Les champs de mes rêves

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    • Quand le « beau » temps inquiète

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le mars 5, 2023

      Au fil des ans, sournoisement, les conséquences du changement climatique prennent de plus en plus de place dans nos vies. L’hiver, elles se font moins sentir que l’été. Il n’y a pas cette chaleur étouffante qui colle à la peau. S’il fait moins froid comme à Noël 2022, la hausse des températures donne une douceur agréable. Moins de froid, plus de ciel bleu, peuvent paraître agréables à ceux d’entre nous qui ne regrettent ni la neige ni les sports d’hiver qui vont avec. Mais une menace plane au-dessus de ce ciel bleu.

      Pour utiliser une métaphore commune, il serait tentant d’écrire qu’un nuage noir plane au-dessus de nos têtes. Mais cela serait un contre-sens ; le risque qui plane au dessus de nos têtes, c’est la sécheresse. Contrairement à ce qu’indique le sens commun, le nuage noir et la pluie qui va avec seraient une délivrance. On peut aimer ou ne pas aimer le ciel bleu et le temps sec, la sécheresse nous concerne tous. L’eau est nécessaire pour nos besoins domestiques quotidiens, mais aussi et avant tout parce que sans eau il n’y a pas d’agriculture possible.

      Si dans le langage courant nous parlons de « beau » temps pour décrire un ciel bleu sans pluie et sans nuage, et de nuage noir pour évoquer un mauvais présage, c’est probablement parce que pendant des siècles nous avons connu un climat relativement stable où les récoltes étaient beaucoup plus souvent réduites par un manque d’ensoleillement et un excès de pluie que par la sécheresse. On parlait d’été pourri pour décrire un été trop arrosé. Parlera-t-on demain de « chape de plomb anticyclonique » pour évoquer une longue période sans précipitation ? Difficile de prévoir l’avenir. Dans tous les cas, ce qu’il s’est passé cet hiver avec 32 jours consécutifs sans pluie est inédit1. Peut-être que le printemps sera pluvieux et que tout s’arrangera ? Impossible de faire des prévisions. Ce qui est sûr, c’est que l’inquiétude est là. La pluie tombe moins souvent, moins régulièrement et quand elle tombe, c’est souvent sous forme de déluge. Après avoir vécu pendant des siècles avec la certitude tranquille qu’elle tomberait toujours avec régularité, nous avançons vers un futur incertain.

      Au milieu de cette incertitude climatique, des repères restent. La longueur des jours augmente. Malgré le froid persistant, elle annonce la fin de l’hiver. Plus visible encore, les fleurs sont de retour. En 2023, elles sont arrivées avec quelques semaines de retard par rapport à 2022. Les ficaires avec leurs fleurs jaunes et leurs feuilles en forme de cœur. Le lamier pourpre, dont la belle couleur contraste avec le vert des pelouses. Du bleu avec les petites véroniques de Perse. Du jaune encore avec quelques pissenlits isolés, et plus fréquemment des séneçons commun . Le tapis jaune qu’ils forment par endroit amène des couleurs vives réconfortantes.

      Malgré les écarts de température, passant en quelques jours de la douceur au gel, malgré le manque de pluie, elles sont bien là fidèles au rendez-vous du printemps. Elles se contentent de peu. Juste un peu d’eau et un peu de lumière. Avant que la concurrence pour accéder à la lumière ne soit trop rude, elle occupent le terrain en premier. Elle n’ont pas besoin de monter haut pour la trouver. Elles sont petites, ce qui les empêchent pas d’avoir des couleurs éclatantes. Et des formes complexes que l’on découvre quand on prend le temps de se baisser pour les regarder

      Lamier pourpre
      Fleur de Ficaire
      Feuille de ficaire
      Séneçon Commun
      Pissenlit
      Véronique de Perse

      Elle fleurissent vite, au ras du sol, leurs fleurs donnent rapidement de nouvelles graines qui attendront patiemment le printemps prochain à l’abri du sol. Peu importe pour elles les risques de sécheresse ou de déluge qui planent sur les autres plantes qui arriveront plus tard dans la saison. Elles auront déjà bouclé leur cycle annuel.

      1https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/secheresse-32-jours-sans-pluie-en-france-record-battu

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    • Peur sur la campagne

      Publié à 18 h 52 min par Antoine Bocheux, le janvier 29, 2023

      Ce qui abîme la nature est souvent invisible. Les émissions de gaz à effet de serre, l’épandage de pesticides, la pollution de l’eau et de l’air. La chasse, elle, est visible, inquiétante. Le rouge des cartouches que l’on trouve ça et là le long des routes et des chemins. Les gilets oranges des chasseurs. Les hurlements des chiens. Le bruit des coups de feu qui remplacent le chant des oiseaux. Il est difficile de se promener en automne ou en hiver à la campagne et de l’oublier. De ne jamais être confronté à l’expérience de croiser une battue avec les routes quadrillées par une armée de chasseurs lourdement armés. Il ne reste plus qu’à changer de chemin, faire demi tour. Ou accélérer le pas pour aller plus loin en espérant ne pas être victime d’une balle perdue. Dans ces conditions pas question de s’arrêter pour regarder un arbre.

      Ce sentiment d’insécurité devant les chasseurs n’a rien d’exceptionnel. Il est même partagé par une majorité de français. Selon un sondage effectué en 2022 par l’ifopi « 70 % des Français disent ne pas se sentir en sécurité lorsqu’ils se promènent dans la nature en période de chasse ». Il est plus fort chez les habitants des communes rurales qui sont 74 % à le partager. Selon le même sondage « 78 % des Français se disent favorables à ce que le dimanche devienne un jour sans chasse ».

      Que se cache-t-il derrière ce plébiscite pour une trêve dominicale ? Sûrement une aspiration légitime à se promener en famille ou faire du sport sans être sur le qui vive dans la crainte d’une balle perdue. Peut-être un besoin de retrouver un contact avec la nature au moment où elle recule de plus en plus sous les coups de butoir du changement climatiques, des pesticides … et de la chasse. Un besoin de l’observer sans laisser de traces ; de l’admirer, d’essayer d’entrouvrir les portes du mystère de la vie des animaux et l’altérité des plantes. Un moment privilégié pour un rapport pacifié avec des plantes et des animaux qui ne représentent aucune menace pour nous et dont nous n’avons pas besoin pour nous nourrir. Quand le bonheur arrive simplement avec la curiosité et l’émerveillement. Un petit geste concret pour reprendre contact avec la nature au lieu de se réfugier dans un monde imaginaire derrière des écrans.

      Le risque d’être victime d’un accident de chasse, mais aussi la pression exercée sur les animaux ne favorisent pas ce rapport apaisé. Un rapport à la nature différent de celui des chasseurs, même s’il faut se méfier des généralités, les motivations et les modes opératoires des chasseurs étant variés. Se contenter de regarder ou donner la mort constitue dans tous les cas une différence importante. Ceux qui utilisent leur temps de loisir pour donner la mort aux animaux restent une part minoritaire de la population.

      En dépit de l’opinion d’une très large majorité de français, le gouvernement s’est opposé à l’interdiction de la chasse le dimanche. Il continue d’apporter son soutien aux 1,02 millions de détenteurs d’un permis de chasse « Prix du permis de chasse divisé par deux, subventions passées à 6 millions d’euros en 2021 (contre 27.000 euros en 2017) »ii.

      Ce rapport à la chasse n’est pas une fatalité. Chez nos voisins la place laissée aux chasseurs est plus restreinte. Le dimanche sans chasse se pratique déjà à nos portes. La Grande-Bretagne et les Pays-bas interdisent la chasse le dimanche. L’Espagne, l’Italie et le Portugal l’autorisent deux ou trois jours par semaine, les jours sans chasse devenant les plus nombreux. En Suisse, dans le canton de Genève, il n’y a plus de chasse de loisir depuis 1974, la seule chasse autorisée concerne des tirs pour réguler la population de sangliersiii. Ces exemples nous rappellent que la chasse sept jours sur sept pendant près de sept mois sur douze n’est pas une fatalité. D’autres rapports à la chasse sont possibles. Ici contrairement aux émissions de gaz à effet de serre le problème est local, ce sont des réglementations locales qui permettront ou entraveront l’essor de rapports pacifiés avec la nature. Derrière la question de la réglementation sur la chasse, c’est celle de notre rapport avec la nature qui se pose.

      i https://www.20minutes.fr/planete/4017132-20230103-chasse-pres-80-francais-favorables-interdiction-dimanche

      ii https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/camille-passe-au-vert/camille-passe-au-vert-du-mardi-10-janvier-2023-7853636

      iii https://www.sudouest.fr/societe/animaux/un-ou-deux-jours-sans-chasse-en-france-comment-ca-se-passe-ailleurs-en-europe-7278156.php

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    • Humain et confidentiel

      Publié à 19 h 14 min par Antoine Bocheux, le décembre 30, 2022

      Les champs de mes rêves ont maintenant trois ans. L’occasion de revenir sur les raisons qui me poussent à continuer de tenir ce blog. Cela demande du temps. Les idées viennent facilement, souvent en marchant. Les structurer et mettre des mots dessus est plus long. Se relire plus encore. Au final, après l’effort, le plaisir est au rendez-vous. Plaisir d’énoncer des idées qu’il serait difficile d’exprimer au cours d’une discussion. Souvent le contexte ne s’y prête pas. Parfois les mots ne viennent pas sur le vif. Plaisir d’être lu, je remercie chaleureusement mes lecteurs. Plaisir également, de voir les billets s’accumuler et, petit à petit, former un tout.

      Dans l’immensité du web, les champs de mes rêves reste confidentiel. Je le sais et je l’assume, je n’ai pas coché les cases pour être mis en avant par Google. Diversité des thèmes traités alors qu’il faudrait se spécialiser sur un sujet pour devenir un « expert ». Comment cocher cette case alors que tout est lié. L’évolution fulgurante des techniques agit sur l’ensemble de nos vies comme sur celles du vivant non humain. Penser la nature sans penser la technique qui cause sa destruction et bouleverse nos modes de vie serait absurde.

      Pour plaire à l’algorithme de Google, il faudrait également agrémenter chaque billet avec des images. Pourquoi vouloir absolument illustrer les mots avec des images quand ils donnent à appréhender des réalités qu’aucune image ne peut évoquer. Comment visualiser un concept comme la technique selon Jacques Ellul ou l’odeur de la terre mouillée ? N’est-il pas préférable de laisser au lecteur la liberté de se représenter lui même des choses auxquelles aucune image ne saurait rendre justice ?

      Il faudrait également publier trois fois par semaine. A moins de devenir bloggeur à plein temps cela ne semble pas réaliste. Peut-être en ayant recours aux services d’une intelligence artificielle pour rédiger le premier jet des billets. Et compléter sa suggestion en ajoutant une petite touche personnelle comme on ajoute une cerise sur le gâteau. Sans savoir ce qu’il y a dans le gâteau. Ce n’est pas de la science fiction il suffit de tester GPT-3 d’Open AI pour s’en convaincre. Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer ? Comme toute technique, elle est ambivalente. Nous manquons simplement de recul pour imaginer ce que seront sa face sombre et sa face lumineuse. En attendant, spéculons. Nous confions déjà à des algorithmes, donc aux ingénieurs qui les programment, le soin de sélectionner les résultats qu’ils jugent les plus pertinents quand nous recherchons de l’information sur notre moteur de recherche favori. Vont-ils maintenant nous renvoyer vers des textes écrits par d’autres algorithmes, programmés selon les désirs d’autres ingénieurs ?

      Heureusement la vocation de ce blog n’est pas d’être lu par le plus grand nombre. Il est avant tout un espace de liberté, à l’abri des contraintes du quotidien, de la course à l’efficacité qui remplit nos vies. C’est simplement le reflet d’un être humain qui essaye d’exprimer avec des mots ce qui l’interroge et le fait rêver.

      En trois ans, beaucoup de choses ont changées. Notre quotidien a été bouleversé pendant des mois par le Covid . Cela a mis le doigt sur notre vulnérabilité face aux virus et sur les failles de notre système de santé. Par la canicule aussi à l’été 2022. Nous avons éprouvé dans notre chair les effets du changement climatique, la sécheresse qui dessèche les plantes, la chaleur dont nous avons du mal à supporter le poids, l’odeur acre des incendies. Plus discrètement, de nouvelles terres ont été bétonnées et les derniers animaux sauvages continuent de vivre sous le feu nourri des chasseurs. Dans ce contexte inquiétant continuer à réfléchir, à rêver à s’émerveiller est plus que jamais nécessaire. Pour ne pas se laisser envahir par nos peurs. Pour mieux aimer et connaître ce à quoi nous tenons. Pour essayer d’imaginer, à hauteur d’homme, un avenir souhaitable. Même si ces mots sont peu de choses et s’évanouissent dans l’immensité du web, ils restent humains. Humains et confidentiels.

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    • Un siècle d’american way of life : voitures, pavillons individuels et centres commerciaux

      Publié à 14 h 21 min par Antoine Bocheux, le novembre 27, 2022

      L’american way of life est une évidence aux contours flous. Tout droit sorti de notre imaginaire collectif, il est véhiculé avec obstinationpar le cinéma et la publicité. Il prend forme dans l’automobile, les pavillons de banlieue et les centres commerciaux. Accès au confort, abondance matérielle, liberté de mouvement, maison individuelle avec jardin, il dégage une connotation positive. Il a aussi sa face sombre avec le gaspillage, le mitage des campagnes et les embouteillages. On ne peut que constater qu’il a profondément changé nos modes de vie et continue à peser sur nos représentations et nos aspirations. Il n’a pourtant qu’un petit siècle.

      Il a pris forme progressivement dans la première moitié du 20ième. Au commencement, il y a la Ford T, la première automobile produite en grande série. Elle rend la voiture accessible à la classe moyenne américaine dès les années 1910. Il devient alors possible de construire des maisons loin des centres-villes tout en travaillant en centre-ville. Les premiers lotissements prennent forme, leur déploiement est ralenti par la récession des années 1930 puis par la seconde guerre mondiale. Il devient massif après guerre. Il est symbolisé par les maisons préfabriquées bon marché conçues par William Levitt. Avec l’accès au crédit, il est devenu moins cher pour la classe moyenne américaine d’acheter un pavillon de banlieue que de louer un appartement en centre-ville.

      Ce nouveau mode de vie introduit des ruptures. L’éloignement entre le domicile et le lieu de travail et les magasins, qui petit à petit quittent les centre villes pour s’installer dans les centres commerciaux. La voiture et les déplacements qu’elle permet deviennent autant une contrainte qu’une liberté. Contrainte de se déplacer pour travailler malgré les embouteillages et des temps de parcours qui s’allongent. Liberté par la facilité à se rendre où l’on veut quand on veut qu’elle procure.

      Le pavillon de banlieue est un type d’habitat nouveau, différent de tout ce qui a existé avant. Les paysans partageaient couramment une ou deux pièce par famille. Ici chacun a sa chambre, son espace particulier. Les jardins entourant les maisons donnent à chaque foyer plus d’intimité que dans un appartement. Plus de lumière aussi avec les vastes baies vitrées et la vue sur la verdure du jardin, loin du monde entièrement minéral des centres-villes.

      L’american way of life c’est également le confort. Confort thermique avec l’eau chaude, le chauffage et la climatisation. Confort pratique avec les aspirateurs, lave-linge et lave vaisselle qui aident à réaliser plus vite les tâches domestiques. Confort moelleux des fauteuils épais dans les salons. Confort qui parfois vire au gadget et à la futilité avec la tentation d’accumuler toujours plus de biens matériels alimentée par la publicité. Aucune civilisation n’a proposé l’équivalent dans les siècles précédents. C’est une rupture profonde avec le passé à la fois par sa nature et par le nombre de personnes qui en bénéficient.

      Il s’accompagne d’un accès à l’information également inédit d’abord avec la radio, la presse et les livres bientôt complété par la télévision. L’accès à la musique dont la transmission prend un tournant inédit avec la radio et les disques. Écouter un concert, lire un livre ou regarder ce qui se passe à l’autre bout du monde bien au chaud dans son fauteuil paraît naturel aujourd’hui, cela ne l’était pas il y a deux siècles. Cela ouvre la porte à de nouveaux imaginaires mais aussi à la publicité. Un voyage intérieur toujours alimenté par de nouveaux mots, de nouvelles images et de nouveaux sons.

      Plus d’intimité, plus de confort, une invitation à chacun de vivre dans sa bulle. Tout en étant de plus en plus dépendant vis à vis de l’extérieur. Plus de vie possible sans le cordon ombilical des fils électriques, les réseaux d’eau potable et le ruban des routes. Avec le temps la dépendance a changé de forme. Elle ne vient plus de la tribu ou du village mais de l’État et des sociétés anonymes. Ses méandres sont tellement vastes qu’on ne peut plus mettre un visage dessus.

      Avec le déclin de la classe moyenne, ce mode de vie est menacé. La répartition de plus en plus inégale de la richesse et la fin de l’énergie bon marché interrogent sur son avenir. A peine né et déjà en sursis, nous commençons tout juste à avoir le recul pour nous interroger sur ce qu’il a changé dans nos vies, pour le meilleur et pour le pire.

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    • Le printemps en automne

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le octobre 30, 2022

      Après un printemps et un été exceptionnellement chaud et sec, la météo continue de faire des siennes. Les jours raccourcissent, la fraîcheur est revenue pendant quelques jours, la chaleur n’est plus une chape de plomb pesante, elle redevient agréable. Pour décrire cette douceur automnale éphémère, on parle généralement d’été indien. Mais cette année, la douceur est persistante, nous vivons une sorte de « méga été indien ». Ce n’est pas tout à fait ça ; il manque quelque chose à ce « méga été-indien ». Du rouge, du jaune, les couleurs flamboyantes des feuilles mortes. Elles se font rares. C’est le vert qui domine. Un vert tendre qui rappelle le printemps, une renaissance pour la végétation après trois mois de sécheresse.

      La météo, la pluie et le beau temps, les médias et les réseaux sociaux en parlent moins que cet été. Plus d’incendie. La sécheresse se fait moins pesante. On finit par ne plus se soucier du temps qu’il fait, happé par les joies et les peines du quotidien. Bien sûr, on apprécie de ne pas avoir besoin d’allumer le chauffage, de flâner dehors pour une belle après-midi d’automne. Parfois, on ne sait plus vraiment comment il faut s’habiller. Garder une tenue d’été ? prendre un parapluie ? Se couvrir pour ne pas attraper froid au point du jour ? Ou tout simplement rester à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Rien de bien désagréable en somme. Tout en restant changeante et imprévisible, la météo pèse moins sur le cours de nos vies.

      En marchant, le lien avec la météo devient plus fort. En prise directe avec la pluie et le soleil, on ne peut plus l’oublier. Quand la pluie est de retour après la sécheresse, beaucoup de choses changent. En arpentant les chemins, le vent ne soulève plus un épais nuage de poussières. Le sol devient plus souple et onctueux sous les pieds du promeneur. On redécouvre le pétrichor, cette odeur de terre mouillée dégagée par les bactéries du sol quand les premières pluies tombent sur un sol sec.

      Elle avait disparu pendant l’été, petit à petit l’herbe verte fait son retour. Les paysages changent d’une manière inattendue. Après avoir été asséchés par un été terrible, ils redeviennent verts et onctueux, comme au printemps. Un printemps prudent, un peu timoré. L’herbe est moins dense, elle pousse moins vite. Même les orties prennent leur temps. Ce vert contraste avec les quelques feuilles qui commencent à jaunir et les fruits rouges des aubépines et des églantiers. Ils nous rappellent que l’on est bien en automne. Les fleurs sont rares et discrètes. Les plus exubérantes sont de saison. Ce sont celles du lierre. Elles apportent une source de nourriture bienvenue aux insectes pollinisateurs.

      Les chênes semblent reprendre des forces et connaître une sorte de second printemps. Ils perdent bien quelques feuilles ça et là. A cause de la sécheresse, c’est malheureusement le cas depuis la fin du mois de juillet. Les feuilles qui ont traversé l’été retrouvent un vert tendre qui rappelle celui du printemps. Elles donnent l’impression de revivre après avoir survécu à la mauvaise saison en se recroquevillant. En observant les chênes plus attentivement, les stigmates de l’été sont encore bien visibles. Leurs feuilles filtrent moins les rayons du soleil qu’au printemps, leurs houppiers sont moins denses. Les feuilles tombées pendant l’été laissent certains rameaux dénudés. Sur d’autres branches, il manque ça et là quelques feuilles. Cela leur donne une silhouette étrange et inédite.

      Ces observations ne peuvent pas être généralisées et mériteraient d’être confrontées à d’autres témoignages. Ce ne sont qu’une bribe de la réalité saisie au fil de mes marches. Elles interrogent. Si cette météo étrange venait à se répéter, ce qui n’est pas impossible avec le changement climatique, comment les plantes réagiront-elles ? Ce regain de la végétation évoque un peu, avec moins de vigueur, le printemps sous nos latitudes et la saison des pluies dans les zones tropicales. Pourtant les jours raccourcissent et nous rappellent que l’hiver approche, que le froid peut revenir très vite. Il semble peu probable que les bizarreries de la météo nous préparent un hiver suffisamment doux pour mettre les feuilles à l’abri du gel. En les conservant plus longtemps les arbres s’exposent à ce risque. Avec un printemps et été sec comme cette année il leur reste bien peu de temps pour reconstituer leurs réserves. En hivernant l’hiver à cause du froid, puis en vivant au ralenti l’été pour palier la sécheresse leur période d’activité est dangereusement raccourcie. En gardant leurs feuilles quelques semaines de plus, ils font preuve d’une grande capacité d’adaptation pour faire face aux nouvelles contraintes que la météo leur impose.

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    • Sidération estivale

      Publié à 17 h 28 min par Antoine Bocheux, le septembre 4, 2022

      L’été 2022 a été particulièrement éprouvant. Chaud, sec, jaune, poussiéreux, lourd, orageux. Inquiétant, avec une accumulation de catastrophes : incendies, grêle, inondations. L’été était une trêve, une saison marquée par la douceur de vivre et une forme d’insouciance. Tout cela fut loin de nous cette année. Difficile d’échapper à la chaleur qui rend le quotidien plus pénible. Ni à l’inquiétude d’être touché par un incendie ou une averse de grêle.

      Pendant que nous subissons les affres de la chaleur, les plantes souffrent aussi. Dans les jardins, le jaune prend petit à petit la place du vert, des arbustes meurent. Aucune fleur, aucun légume à espérer sans arrosage.

      Dans les bois les arbres semblent mieux résister. De loin tout semble presque normal, les feuilles sont bien vertes. Pourtant, en marchant sous leur voûte on se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Bien sûr, il fait beaucoup plus frais qu’au soleil. Mais même à l’ombre, l’air est anormalement sec. Sous les pieds, un bruit inhabituel en cette saison se fait entendre. C’est celui des feuilles mortes. Un coup d’œil au sol permet de vérifier que ce n’est pas un rêve. Le sol est bien couvert d’un tapis de feuilles mortes ; en plein mois d’août ! Il est moins épais que celui que l’on rencontre habituellement en automne. Ce sont pourtant bien des feuilles fraîchement tombées. En levant les yeux, on constate que les branches sont clairsemées, des feuilles manquent à l’appel. Tous les arbres semblent touchés. En observant le sol attentivement, le constat est sans appel. Partout où il y a des feuillus on trouve des feuilles mortes au sol.

      Faute d’eau en quantité suffisante, les arbres se séparent avant l’automne d’une partie de leur feuillage. Au moment où la photosynthèse de ces feuilles aurait du leur permettre d’emmagasiner des réserves pour le printemps suivant. Comment les arbres réagiront-ils si cela se produit régulièrement ? Les conséquences du dérèglement climatique leur complique la tâche. Les été deviennent trop chauds et sec pendant que les hivers restent trop froids pour leur permettre de conserver leurs feuilles en restant à l’abri du gel.

      Dans les prairies les paysages sont également bouleversés par la sécheresse. Il ne reste qu’un tapis jaune au milieu duquel subsiste encore un chapelet de taches vertes. Parfois on y trouve encore quelques fleurs éparses qui arrivent à pousser dans ces conditions extrêmes. Cet été, on ne peut plus vraiment dire que l’on se met au vert en allant à la campagne. Se mettre au jaune serait plus adapté pour décrire la situation. Même les pâturages de haute montagne jaunissent sous les coups de butoir de la sécheresse. Toutes les agricultures non irriguées tournent au ralenti. Dans les prés on croise des vaches qui mangent leurs réserves de foins au lieu de brouter de l’herbe verte.

      Après la sidération du Covid qui avait changé drastiquement nos modes de vie du jour au lendemain, vient celle de la sécheresse. Elle nous affecte d’une manière plus diffuse ; mais aussi plus profonde si elle est amenée à se répéter tous les été. Si c’est le cas c’est notre sécurité alimentaire qui pourrait finir par être affectée. Tous les continents étant touchés par le changement climatique, il risque de devenir de plus en plus aléatoire de compter sur le surplus des autres pays pour palier une mauvaise récolte. Nous n’en sommes pas là. Il faut déjà apprendre à vivre avec la chaleur et les restrictions d’eau. Vivre dans un environnement qui n’est plus tout à fait le même. Petit à petit nous glissons vers autre chose. Les paysages changent, la nature devient moins accueillante. Les forêts ne sont plus baignées d’une humidité bienfaisante, les vertes prairies deviennent jaunes. Les lieux familiers changent et prennent un nouveau visage. Comme si l’été n’existait plus. Qu’il était remplacé par une nouvelle saison. Une saison morte, comme un hiver estival où les conditions climatiques ne sont pas suffisamment favorables pour permettre à la végétation de pousser.

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    • Sauvons les sols !

      Publié à 17 h 50 min par Antoine Bocheux, le août 10, 2022

      2022 marque peut-être un tournant dans la prise de conscience de l’importance des sols. Pour la vie des plantes et des animaux à la surface de notre planète ; et par extension pour celle des plantes que nous cultivons. Les sols, cela fait plus de 20 ans que Lydia et Claude Bourguignon nous alertent régulièrement sur leur érosion qui nous menace. Le labour fragilise les sols qui, petit à petit, sont érodés et finissent dans nos rivières sous l’effet de l’eau et dans l’air sous forme de poussières emportées par le vents.

      En 2022, le maître yogi indien Sadhguru se lance dans un voyage de 30 000 kilomètres pour sensibiliser le grand public et les politiques à cette problématique. Il propose à chacun d’entre nous de sensibiliser autour de lui sur l’urgence d’agir pour protéger les sols en changeant de pratiques agricolesi. Ce sont des choix collectifs qui sont nécessaires pour protéger un bien commun. Il est intéressant de constater que ce mouvement part de l’Inde, un pays où avec la chaleur l’érosion liée aux labours se manifeste plus rapidement que sous nos latitudes. L’érosion est plus forte, l’urgence y est plus palpable que sous nos latitudes. Pourtant, à moyen terme, le même résultat nous attend. Si nous n’agissons rapidement, il sera trop tard, il faut des centaines d’années pour reconstituer la fertilité d’un sol.

      2022, octobre 2021 pour être précis est aussi marqué par la sorite d’un excellent livre de vulgarisation scientifique sur les sols écrit par le biologiste Marc André Selosse. Il s’agit de l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinentii. L’occasion de faire le point sur les dernières avancées de la recherche sur cette question cruciale.

      Mais de quoi parlons nous quand nous parlons des sols ? Une fine pellicule, de quelques centimètres à quelques mètres de hauteur. Elle abrite entre 50 et 70 % de la biomasse terrestre. Mélange d’air, d’eau, de matière minérale et de matière organique, ces écosystèmes complexes fournissent aux plantes l’eau, les sels minéraux dont elles ont besoin. Ils abritent des animaux et de nombreux microbes, champignons et bactéries qui se nourrissent de la matière organique laissée par les plantes et les animaux morts. Ils vivent également en symbiose avec les plantes où les parasitent. Un monde complexe et presque invisible sous nos pieds,finalement mal connu. Et pourtant indispensable à la vie des plantes et des animaux que nous voyons à la surface. Indispensable car la majorité des plantes sont incapable d’absorber l’eau et les sels minéraux dont elles ont besoin si elles ne vivent pas à en symbiose avec des champignons dont les fins filaments permettent d’explorer les moindres recoins du sol. En échange les plantes leurs fournissent une partie du produit de leur photosynthèse.

      Pour simplifier le sol n’est pas qu’un support pour les plantes mais un écosystème dont les habitants vivent en symbiose avec elles. Bien sûr les plantes poussent en utilisant des engrais chimiques, des pesticides de synthèse et ayant recours aux labours. Mais ces pratiques abîment lentement la vie des sols en réduisant les interactions entre les plantes et les champignons pour les engrais de synthèse et en détruisant l’habitat des occupants des sols avec le labour en tuant directement une partie de ses habitants avec les pesticides. Les sols sont fragilisés et s’érodent. La couleur marron de nos fleuves et de nos rivières en témoigne.

      Le défi est maintenant de trouver comment faire pousser les cultures avec moins de labours moins d’engrais de synthèse et moins de pesticides. L’agriculture biologique, l’agriculture de conservation et l’agroforesterie proposent déjà des pratiques pour avancer dans ce sens. La question est complexe et délicate mais stratégique. Les choix faits aujourd’hui au niveau local auront un impact sur la capacité des terres agricoles à continuer à être nourricières à long terme. Elle nous rappelle que protéger le vivant c’est aussi nous protéger. Si nous détruisons nos sols, ils se reconstitueront mais le processus prendra des centaines d’années ; trop tard pour l’humanité.

      ihttps://www.consciousplanet.org/fr

      ii Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

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    • Quand je me fais mon cinéma

      Publié à 15 h 54 min par Antoine Bocheux, le Mai 28, 2022

      François Truffaut disait “Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films”i. Parfois j’ai l’impression de me faire mon cinéma en me promenant dans la nature. Quel contraste entre le recul de la nature, dont s’alarment parfois les médias, et l’harmonie qui se dégage lors de mes promenades. Ce contraste est tellement fort que, je le sais, je me fais du cinéma. Je me rends au bon endroit, au bon moment, pour trouver ce que je cherche. Comme un réalisateur, j’ai en tête des séquences, je sais ce que j’ai envie de voir et t’entendre.

      Je cherche le calme. Loin des routes fréquentées. Pour ne pas entendre le fond sonore de la circulation qui couvre le chant des oiseaux et le souffle du vent. Loin des chasseurs, du silence inquiétant précédant le bruit assourdissant des coups de feu. Loin du bruit des tondeuses dans les zones pavillonnaires. Loin des avions qui peuvent à tout moment envahir le ciel d’un vacarme assourdissant. En bon animal, je marche à la recherche de ce calme dans l’espoir de trouver un endroit où je pourrai m’arrêter quelques minutes.

      Je cherche les arbres. Leur ombre est apaisante quand il fait doux, nécessaire quand il fait trop chaud. Ils abritent les oiseaux et toute une faune invisible dont je soupçonne la présence. Ils donnent du relief aux paysages. Tâches vertes vu de loin, cathédrale de verdure à l’architecture complexe en levant la tête à leurs pieds. Immensité peuplée d’une foule d’insectes en regardant de près leurs feuilles et leurs branches.

      Je cherche les fleurs. Elles sont incontournables. Pour leur beauté bien sûr. La diversité de leur formes et de leurs couleurs attirent le regard. Pour la symbiose entre le monde végétal et les insectes dont elles sont le vecteur. S’arrêter devant une fleur, c’est presque la garantie de croiser un insecte pollinisateur. Le nectar et le pollen des fleurs les nourrissent. Ils fécondent les fleurs en les butinant. Quelle belle symbiose, quelle sérénité pour l’observateur qui assiste à ce spectacle. En toute quiétude, les insectes pollinisateurs loin de leur nid, trop occupés à se nourrir sur les fleurs sont indifférents à sa présence. Tellement indifférents qu’ils se laissent volontiers photographier. Eux qui sont d’habitude si difficiles à saisir.

      Je cherche le bon jour et la bonne heure. Éviter les jours trop froids ou trop chauds où la douceur de l’air se transforme en un fardeau pénible à supporter. Sortir l’après midi l’hiver, le soir l’été. Privilégier la fin du jour. Pour la fraîcheur, la qualité de la lumière, le coucher de soleil. L’espoir de croiser un lièvre, un renard ou un chevreuil au détour d’une prairie.

      Cette quête m’amène le long des haies bocagères, dans les prairies naturelles, en lisière des bois. Rechercher le bon endroit, le bon moment, pour voir se dérouler sous nos yeux le scénario d’une nature symbiotique suivant paisiblement son cours. Une nature propice à la sérénité, aux rêves, au repos. La recherche de ce scénario nous éloigne des abords des routes fréquentées, des centres- villes, des vastes parcelles de monocultures. Sans fleurs et sans arbres, la nature y est comme amputée.

      Finalement, il lui reste un espace restreint, de plus en plus restreint. On le constate parfois quand une prairie est remplacée par un lotissement ou une zone industrielle. Après la coupe à blanc d’une haie ou d’un bois. Nos jambes nous permettent de fuir ces espaces peu propices à la vie. Ce n’est pas le cas des fleurs et des arbres. Les insectes sont plus mobiles mais sans fleurs à butiner leur population ne peut que déclinerii. Faute d’insectes et de graines à manger, d’arbres pour nicher le nombre d’oiseau recule inexorablement. Ils ne peuvent pas se faire leur cinéma. La réalité est cruelle.

      ihttp://evene.lefigaro.fr/citation/films-harmonieux-vie-embouteillage-films-temps-mort-79006.php

      iihttps://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/le-declin-des-oiseaux-n-est-que-le-reflet-du-declin-des-insectes-selon-la-lpo-de-la-vienne-1521620146

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Bocage, Nature
    • Rêveries bourgeonnantes

      Publié à 13 h 51 min par Antoine Bocheux, le avril 30, 2022

      Rêver est presque devenu un luxe au milieu de l’agitation et des tragédies qui nous entourent. Passer quelques minutes sous un arbre. Le regarder, laisser vagabonder ses pensées. Tout cela ne va pas de soi. Pourtant, c’est simple, les arbres sont là autour de nous. Avec le printemps, même sans leur prêter attention, on se rend plus ou moins compte qu’il se passe quelque chose. Les paysages verdissent, sous les feuilles la lumière du soleil est de nouveau filtrée .

      Cela s’est passé vite, en quelques semaines. Quand le passant peu attentif finit par s’en rendre compte, il a déjà manqué une partie de l’histoire, le débourrement. Pour lui, c’est comme si du jour au lendemain les marrons et les gris des écorces, couleurs de l’hiver, étaient remplacées par le vert, couleur du printemps.

      Le rêveur, lui, attend ce moment avec impatience et lève les yeux vers les branches tous les jours. Juste pour voir s’il se passe quelque chose. Il le sait, quelque chose va se passer. Il s’imagine que, déjà peut-être, la sève s’est remise à circuler dans le tronc de l’arbre. Un laps de temps de deux semaines s’écoule entre la reprise de la circulation de la sève et l’ouverture des bourgeons. Exceptionnellement, la sève brute, celle qui monte du sol vers le ciel, est chargée de sucres stockés dans les racines et le tronc de l’arbre. Il faut bien alimenter la croissance des feuilles avant qu’elles ne puissent commencer à produire elles même leurs propres sucres avec la photosynthèse.

      Les jours passent et il ne se passe rien. Ou presque. Imperceptiblement, la taille des bourgeons semble légèrement augmenter. Comme s’ils gonflaient. De loin rien ne change, toujours les teintes sombres et monochromes de l’hiver Il faut vraiment s’approcher pour s’en rendre compte, mais autant être attentif, si l’on rate une étape, il faudra attendre un an pour avoir une chance de la revoir. Et puis, un jour, on se rend compte qu’un petit bout de vert commence à sortir d’un bourgeon. Cette fois nous y sommes, l’arbre change, on peut constater son évolution de jours en jours. De plus en plus de bourgeons débourrent. Parfois l’on peut apercevoir la bourre blanche qui les a protégé du froid pendant l’hiver. Ils débourrent, ils éclosent pourrait-on dire. Il en sort de petites feuilles délicates comme des fleurs. D’ailleurs, sur certains arbres comme les pommiers ou les poiriers, les fleurs sortent avant les feuilles transformant les arbres en bouquets de fleurs géants. D’autre comme les chênes ont des fleurs plus discrètes. Pendant quelques jours, le vert tendre des jeunes feuilles se distingue à peine au milieux du marron de l’écorce. Les arbres sont en même temps morts et vivants. Cette faculté dont le botaniste Francis Hallé s’émerveille dans son plaidoyer pour l’arbre est saisissante. Le marron du bois en partie mort contraste avec le vert tendre des feuilles qui viennent de naître. C’est le secret de l’arbre pour durer. Des cellules mortes transformées en bois pour assurer sa rigidité, l’accès à la lumière, le stockages des sucres, pour transporter sa sève. Et de nouvelles cellules qui depuis les bourgeons s’étalent sur cette ossature de bois pour former de nouvelles branches, de nouvelles feuilles et des fleurs. Du neuf qui s’additionne à du vieux ; une croissance additive.

      Les jours passent, le rêveur continue de lever les yeux vers les bourgeons en train d’éclore. Parfois, il a le sentiment que les bourgeons qui grandissent sur les branches sont comme des graines qui germent sur le sol. Au même moment, mais chacune indépendantes les unes des autres. L’arbre fait alors penser à une colonie dont les individus sont les bourgeons alors que le socle est l’ossature en bois et son prolongement racinaire. Ce socle donnant aux bourgeons de nombreux avantages sur les graines. Accès aux réserves de sucres emmagasinées dans les racines et le tronc, accès à la lumière, accès à l’eau. Ces bourgeons portés par un socle commun sont-ils les parties d’un individu ou une colonies d’individus collaborant ensemble ? Peut-être un peu des deux en même temps.

      Au fil des jours les feuilles se font de plus en plus denses. Les traces des bourgeons disparaissent. En étant attentif il reste encore possible de voir des restes de leur écailles à la base des nouvelles tiges. A ce moment là, il devient bien visible qu’il ne sort pas seulement des feuilles des bourgeons mais bien des tiges qui se transformeront en branches. Bientôt ces indices disparaîtrons. Discrètement, de nouveaux bourgeons vont se former en prévision du printemps suivant. Mais c’est une autre histoire.

      Pour aller plus loin

      Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006

      Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre ; secrets et mystères des géants qui vous entourent, Belin, 498 pages, 2021,

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos, Printemps
    • La nature au printemps : une envie de partage

      Publié à 19 h 20 min par Antoine Bocheux, le février 27, 2022

      En cette fin février les jours rallongent, le soleil se montre plus souvent. Ces premiers rayons de soleil, les mimosas ou les jonquilles en fleur. Autant de plaisirs que l’on a souvent l’occasion de partager au fil des conversations. Ce blog est l’occasion d’en partager d’autres, plus discrets et pourtant proches de nous. Le week-end, le rapport au temps est différent, il est possible de flâner et de regarder la nature autour de nous. Discrète et pourtant bien là. Dans les parcs en ville, le long des petites routes, des chemins de terre, dans les prairies, à la lisière des bois dans cette ceinture pavillonnaire autour des villes que l’on appelle péri-urbain.

      Ce qui semble fixe en découvrant un lieu pour la première fois se met en mouvement en y revenant régulièrement. Avec l’hiver pendant des mois rien ou presque n’a changé. Les arbres ont perdu leurs feuilles et puis plus rien ou presque. La végétation s’est figée pour quelques mois. Il y a bien eu dès le mois de janvier le spectacle des noisetiers en fleurs et quelques petites fleurs jaunes, des ficaires. Mais dans l’ensemble la végétation restait immobile.

      Après une semaine de redoux et de la pluie, un samedi, l’inattendu est arrivé. Je marchais, pour le plaisir de marcher en laissant vagabonder mes pensées, en m’attendant à retrouver les mêmes paysages que la semaine précédente. Pourtant, la couleur du vert de l’herbe avait changé, elle était un peu plus haute. En regardant de plus près, je remarquai des formes familières que je n’avais pas vues depuis des mois. Je distinguai de jeunes pousses d’orties et quelques feuilles de renoncules qui égermaient. Les ficaires étaient plus nombreuses, parsemant ça et là le bord des chemins de taches jaunes. Les premières pulmonaires étaient en fleurs, amenant une touche de mauve. En baissant les yeux sur les bas côtés, ce changement était saisissant.

      Ficaires et pulmonaires

      Sans intervention humaine, nous étions passés d’une végétation rase et uniforme à une diversité de formes de feuilles parsemée ça et là de taches de couleurs. Après avoir passé l’hiver dans le sol, les graines germaient et donnaient naissance à un nouveau microcosme. Ce qui semblait figé se mettait en mouvement. Il suffisait d’avoir le temps de flâner et de baisser le regard pour être le spectateur de ce changement. Même en gardant les yeux fixés à l’horizon, il était impossible de manquer le splendide prunellier formant une grosse boule d’un blanc immaculé.

      Prunellier en fleur

      L’imprévu donnait encore un peu plus de charme à la situation avec la rencontre inopinée avec un rouge gorge. Je m’arrêtai, il me regardait. Je me baissai lentement, je sorti mon appareil, il ne bougeait pas. Je zoomai, je cadrai, il me regardait toujours. La photo n’est pas bonne mais c’est le souvenir d’un rencontre avec un animal libre chez qui la curiosité de me regarder l’a probablement emporté sur la peur qu’inspire l’homme à la plupart des animaux sauvages. Parfois avec un peu de chance, des gestes lents et doux, arrivent ces rares et précieux moments où nos regards se croisent quelques minutes.

      Rouge gorge

      Pourquoi vouloir partager ces plaisirs simple de la vie. Peut-être pour vous faire passer quelques minutes agréables en vous montrant mes photos. Mais elles n’ont rien de remarquable. Ce que j’aimerais partager c’est le plaisir que je prends à passer quelques heures à observer la nature « ordinaire ». Pour le bien être que cela amène. Pour oublier, pour quelques heures, les soucis du quotidien, les mauvaises nouvelles et les tragédies dont les médias se font l’écho. Pour avoir envie de tondre moins souvent au jardin et de laisser fleurir ces graines spontanées qui ne lèvent pas seulement au bord des chemins mais aussi dans nos jardins. Parce qu’en observant la nature autour de soi on comprend mieux combien les fleurs, les arbres, les oiseaux et les insectes qui vivent autour de nous sont précieux. Peut-être que si nous étions nombreux à prendre le temps de les regarder nous serions plus en paix avec nous nous même et aurions envie de faire plus pour leur laisser un place. C’est un rêve, à la fois réaliste et utopique. Simplement laisser plus d’espace à la nature pour s’exprimer librement et avoir un peu de plus de temps pour prendre du plaisir à l’observer.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos, Printemps
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