de la circulation de la sève et l’ouverture des bourgeons. Exceptionnellement, la sève brute, celle qui monte du sol vers le ciel, est chargée de sucres stockés dans les racines et le tronc de l’arbre. Il faut bien alimenter la croissance des feuilles avant qu’elles ne puissent commencer à produire elles même leurs propres sucres avec la photosynthèse.

      Les jours passent et il ne se passe rien. Ou presque. Imperceptiblement, la taille des bourgeons semble légèrement augmenter. Comme s’ils gonflaient. De loin rien ne change, toujours les teintes sombres et monochromes de l’hiver Il faut vraiment s’approcher pour s’en rendre compte, mais autant être attentif, si l’on rate une étape, il faudra attendre un an pour avoir une chance de la revoir. Et puis, un jour, on se rend compte qu’un petit bout de vert commence à sortir d’un bourgeon. Cette fois nous y sommes, l’arbre change, on peut constater son évolution de jours en jours. De plus en plus de bourgeons débourrent. Parfois l’on peut apercevoir la bourre blanche qui les a protégé du froid pendant l’hiver. Ils débourrent, ils éclosent pourrait-on dire. Il en sort de petites feuilles délicates comme des fleurs. D’ailleurs, sur certains arbres comme les pommiers ou les poiriers, les fleurs sortent avant les feuilles transformant les arbres en bouquets de fleurs géants. D’autre comme les chênes ont des fleurs plus discrètes. Pendant quelques jours, le vert tendre des jeunes feuilles se distingue à peine au milieux du marron de l’écorce. Les arbres sont en même temps morts et vivants. Cette faculté dont le botaniste Francis Hallé s’émerveille dans son plaidoyer pour l’arbre est saisissante. Le marron du bois en partie mort contraste avec le vert tendre des feuilles qui viennent de naître. C’est le secret de l’arbre pour durer. Des cellules mortes transformées en bois pour assurer sa rigidité, l’accès à la lumière, le stockages des sucres, pour transporter sa sève. Et de nouvelles cellules qui depuis les bourgeons s’étalent sur cette ossature de bois pour former de nouvelles branches, de nouvelles feuilles et des fleurs. Du neuf qui s’additionne à du vieux ; une croissance additive.

      Les jours passent, le rêveur continue de lever les yeux vers les bourgeons en train d’éclore. Parfois, il a le sentiment que les bourgeons qui grandissent sur les branches sont comme des graines qui germent sur le sol. Au même moment, mais chacune indépendantes les unes des autres. L’arbre fait alors penser à une colonie dont les individus sont les bourgeons alors que le socle est l’ossature en bois et son prolongement racinaire. Ce socle donnant aux bourgeons de nombreux avantages sur les graines. Accès aux réserves de sucres emmagasinées dans les racines et le tronc, accès à la lumière, accès à l’eau. Ces bourgeons portés par un socle commun sont-ils les parties d’un individu ou une colonies d’individus collaborant ensemble ? Peut-être un peu des deux en même temps.

      Au fil des jours les feuilles se font de plus en plus denses. Les traces des bourgeons disparaissent. En étant attentif il reste encore possible de voir des restes de leur écailles à la base des nouvelles tiges. A ce moment là, il devient bien visible qu’il ne sort pas seulement des feuilles des bourgeons mais bien des tiges qui se transformeront en branches. Bientôt ces indices disparaîtrons. Discrètement, de nouveaux bourgeons vont se former en prévision du printemps suivant. Mais c’est une autre histoire.

      Pour aller plus loin

      Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006

      Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre ; secrets et mystères des géants qui vous entourent, Belin, 498 pages, 2021,

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    • La nature au printemps : une envie de partage

      Publié à 19 h 20 min par Antoine Bocheux, le février 27, 2022

      En cette fin février les jours rallongent, le soleil se montre plus souvent. Ces premiers rayons de soleil, les mimosas ou les jonquilles en fleur. Autant de plaisirs que l’on a souvent l’occasion de partager au fil des conversations. Ce blog est l’occasion d’en partager d’autres, plus discrets et pourtant proches de nous. Le week-end, le rapport au temps est différent, il est possible de flâner et de regarder la nature autour de nous. Discrète et pourtant bien là. Dans les parcs en ville, le long des petites routes, des chemins de terre, dans les prairies, à la lisière des bois dans cette ceinture pavillonnaire autour des villes que l’on appelle péri-urbain.

      Ce qui semble fixe en découvrant un lieu pour la première fois se met en mouvement en y revenant régulièrement. Avec l’hiver pendant des mois rien ou presque n’a changé. Les arbres ont perdu leurs feuilles et puis plus rien ou presque. La végétation s’est figée pour quelques mois. Il y a bien eu dès le mois de janvier le spectacle des noisetiers en fleurs et quelques petites fleurs jaunes, des ficaires. Mais dans l’ensemble la végétation restait immobile.

      Après une semaine de redoux et de la pluie, un samedi, l’inattendu est arrivé. Je marchais, pour le plaisir de marcher en laissant vagabonder mes pensées, en m’attendant à retrouver les mêmes paysages que la semaine précédente. Pourtant, la couleur du vert de l’herbe avait changé, elle était un peu plus haute. En regardant de plus près, je remarquai des formes familières que je n’avais pas vues depuis des mois. Je distinguai de jeunes pousses d’orties et quelques feuilles de renoncules qui égermaient. Les ficaires étaient plus nombreuses, parsemant ça et là le bord des chemins de taches jaunes. Les premières pulmonaires étaient en fleurs, amenant une touche de mauve. En baissant les yeux sur les bas côtés, ce changement était saisissant.

      Ficaires et pulmonaires

      Sans intervention humaine, nous étions passés d’une végétation rase et uniforme à une diversité de formes de feuilles parsemée ça et là de taches de couleurs. Après avoir passé l’hiver dans le sol, les graines germaient et donnaient naissance à un nouveau microcosme. Ce qui semblait figé se mettait en mouvement. Il suffisait d’avoir le temps de flâner et de baisser le regard pour être le spectateur de ce changement. Même en gardant les yeux fixés à l’horizon, il était impossible de manquer le splendide prunellier formant une grosse boule d’un blanc immaculé.

      Prunellier en fleur

      L’imprévu donnait encore un peu plus de charme à la situation avec la rencontre inopinée avec un rouge gorge. Je m’arrêtai, il me regardait. Je me baissai lentement, je sorti mon appareil, il ne bougeait pas. Je zoomai, je cadrai, il me regardait toujours. La photo n’est pas bonne mais c’est le souvenir d’un rencontre avec un animal libre chez qui la curiosité de me regarder l’a probablement emporté sur la peur qu’inspire l’homme à la plupart des animaux sauvages. Parfois avec un peu de chance, des gestes lents et doux, arrivent ces rares et précieux moments où nos regards se croisent quelques minutes.

      Rouge gorge

      Pourquoi vouloir partager ces plaisirs simple de la vie. Peut-être pour vous faire passer quelques minutes agréables en vous montrant mes photos. Mais elles n’ont rien de remarquable. Ce que j’aimerais partager c’est le plaisir que je prends à passer quelques heures à observer la nature « ordinaire ». Pour le bien être que cela amène. Pour oublier, pour quelques heures, les soucis du quotidien, les mauvaises nouvelles et les tragédies dont les médias se font l’écho. Pour avoir envie de tondre moins souvent au jardin et de laisser fleurir ces graines spontanées qui ne lèvent pas seulement au bord des chemins mais aussi dans nos jardins. Parce qu’en observant la nature autour de soi on comprend mieux combien les fleurs, les arbres, les oiseaux et les insectes qui vivent autour de nous sont précieux. Peut-être que si nous étions nombreux à prendre le temps de les regarder nous serions plus en paix avec nous nous même et aurions envie de faire plus pour leur laisser un place. C’est un rêve, à la fois réaliste et utopique. Simplement laisser plus d’espace à la nature pour s’exprimer librement et avoir un peu de plus de temps pour prendre du plaisir à l’observer.

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    • Hasard ou causalité : pourquoi les progrès dans la connaissance du vivant coïncident avec sa destruction

      Publié à 21 h 02 min par Antoine Bocheux, le janvier 30, 2022

      Si vous êtes amateur de documentaires animaliers, vous connaissez probablement ce mélange d’émerveillement et d’abattement que l’on ressent après avoir visionné de magnifiques images de forêts, de savanes ou de steppes dont on commence à découvrir la beauté en apprenant qu’elles sont menacées de destruction par les activités humaines. Les années passent, les images sont toujours plus nettes et définies, les gros plans toujours plus serrés et les menaces qui pèsent sur les écosystèmes que nous découvrons toujours plus aiguës. Le photographe amateur éprouve également cette gêne. Alors que les progrès de son matériel lui permettent de réaliser des gros plans sur les fleurs et les insectes, de suivre les oiseaux en vol, il ne peut que constater qu’il y a moins de moins en moins de fleurs, d’insectes et d’oiseaux.

      Cette relation entre le progrès du matériel de prise de vue et la destruction des plantes et des animaux qu’il permet de découvrir sous un nouvel angle est-t-il un hasard ? A première vue oui. Localement la présence des photographes peut perturber la nature s’ils sont nombreux. C’est très largement insuffisant pour expliquer le recul généralisé de la nature. Ce n’est pas eux qui coupent les forêts et les haies, labourent de vastes champs cultivés en monocultures où sont épandus des pesticides. Ni eux qui braconnent des espèces protégées. On peut poser la question différemment et se demander en quoi les appareils photos sophistiqués sont à l’origine de la destruction de la nature. Directement, il y tiennent une petite part. Il faut des métaux rares donc des mines pour fabriquer leur électronique, ils sont presque tous fabriqués en Asie, leur transport a donc un coût énergétique.

      Si l’on aborde la question sous un angle plus large on se rend compte qu’ils font partie d’un tout. Il existe une unicité entre toutes les techniques, chacune progresse grâce aux développements d’autres techniques. Les avancées dans l’électronique et dans l’optique qui ont permis les progrès spectaculaires des appareils photos et des caméras servent aussi à des fins de renseignement militaire ou aux caméras de surveillance. Ce sont les mêmes technologies qui donnent la possibilité à un photographe de saisir un renard au crépuscule avec son téléobjectif sans avoir recours au flash que celles qu’utilisent les radars de dernière génération pour verbaliser les automobilistes sans avoir recours au flash. Dans les deux cas, c’est l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul des processeurs qui permet de prendre des images de nuit dans des conditions inimaginables il y a seulement 20 ans. Élargissons encore l’angle de vue. Derrière ces progrès des processeurs il y a le développement rapide de l’informatique qui a accompagné et accéléré le développement d’un nombre innombrable de techniques. Dont celle de l’aviation qui facilite le déplacement à l’autre bout du monde des équipes qui réalisent les documentaires animaliers.

      Même s’il est plus moins ou moins évident à déceler, il existe un lien entre toutes les techniques, elles forment un tout avec ses avantages et ses inconvénients. C’est ce que Jacques Ellul appelle l’unicité de la techniquei. Ce tout facilite et entraîne la destruction de la nature. Les nouvelles techniques donnent toujours plus de moyens pour l’exploiter et la perturber. Et nécessitent de l’exploiter et de la perturber toujours plus pour se développer. En même temps, elles amènent des moyens formidables pour mieux la regarder et mieux la connaître.

      La nature ce n’est pas seulement ce qui est visible, c’est aussi le monde des bactéries et des champignons qui est invisible à nos yeux. Dans sa découverte des progrès spectaculaires ont été permis ces dernières années avec le séquençage du génome de bactéries qui restent invisibles même en utilisant un microscope. La connaissance du vivant progresse rapidement avec celle de cette vie invisible qui peuple les sols, l’air, notre peau ou notre système digestif. Cela permet de découvrir la complexité de la vie des sols au moment où le labour profond et les pesticides sont en train de la détruire. Dans le même temps, les progrès de la génétique aboutissent à des semences qui résistent aux pesticides qui contribuent à détruire la vie des sols que nous sommes en train de découvrir … et à la poursuite du déclin des oiseaux et des insectes que nous pouvons photographier en gros plans avec les derniers appareils photo. Les herbicides détruisent les fleurs dont se nourrissent les insectes dont se nourrissent les oiseaux. Nous comprenons que tout l’écosystème est perturbé. Mais les recherches sur les modifications des génomes avec les ciseaux CRISPR ne sont pas prêtes de s’arrêter pour créer de nouvelles semences résistantes aux herbicides. Il est difficile d’interdire l’utilisation des ciseaux CRISPR qui devraient aboutir à des applications médicales dont l’utilité n’est pas contestable. Mais qui pourra empêcher que quelqu’un quelque part n’utilise ces nouvelles techniques pour mettre aux points des plantes résistantes aux herbicides ou tout simplement pour modifier un embryon humain ?

      iJ’en ai déjà parlé ici : https://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

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    • Brumes d’hiver

      Publié à 23 h 26 min par Antoine Bocheux, le décembre 31, 2021

      Décembre marque l’entrée de plein pied dans l’hiver. La végétation toujours fixe est maintenant immobile. Elle se fige pour quelques mois. Le temps de laisser passer les longues nuits d’hiver. Cette période autour de Noël où la nuit est beaucoup plus longue que le jour, le royaume de lune plus persistant que celui du soleil. Certains jours, quand le brouillard s’installe, le manteau de l’hiver est encore plus enveloppant. Une fois quittée la ville, ses réverbères et ses décorations de Noël, les repères s’estompent, le chemin le plus familier prend l’apparence d’un labyrinthe inextricable. Plus tempérée dans son ardeur, la brume donne à voir les paysages différemment, elle les laisse entrevoir sans les recouvrir d’un voile impénétrable.

      Entre chien et loup, elle donne à voir et à imaginer sous un nouvel aspect, les chemins et les lisières les plus familiers. Le regard butte sur ces nappes de brumes plus ou moins épaisses comme sur les parois d’une montagne ou la lisière d’une forêt. Elles forment un nouvel horizon qui se substitue à celui que l’on découvre par temps clair. Elles recouvrent comme une voûte les paysages familiers qui se dérobent au regard. Quelques pas de plus et les silhouettes familières des arbres finissent par apparaître, d’abord estompées puis un peu plus nettes. Derrière elles, le regard ne peut pas traverser la brume. Il ne reste plus qu’à imaginer ce qui est suggéré. Se souvenir, peut-être, des paysages familiers croisés la veille, des vastes champs dénudés, du chemin, de la route au loin, des fils électriques, de l’écho des voitures et des bruits de la ville. Aujourd’hui tout cela semble enveloppé dans la brume. Les bruits sont ouatés, l’air humide chatouille la peau et rentre dans les poumons.

      La présence humaine devient plus diffuse et se résume au fil blanc du chemin. Le reste est recouvert. Sans ces repères, la présence de la nature devient plus forte. L’imagination et le rêve peuvent prendre le pouvoir. Imaginer une épaisse forêt avec de grands arbres cachés par la brume. Un grand bocage avec un dédale de chemins creux. Des rivières à l’eau transparente serpentant librement. De grands animaux cheminant tranquillement à quelques pas. Cette période de fin d’année étant le temps des vœux, c’est le moment de rêver tapi derrière la brume. Ce qui se dévoile au regard prend un autre sens quand on ne le distingue pas clairement. La brume est comme la toile d’un peintre qui suggère plus qu’il ne montre. Elle laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. Rêve de nature dans un monde inconnu qui n’existe plus ou tout simplement envie de remonter le chemin pour retrouver la ville, ses rues rectilignes et ses illuminations de Noël.

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    • Les feuilles mortes

      Publié à 17 h 59 min par Antoine Bocheux, le octobre 31, 2021

      Les feuilles mortes? C’est le titre d’une chanson de Jacques Prévert et Joseph Kosma, un des standards de jazz les plus joués. C’est aussi la manifestation la plus picturale de l’automne. Difficile de passer à côté de ce festival de couleurs quand le vert des feuilles se mue en quelques jours en un patchwork de jaunes, d’orange et de bruns. L’océan vert des forêts devient doré, brillant de mille éclats sous le soleil de l’été indien. Avant de laisser place à un épais tapis de feuilles mortes dont les craquements moelleux amortissent avec délicatesse les pas du promeneur. Pris dans ses pensées il lui arrive de se demander pourquoi les feuilles changent de couleur et tombent ?

      Les premiers indices pour répondre à cette énigme sont faciles à trouver. En automne, les jours sont plus courts, les températures plus fraîches. Moins de lumière, moins de chaleur, autant de conditions défavorables à la photosynthèse, cette opération consistant à fabriquer des sucres avec de l’air et de l’eau qui est la raison d’être des feuilles. C’est aussi le signe que l’hiver et les températures négatives approchent, il est temps que les feuilles tombent avant qu’elles ne gèlent. Question de logique.

      Plus étonnant est le changement de couleur des feuilles avant leurs chutes. Pourquoi jaunissent-elles, alors qu’en toute logique, elles devraient tomber en conservant leur couleur verte ? La réponse à cette question est démontage. Démontage des chloroplastes, la partie des cellules des feuilles qui abrite la photosynthèse. Ces chloroplastes sont recouverts d’un pigment vert, la chlorophylle, qui donne leur couleur verte aux feuilles. Avant la chute des feuilles, ils sont « découpés » en petits morceaux, pour être stockés sous forme de fines molécules dans le tronc et les racines de l’arbre. Elles y resteront pendant l’hiver et seront utilisées au printemps quand les bourgeons, déjà présent à l’automne, vont débourrer et devenir à leur tour tiges, feuilles et fleurs. Grâce à cette opération de démontage des chloroplastes, 60 % de l’azote et du phosphore contenus dans une feuille sont stockés par l’arbre avant la chute des feuilles.

      La disparition des chloroplastes dévoile à notre regard les nuances de jaunes et d’orange des pigments accessoires des feuilles, les caroténoïdes, jusque là cachés à notre regard par le vert de la chlorophylle. En étant attentif, il est possible d’observer ce passage du vert au jaune sur une même feuille. Les chloroplastes sont d’abord « démontés » à la périphérie des feuilles pendant que la partie centrale, près des nervures, conserve sa couleur verte. Cet état transitoire et éphémère permet de visualiser cette étape prémice à la chute des feuilles.

      Il y a besoin d’être moins attentif pour observer la suite. Les feuilles jaunies et orangées ne sont plus alimentées en sève brute, une cicatrice se forme pour préparer leurs chutes ; proprement sans laisser une porte d’entrée aux bactéries pathogènes. Elles finissent par tomber au premier souffle de vent, à ce stade il suffit d’exercer une infime pression sur leurs tiges pour les arracher. Puis elles recouvrent le sol d’un épais tapis. Il servira de garde-manger et de gîtes aux habitants du sol. Ils le digéreront et restitueront aux racines des arbres des nutriments assimilables. La boucle sera bouclée.

      Finalement les feuilles mortes c’est le changement dans la continuité, une étape d’un cycle. Un bouleversement dans le paysage qui se transforme de jour en jour pour devenir méconnaissable. Et pourtant ce chamboulement est rassurant. On sait qu’après les feuilles jaunies de l’automne arrivent les silhouettes dénudées des arbres en hiver. Et qu’au printemps les feuilles verts tendres seront de retour.

      Pour aller plus loin

      En automne se débarrasser du superflu p 336 dans – Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre, Belin, 496 pages, 2021

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos
    • Où en sont nos relations avec le vivant non-humain ?

      Publié à 19 h 45 min par Antoine Bocheux, le juin 27, 2021

      Le mot nature revient souvent dans « les champs de mes rêves ». Pour la définir, je reprends la définition de François Terrasson, la nature c’est « ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’homme » J’aime utiliser ce mot qui est comme une porte ouverte vers l’altérité des plantes, des animaux et des micro-organismes. Pour parler du vivant non humain, je le préfère généralement à biodiversité qui se prête mieux aux inventaires chiffrés. Compter les écosystèmes, le nombre d’espèces, la diversité génétique au sein de chaque espèce… C’est un bon thermomètre pour mesurer la diversité du vivant. Mais il peut mettre à distance avec l’objet étudié, le réduire à une série de données. En poussant ce raisonnement à l’extrême, on risque d’employer le mot biodiversité pour décrire une banque de gènes conservée dans des ordinateurs.

      Le mot nature renvoie à quelque chose de plus concret, tangible, palpable. Pas seulement à des connaissances, à des questions ou un inventaire de la faune et de la flore. Il évoque avant tout une expérience sensorielle. La regarder, l’entendre, la sentir, la toucher. Pour que le charme opère, il faut une relation directe avec elle. Voir un chêne ou un chevreuil, entendre le chant des oiseaux, sentir l’odeur de la mélisse, tâter la rugosité d’une feuille de consoude, goûter une mûre. Autant de plaisirs concrets et irremplaçables. Qui se font de plus en plus rares alors que les zones urbaines, les monocultures de céréales et les plantations d’arbres ne cessent de gagner du terrain. S’imaginer que la nature existe encore dans des réserves lointaines ou dans des banques de gènes ne comblera pas ce manque.

      En évoquant son attirance pour la nature, on peut avoir le sentiment d’être proche du vivant non-humain. Proche, peut-être, pourtant en utilisant le mot nature on part implicitement du postulat qu’il y a une césure infranchissable entre les humains et le reste du vivant. Cette cassure nous semble aller de soi. Or ce n’est pas le cas. En étudiant des civilisations lointaines ou disparues les anthropologues et les historiens nous prouvent que ce qui nous semble normal et immuable ne l’est pas pour tout le monde. Et ne l’était pas pour nos ancêtres. Leurs recherches peuvent nous aider à faire un pas de côté pour changer de point de vue. C’est ce que nous propose de faire l’anthropologue Philippe Descola. Suite à ses observations auprès des indiens Achuars en Amazonie et à l’analyse du travail de ses collègues, il a constaté que la séparation entre les humains et le reste du vivant n’a que quelques siècles et concerne seulement l’occident. Pour les Achuars, il n’y a pas de nature car il ne font pas de différence entre les humains et les non humains avec qui ils communiquent à travers leurs rêves et leurs rîtes.

      Le dimanche 13 juin 2021, Philippe Descola était l’invité du Grand Atelier sur France Interi. Deux heures lui étaient consacrées pour présenter les grandes lignes de sa pensée. Quatre invités l’accompagnaient. L’historien médiéviste, Pierre Olivier Dittmar, qui étudie les relations entre les humains et les non-humains au Moyen-Age. Il y retrouve des similitudes avec les observations de Philippe Descola. Chronologiquement plus près de nous, l’auteur de bandes dessinés Alessandro Pignocchi imagine avec humour comment nos vies pourraient être transformées si nous avions des rapports aux non-humains semblables à ceux des achuars. La réalisatrice Eliza Levy suit Philippe Descola à Notre Dame des Landes. Où il observe avec intérêt le projet de société qui s’y dessine. Peut-être un laboratoire pour inventer des relations différentes entre les humains et le reste du vivant.

      Le jardinier paysagiste Gilles Clément conçoit lui des jardins laissant une large place aux plantes qui poussent spontanément. Pour parler de ses jardins il préfère ne pas parler de nature mais simplement du vivant. Ce choix sémantique a le mérite de nous rappeler que la nature est vivante.

      Nature, vivant, relation humains non-humains, ces mots nous questionnent sur la place que nous laissons au vivant autour de nous. Contrairement à nos ancêtres chasseurs-cueilleurs et paysans, nous ne connaissons plus les plantes et les animaux que nous mangeons. Notre relation avec le vivant qui nous nourrit est réduite à une portion congrue. Cette distanciation a forcément des conséquences sur nos relations avec le vivant non humain. Accepterions nous la façon dont les animaux d’élevage sont traités si nous étions en relations avec eux ? Beaucoup d’entre nous habitent en ville et ont rarement l’occasion de se promener dans les champs ou en forêt. Quel contact leur reste-t-il avec le vivant non humain ? Les animaux de compagnie dont la présence comble peut-être un manque. Les parcs et les jardins, îlots de végétation dans le tissu urbain, sont sûrement le dernier endroit où beaucoup d’entre nous peuvent encore côtoyer régulièrement le vivant non humain.

      Si l’évocation de la nature et les travaux de Philippe Descola nous font rêver, c’est peut-être parce qu’ils renvoient à une profonde aspiration de contacts et de relations avec le vivant non-humain. Nos derniers liens avec lui sont vacillants, les préserver et en créer de nouveaux semble essentiel pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

      ihttps://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-atelier/le-grand-atelier-13-juin-2021

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Histoire, Jardin, Nature
    • Des insectes et des fleurs

      Publié à 15 h 03 min par Antoine Bocheux, le juin 12, 2021

      En ce début juin, les petits matins frais sont derrière nous. Les chaleurs ne sont pas encore trop écrasantes, la pluie continue de tomber. Autant de conditions propices à l’exubérance des plantes. Certains petits chemins serpentant dans les bois commencent à se refermer. S’ils n’étaient pas entretenus, la végétation y reprendrait vite ses droits. Dans les prairies, la masse monochrome des graminées contraste avec les couleurs des fleurs. Comme un aimant, elles attirent le regard. Du blanc, du rose, du mauve, du jaune. Les couleurs de la nature évoquent la palette d’une peintre. Ce tableau n’est pas figé. Le vent, les nuages qui filtrent la lumière du soleil, le font évoluer par petites touches.

      Après avoir contemplé l’ensemble, vient l’envie de se baisser et de regarder les fleurs de plus près. On cherche les fleurs, presque à tous les coups, on trouve aussi les insectes. Ce n’est pas un hasard. Les insectes pollinisateurs zigzaguent de fleurs en fleurs. Ils butinent le nectar avec délectation. Pour aller s’en abreuver, ils accrochent quelques grains de pollen qu’ils transportent de fleur en fleur. Une belle symbiose. Les insectes s’y nourrissent de nectar riche en sucres et de pollen riche en protéines. Les plantes ont trouvé dans les insectes un moyen de transport précis pour transporter leur précieux pollen.

      Cette symbiose est également agréable aux yeux du promeneur. Les fleurs se parent de leurs plus belles couleurs et prennent des formes variées pour attirer leurs pollinisateurs. Elle est également bénéfique pour sa santé. Pour transporter leur pollen, les graminées se passent du service des pollinisateurs. Leur fleurs sont microscopiques et ternes. Elles n’ont pas besoins d’être visible des insectes. Elle utilisent un moyen de transport à la fiabilité aléatoire, le vent. Pour pallier ce risque elles émettent de grandes quantités d’un fin pollen qui peut provoquer des allergies. Cette symbiose fleurs, pollinisateurs nous avons, nous aussi, tout à y gagner. N’oublions pas non plus que les pollinisateurs sont aussi indispensables pour nos fruits et légumes.

      En se penchant pour regarder de près une fleur on ne voit pas que des symbioses entre les insectes et les plantes. Il y a aussi du parasitisme comme en témoignent les feuilles à moitié dévorées. Même les piquantes feuilles d’ortie ne sont pas épargnées. Ces insectes mangeurs de feuilles sont souvent camouflés, prenant la couleur verte des feuilles qu’ils dévorent. Les pucerons se laissent plus facilement repérer. Ils sont petits mais nombreux, affairés à sucer la sève de la plante sur laquelle ils sont posés. Pas loin des pucerons, une coccinelle attend en embuscade, prête à en dévorer quelques uns. Si elle n’est pas elle même chassée par des fourmis qui protègent les pucerons … dont elles « traient » le miellat.

      Parasitisme, prédation et même élevage, une simple tige est déjà un monde en miniature. Miniature à notre échelle, mais grands espaces à l’échelle des insectes. La macro photographie permet parfois de saisir leur regard. Pour eux, les tiges sont ce que sont à notre échelle les troncs des grands arbres d’une forêt primaire et les ombelles des fleurs un vaste houppier.

      Quand on se penche dans une prairie à la belle saison on constate à quel point les fleurs sont importantes pour la biodiversité. Pas de fleurs, pas de pollinisateurs. Le lien est saisissant, on comprend mieux pourquoi il est indispensable de préserver des prairies et des bandes enherbées pour les protéger.

      La beauté des fleurs attire notre regard. Elle n’est pas superficielle. Derrière elle se cache une belle symbiose, un concentré de vie. Et la promesse de nouvelles générations de plantes.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Insectes, Nature, Photos, prairie, Printemps
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