Les champs de mes rêves

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    • Quand le bocage continue de mourir : aux sources d’une dissonance entre les paroles et les actes

      Publié à 17 h 30 min par Antoine Bocheux, le juin 22, 2025

      La presse se fait souvent l’écho de plantations de haies. Comme nous l’avons déjà vu l’année dernière, les scientifiques insistent sur les vertus agronomiques et écologiques du bocage. : lutte contre les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.iDans ce contexte il semblerait logique que le linéaire de haies progresse sur le territoire français. Malheureusement, à première vue en dépit de toute logique, l’arrachage continue en France. Il s’accélère même. 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Comment expliquer cette situation ? Dans les discours, il est difficile de trouver des ennemis au bocage et à la haie champêtre. Opinion publique, syndicats agricoles de diverses sensibilités, chasseurs et amis des animaux : personne n’est contre. Alors d’où vient ce décalage entre la parole et les actes ? Deux ouvrages sortis récemment aident à y voir plus clair.

      La journaliste Inés Léraud revient sur l’histoire du remembrement dans la BD « champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement »ii Que retenir de cet épisode qui a aboutit à la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées entre les années 1950 et les années 1980 ? Que le remembrement n’a pas seulement eu pour objectif arracher les haies pour faciliter la mécanisation de l’agriculture. Ni l’autosuffisance alimentaire. Il a également eu pour ambition de transformer les fermes en exploitations agricoles et de réduire drastiquement le nombre de paysans. L’État ne voyait pas d’un bon œil de laisser des millions de paysans vivre en quasi autonomie. Le bocage contribuait largement à cette autonomie en leur fournissant, entre autres le bois d’œuvre et le bois de chauffage et des fruits. Entre 1946 et 1974, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 7 millions à 3 millions Quatre raisons se cachent derrière cet objectif de réduire le nombre de paysans

      Premièrement, réduire le nombre d’agriculteurs pour libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. Deuxièmement, ouvrir des débouchés à l’industrie des fournitures agricoles : tracteurs, engrais, pesticides, semences… Troisièmement :favoriser les exploitations agricoles qui fournissent des matières premières agricoles standardisées pour répondre aux besoins de l’industrie agro-alimentaire. Quatrièmement : réduire le coût de l’alimentation dans le budget des français pour favoriser les ventes de produits de consommation : télévisions, frigidaires, lave linge, voitures …

      Ce qui ressort de la BD d’Inés Léraud, c’est la souffrance qu’à représenté ce remembrement pour les paysans qui l’ont subi. Ils ont été victimes de la destruction du paysage dans le lequel ils avaient vécu en même temps que la remise en question de leur mode de vie. Il s’est également accompagné de conflits tenaces entre les paysans pro et anti remembrement qui ont laissés des traces durables. Et toutes les oppositions ont été réprimées par l’État, souvent par la force, qui n’a pas hésité à envoyer des compagnies de CRS pour protéger les engins de travaux publics nécessaires à l’arrachage des haies quand c’était nécessaire.

      Aujourd’hui, la situation a changé. En conclusion de son livre « La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des moeurs »iii le sociologue Léo Magnin souligne que «  2 % de la population active, les agriculteurs, qui sont économiquement contraints de baisser leur coût de production et réglementairement poussés à prendre en charge la préservation de 52 % du territoire national ». Les haies sont souvent sacrifiées à cause de cette contradiction. Elles deviennent une contrainte pour beaucoup d’agriculteurs qui manquent de temps pour les entretenir du fait de l’agrandissement des exploitations. Dans le même temps cet entretien n’est plus une source de revenus, le bois n’étant pas toujours valorisé. Même l’ombrage qu’elle apporte aux bétails est de moins en moins apprécié. l’augmentation de la taille des exploitations incitant les éleveurs à laisser les animaux à l’étable toute l’année, les intérêts agronomiques et écologiques des haies pèsent peu pour des agriculteurs déjà soumis à une lourde charge de travail. Ceux qui en ont encore sur leurs exploitations vivent parfois comme une injustice l’interdiction de les arracher Dans ce contexte la zone de deux mètres d’herbe entre le labour et le pied de la haie n’est pas toujours respectée, les haies sont parfois tuées à petit feu en les taillant un peu plus bas chaque année jusqu’à leur disparition définitive. Cela permet de contourner l’interdiction d’arracher et coûte en plus moins cher qu’un arrachage.

      Tout cela nous rappelle que derrière les haies, il y a des hommes. Ce sont eux qui ont planté les haies champêtres pour assurer leur autonomie en bois et en fruits et pour disposer de parcelles closes et ombragées pour leur bétail. En vidant les campagnes de leurs paysans l’agriculture industrielle rend difficile le retour des haies. Malgré les discours, malgré l’intérêt agronomique et écologique des haies, un blocage profond persiste. Réduire toujours plus le nombre d’agriculteurs, augmenter toujours plus la productivité par actif est une logique qui n’est pas tenable si l’on souhaite préserver les haies. Compte tenu des bénéfices de la présence des haies pour l’ensemble de la société il est urgent de s’en inquiéter.

      ihttps://champsdemesreves.fr/2024/05/12/les-vielles-haies-champetres-un-patrimoine-naturel-et-culturel-a-preserver/
      iiInès Léraud, Champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement, Delcourt, 2024, 192 pages
      iiiLéo Magnin, La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des mœurs, La Découverte,2024, 224 pages

      Posté dans Agriculture, Histoire | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Bocage, Histoire
    • Réflexions scientifiques, poétiques et philosophiques sur la beauté du vivant

      Publié à 18 h 15 min par Antoine Bocheux, le novembre 17, 2024

      Les définitions du dictionnaire ne donnent pas toujours satisfaction. C’est le cas de celle du mot beauté. Le dictionnaire de l’académie françaisei en propose plusieurs. La première est basique « Qualité de ce qui est beau, de ce qui relève du Beau », la seconde plus intéressante « Caractère de ce qui provoque l’admiration et l’émotion, par ses formes, ses proportions, ses rythmes, son harmonie. ». Source d’émotion et d’admiration, cette définition nous indique les sentiments que la beauté peut susciter en nous. Des formes, des proportions, des rythmes, une harmonie, elle nous donne des pistes sur ce qui peut susciter cette émotion. Sans nous dévoiler ce qu’est intrinsèquement la beauté.

      Dans son dernier livre, la beauté du vivantii le botaniste Francis Hallé nous propose une réflexion sur la beauté, plus spécifiquement sur celle du vivant. Il ne se satisfait pas des définitions de la beauté proposées par les dictionnaires. Il souligne qu’elles sont trop anthropocentrées, elles se focalisent sur ce que la beauté suscite chez l’être humain sans vraiment la définir. Tel un poète, il nous propose de dépasser le sens commun des mots pour exprimer ce qu’ils n’expriment pas habituellement, contribuant à élargir notre perception de la réalité.

      La beauté, les scientifiques n’en parlent pas dans leurs travaux de recherche. Depuis l’avènement de la biologie moléculaire, il est mal vu que ceux qui étudient le vivant de s’émerveiller devant sa beauté. Francis Hallé le regrette. Parce ce que son observation est une puissante source de motivation pour les chercheurs qui consacrent leur carrière à l’étude de la nature. Parce que le grand public y est sensible. Mais aussi parce ce que cette beauté a peut-être un sens.

      La beauté du vivant est un beau livre, grand format, dont les textes sont ponctués par de nombreuses planches d’illustrations dessinées par l’auteur. Il y donne à voir des animaux et des plantes fossiles et actuels. En se focalisant sur le vivant visible, la beauté que nous pouvons admirer de nos propres yeux. Dessins à l’appui, il constate qu’au cours de la longue histoire de la vie , le vivant est allé vers plus de beauté. L’évolution sélectionne sur le temps très long les formes les plus belles et les plus fonctionnelles. Les fleurs, les papillons ou les paons dont la plupart d’entre nous admirent la beauté sont apparus tard dans l’histoire de la vie. Alors que l’esthétique des premières plantes , des premiers insectes ou des premiers vertébrés nous laisse généralement indifférent.

      Comme l’histoire de l’art ne retient que les plus beaux tableaux des époques anciennes, l’évolution ne conserverait que ce qui est beau et fonctionnel. Les formes et les proportions que nous observons dans la nature seraient tracées par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. L’émotion et l’admiration que nous éprouvons devant la beauté de vivant est l’œuvre du temps infiniment long. Nous l’éprouvons devant ce que nos sens nous permettent de voir. Les bactéries invisibles partout autour de nous et en nous continuent-elles à évoluer. Vers plus de beauté ? Ne pouvant pas les observer, nous ne pouvons pas le savoir.

      La contemplation de la beauté du vivant peut parfois provoquer des émotions intenses. C’est ce que Francis Hallé appelle « le sentiment océanique ». Il décrit ce sentiment éphémère qui n’a rien à voir avec l’océan « la forêt s’est parée de délicates couleurs dorées et j’ai eu l’impression d’avoir disparu au profit du sublime décor qui m’entourait. Grande satisfaction, grand bonheur ; hélas cela n’a pas duré et le spectacle est redevenu normal aussi brusquement qu’il était métamorphosé ». Expérience rare qu’il indique n’avoir vécu qu’une fois. Qui correspond peut-être au sentiment exacerbé de ne faire qu’un avec la nature. Sentiment qu’il est possible d’éprouver, d’une façon moins intense et plus intellectuelle en étant touché par la beauté de la nature tout en réfléchissant aux liens intimes qui nous relient à elle. Cela me rappelle des vacances pendant lesquelles je marchais tranquillement dans le bocage et pensais que je baignais dans le même air que les arbres que j’admiraisiii. Je pensais aux molécules d’oxygène que je respirais, résultat de leur photosynthèse. Baignant dans le même air que les plantes, respirant les molécules d’oxygène qu’elles venaient probablement de rejeter. En y pensant, je me sentais plus proche d’elles. En même temps j’admirais la beauté des formes et des couleurs du vivant qui semblaient plus belles que d’habitude. J’admirais en réfléchissant au livre du philosophe Emmanuele Coccia « la vie des plantes ; une métaphysique du vivant »iv que j’étais en train de lire. Mon expérience était beaucoup plus intellectuelle et moins intense que le sentiment océanique, mais il se passait quelque chose d’inhabituel. Le sentiment de faire un avec la nature n’était plus seulement théorique.

      Après cette réflexion sur la beauté mêlant biologie, poésie et philosophie, il me reste plus simplement à partager une photo pour tenter de l’illustrer.

      ihttps://dictionnaire-academie.fr/article/A9B0713
      iiFrancis Hallé, la beauté du vivant, Actes sud, 200 pages, 2024
      iiihttps://champsdemesreves.fr/2023/05/08/vivre-au-milieu-des-plantes/
      ivEmmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

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    • Travelling sur berce

      Publié à 10 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 30, 2024

      De mes promenades le long des chemins, il reste quelques souvenirs mémorables. Pas à chaque ballade, l’émerveillement ne vient pas sur commande. Souvent, ce sont juste des moments agréables pour mettre le corps et l’esprit en mouvement. Une bonne occasion de croiser des plantes familières,de se remémorer leurs noms ou leurs odeurs. Par exemple, cueillir puis froisser quelques graines sur un pied berce (Heracleum sphondylium). Leur odeur inimitable rappelle un peu celle des agrumes. S’arrêter quelques secondes devant les fleurs blanches de cette plante. Disposées en ombelle,elles culminent à un mètre cinquante de haut.

      Par un bel après-midi de juin, je répétais ces gestes, petits plaisirs simples de la vie. Je m’approchais au plus près d’une ombelle pour observer quelques fleurs à la loupe. Une ombelle est un monde en soi. Vu de loin c’est un grand rond blanc sur lequel des centaines de fleurs s’étalent. Vu de près on se rend compte, que le grand rond est constitué de plusieurs petits ronds, les ombellules. En se penchant sur une ombellule on peut voir à l’œil nu des dizaines de fleurs blanches. Ce jour là, je m’arrêtais pour observer un détail mis en avant dans une flore. A l’extérieur des ombellules les fleurs sont plus grandes qu’à l’intérieur. Celles de l’extérieur ne sont pas symétriques, les pétales orientés vers l’extérieur de l’ombellule sont plus grands que ceux orientés vers l’intérieur. Par contre les fleurs à l’intérieur de l’ombellule ont des pétales parfaitement symétriques. Explication : cela permettrait d’attirer plus facilement les insectes pollinisateurs en les guidant.

      J’observe donc à la loupe les détails de quelques fleurs, je constate cette différence. En relevant la tête je remarque qu’un insecte pollinisateur se trouve à quelque centimètres de moi. Il butine sur une ombellule voisine en ignorant ma présence. C’est probablement une abeille, je n’en suis pas sûr. Si quelqu’un de plus expert que moi en entomologie peut m’éclairer sur la questions la zone commentaire de cette page lui tend les bras !

      Profitant de la situation, je sors mon appareil photo, je me rends compte que ce sont des dizaines d’abeilles qui butinent sur l’ombelle de la berce. Souvent les insectes pollinisateurs s’éloignent ou fuient quand je m’approche de trop près d’une fleur. Il faut s’approcher petit à petit avec des gestes lents pour espérer les prendre en photo. Pour une raison que je j’ignore, j’ai passé des dizaines de minutes devant ce pied de berce, l’objectif collé à quelque centimètre des abeilles, à aucun moment elles n’ont fuit ou n’ont esquivé un geste menaçant envers moi. J’avais la sensation d’être le témoin invisible d’un spectacle qui se joue à une échelle qui m’est normalement inaccessible. Et pourtant littéralement sous mes yeux, la hauteur de l’ombelle de la berce m’épargnant même d’avoir à m’accroupir être aux premières loges.

      J’ai pu les observer en gros plan. Voir leurs poils, leurs yeux à facettes, leurs pattes, leurs ailes et surtout leurs trompes. Elles l’utilisent comme une paille pour siroter le nectar. J’avais lu dans ma flore qu’un disque nectarifère se trouve sur chaque fleur, à la base des étamines. Je le confirme, ils intéressent les abeilles au plus haut point. Elle vont s’y abreuver méthodiquement, imperturbables. Elles se regroupent autour des ombellules un peu comme des vaches autour d’un abreuvoir ou d’une mangeoire. La comparaison s’arrête là. Les vaches ne volent pas alors que les abeilles se déplacent avec précision de fleur en fleur, d’îles en îles. A leur échelle, une ombelle est un archipel suspendu dans les airs dont les ombellules sont les îles.

      Après être resté longtemps à observer le spectacle d’un archipel, je reprend ma marche et me rends compte que ce ballet aurait mérité d’être filmé. La chance me sourit. Je m’arrête devant une autre berce où les abeilles sont toutes aussi actives et indifférentes à ma présence. L’occasion de partager avec vous ce travelling sur berce.

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    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

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    • Quand je me fais mon cinéma

      Publié à 15 h 54 min par Antoine Bocheux, le Mai 28, 2022

      François Truffaut disait “Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films”i. Parfois j’ai l’impression de me faire mon cinéma en me promenant dans la nature. Quel contraste entre le recul de la nature, dont s’alarment parfois les médias, et l’harmonie qui se dégage lors de mes promenades. Ce contraste est tellement fort que, je le sais, je me fais du cinéma. Je me rends au bon endroit, au bon moment, pour trouver ce que je cherche. Comme un réalisateur, j’ai en tête des séquences, je sais ce que j’ai envie de voir et t’entendre.

      Je cherche le calme. Loin des routes fréquentées. Pour ne pas entendre le fond sonore de la circulation qui couvre le chant des oiseaux et le souffle du vent. Loin des chasseurs, du silence inquiétant précédant le bruit assourdissant des coups de feu. Loin du bruit des tondeuses dans les zones pavillonnaires. Loin des avions qui peuvent à tout moment envahir le ciel d’un vacarme assourdissant. En bon animal, je marche à la recherche de ce calme dans l’espoir de trouver un endroit où je pourrai m’arrêter quelques minutes.

      Je cherche les arbres. Leur ombre est apaisante quand il fait doux, nécessaire quand il fait trop chaud. Ils abritent les oiseaux et toute une faune invisible dont je soupçonne la présence. Ils donnent du relief aux paysages. Tâches vertes vu de loin, cathédrale de verdure à l’architecture complexe en levant la tête à leurs pieds. Immensité peuplée d’une foule d’insectes en regardant de près leurs feuilles et leurs branches.

      Je cherche les fleurs. Elles sont incontournables. Pour leur beauté bien sûr. La diversité de leur formes et de leurs couleurs attirent le regard. Pour la symbiose entre le monde végétal et les insectes dont elles sont le vecteur. S’arrêter devant une fleur, c’est presque la garantie de croiser un insecte pollinisateur. Le nectar et le pollen des fleurs les nourrissent. Ils fécondent les fleurs en les butinant. Quelle belle symbiose, quelle sérénité pour l’observateur qui assiste à ce spectacle. En toute quiétude, les insectes pollinisateurs loin de leur nid, trop occupés à se nourrir sur les fleurs sont indifférents à sa présence. Tellement indifférents qu’ils se laissent volontiers photographier. Eux qui sont d’habitude si difficiles à saisir.

      Je cherche le bon jour et la bonne heure. Éviter les jours trop froids ou trop chauds où la douceur de l’air se transforme en un fardeau pénible à supporter. Sortir l’après midi l’hiver, le soir l’été. Privilégier la fin du jour. Pour la fraîcheur, la qualité de la lumière, le coucher de soleil. L’espoir de croiser un lièvre, un renard ou un chevreuil au détour d’une prairie.

      Cette quête m’amène le long des haies bocagères, dans les prairies naturelles, en lisière des bois. Rechercher le bon endroit, le bon moment, pour voir se dérouler sous nos yeux le scénario d’une nature symbiotique suivant paisiblement son cours. Une nature propice à la sérénité, aux rêves, au repos. La recherche de ce scénario nous éloigne des abords des routes fréquentées, des centres- villes, des vastes parcelles de monocultures. Sans fleurs et sans arbres, la nature y est comme amputée.

      Finalement, il lui reste un espace restreint, de plus en plus restreint. On le constate parfois quand une prairie est remplacée par un lotissement ou une zone industrielle. Après la coupe à blanc d’une haie ou d’un bois. Nos jambes nous permettent de fuir ces espaces peu propices à la vie. Ce n’est pas le cas des fleurs et des arbres. Les insectes sont plus mobiles mais sans fleurs à butiner leur population ne peut que déclinerii. Faute d’insectes et de graines à manger, d’arbres pour nicher le nombre d’oiseau recule inexorablement. Ils ne peuvent pas se faire leur cinéma. La réalité est cruelle.

      ihttp://evene.lefigaro.fr/citation/films-harmonieux-vie-embouteillage-films-temps-mort-79006.php

      iihttps://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/le-declin-des-oiseaux-n-est-que-le-reflet-du-declin-des-insectes-selon-la-lpo-de-la-vienne-1521620146

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    • Prélude aux champs de mes rêves

      Publié à 22 h 00 min par Antoine Bocheux, le janvier 1, 2020

      Pour moi le paradis sur terre ressemble à un bocage. Je ferme les yeux et je l’imagine. Je déambule sur un chemin, au dessus de ma tête les branches des arbres filtrent les rayons du soleil. Elles diffusent une lumière douce et subtile. En se rejoignant, elles forment une voûte majestueuse ressemblant à celle d’une cathédrale gothique.

      Leur forme est cependant plus subtile et irrégulière. Bien qu’elles s’étalent au dessus du chemin pour le recouvrir complètement, le bruit du vent dans les feuilles me rappelle leur légèreté. Sous mes pieds, le sol dégage une délicieuse odeur d’humus qui se mélange à celle des fleurs de sureaux que je viens de cueillir.

      Derrière les arbres, des vaches broutent paisiblement dans le pré. En cette fin de journée elles se sont éloignées de l’ombre du vieux noyer qui les protège des ardeurs du soleil les chaudes après midi d’été. Ce soir, une averse a amené une fraîcheur bienfaisante et redonné de la vigueur à la végétation.

      Après l’averse les bourdons reprennent du service. Dans le fossé, ils butinent les fleurs pourpres des consoudes. Chargés de pollens, ils volent de fleur en fleur sans se soucier de ma présence. Les oiseaux sont plus craintifs. Leurs chants me rappellent qu’ils ne sont pas loin.

      En poursuivant ma marche, j’arrive à hauteur d’un champ de blé. Le soleil commence à descendre. Les nuages filtrent ses rayons et créent un subtil jeu d’ombre et de lumière qui magnifie le paysage. Le ciel se couvre d’une vaste palette de couleur. Le bleu azur se mêle aux gris des nuages avec des pointes de rouge et d’orange à l’ouest.

      Les grains de blé mûrs se balancent mollement. Le temps des moissons approche. Ce paysage est rassurant. En le regardant, je pense au pain que le blé donnera et au fromage qui est élaboré avec le lait des vaches, aux noix du noyer, aux pommes du pommier. Cela m’évoque le plaisir simple et essentiel de manger de bonnes choses.

      Ce paysage me fascine par son élégance mais aussi pour tout ce qu’il représente pour moi. Des solutions pour assurer la sécurité alimentaire. Une harmonie entre l’Homme et la nature. Une beauté changeante dont on apprend toujours quelque chose de nouveau.

      Je me sens en sécurité. Ce sentiment est conforté par la présence d’un chemin. Je sais où je suis, je ne suis pas coupé du monde des hommes. En même temps, je perçois la présence de la nature. Elle est là à côté de moi. Dans les arbres où nichent les oiseaux. Dans le champ de blé où quelques tâches rouges me rappellent la présence de coquelicots. Dans les fossés où poussent des orties. Dans la prairie où j’aperçois parfois un chevreuil. Elles aussi là, invisible sous mes pieds avec une multitude de vers de terre et les racines des plantes.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, Nature
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