Les champs de mes rêves

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    • Le comment et le pourquoi

      Publié à 22 h 21 min par Antoine Bocheux, le novembre 28, 2021

      Comment tourne le monde ; et pourquoi ? Voilà deux questions simples qui n’ont pas fini d’attirer notre curiosité. C’est l’envie d’en savoir, un peu, plus qui pousse à lire des livres de vulgarisation scientifique comme celui de Julien Bobroff, la quantique autrement. Garanti sans équation !

      Difficile de rentrer dans le monde de la physique quantique sans solides notions de mathématiques. C’est le langage utilisé pour décrire les particules infiniment petites, les briques élémentaires de la matière. Ici, il est question d’électrons, de particules élémentaires, une échelle où il est impossible de voir, de sentir, de toucher. Seul l’abstraction, les mathématiques et des expériences sophistiquées permettent de constater que la matière se comporte différemment à une toute petite échelle ou lorsqu’elle est refroidie à des températures proches du zéro absolu. Qui culmine à -273 degrés. Heureusement pour nous, le genre de température que l’on a aucune chance de rencontrer !

      Dans ce monde qui est à la fois le nôtre et à la fois une abstraction complète, il se passe des choses étranges. Une particule se trouve à plusieurs endroits à la fois. Elle peut potentiellement interagir en temps réel avec une autre particule située à des milliers de kilomètres en faisant abstraction de la vitesse de la lumière. Elle peut de manière aléatoire traverser un obstacle, comme une tranche de pain qui saute d’une grille pain et traverse le plafond. Je ne me lancerai pas dans des explications plus détaillées de phénomènes que j’ai découverts suite à la lecture du livre de Julien Bobroff. Je les comprends encore très mal. Cela n’empêche pas d’avoir lu ce livre avec plaisir et étonnement. J’en retiens qu’à une autre échelle, les lois les plus élémentaires de la physique ne s’appliquent plus.

      Cette lecture a suscité d’autres réflexions. Dans l’introduction du livre, l’auteur expose que l’objectif de la physique est de savoir comment fonctionne le monde. En proposant des hypothèses grâce à des équations écrites en langages mathématiques et en les testant en ayant recours à des expériences. Une construction de la pensée sophistiquée qui requiert une forte capacité d’abstraction. Et beaucoup de pédagogie pour décrire les résultats de la recherche à des lecteurs ne comprenant pas le langage mathématique. Julien Bobroff réussit ce tour de force en nous présentant des énigmes que les scientifiques ont résolues. Il utilise de nombreuses métaphores comme celle d’une onde à la surface de la mer pour représenter les particules quantiques qui se situent à plusieurs lieux au même moment. Des illustrateurs apportent également leurs pierres à l’édifice.

      Tous ces éléments donnent des pistes pour comprendre comment se comportent les particules. Par contre ils ne nous expliquent pas pourquoi elles se comportent différemment à une petite échelle. Comme le précise l’auteur dans son introduction, répondre à la question du pourquoi n’est pas l’objet de la physique, c’est celui de la philosophie. Des pourquoi, la lecture de ce livre en laisse trotter quelques uns dans la tête. Pourquoi essayer de tout comprendre alors que de toute évidence la complexité des phénomènes décrits est difficilement accessible pour un non scientifique ? Un savoir universel semble aujourd’hui hors de portée, il faut se contenter d’essayer d’appréhender avec humilité les grandes lignes des dernières découvertes.

      Pourquoi faire cet effort ? Sûrement pour le plaisir de découvrir de nouveaux horizons inattendus. Cette curiosité n’est pas un vilain défaut quand on connaît notre attirance naturelle pour les informations qui éveillent en nous des sentiments de peur, relatent des conflits ou flattent nos égos comme l’a montré Gérald Bronner dans son dernier ouvrage Apocalypse Cognitive.

      Pourquoi,il faut également se le demander quand il est question de la finalité de ces recherches. Derrière la volonté des chercheurs de comprendre comment se comportent les particules à l’échelle quantique, il ne faut pas oublier celle des financeurs à la recherche de nouvelles applications. Et leur amnésie devant l’ambivalence de la technique, cette faculté de penser aux aspects positifs de leurs futures applications en oubliant les conséquences négatives qu’entraînent nécessairement chaque nouvelle technique. Si l’on comprend que des matériaux supraconducteurs ou des panneaux solaires avec un meilleur rendement suscitent des espoirs, cela ne dispense pas de se poser la question de savoir au prix de quelles conséquences négatives ?

      Posté dans La Technique | 0 Commentaire | Tagué Physique quantique
    • Les feuilles mortes

      Publié à 17 h 59 min par Antoine Bocheux, le octobre 31, 2021

      Les feuilles mortes? C’est le titre d’une chanson de Jacques Prévert et Joseph Kosma, un des standards de jazz les plus joués. C’est aussi la manifestation la plus picturale de l’automne. Difficile de passer à côté de ce festival de couleurs quand le vert des feuilles se mue en quelques jours en un patchwork de jaunes, d’orange et de bruns. L’océan vert des forêts devient doré, brillant de mille éclats sous le soleil de l’été indien. Avant de laisser place à un épais tapis de feuilles mortes dont les craquements moelleux amortissent avec délicatesse les pas du promeneur. Pris dans ses pensées il lui arrive de se demander pourquoi les feuilles changent de couleur et tombent ?

      Les premiers indices pour répondre à cette énigme sont faciles à trouver. En automne, les jours sont plus courts, les températures plus fraîches. Moins de lumière, moins de chaleur, autant de conditions défavorables à la photosynthèse, cette opération consistant à fabriquer des sucres avec de l’air et de l’eau qui est la raison d’être des feuilles. C’est aussi le signe que l’hiver et les températures négatives approchent, il est temps que les feuilles tombent avant qu’elles ne gèlent. Question de logique.

      Plus étonnant est le changement de couleur des feuilles avant leurs chutes. Pourquoi jaunissent-elles, alors qu’en toute logique, elles devraient tomber en conservant leur couleur verte ? La réponse à cette question est démontage. Démontage des chloroplastes, la partie des cellules des feuilles qui abrite la photosynthèse. Ces chloroplastes sont recouverts d’un pigment vert, la chlorophylle, qui donne leur couleur verte aux feuilles. Avant la chute des feuilles, ils sont « découpés » en petits morceaux, pour être stockés sous forme de fines molécules dans le tronc et les racines de l’arbre. Elles y resteront pendant l’hiver et seront utilisées au printemps quand les bourgeons, déjà présent à l’automne, vont débourrer et devenir à leur tour tiges, feuilles et fleurs. Grâce à cette opération de démontage des chloroplastes, 60 % de l’azote et du phosphore contenus dans une feuille sont stockés par l’arbre avant la chute des feuilles.

      La disparition des chloroplastes dévoile à notre regard les nuances de jaunes et d’orange des pigments accessoires des feuilles, les caroténoïdes, jusque là cachés à notre regard par le vert de la chlorophylle. En étant attentif, il est possible d’observer ce passage du vert au jaune sur une même feuille. Les chloroplastes sont d’abord « démontés » à la périphérie des feuilles pendant que la partie centrale, près des nervures, conserve sa couleur verte. Cet état transitoire et éphémère permet de visualiser cette étape prémice à la chute des feuilles.

      Il y a besoin d’être moins attentif pour observer la suite. Les feuilles jaunies et orangées ne sont plus alimentées en sève brute, une cicatrice se forme pour préparer leurs chutes ; proprement sans laisser une porte d’entrée aux bactéries pathogènes. Elles finissent par tomber au premier souffle de vent, à ce stade il suffit d’exercer une infime pression sur leurs tiges pour les arracher. Puis elles recouvrent le sol d’un épais tapis. Il servira de garde-manger et de gîtes aux habitants du sol. Ils le digéreront et restitueront aux racines des arbres des nutriments assimilables. La boucle sera bouclée.

      Finalement les feuilles mortes c’est le changement dans la continuité, une étape d’un cycle. Un bouleversement dans le paysage qui se transforme de jour en jour pour devenir méconnaissable. Et pourtant ce chamboulement est rassurant. On sait qu’après les feuilles jaunies de l’automne arrivent les silhouettes dénudées des arbres en hiver. Et qu’au printemps les feuilles verts tendres seront de retour.

      Pour aller plus loin

      En automne se débarrasser du superflu p 336 dans – Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre, Belin, 496 pages, 2021

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos
    • Arbres et forêts : faire confiance à la nature ou à la technique pour atténuer le changement climatique

      Publié à 20 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 25, 2021

      Cette année l’été a été marqué par le changement climatique. Vagues de chaleur , incendies, inondations, cyclones. Tous les continents ont été touchés par ces événements climatiques extrêmes qui se sont succédé sans relâche. Avec cette accumulation, les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus durement sentir. Au même moment le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a présenté les premiers résultats de son sixième rapport. Le groupe 1 qui traite de la physique du climat a publié son travail de synthèse. Des milliers de publications scientifiques ont été passées au peigne fin pour établir un consensus au sein de la communauté scientifique. Il confirme que la climat de la terre se réchauffe à cause des gaz à effet de serre émis par les activités humaines. Le réchauffement a déjà commencé, si nous ne diminuons pas les émissions de gaz à effet de serre ses conséquences seront pires.

      Le 30 août dernier, l’émission science et environnement de France Inter La Terre au Carré faisait sa rentrée en revenant sur ce rapporti. Deux scientifiques ayant participé à son élaboration y expliquaient leur méthodologie et les grandes lignes de leurs conclusions. Il en ressort que le débat ne porte plus aujourd’hui sur l’existence du réchauffement climatique mais sur l’atténuation et l’adaptation problématique sur lesquelles travaillent les groupes 2 et 3 du GIEC qui n’ont pas encore livré leurs synthèses. De quoi parlons nous ? L’atténuation : comment réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation : comment s’adapter pour vivre avec un climat plus chaud marqué par une fréquence accrue des sécheresses, des vagues de chaleur, des inondations et des cyclones. Individuellement chacun se sent tout petit devant de pareils défis. Même en raisonnant au niveau national la France ne représente que 0,9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre .

      Comment faire pour s’adapter et atténuer le changement climatique ? Certains pensent que cela nécessite une contraction ou une décroissance des activités, d’autres, plus nombreux, que le développement de nouvelles techniques permettra de régler tous les problèmes. C’est le choix sur lequel misent les États et les entreprises. Il n’y a aucune rupture sur ce point, c’est ce raisonnement qui a presque exclusivement prévalu au 20ième siècle. Le contexte et les enjeux changent, la confiance en la technique demeure. Au moment de l’adopter, il ne faut pas oublier que la technique est ambivalente, nous l’avons déjà vu iciii. Chaque technique a forcément des inconvénients. On peut le constater avec les technologies dites vertes, panneaux solaires, éoliennes et voitures électriques. Leur fabrication nécessite de grandes quantités de métaux dont l’extraction est extrêmement polluante, leur recyclage est encore balbutiant. Le documentaire « la face cachée des énergies vertes » permet de visualiser cette pollution qui a souvent lieu à l’autre bout du mondeiii

      Plus près de nous comme à l’autre bout du monde, les arbres et les forêts sont des alliés indispensables dans notre quête pour l’atténuation et l’adaptation. En faisant leur photosynthèse avec du CO2 et de l’eau minérale, ils captent du CO2 qu’ils stockent dans leurs troncs et leurs racines. Côté adaptation ils ont de nombreux atouts à faire valoir. Grâce à leurs racines ils contribuent à stoker de l’eau dans les sols ce qui limite les effets des sécheresses et des inondations. Les sols stockent plus d’eau et les nappes phréatiques se remplissent mieux en cas de fortes précipitations. En cas de sécheresse leur système racinaire permet d’aller chercher l’eau plus loin dans le sol. Leur ombre permet de limiter les effets de la chaleur et réduit l’évaporation des rivières qu’elle protège. L’adaptation c’est aussi la diversité, sur ce point les forêts primaires sont les écosystèmes les plus riches ce qui leur offre un grand potentiel pour évoluer en fonction des contraintes climatiques.

      Les forêts c’est également le bois : une matière première et une énergie renouvelable. Si l’on raisonne en technicien on cherche des procédures reproductibles pour « produire » un maximum de bois en un minimum de temps et en automatisant au maximum la « récolte ». Cela donne des résultats mesurables et aboutit à des plantations d’arbres monospécifiques. Les plants sont sélectionnés pour leur rendement. La « récolte » se fait en pratiquant des coupes à blanc sur de vastes parcelles. Ces plantations d’arbres captent du CO2 qui est relâché dans l’atmosphère si le bois est utilisé pour produire de l’énergie. Si on place le curseur du côté de l’adaptation au changement climatique le bilan de ces plantations d’arbres est moins brillant. Les plantations monospécifiques sont plus fragiles face aux maladies et aux tempêtes. Le jeune age des arbres les rend plus vulnérables à la sécheresse. Les coupes à blanc avec des engins lourds détruisent la vie des sols qui est essentielle à la bonne santé des arbres.

      Les plantations d’arbres ne sont pas la seule solution pour capter du carbone. Il est possible de mettre des arbres dans les champs et autour des champs avec l’agroforesterie. Il est également possible de couper du bois dans des futaies irrégulières. Ici pas de coupes à blanc mais des arbres d’ages et d’essences variés qui ne sont pas coupés tous en même temps. C’est une façon de produire du bois plus respectueuse de la biodiversité et plus résiliente face au changement climatique.

      Finalement, pourquoi ne peut on pas tout simplement laisser faire la nature et laisser la forêt évoluer librement. Pour capter du carbone l’idée est excellente, le carbone capté dans les sols et dans les troncs d’une forêt qui n’est pas exploitée sera séquestré pour des siècles. Une forêt dont les arbres sont matures et dont la vie du sol est riche pourra retenir plus d’eau dans ses sols et donc mieux résister aux inondations, sécheresses et incendies. Cela ne sera peut-être pas suffisant pour faire face à tous les aléas que nous réserve le changement climatique mais à qui fait-on confiance ? à la nature qui depuis 400 millions d’années à permis aux forêts d’évoluer et de s’adapter. Ou à la technique qui cherche des solutions pour permettre aux plantations d’arbres de s’adapter au changement climatique dont elle est à l’origine. A l’un, à l’autre ou peut-être au deux, rien n’empêche d’essayer les deux méthodes.Pour le moment tous les efforts portent sur la seconde.

      Le botaniste Francis Hallé nous propose un projet pour appliquer la première méthode qu’il présente dans son manifeste pour une forêt primaire en Europe de l’ouestiv, projet dont nous avions déjà parlé iciv. Le projet est simple : laisser une forêt de 70 000 hectares évoluer sans intervention humaine. C’est un projet tout à fait cohérent pour capturer du carbone. Pourquoi les entreprises qui souhaitent compenser leur empreinte carbone ne multiplient-elles pas les projets de ce type au lieu de soutenir des plantations d’arbres ?

      Ce projet peut contribuer à trouver des solutions pour s’adapter au changement climatique. Observer comment une forêt s’adapte sans intervention humaine est une perspective intéressante pour savoir comment la nature s’adapte. C’est aussi une autre façon d’aborder le savoir. Chercher à comprendre plutôt qu’à intervenir.

      Ce type de forêt avec le bien-être qu’elle procure est également un atout pour nous aider à nous adapter au changement climatique.Le projet prévoit l’accueil du public. Visiter un lieu où les excès du climat sont atténués par la voûte des arbres peut nous aider à nous ressourcer. Francis Hallé insiste également sur la dimension esthétique du projet. Une forêt où les effets de l’intervention humaine se font peu sentir sera toujours plus belle qu’une plantation d’arbres. Savoirs et émotions en contemplant la beauté de la nature, notre quête pour nous adapter aux changements climatiques peut aussi nous mener à autre chose qu’à la recherche de nouvelles techniques.

      ihttps://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-lundi-30-aout-2021 Pour ceux qui souhaitent aller plus loin cette page comprend un lien vers une traduction en français du rapport pour les décideurs. Pour les scientifiques un lien vers le rapport complet est également proposé.

      iihttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      iiihttps://www.publicsenat.fr/emission/documentaire/la-face-cachee-des-energies-vertes-189232

      ivhttps://www.actes-sud.fr/catalogue/pour-une-foret-primaire-en-europe-de-louest

      vhttps://champsdemesreves.fr/2021/01/10/planter-des-arbres-ou-laisser-pousser-les-arbres/

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    • Les bactéries : invisibles, omniscientes et interstellaires

      Publié à 22 h 08 min par Antoine Bocheux, le août 24, 2021

      Les bactéries ? C’est quoi une bactérie au juste ? Elles mesurent un millième de millimètre, elles sont complètement invisibles. Difficile de décrire une forme de vie que l’on ne peut pas voir. Cela demande déjà beaucoup d’imagination de concevoir qu’une vie foisonnante mais invisible puisse exister. La science nous les décrit comme des êtres vivants unicellulaires sans noyau. Vivants car leur métabolisme génère des réactions chimiques leur permettant de grandir et de se reproduire en se divisant.

      Je ne m’aventurai pas plus loin à tenter de définir le vivant, ce n’est pas mon domaine. Je préfère insister sur l’étonnement et l’émerveillement devant la découverte de cette forme vie dont j’ai longtemps ignoré l’existence. J’essaye de remonter dans ma mémoire. Je me souviens bien avoir entendu parler dès l’enfance de bactéries qui rendent malade dont il faut se méfier. Sans jamais chercher à savoir ce qu’est une bactérie. Dans mon imaginaire c’était simplement quelque chose de dangereux

      C’est en m’intéressant au jardinage et à l’agriculture que mon regard sur les bactéries a commencé à changer. Les ouvrages sur l’agriculture biologique ou la permaculture l’indiquent tous, il faut nourrir le sol pour nourrir la plante. Pour « nourrir  le sol», laissez sur sa surface de la matière organique, des feuilles mortes, de la paille ou de la tonte de pelouse par exemple. « La vie du sol » va la « manger » et finir par les transformer en éléments assimilables par les plantes. Il y a donc de la vie dans le sol. En se penchant, on peut en voir une partie, en particulier son représentant le plus emblématique : le ver de terre. On peut les regarder, les toucher. La « digestion » de la matière organique dans le sol continue après les vers de terre. Les végétaux qu’ils ont digérés ne sont pas encore assimilables par les plantes.

      C’est à ce moment là que les bactéries entrent en scène. Pour simplifier, elles se nourrissent des végétaux pré-digérés par les vers de terre pour finir par les transformer en minéraux assimilables par les plantes. « Entrent en scène » n’est peut-être pas l’expression la plus appropriée pour décrire leur intervention car la scène est invisible. Rien ne permet de déceler leur présence, il faut faire confiance aux scientifiques qui nous indiquent qu’elles sont bien là et faire travailler notre imagination pour essayer de se les représenter. Je les imagine comme de petits points noirs qui peuplent le sol. Cette représentation est probablement fausse, cela n’a pas d’importance. Elle m’aide à faire un effort d’abstraction pour admettre qu’il y a des millions d’êtres vivants minuscules et invisibles dans le sol.

      Dans le sol, mais pas seulement. Elle sont partout : dans l’eau, dans l’air, dans les plantes, dans les animaux, sur notre peau, dans notre estomac … Cela peut paraître trivial mais j’ai été étonné de le découvrir à la lecture de « Jamais seul: Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations » l’excellent ouvrage de vulgarisation scientifique de Marc André Selosse. On ne peut pas rester indifférent en découvrant que son corps abrite des millions d’êtres vivants invisibles. Ne pas être surpris en réalisant que sans leur aide il serait impossible de digérer les aliments que l’on mange. Dans notre estomac aussi, les bactéries sont indispensables pour transformer les aliments en nutriments assimilables par notre organisme.

      Surpris, étonné, émerveillé j’ai continué à l’être à la lecture de « Comment la vie à commencé » d’Alexandre Meinesz. Il nous rappelle que les bactéries sont de loin la forme de vie la plus ancienne , la date de leur apparition sur terre est estimée entre -3,8 et -3,5 milliards d’années. On parle bien ici de milliards d’années. Pendant plus d’un milliard d’années , les bactéries sont restées la seule forme de vie sur terre. Il faut attendre -2,2 milliards d’années avec l’apparition des premières cellules à noyau, les eucaryotes, pour qu’elles partagent les océans avec des formes de vie plus complexes . Toutefois, leur ancienneté et leur petite taille n’en font pas une forme de vie archaïque et dépassée. Elles ont toujours continué d’ évoluer et continuent d’évoluer en parallèle avec les formes de vie pluricellulaires. Outre leur ancienneté, elles accumulent les records : nombre d’individus, diversité des milieux occupés, volume de biomasse, nombre d’espèces. Elles restent la forme de vie la mieux implantée sur terre. Et sûrement pour longtemps. Leur résistance à la chaleur et au froid, la diversité de leurs modes d’alimentations, leur capacité d’hiberner, la rapidité avec laquelle elles peuvent muter et se reproduire. Tout laisse à penser qu’elles sont là pour longtemps sur terre.

      Des expériences ont prouvé qu’elles peuvent même survivre dans l’espace. Des traces de bactéries ont été trouvées dans des météorites. Ces éléments parmi d’autres permettent à Alexandre Meinesz d’avancer l’hypothèse de l’origine extraterrestre des premières bactéries à l’origine de la vie sur terre. Ce n’est qu’une hypothèse mais cette idée que cette vie invisible en nous et partout autour de nous à une origine interstellaire est vertigineuse. Songer que nous sommes reliés à une forme de vie venue d’une planète tellement lointaine que nous ne pouvons même pas imaginer où elle se trouve laisse la porte ouverte aux rêves.

      Pour aller plus loin

      Marc-André Selosse, Jamais seul: Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, 368 pages 2017

      Alexandre Meinesz, Comment la vie a commencé: Les trois genèses du vivant, 335 pages, 2008

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    • « Si le monde devait crever demain je planterais un arbre »

      Publié à 15 h 30 min par Antoine Bocheux, le juillet 31, 2021

      Que ferions nous si nous étions sûr que le monde devait crever demain ? Pour être plus précis, que si rien ne change, les effets conjugués de la croissance des productions industrielles, de l’agriculture et de la population, allaient provoquer une hausse de la pollution, une raréfaction des ressources naturelles et un effondrement de la production agricole. Et qu’au final, c’est la population humaine qui va s’écrouler à son tour. Ces conclusions sont celles auxquelles ont abouti Dennis et Donella Meadows, Jørgen Randers et William Behrens en 1972 dans le rapport « Les Limites à la croissance » également connu sous le nom de rapport du Club de Rome.

      Télérama a recueilli leurs souvenirs et est revenu sur leurs parcours dans un passionnant article intitulé « ils étaient quatre mousquetaires »i. Cet article insiste sur l’aspect humain de leur travail. Au début des années 1970, nos quatre jeunes chercheurs, étudiants au MIT, ont travaillé pendant 18 mois. Leur sujet ?  « Analyser les causes et les conséquences à long terme de la croissance sur la démographie et sur l’économie matérielle mondiale » Pour le savoir, ils ont modélisé sur un ordinateur l’évolution de la production industrielle, de la production alimentaire, de la démographie de la pollution et des ressources naturelles. Chiffres à l’appui, ils sont arrivés à une conclusion qu’ils n’avaient pas prévue. Ils avaient beau vérifier leurs données, refaire leurs calculs, les résultats de leur modélisation étaient intraitables. Le système de croissance actuel n’est pas viable sur le long terme. Les progrès technologiques peuvent repousser l’effondrement mais pas l’éviter. La seule solution pour y échapper est de limiter la croissance.

      Surpris par ces résultats, ils ont présenté leur travail avec enthousiasme, convaincus qu’ils allaient être écoutés. Certes les décideurs des sphères politiques et économiques du club des Rome, commanditaires du rapport, avait pris leurs distances avec leurs conclusions. Même si elles étaient surprenantes leurs conclusions étaient le résultat d’un travail scientifique, il fallait les faire entendre, expliquer l’inattendu. Maintenant que l’on savait ce qui nous attend, il suffisait de faire prendre conscience de la situation aux décideurs. Logiquement, ils prendraient les mesures nécessaires pour éviter le pire Pour se faire entendre, ils ont rédigé un mémo qui est devenu « les limites de la croissance ». Dès sa sortie il leur a apporté une notoriété internationale.Ils ont pu exposer les conclusions auprès d’une large audience. Ils ont été payés pour donner des conférences.

      Les années ont passé et petit à petit, il ont compris qu’ils étaient écoutés mais pas entendus. Alors que les faits validaient leurs conclusions. L’augmentation de la pollution et la raréfaction des ressources naturelles étaient conformes à leurs prévisions. Petit à petit, ils ont ressenti un malaise de plus en plus oppressant. Si les puissants de ce monde n’écoutent pas leurs conclusions que faire pour éviter le pire ? Insister, expliquer encore et encore ? Malgré les crises, écologique et économique, rien ne change. Au moins se concentrer sur leurs actions, leur quotidien. William Behrens, s’est lancé dans l’élevage bio et habite une cabane dans les bois. Jørgen Randers a acheté des parcelles de forêts pour les préserver. Dennis Meadows s’implique dans la vie locale dans la commune de Durham où il habite. Donella Meadows est décédée en 2001. Elle avait affiché comme devise sur la porte de son bureau une phrase touchante et pleine de sagesse « si le monde devait crever demain je planterais un arbre ».

      Ces quatre chercheurs ont été confrontés avant nous à l’inquiétude de percevoir un danger qui nous menace tous. Aujourd’hui il devient perceptible. Devant l’inertie des décideurs, ils se sont repliés sur l’action locale pour ne pas rester inactif devant la menace. Cette inquiétude, ce besoin de mettre en adéquation ce que l’on sait avec ce que l’on fait, nous sommes de plus en plus nombreux à la ressentir. Protéger les arbres, planter des arbres est une manière de le faire. En atténuant les sécheresses et les inondations, en abritant une riche biodiversité, en captant du CO2, en nous protégeant de leurs ombres et tous simplement par leur beauté ils sont sources de résilience. Planter un arbre aujourd’hui, c’est planter un peu d’espoir pour l’avenir, ne pas baisser les bras devant un avenir incertain.

      ihttps://www.telerama.fr/debats-reportages/cinquante-ans-avant-la-convention-pour-le-climat-lincroyable-histoire-des-quatre-chercheurs-qui-6822606.php

      Posté dans La Technique | 0 Commentaire
    • Où en sont nos relations avec le vivant non-humain ?

      Publié à 19 h 45 min par Antoine Bocheux, le juin 27, 2021

      Le mot nature revient souvent dans « les champs de mes rêves ». Pour la définir, je reprends la définition de François Terrasson, la nature c’est « ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’homme » J’aime utiliser ce mot qui est comme une porte ouverte vers l’altérité des plantes, des animaux et des micro-organismes. Pour parler du vivant non humain, je le préfère généralement à biodiversité qui se prête mieux aux inventaires chiffrés. Compter les écosystèmes, le nombre d’espèces, la diversité génétique au sein de chaque espèce… C’est un bon thermomètre pour mesurer la diversité du vivant. Mais il peut mettre à distance avec l’objet étudié, le réduire à une série de données. En poussant ce raisonnement à l’extrême, on risque d’employer le mot biodiversité pour décrire une banque de gènes conservée dans des ordinateurs.

      Le mot nature renvoie à quelque chose de plus concret, tangible, palpable. Pas seulement à des connaissances, à des questions ou un inventaire de la faune et de la flore. Il évoque avant tout une expérience sensorielle. La regarder, l’entendre, la sentir, la toucher. Pour que le charme opère, il faut une relation directe avec elle. Voir un chêne ou un chevreuil, entendre le chant des oiseaux, sentir l’odeur de la mélisse, tâter la rugosité d’une feuille de consoude, goûter une mûre. Autant de plaisirs concrets et irremplaçables. Qui se font de plus en plus rares alors que les zones urbaines, les monocultures de céréales et les plantations d’arbres ne cessent de gagner du terrain. S’imaginer que la nature existe encore dans des réserves lointaines ou dans des banques de gènes ne comblera pas ce manque.

      En évoquant son attirance pour la nature, on peut avoir le sentiment d’être proche du vivant non-humain. Proche, peut-être, pourtant en utilisant le mot nature on part implicitement du postulat qu’il y a une césure infranchissable entre les humains et le reste du vivant. Cette cassure nous semble aller de soi. Or ce n’est pas le cas. En étudiant des civilisations lointaines ou disparues les anthropologues et les historiens nous prouvent que ce qui nous semble normal et immuable ne l’est pas pour tout le monde. Et ne l’était pas pour nos ancêtres. Leurs recherches peuvent nous aider à faire un pas de côté pour changer de point de vue. C’est ce que nous propose de faire l’anthropologue Philippe Descola. Suite à ses observations auprès des indiens Achuars en Amazonie et à l’analyse du travail de ses collègues, il a constaté que la séparation entre les humains et le reste du vivant n’a que quelques siècles et concerne seulement l’occident. Pour les Achuars, il n’y a pas de nature car il ne font pas de différence entre les humains et les non humains avec qui ils communiquent à travers leurs rêves et leurs rîtes.

      Le dimanche 13 juin 2021, Philippe Descola était l’invité du Grand Atelier sur France Interi. Deux heures lui étaient consacrées pour présenter les grandes lignes de sa pensée. Quatre invités l’accompagnaient. L’historien médiéviste, Pierre Olivier Dittmar, qui étudie les relations entre les humains et les non-humains au Moyen-Age. Il y retrouve des similitudes avec les observations de Philippe Descola. Chronologiquement plus près de nous, l’auteur de bandes dessinés Alessandro Pignocchi imagine avec humour comment nos vies pourraient être transformées si nous avions des rapports aux non-humains semblables à ceux des achuars. La réalisatrice Eliza Levy suit Philippe Descola à Notre Dame des Landes. Où il observe avec intérêt le projet de société qui s’y dessine. Peut-être un laboratoire pour inventer des relations différentes entre les humains et le reste du vivant.

      Le jardinier paysagiste Gilles Clément conçoit lui des jardins laissant une large place aux plantes qui poussent spontanément. Pour parler de ses jardins il préfère ne pas parler de nature mais simplement du vivant. Ce choix sémantique a le mérite de nous rappeler que la nature est vivante.

      Nature, vivant, relation humains non-humains, ces mots nous questionnent sur la place que nous laissons au vivant autour de nous. Contrairement à nos ancêtres chasseurs-cueilleurs et paysans, nous ne connaissons plus les plantes et les animaux que nous mangeons. Notre relation avec le vivant qui nous nourrit est réduite à une portion congrue. Cette distanciation a forcément des conséquences sur nos relations avec le vivant non humain. Accepterions nous la façon dont les animaux d’élevage sont traités si nous étions en relations avec eux ? Beaucoup d’entre nous habitent en ville et ont rarement l’occasion de se promener dans les champs ou en forêt. Quel contact leur reste-t-il avec le vivant non humain ? Les animaux de compagnie dont la présence comble peut-être un manque. Les parcs et les jardins, îlots de végétation dans le tissu urbain, sont sûrement le dernier endroit où beaucoup d’entre nous peuvent encore côtoyer régulièrement le vivant non humain.

      Si l’évocation de la nature et les travaux de Philippe Descola nous font rêver, c’est peut-être parce qu’ils renvoient à une profonde aspiration de contacts et de relations avec le vivant non-humain. Nos derniers liens avec lui sont vacillants, les préserver et en créer de nouveaux semble essentiel pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

      ihttps://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-atelier/le-grand-atelier-13-juin-2021

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Histoire, Jardin, Nature
    • Des insectes et des fleurs

      Publié à 15 h 03 min par Antoine Bocheux, le juin 12, 2021

      En ce début juin, les petits matins frais sont derrière nous. Les chaleurs ne sont pas encore trop écrasantes, la pluie continue de tomber. Autant de conditions propices à l’exubérance des plantes. Certains petits chemins serpentant dans les bois commencent à se refermer. S’ils n’étaient pas entretenus, la végétation y reprendrait vite ses droits. Dans les prairies, la masse monochrome des graminées contraste avec les couleurs des fleurs. Comme un aimant, elles attirent le regard. Du blanc, du rose, du mauve, du jaune. Les couleurs de la nature évoquent la palette d’une peintre. Ce tableau n’est pas figé. Le vent, les nuages qui filtrent la lumière du soleil, le font évoluer par petites touches.

      Après avoir contemplé l’ensemble, vient l’envie de se baisser et de regarder les fleurs de plus près. On cherche les fleurs, presque à tous les coups, on trouve aussi les insectes. Ce n’est pas un hasard. Les insectes pollinisateurs zigzaguent de fleurs en fleurs. Ils butinent le nectar avec délectation. Pour aller s’en abreuver, ils accrochent quelques grains de pollen qu’ils transportent de fleur en fleur. Une belle symbiose. Les insectes s’y nourrissent de nectar riche en sucres et de pollen riche en protéines. Les plantes ont trouvé dans les insectes un moyen de transport précis pour transporter leur précieux pollen.

      Cette symbiose est également agréable aux yeux du promeneur. Les fleurs se parent de leurs plus belles couleurs et prennent des formes variées pour attirer leurs pollinisateurs. Elle est également bénéfique pour sa santé. Pour transporter leur pollen, les graminées se passent du service des pollinisateurs. Leur fleurs sont microscopiques et ternes. Elles n’ont pas besoins d’être visible des insectes. Elle utilisent un moyen de transport à la fiabilité aléatoire, le vent. Pour pallier ce risque elles émettent de grandes quantités d’un fin pollen qui peut provoquer des allergies. Cette symbiose fleurs, pollinisateurs nous avons, nous aussi, tout à y gagner. N’oublions pas non plus que les pollinisateurs sont aussi indispensables pour nos fruits et légumes.

      En se penchant pour regarder de près une fleur on ne voit pas que des symbioses entre les insectes et les plantes. Il y a aussi du parasitisme comme en témoignent les feuilles à moitié dévorées. Même les piquantes feuilles d’ortie ne sont pas épargnées. Ces insectes mangeurs de feuilles sont souvent camouflés, prenant la couleur verte des feuilles qu’ils dévorent. Les pucerons se laissent plus facilement repérer. Ils sont petits mais nombreux, affairés à sucer la sève de la plante sur laquelle ils sont posés. Pas loin des pucerons, une coccinelle attend en embuscade, prête à en dévorer quelques uns. Si elle n’est pas elle même chassée par des fourmis qui protègent les pucerons … dont elles « traient » le miellat.

      Parasitisme, prédation et même élevage, une simple tige est déjà un monde en miniature. Miniature à notre échelle, mais grands espaces à l’échelle des insectes. La macro photographie permet parfois de saisir leur regard. Pour eux, les tiges sont ce que sont à notre échelle les troncs des grands arbres d’une forêt primaire et les ombelles des fleurs un vaste houppier.

      Quand on se penche dans une prairie à la belle saison on constate à quel point les fleurs sont importantes pour la biodiversité. Pas de fleurs, pas de pollinisateurs. Le lien est saisissant, on comprend mieux pourquoi il est indispensable de préserver des prairies et des bandes enherbées pour les protéger.

      La beauté des fleurs attire notre regard. Elle n’est pas superficielle. Derrière elle se cache une belle symbiose, un concentré de vie. Et la promesse de nouvelles générations de plantes.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Insectes, Nature, Photos, prairie, Printemps
    • S’émerveiller devant la nature : dilater l’espace et le temps à l’ombre des arbres

      Publié à 20 h 00 min par Antoine Bocheux, le Mai 9, 2021

      L’émerveillement. Ce mot est plusieurs fois revenu dans la bouche de Vincent Munier dans son interview croisé avec Matthieu Ricard dans l’émission de Cause à Effets sur France Culturei. Le premier photographie les animaux, le second les paysages. A travers leurs images, ils cherchent tous les deux à nous faire partager ce sentiment d’admiration mêlé de joie et d’étonnement. Dans leurs propos, il nous font également part de leur désespoir devant la destruction de la nature. Assister à la destruction de l’objet de son émerveillement, c’est le sort que subissent tous ceux qui aiment la nature. Alors nos photographes voyagent pour chercher la nature là ou elle est encore préservée. Sur les contreforts glacés de l’Himalaya, aux confins du cercle polaire. Plus près de nous, ils la cherche sur les versants escarpés des montagnes difficilement accessibles ou à la lisère des bois.

      Plus ou moins fugace, plus ou moins dilué, il reste encore possible à chacun de nous de croiser un fragment de nature en dilatant l’espace et le temps. Je ne vous parlerai pas ici du bruit des avions et des tondeuses, ni des canettes de bières qui côtoient les fleurs dans les fossés. La plasticité de notre cerveau nous aide peut-être à oublier cette laideur. Nos sens ne s’attardent pas sur toutes les sollicitations qui s’offrent à eux. Notre mémoire est sélective et retient plus facilement ces moments d’émerveillement que la laideur ordinaire. La mobilité permise par nos jambes nous aide à la fuir. Alors en marchant, finit par arriver le moment où l’émerveillement opère et donne une envie irrésistible de faire une pause. Devant le vert, le rose et le jaune d’une prairie recouverte d’oseilles sauvage et de renoncules. Dans cet océan végétal les tiges ondulent bercées par le vent. Les couleurs et les silhouettes se mélangent pour former un patchwork dont la texture rappelle celle d’une aquarelle.

      Plus loin, c’est l’ombre des arbres d’un petit bois qui attire l’attention. Trop souvent, il est frustrant de le traverser en voiture sans pouvoir faire une pause pour profiter de sa fraîcheur. La chance du marcheur est de pouvoir s’arrêter à labri de l’ombre bienfaisante des arbres. Elle le protège des premières chaleurs printanières. Après quelques kilomètres de marche sous un soleil brûlant, cette fraîcheur est comme un caresse apaisante. Elle s’accompagne des odeurs et de l’humidité du sous-bois, formant une enveloppe protectrice

      Les branches qui se rejoignent au dessus du chemin rappellent les croisées d’ogives d’une cathédrale gothique. Les feuilles filtrent la lumière comme les vitraux, laissant apparaître une lumière allant ,avec mille nuances, du sombre vers le clair à laquelle les appareils photos ne peuvent pas rendre justice. Ce jeu de lumières évolue au fil des minutes, oscillant avec l’intensité du soleil. Il éclaire sous différents angles l’architecture des arbres. Leurs silhouettes prennent des formes différentes en se déplaçant de quelques mètres pour les observer sous un autre angle.

      Cet intermède sous leurs frondaisons ouvre nos sens à autre perception. Pendant quelques minutes le temps et l’espace se dilatent pour laisser pénétrer en nous un fragment de nature. Comme les bons moments passés avec ses amis, ils font partie des souvenirs qu’il est agréable de se remémorer.

      i https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/etre-photographe-animalier-et-vivre-a-pas-de-loup

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos
    • Comment la méthode pour capturer une petite bulle d’air a de grands impacts sur le climat et la sécurité alimentaire 

      Publié à 19 h 36 min par Antoine Bocheux, le avril 18, 2021

      L’azote ? Il n’a pas de goût, pas d’odeur, il est invisible. Pourtant, nous baignons dedans. Cet élément chimique (N2) est l’un des plus abondants sur terre. Il constitue 78 % de l’air que nous respirons. Le paradoxe est que sous une forme assimilable par les plantes, il est rare. Elles le trouvent dans le sol, mais sont incapables de le capturer dans l’air. Elles en ont pourtant besoin pour fabriquer leurs acides aminés. Dans la nature, les plantes mortes se décomposent sur place et libèrent leur azote dans le sol. Il le restituera à son tour à une nouvelle génération de plantes. En agriculture, les plantes récoltées quittent le champ, emportant avec elles l’azote qu’elles ont accumulé dans leurs tissus. Le cycle est rompu.

      Le manque d’azote a longtemps été un facteur limitant des rendements agricoles. Empiriquement, dès les débuts de l’agriculture, les agriculteurs ont introduit dans leurs rotations des légumineuses pour palier ce manque. Du soja en Chine, des pois chiches en Inde, des pois et des lentilles au Moyen Orient et en Europe, des arachides en Afrique, des haricots en Amérique. Ces plantes peuvent pousser dans un sol pauvre en azote. Elles ont trouvé la clé pour le capturer dans l’air : une symbiose avec des bactéries.

      Cette symbiose a lieu dans le sol. Sur les racines des légumineuses sont accrochées des nodosités, de petites boules rondes mesurant de 1 à 5 millimètres. Chacune de ces petites sphères abrite des centaines de milliers de bactéries qui transforment l’azote de l’air sous une forme assimilable par la plante. En échange, grâce au produit de sa photosynthèse, la plante nourrit les bactéries. Ces légumineuses, également appelées protéagineuses, sont riches en protéines ce qui les rend intéressantes pour l’alimentation humaine comme pour l’alimentation animale.

      En Europe, malgré leur culture pendant des siècles, des jachères ont été nécessaires pour palier le manque d’azote dans les sols. A partir du 15ième siècle en Flandre, de nouveaux assolements ont été découverts : des prairies temporaires avec des légumineuses comme la luzerne et des cultures de légumineuses ont remplacé les jachères. Cela a permis d’élever plus de bétail et par conséquent de fournir plus de fumier, riche en azote, pour fertiliser les champs. Les rendements ont doublé sans main d’œuvre supplémentaire ni nouveau matériel. Ce système de rotation s’est généralisé en Europe au 19ième sièclei.

      Au 20ième siècle, la synthèse chimique de l’azote a permis à l’agriculture de s’affranchir des légumineuses et du fumier. Grâce à l’utilisation de gaz naturel ou de charbon qui fournissent l’énergie nécessaire pour transformer l’azote de l’air en ammoniac assimilable par les plantes. Ce que les légumineuses font avec l’énergie solaire captée par les plantes, la chimie de synthèse le fait en utilisant les énergies fossiles … elles mêmes issues de l’énergie solaire captée par les plantes il y a des millions d’années.

      Cette énergie fossile bon marché est la clé pour disposer en abondance d’engrais azotés. Accompagnée par une mécanisation de l’agriculture, elle aussi tributaire des énergies fossiles, elle a permis d’augmenter les rendements agricoles tout en diminuant le nombre d’agriculeturs. Comme toute technique, l’utilisation de l’azote chimique de synthèse est ambivalente. Pour supporter cette abondance d’engrais il a fallu développer des semences capables de pousser avec ce surplus d’azote qui les rendent plus fragiles ; ce qui a nécessité l’emploi de pesticides. Cette dépendance vis à vis des énergies fossiles s’est accompagnée d’une perte de la souveraineté alimentaire des régions avec leur spécialisation dans la culture ou dans l’élevage.

      L’influence de l’azote de synthèse va au-delà. Au niveau local, le surplus épandu qui n’est pas absorbé par les cultures pollue l’eau. Dans les régions spécialisées dans l’élevage, le lisier trop abondant pour être utilisé comme engrais dans les cultures finit dans les rivières et les eaux côtières où il nourrit les algues vertes.

      Qui dit énergies fossiles dit également gaz à effet de serre. Outre le CO2 émit pour synthétiser l’azote avec des énergies fossiles, l’épandage d’engrais azotés produirait « du protoxyde d’azote, une substance au pouvoir réchauffant 265 fois supérieur au CO2, qui reste dans l’atmosphère plus longtemps qu’une vie humaine »ii

      Devant ces constats, l’agriculture évolue pour diminuer les impacts de l’utilisation de l’azote de synthèse. L’agriculture biologique est pionnière sur ce point : son cahier des charges interdit l’utilisation d’engrais de synthèse et elle prône l’utilisation de légumineuses et l’association de l’élevage et des cultures sur une même ferme.
      Des efforts sont également entrepris en agriculture conventionnelle. Les doses d’engrais sont réduites, les épandages fractionnés. L’agriculture de conservation va plus loin avec l’intégration de légumineuses en association avec les cultures et dans les rotations pour réduire plus significativement l’usage d’engrais de synthèse.

      Le recours aux légumineuses et l’association des cultures et de l’élevage sont les clés pour réduire l’utilisation des engrais chimiques de synthèse. Selon l’agronome Marc Dufumier, cela permettrait même de s’en passer complètementiii. Sans développer de nouvelles techniques dont l’ambivalence entraînera nécessairement des effets secondaires défavorables.Au delà de ce débat, il est intéressant de prendre conscience de la dépendance de notre agriculture aux énergies fossiles et de son impact sur le climat. L’utilisation des légumineuses pour capturer l’azote de l’air est une occasion de remplacer, au moins en partie, les énergies fossiles par l’énergie renouvelable du soleil.

      i Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde : Du néolithique à la crise contemporaine, Seuil, 705 pages, 2002
      ii https://beta.reporterre.net/L-utilisation-d-engrais-azotes-s-accelere-et-menace-l-Accord-de-Paris
      iii https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-09-mars-2021

      Posté dans Agriculture, Histoire, La Technique | 0 Commentaire
    • Quand les arbres se remettent en mouvement

      Publié à 20 h 24 min par Antoine Bocheux, le mars 21, 2021

      Depuis le 20 mars nous avons changé de saison pour rentrer dans le printemps Nous quittons les longues nuits d’hiver pour rentrer dans une période où les jours sont plus longs que les nuits. 20 mars, 19 mars, 18 mars. La végétation semble la même, un changement est difficilement perceptible. Les plantes semblent immobiles. Cette immobilité n’est qu’une illusion. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les arbres. Le 1er mars leurs silhouettes sont encore complètement dénudées comme un dessin à l’encre de Chine. Dans les premiers jours de mars, les premières feuilles apparaissent sur les arbustes. C’est le retour du vert tendre des feuilles dans la palette de couleurs de la nature. Les jours passent et les arbres semblent toujours figés.

      Les premiers bourgeons des arbres commencent à éclore

      Au bord des chemins, le mouvement est perceptible de semaines en semaines, les fleurs continuent d’amener des taches de couleur. Malgré des températures parfois plus fraîches qu’en février, l’allongement de la durée des jours est propice à leurs éclosions. Les stellaires holostées amènent une touche de blanc sur les talus où elles poussent en abondance. Le jaune des ficaires et le bleu des pulmonaires sont toujours présents en abondance. Le rose fait timidement son retour avec les premières fleurs d’oseilles sauvages et de géraniums Herbe à Robert. Près des fossés, les feuilles sont de plus en plus variées et laissent deviner l’exubérance de la végétation qui nous attend en avril et en mai. Les feuilles en forme d’étoile des boutons d’or sont déjà nombreuses. Les premières feuilles de bardanes, rugueuses et épaisses font leur apparition. C’est toujours avec plaisir que je froisse la première feuille de berce de l’année pour retrouver son odeur caractéristique, très puissante et difficilement descriptible. Un étonnant mélange de panais et noix de coco. Derrière l’uniformité du vert des feuilles, se cache une infinie diversité, de formes, de textures et d’odeurs.

      Au cours du mois, les journées passent et la durée des jours s’allonge. Et puis, un jour, en levant les yeux au ciel, une tâche de couleurs fait sans crier gare son retour dans les houppiers de certains arbres. Les houppiers sont hauts, difficile de voir exactement ce qui se passe depuis le sol. Pour cela je me rends à la lisière d’une prairie et d’un bois. Le 20 février tout semblait immobile ici, hormis les fleurs de noisetiers dont l’exubérance détonnait avec le vert uniforme de la prairie et les arbres dégarnis. Le 20 mars changement de décor : la prairie est recouverte de cardamines des prés et les premières feuilles de charme commencent à capter la lumière du soleil. Avec leurs délicates fleurs blanches et roses, les cardamines sont un régal pour les yeux. Pour le palais aussi, ces fleurs me rappellent le souvenir d’une journée plantes sauvages et comestibles avec les Jardins D’Isis. L’occasion de découvrir que leur saveur pimente agréablement les salades.

      En lisière du bois, j’ai tout le temps de regarder de plus près les bourgeons des charmes et des chênes. Les tâches vertes que j’ai vu tout à l’heure sont celles de charmes fraîchement débourrés. Les bourgeons des chênes commencent à gonfler, mais leurs écailles restent fermées.
      Observer à hauteur d’homme le débourrage des bourgeons de charme est un moment privilégié. Comme une boîte à bijoux, ils s’ouvrent pour libérer leur trésor. Enroulés tout l’hiver à l’abri de leurs coffrets d’écailles, de petites feuilles et de petites tiges commencent à s’étirer vers la lumière. Ce moment éphémère où le pétiole d’une jeune feuille vert tendre est encore recouvert par les écailles du bourgeon qui l’ont protégé tout l’hiver permet de visualiser avec notre perception limitée le mouvement des arbres. Les feuilles, les tiges, les fleurs, tout est déjà là en miniature dans le bourgeon en train de s’ouvrir, prêt à grandir et s’étirer vers la lumière du soleil.

      • Le débourrage d’un charme
      • Gros plan sur l’éclosion d’un bourgeon de charme
      • Cardamine des prés
      • Stellaire holostée
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Nature, Photos, Printemps
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