Les champs de mes rêves

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    • Les couleurs de l’hiver

      Publié à 12 h 10 min par Antoine Bocheux, le février 9, 2025

      A première vue, l’hiver n’est pas la saison la plus propice pour photographier les plantes. Le vert des feuilles et les couleurs chatoyantes se font rares. Ils laissent leurs places à des paysages qui tendent vers le monochrome. Il reste bien un peu de vert avec le feuillage des arbres à feuilles persistantes. Quelques herbes conservent leur chlorophylle malgré les rigueurs du froid. Dépourvus de leur feuilles les arbres à feuilles caduques dévoilent leurs architectures. Leurs silhouettes se fondent dans les paysages.

      Quand le brouillard s’en mêle elles prennent de l’épaisseur et se détachent sur un fond flou. Les paysages familiers deviennent mystérieux, l’on se sent désorienté ,même sur des des chemins familiers. Ce temps est propice aux rêves. Pas à ceux que l’on fait en dormant. Ni à ceux que l’on dessine éveillé en s’imaginant un monde meilleur. Ici le rêve consiste à isoler de petits détails que l’on remarque à peine si l’on ne les cherche pas. Rêver c’est aussi fuir la laideur du monde et se focaliser l’espace d’un instant sur sa beauté. Un peu comme si l’on cherchait des pierres précieuses au bord du chemin. A défaut de pierres précieuses, l’on y trouve des graines et des fleurs. Témoignages du vivant qui se perpétue encore. La photographie est l’occasion de garder une trace de ces moments.

      Graines de carotte sauvage (Daucus carota)

      Commençons avec cette photo de carotte sauvage(Daucus carota) abritant ces précieuses graines recroquevillées dans son ombelle. Elles se détachent dans le brouillard qui les isole du reste de leur environnement. Les ombelles sont comme des coffrets dans lesquels sont exposées les graines. Des gouttes d’eau et une toile d’araignée donnent du relief à cet écrin.

      Avec cette photo qui permet d’observer les formes de l’ombelle et des graines, l’on reste dans le monochrome. En cherchant bien il est pourtant possible de trouver de traces de couleurs dans ces paysages d’hiver. C’est le cas avec les capsules de fusain (Euonymus europaeus). Suspendues au dessus de vide, leurs couleurs vives attirent l’oeil malgré leur petite taille.

      Capsules de fusain (Euonymus europaeus)

      Ces capsules sont déhiscentesi. Une fois à maturité elles s’ouvrent pour libérer leurs graines.

      Gros plan sur une capsule de fusain ouverte (Euonymus europaeus)

      En s’approchant l’on peut constater que les capsules sont bien ouvertes. L’on observe également qu’elles sont constituées de 3 loges vides et une loge pleine avec une graine (arillode).

      En traversant un sous bois où les arbres sont dénudés, quelques taches de verdure attirent l’attention. Il s’agit d’un arbrisseau, le fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus). Ses feuilles sont des tiges aplaties (cladodes ). Il mesure 30 à 80 centimètres de haut. Ses baies rouges sur ses feuilles amènent un peu de couleur dans cette ambiance hivernale.

      Fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus)

      Les graines ne sont pas rares en cette période hivernale. Les fleurs le sont, mais notre ballade photographique finit par nous mener vers celles d’un ajonc (probablement Ulex europoeus). Impossible de les manquer avec leur jaune étincelant. Ce sont des fleurs papilionacées avec un étendard, deux ailes, une carène (deux pétales soudées) évoquant la forme d’un papillon. Un papillon un peu en avance sur le printemps qui ne va pas tarder à faire son retour avec son foisonnement de couleurs !

      Fleurs d’ajonc

      iToutes les précisions botaniques présentées ici sont issues de la Petite Flore de France (Régis Thomas, David Busti, Margarethe Maillart, Petite Flore de France, Belin, 2018, 465 pages

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    • L’évolution d’Homo sapiens entre ondulation et raz-de-marée

      Publié à 17 h 04 min par Antoine Bocheux, le décembre 31, 2024

      Ces derniers jours, au milieu d’une actualité anxiogène, les médias ont relaté le trentième anniversaire de la découverte de la grotte Chauvet. Voir sur un écran les représentations d’animaux qui ornent ses parois est une petite bouffée d’oxygènei. Parce qu’elles sont belles, dessinées par des hommes et des femmes qui vivaient au contact de ces grands animaux sauvages qui n’existent plus. Parce qu’elles sont mystérieuses et ont un sens qui nous échappe. Surtout parce qu’elles sont très anciennes. Elles auraient 37 000 ans pour les plus anciennes. Plus de 20 000 ans dans tous les cas, l’entrée de la grotte ayant été comblée il y a 21 000 ans, ce qui explique son état de conservation exceptionnel. Ces dates sont frappantes. Elles suggèrent que dès leur arrivée en Europe nos ancêtres Homo sapiens maîtrisaient l’art, qu’ils avaient probablement des croyances et des mythes.

      Cela change la perception parfois péjorative que nous avons de l’âge de pierre. Avec des outils en bois, en os et en pierre, certes. Mais aussi avec suffisamment d’aisance pour libérer le temps nécessaire à des pratiques artistiques. Avec la liberté de se déplacer sans entrave dans de vastes espaces sans pollution. Un mode de vie qu’il ne faut pas idéaliser. Vivre au contact des grands animaux comme les ours des cavernes qui fréquentaient également la grotte Chauvet devait parfois être dangereux. Nous ne sauront jamais si c’était l’entraide ou la violence qui tenait la part la plus importante dans les rapports sociaux à l’intérieur de ces groupes de chasseurs cueilleurs. Un point où il est sûr que nos ancêtres ont mieux réussi que nous est la durée. Plusieurs centaines de générations se sont succédées sur des milliers d’années dans la grotte Chauvet avec un mode de vie qui a probablement évolué très lentement.

      Aujourd’hui que l’on soit optimiste ou pessimisme concernant l’avenir, tout le monde ou presque est conscient que nos modes de vie seront très différents dans 50 ans et nous n’osons même pas imaginer ce qu’ils deviendront dans 100 ans ou 1000 ans. Ils changent radicalement à l’échelle d’une vie. Par exemple, la micro-informatique, Internet et les smartphones les ont déjà lourdement modifiés en quelques décennies. L’intelligence artificielle commence déjà à avoir des impacts importants. Il est a craindre que ces nouvelles technologies qui permettent de créer des armes autonomes, qui changent notre rapport au langage et facilitent la surveillance de masse aient des effets délétères. Sans aucune chance d’appuyer sur le bouton pause pour prendre le temps de réfléchir et reprendre nos esprits.

      En étant optimiste on peut espérer qu’elles nous libèrent des tâches répétitives et nous aident à mieux apprendre. Quels que soient les effets de l’intelligence artificielle, demain sera forcément différent d’aujourd’hui. Les techniques s’empilent et s’intriquent les unes avec les autres. Elles sont devenues tellement complexes qu’elles nous échappent.

      Dans le même temps, les réalités physiques nous rattrapent. Le climat ne sera plus le même, d’ailleurs il a déjà changé, un communiqué de l’Organisation Météorologique Mondiale indique « 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais observée alors que le réchauffement dépasse temporairement 1,5 °C »ii. Avec peu d’espoir que cela s’arrange, il est également prévu que les émissions de gaz à effet de serre augmentent en 2024iii. L’élection du climato-sceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis laisse peu d’espoir d’inverser cette tendance.

      Le recul de la place laissée aux vivants non humains, l’érosion des sols ou les effets de nouvelles molécules chimiques qu’aucun organisme vivant ne sais recycler sont tout aussi préoccupants.

      Tout cela présage de beaucoup de changements dans un laps de temps très court. Bien sûr, le climat a toujours changé, Homo sapiens a toujours évolué d’un point de vue biologique et culturel. Il a toujours vécu dans des écosystèmes qui évoluent également, qu’il a toujours contribué à modifier. C’est la vitesse de cette évolution qui change. Au temps de nos ancêtres de la grotte Chauvet elle évoque une légère ondulation à peine perceptible sur un océan calme. Aujourd’hui elle fait penser à un raz-de-marée qui, en quelques secondes, emporte tout sur son passage.

      iLe documentaire « Grotte Chauvet – Dans les pas des artistes de la Préhistoire » propose de belles images complétées par une reconstitution en trois dimensions de la grotte https://www.arte.tv/fr/videos/112849-000-A/grotte-chauvet-dans-les-pas-des-artistes-de-la-prehistoire/

      iihttps://wmo.int/fr/news/media-centre/2024-est-en-passe-de-devenir-lannee-la-plus-chaude-jamais-observee-alors-que-le-rechauffement

      iiihttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/cop29-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-atteignent-de-nouveaux-sommets-en-2024_6867230.html

      Posté dans Histoire, La Technique | 0 Commentaire | Tagué Art Rupestre, Evolution, Intelligence Artificielle, Nature, Technique
    • Réflexions scientifiques, poétiques et philosophiques sur la beauté du vivant

      Publié à 18 h 15 min par Antoine Bocheux, le novembre 17, 2024

      Les définitions du dictionnaire ne donnent pas toujours satisfaction. C’est le cas de celle du mot beauté. Le dictionnaire de l’académie françaisei en propose plusieurs. La première est basique « Qualité de ce qui est beau, de ce qui relève du Beau », la seconde plus intéressante « Caractère de ce qui provoque l’admiration et l’émotion, par ses formes, ses proportions, ses rythmes, son harmonie. ». Source d’émotion et d’admiration, cette définition nous indique les sentiments que la beauté peut susciter en nous. Des formes, des proportions, des rythmes, une harmonie, elle nous donne des pistes sur ce qui peut susciter cette émotion. Sans nous dévoiler ce qu’est intrinsèquement la beauté.

      Dans son dernier livre, la beauté du vivantii le botaniste Francis Hallé nous propose une réflexion sur la beauté, plus spécifiquement sur celle du vivant. Il ne se satisfait pas des définitions de la beauté proposées par les dictionnaires. Il souligne qu’elles sont trop anthropocentrées, elles se focalisent sur ce que la beauté suscite chez l’être humain sans vraiment la définir. Tel un poète, il nous propose de dépasser le sens commun des mots pour exprimer ce qu’ils n’expriment pas habituellement, contribuant à élargir notre perception de la réalité.

      La beauté, les scientifiques n’en parlent pas dans leurs travaux de recherche. Depuis l’avènement de la biologie moléculaire, il est mal vu que ceux qui étudient le vivant de s’émerveiller devant sa beauté. Francis Hallé le regrette. Parce ce que son observation est une puissante source de motivation pour les chercheurs qui consacrent leur carrière à l’étude de la nature. Parce que le grand public y est sensible. Mais aussi parce ce que cette beauté a peut-être un sens.

      La beauté du vivant est un beau livre, grand format, dont les textes sont ponctués par de nombreuses planches d’illustrations dessinées par l’auteur. Il y donne à voir des animaux et des plantes fossiles et actuels. En se focalisant sur le vivant visible, la beauté que nous pouvons admirer de nos propres yeux. Dessins à l’appui, il constate qu’au cours de la longue histoire de la vie , le vivant est allé vers plus de beauté. L’évolution sélectionne sur le temps très long les formes les plus belles et les plus fonctionnelles. Les fleurs, les papillons ou les paons dont la plupart d’entre nous admirent la beauté sont apparus tard dans l’histoire de la vie. Alors que l’esthétique des premières plantes , des premiers insectes ou des premiers vertébrés nous laisse généralement indifférent.

      Comme l’histoire de l’art ne retient que les plus beaux tableaux des époques anciennes, l’évolution ne conserverait que ce qui est beau et fonctionnel. Les formes et les proportions que nous observons dans la nature seraient tracées par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. L’émotion et l’admiration que nous éprouvons devant la beauté de vivant est l’œuvre du temps infiniment long. Nous l’éprouvons devant ce que nos sens nous permettent de voir. Les bactéries invisibles partout autour de nous et en nous continuent-elles à évoluer. Vers plus de beauté ? Ne pouvant pas les observer, nous ne pouvons pas le savoir.

      La contemplation de la beauté du vivant peut parfois provoquer des émotions intenses. C’est ce que Francis Hallé appelle « le sentiment océanique ». Il décrit ce sentiment éphémère qui n’a rien à voir avec l’océan « la forêt s’est parée de délicates couleurs dorées et j’ai eu l’impression d’avoir disparu au profit du sublime décor qui m’entourait. Grande satisfaction, grand bonheur ; hélas cela n’a pas duré et le spectacle est redevenu normal aussi brusquement qu’il était métamorphosé ». Expérience rare qu’il indique n’avoir vécu qu’une fois. Qui correspond peut-être au sentiment exacerbé de ne faire qu’un avec la nature. Sentiment qu’il est possible d’éprouver, d’une façon moins intense et plus intellectuelle en étant touché par la beauté de la nature tout en réfléchissant aux liens intimes qui nous relient à elle. Cela me rappelle des vacances pendant lesquelles je marchais tranquillement dans le bocage et pensais que je baignais dans le même air que les arbres que j’admiraisiii. Je pensais aux molécules d’oxygène que je respirais, résultat de leur photosynthèse. Baignant dans le même air que les plantes, respirant les molécules d’oxygène qu’elles venaient probablement de rejeter. En y pensant, je me sentais plus proche d’elles. En même temps j’admirais la beauté des formes et des couleurs du vivant qui semblaient plus belles que d’habitude. J’admirais en réfléchissant au livre du philosophe Emmanuele Coccia « la vie des plantes ; une métaphysique du vivant »iv que j’étais en train de lire. Mon expérience était beaucoup plus intellectuelle et moins intense que le sentiment océanique, mais il se passait quelque chose d’inhabituel. Le sentiment de faire un avec la nature n’était plus seulement théorique.

      Après cette réflexion sur la beauté mêlant biologie, poésie et philosophie, il me reste plus simplement à partager une photo pour tenter de l’illustrer.

      ihttps://dictionnaire-academie.fr/article/A9B0713
      iiFrancis Hallé, la beauté du vivant, Actes sud, 200 pages, 2024
      iiihttps://champsdemesreves.fr/2023/05/08/vivre-au-milieu-des-plantes/
      ivEmmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

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    • Le jardin : une ouverture du cocon sur l’extérieur

      Publié à 13 h 41 min par Antoine Bocheux, le octobre 26, 2024

      Nous l’avons vu le mois dernier dans cocon et dépendances, à l’intérieur de nos logements, nos cocons, nous vivons dans un milieu protégé. Protégé mais soumis à de nombreuses dépendances, parfois évidentes, parfois cachées. Dans un espace restreint de quelques dizaines de mètres carrés. Qui donne parfois l’impression d’être ouvert sur l’infini à travers des images et des mots. Accompagné d’un sentiment de n’avoir aucune prise sur le réel. Pour qu’y s’intéresse à la nature et plus particulièrement aux plantes, le jardin aide à créer des ponts entre le monde des livres et le monde réel.

      Le jardin se prête bien à l’observation du mouvement des plantes, ces êtres vivants fixes mais pas immobiles. Les observer, jour après jour, au même endroit est la meilleure façon de constater qu’elles changent et qu’elles grandissent. D’ailleurs, nul besoin d’être un fin observateur pour constater que l’herbe et les haies poussent. Ce mouvement est plus ou moins lent en fonction des saisons et du climat. S’il est impossible de l’observer en temps réel comme celui d’un oiseau qui s’envole sur une branche, il arrive toujours un moment où il faut bien constater que l’herbe a tellement poussé qu’elle rend les allées impraticables.

      Les livres de botanique incitent à observer de plus près le mouvement des plantes. Derrière le terme générique « herbe » se cachent des centaines d’espèces de plantes. Derrière chaque herbe, il y a une fleur en devenir, derrière chaque fleur fanée une graine qui après avoir patienté dans le sol donnera peut-être une nouvelle plante. Ce simple constat suffit à changer le regard sur la pelouse du jardin. Ce n’est plus seulement un tapis qu’il faut tondre quand il devient trop haut. C’est aussi une mosaïque de plantes. Avec un peut de patience, il devient possible de mettre un nom sur certaines d’entre-elles. De s’imaginer leurs aspects quand elles fleuriront. Les pâquerettes ou le plantain restent petits mais fleurissent vite. Résistant mieux que les autres aux passages réguliers des tondeuses on les trouve souvent dans nos jardins. Si l’on décide de tondre moins souvent certaines zones du jardin ce sont des herbes plus hautes qui fleurissent comme les oseilles sauvages (Rumex acetosa) ou les achillées mille feuille (Achillea millefolium). Le résultat sera différent en fonction des jardins et de la saison. Dans tous les cas des plantes plus ou ou moins spectaculaires finiront par fleurir.

      Quelques feuilles d’oseille sauvage ( (Rumex acetosa) au milieu de la pelouse …
      … fleurissent au printemps …

      Laisser les plantes fleurir, c’est aussi préserver une source de nourriture pour les insectes pollinisateurs. Tout le monde n’aime pas le lierre. Pourtant, an mois d’octobre, il suffit d’observer la vie grouillante autour d’un lierre en fleur pour se convaincre que c’est une source de nourriture bienvenue pour les insectes. Plus étonnant en fin de de printemps les oiseaux qui s’accrochent au pied d’oseille sauvage en fleur pour en manger les graines.

      … les oiseaux se régalent de leurs graines

      Le jardin est aussi un lieu où l’on peut appréhender les odeurs et les textures décrites dans les livres. Celles des plantes aromatiques comme la menthe, le thym ou le romarin mais aussi plus surprenante celle de la terre mouillé. La sentir et la toucher est une expérience à laquelle aucun livre ne peut complètement rendre justice même si l’on peut y apprendre que son odeur est due à des bactéries dans les prairies ou à des champignons dans les forêts.

      On peut parfois oublier la météo à l’intérieur du cocon, au jardin ses effets sont trop visibles pour les ignorer. Le manque d’eau y est visible avec le vert qui vire au jaune. La sécheresse finit par figer le mouvement des plantes comme le froid le fait en hiver. Sans chauffage ni climatisation sans autre réserve d’eau que celle contenue dans le sol, elles subissent de plein fouet les caprices de la météo. Dès que l’eau revient et que la température est favorable, elles reprennent leur mouvement. Le jardin est abrité mais pas protégé du monde du monde extérieur. Cette adversité n’empêche pas la nature de s’exprimer au jardin. Libre à chacun d’entre nous de lui laisser un peu plus de place. Juste pour le plaisir de la découvrir et de l’observer.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué botanique, Jardin, Nature, Photos
    • Cocon et dépendances

      Publié à 16 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 8, 2024

      Le cocon. Voilà un mot intéressant pour décrire nos logements. Il évoque un lieu rassurant, à l’abri des vicissitudes du monde. Le premier sens du mot cocon, selon le dictionnaire de l’Académie française est « enveloppe soyeuse filée par de nombreuses larves de lépidoptères, et dans laquelle s’opère leur dernière mue ». Un lieu où des papillons s’abritent à un moment de leur vie où ils sont vulnérables. Son second sens est « milieu douillet où l’on est protégé des réalités, des difficultés de la vie ». Ce confort et ce sentiment de sécurité peuvent faire oublier que dans nos cocons nous restons complètement dépendants, de la nature comme de la société. Ces liens sont parfois surprenants.

      Commençons par le plus trivial, les réseaux et les fils. Notre cocon deviendrait vite inhabitable s’il n’était pas relié au réseau d’eau potable. Le résultat serait le même sans le fil qui le relie au réseau électrique. Il suffit de se remémorer quelques souvenirs de lendemain de tempêtes pour se se rappeler que sans électricité le cocon n’est plus aussi douillet ! Plus de lumière, plus de frigidaire, ni de lave linge ou d’ordinateur Et l’on se sent vite isolé si l’accès au réseau Internet, avec ou sans fil est coupé.

      Pas de lien avec la nature jusqu’ici. Comment le suggère Marc André Sélosse dans son dernier livre Nature et Préjugési, il suffit de poursuivre l’enquête dans le réfrigérateur et se demander d’où viennent les aliments qui s’y trouvent. Les produits laitiers, les œufs et la viande sont issus d’animaux qu’il a fallu nourrir. Avec des céréales cultivées dans de vastes champs, ou du foin récolté dans des prairies ou encore avec l’herbe broutée directement par les vaches. Les fruits et les légumes sont cultivés dans des champs, des vergers et des serres. Le carton et le papier qui servent à emballer ces aliments sont fabriqués à partir de bois, souvent issu de vastes plantations d’arbres. Des champs, des prairies, des plantations d’arbres, autant d’écosystèmes aménagés pour répondre à nos besoins alimentaires.

      Marc André Selosse les appelle écosystèmes externes. Ils sont parfois locaux comme les fruits et légumes en circuit court, souvent plus lointains comme les bananes ou le soja OGM brésilien qui sert à nourrir de nombreuses vaches élevés en France. Dans la majorité des cas nous ne visitons jamais ces écosystèmes où poussent notre nourriture, le bois dont est fait le papier de nos livres et le coton de nos jeans. Loin de yeux, il est difficile de s’imaginer ces lieux.

      Plus étonnant nous dépendons également de ce que Marc André Sélosse appelle nos écosystèmes internes. Ce sont les microbes qu’héberge notre corps, en particulier notre tube digestif. Sans ces milliers de bactéries, nous ne serions tout simplement pas en mesure de digérer notre nourriture. Elles sont tellement proches, dans notre corps, et tellement lointaines du fait de leur taille qui les rend invisibles. Sans la science il serait tout simplement impossible d’imaginer leur existence.

      Beaucoup plus visible est le monde virtuel qui se déploie derrière nos écrans. Connecté à Internet, le monde extérieur rentre dans nos cocons à travers un flux continu d’images et de mots venus du monde entier. Ouvert sur le monde, tout en s’en abritant. Ce qui réduit nos rapports directs avec autrui. Le télétravail pendant le Covid en est un bon exemple. Nous avons continué à communiquer avec l’extérieur, à l’abri du virus à l’intérieur du cocon.

      Nous filtrons les informations qui y rentrent pour y créer un monde virtuel correspondant à nos attentes, parfois en s’appuyant excessivement sur les moteurs de recherche et les algorithmes des réseaux sociaux. Cela peut nous donner le sentiment de maîtriser ce flux numérique entre l’extérieur et l’intérieur du cocon. Ce sentiment est largement une illusion car nous sommes ici au cœur de dépendances. Pour schématiser à grands traits, dépendance vis à vis de la Chine pour la fabrication du matériel informatique, des métaux rares extraits des mines à l’assemblage des ordinateurs. Et dépendance à l’égard des États-Unis pour les logiciels. Par exemple, les systèmes d’exploitation Windows, MacOS sur les ordinateurs, Android et iOS sur les smartphones ou les moteurs de recherche avec l’incontournable Google ou encore les réseaux sociaux avec Facebook et YouTube. Ces logiciels, simples à utiliser, dont la complexité du fonctionnement nous échappe sont les interfaces indispensables pour accéder au monde numérique. Si suite à un bug ou un accident ils ne fonctionnement plus c’est l’ouverture du cocon sur le monde numérique qui est menacé. L’accès à ce blog l’est aussi. Il est hébergé par WordPress.com dont la société mère Automattic à comme adresse Inc. 60 29th Street #343 San Francisco, CA 94110 United States of America.

      Cocon et dépendances, voilà un sujet qui pourrait être développé beaucoup plus en profondeur, nous n’en avons vu que l’écume ici. Triviales ou étonnantes les dépendances qui relient nos cocons à l’extérieur sont nombreuses. Les chercher s’apparente par certains côtés à une enquêtes de roman policier. Dans les romans le but de l’enquêteur est limpide : trouver l’assassin pour qu’il ne recommence pas. Ici le but de notre enquête est simplement de prendre, ou de reprendre, conscience de dépendances entre nos cocons et le monde extérieur. Les conséquences à en tirer sont beaucoup moins évidentes. Retenons simplement que, même si nous l’ignorons, nous restons dépendants de la nature. Dépendants également du système technicien, qui derrière sa fluidité apparente cache des rouages d’une grande complexité.

      iMarc André Selosse, Nature et préjugés : convier l’humanité dans l’histoire naturelle, Actes Sud, 2024, 438 p

      Posté dans La Technique, Nature | 1 commentaire | Tagué Agriculture, écosystèmes, Informatique, Nature, Technique
    • Quand l’intelligence artificielle change notre rapport au langage

      Publié à 19 h 51 min par Antoine Bocheux, le août 11, 2024

      Après avoir illustré mes précédents billets avec des photos et même une vidéo, je vous propose cette fois-ci de m’en tenir aux mots. Placer les mots les uns après les autres pour faire des phrases est peut-être le propre de l’homme. Je pourrais ajouter, était peut-être le propre de l’homme ? Pourquoi ? L’intelligence artificielle générative Chat GPT est également capable de le faire. Accessible au grand public depuis le 30 novembre 2022, son lancement a rapidement été suivi par celui d’autres logiciels similaires. Cela fait maintenant 20 mois et nous n’avons pas fini de nous interroger sur les conséquences qu’impliquent d’être en mesure de dialoguer avec un logiciel qui propose des réponses vraisemblables à nos questions. Le sujet est vaste et va encore faire couler beaucoup d’encre. L’auteur de science fiction Alain Damasio y apporte des éléments de réponse intéressants dans son essai La Vallée du Siliciumi.

      Il y propose une réflexion sur la technologie qui a mûri au cours d’un séjour dans la Silicon Valley. Il a pu appréhender physiquement à quoi ressemble cet espace, situé au sud de la baie de San Fransisco, où se trouvent les sièges sociaux des entreprises qui façonnent le monde numérique dans lequel nous passons une partie de nos existences. Un lieu qui est avant tout un état d’esprit où des entrepreneurs cherchent à innover le plus vite possible en réfléchissant, dans un second temps, comment faire de l’argent avec leurs innovations et éventuellement, dans un troisième temps, s’intéressent aux conséquences qu’elles peuvent avoir. C’est ce que nous sommes en train de vivre avec L’IA (intelligence artificielle) générative.

      L’IA générative, c’est une nouvelle façon d’interagir avec les ordinateurs. Après le code informatique et les interfaces graphiques, les mots sont maintenant un nouveau moyen de leur donner des instructions. De nombreuses formations nous proposent d’apprendre à « prompter » pour utiliser le langage différemment afin de mieux nous faire comprendre des IA génératives. Il faut nous adapter à ces nouveaux interlocuteurs de silicium et de terres rares. Plus déstabilisant encore, ils sont programmés pour nous répondre en agençant les mots de la manière la plus vraisemblable possible. Mais vraisemblance n’est pas vérité En les interrogeant sur un sujet que l’on connaît on relève inévitablement des inexactitudes présentées sur un ton péremptoire.

      Quand on ne connaît pas le sujet on obtient rapidement une réponse crédible en se retrouvant complément démuni pour évaluer sa véracité. Pas de repère comme le nom de l’auteur, le journal ou l’éditeur qui publie le texte. Bien sûr en utilisant une IA générative, l’on sait que l’on s’expose à ce risque. Mais quid des textes que l’on lit sur le web ? Comment savoir si nous lisons un texte écrit par une IA ou par un humain quand l’IA imite tellement bien l’humain qu’elle en devient difficile à détecter ? La frontière entre le langage écrit par un humain et son imitation devient de plus en plus mince.

      D’ailleurs, il y a un risque de finir par l’oublier à force de dialoguer avec une IA générative qui comme un humain peut tenir une conversation pendant des heures. Quelles relations allons nous avoir sur la durée avec ces logiciels qui imitent si bien le langage ? Allons nous passer plus de temps à échanger avec eux au détriment du temps passé avec les autres humains ? Alain Damasio va jusqu’à suggérer d’échanger avec les IA génératives en prenant en compte leur altérité comme nous le faisons avec le vivant non humain. La proposition est inquiétante, un logiciel n’est pas vivant. Mais pour qu’il la formule, c’est bien qu’il y a quelque chose de très troublant quand une IA imite le langage humain avec une telle vraisemblance. Personne ne peut savoir où cela va nous mener.

      iAlain Damasio, Vallée du silicium, Seuil, 2024, 336 p

      Posté dans La Technique | 0 Commentaire | Tagué Informatique, Intelligence Artificielle
    • Travelling sur berce

      Publié à 10 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 30, 2024

      De mes promenades le long des chemins, il reste quelques souvenirs mémorables. Pas à chaque ballade, l’émerveillement ne vient pas sur commande. Souvent, ce sont juste des moments agréables pour mettre le corps et l’esprit en mouvement. Une bonne occasion de croiser des plantes familières,de se remémorer leurs noms ou leurs odeurs. Par exemple, cueillir puis froisser quelques graines sur un pied berce (Heracleum sphondylium). Leur odeur inimitable rappelle un peu celle des agrumes. S’arrêter quelques secondes devant les fleurs blanches de cette plante. Disposées en ombelle,elles culminent à un mètre cinquante de haut.

      Par un bel après-midi de juin, je répétais ces gestes, petits plaisirs simples de la vie. Je m’approchais au plus près d’une ombelle pour observer quelques fleurs à la loupe. Une ombelle est un monde en soi. Vu de loin c’est un grand rond blanc sur lequel des centaines de fleurs s’étalent. Vu de près on se rend compte, que le grand rond est constitué de plusieurs petits ronds, les ombellules. En se penchant sur une ombellule on peut voir à l’œil nu des dizaines de fleurs blanches. Ce jour là, je m’arrêtais pour observer un détail mis en avant dans une flore. A l’extérieur des ombellules les fleurs sont plus grandes qu’à l’intérieur. Celles de l’extérieur ne sont pas symétriques, les pétales orientés vers l’extérieur de l’ombellule sont plus grands que ceux orientés vers l’intérieur. Par contre les fleurs à l’intérieur de l’ombellule ont des pétales parfaitement symétriques. Explication : cela permettrait d’attirer plus facilement les insectes pollinisateurs en les guidant.

      J’observe donc à la loupe les détails de quelques fleurs, je constate cette différence. En relevant la tête je remarque qu’un insecte pollinisateur se trouve à quelque centimètres de moi. Il butine sur une ombellule voisine en ignorant ma présence. C’est probablement une abeille, je n’en suis pas sûr. Si quelqu’un de plus expert que moi en entomologie peut m’éclairer sur la questions la zone commentaire de cette page lui tend les bras !

      Profitant de la situation, je sors mon appareil photo, je me rends compte que ce sont des dizaines d’abeilles qui butinent sur l’ombelle de la berce. Souvent les insectes pollinisateurs s’éloignent ou fuient quand je m’approche de trop près d’une fleur. Il faut s’approcher petit à petit avec des gestes lents pour espérer les prendre en photo. Pour une raison que je j’ignore, j’ai passé des dizaines de minutes devant ce pied de berce, l’objectif collé à quelque centimètre des abeilles, à aucun moment elles n’ont fuit ou n’ont esquivé un geste menaçant envers moi. J’avais la sensation d’être le témoin invisible d’un spectacle qui se joue à une échelle qui m’est normalement inaccessible. Et pourtant littéralement sous mes yeux, la hauteur de l’ombelle de la berce m’épargnant même d’avoir à m’accroupir être aux premières loges.

      J’ai pu les observer en gros plan. Voir leurs poils, leurs yeux à facettes, leurs pattes, leurs ailes et surtout leurs trompes. Elles l’utilisent comme une paille pour siroter le nectar. J’avais lu dans ma flore qu’un disque nectarifère se trouve sur chaque fleur, à la base des étamines. Je le confirme, ils intéressent les abeilles au plus haut point. Elle vont s’y abreuver méthodiquement, imperturbables. Elles se regroupent autour des ombellules un peu comme des vaches autour d’un abreuvoir ou d’une mangeoire. La comparaison s’arrête là. Les vaches ne volent pas alors que les abeilles se déplacent avec précision de fleur en fleur, d’îles en îles. A leur échelle, une ombelle est un archipel suspendu dans les airs dont les ombellules sont les îles.

      Après être resté longtemps à observer le spectacle d’un archipel, je reprend ma marche et me rends compte que ce ballet aurait mérité d’être filmé. La chance me sourit. Je m’arrête devant une autre berce où les abeilles sont toutes aussi actives et indifférentes à ma présence. L’occasion de partager avec vous ce travelling sur berce.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, botanique, Insectes, Nature, Photos, Vidéos
    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
    • Quand les plantes se jouent du temps qui passe

      Publié à 20 h 22 min par Antoine Bocheux, le mars 31, 2024

      Le printemps est comme un miracle évident. Imaginez comment les plantes traversent les longs mois d’hiver ? Fixes, privées de la possibilité de se déplacer sous des cieux plus cléments ou de s’abriter dans une maison bien chauffée. Sans pouvoir se couvrir d’un épais manteau, ni se réchauffer en bougeant. Sans pouvoir grandir faute de chaleur et de lumière. A ce problème pas si évident les solutions adoptées par les plantes sont aussi variées que complexes.

      Elles ne fuient pas le danger en se déplaçant, mais se distinguent par leurs facultés à se jouer du temps qui passe. Une sorte de fuite dans le temps, l’attente du bon moment plutôt que la recherche du bon endroit par le mouvement (ce que les graines font aussi, transportées par le vent et les animaux). Elles sont fixes mais nous pouvons leur envier quelques spécificités.

      D’abord, leur capacité d’attendre des conditions favorables des années, parfois des décennies sous forme d’embryon ayant mis son développement en sommeil : les graines. Il a fallu que la vie évolue pendant des centaines de millions d’années pour arriver à ce résultat qui permet aux plantes de recouvrir les terres émergées dès que des conditions favorables se présentent. Même si ces conditions favorables ne durent que quelques semaines, c’est suffisant pour que des graines germent, fleurissent et donnent naissance à de nouvelles graines qui, à leur tout, attendront patiemment dans le sol.

      Ensuite, la faculté des arbres à perdre leurs feuilles pendant l’hiver. Nous y sommes habitués, mais quand on y pense c’est un peu comme si nous hivernions en nous séparant de nos organes ne conversant que nos os, des réserves de graisses et quelques cellules en dormance capables de reconstituer nos organes le moment venu. Complètement inimaginable pour les animaux que nous sommes. La métaphore est un peu osée, trop basique pour rendre justice à la complexité du règne végétal, son but est simplement de faire ressortir le caractère extraordinaire de ce qui nous semble ordinaire.

      Au delà de ces réflexions métaphysiques, le printemps évidemment nous fait du bien. Le retour des herbes verts tendres, les premières fleurs, les premières feuilles. Puis au fil des semaines une montée en puissance vers toujours plus de verts, de variétés dans les formes et les couleurs des fleurs. Des odeurs qui reviennent, les paysages qui changent et sont remodelés.

      C’est un plaisir pour les yeux dont j’aime garder une trace à travers quelques photos. Je vous propose ici quelques clichés de ficaires (Ranonculus ficaria) et de pulmonaires (Pulmonaria officinalis) qui sont souvent les premières fleurs de l’année le long des chemin où je me promène.Il est toujours émouvant d’observer les prémices d’un nouveau cycle, je les regarde avec plus d’attention que celles qui les suivront. Le manque créé l’envie, la quasi disparition des fleurs sauvages qui se fait sentir pendant l’hiver pousse à s’arrêter et à se baisser pour les photographier.

      On les trouve souvent au bord des fossés et sur les talus. Les ficaires apparaissent généralement en premier. Leurs feuilles d’un vert luisant, en forme de cœur, sortent de terre dès le début du mois de janvier. Leurs fleurs jaunes se montrent de façon éparse dès fin janvier, de petites étoiles qui brillent au milieu de l’hiver. En février et en mars elles forment de véritables tapis jaunes le long des chemins. Elles vivent à contre courant du reste des plantes, elles s’éclipsent pendant l’été et démarrent leur cycle végétatif au milieu de l’hiver à la faveur des réserves accumulées dans leurs tubercules.

      Ficaires
      Tapis de ficaire le long d’un chemin
      Pulmonaires

      Les pulmonaires sortent généralement de terre quelques semaines plus tard. Leurs feuilles sont facilement reconnaissables à leurs taches blanches. Leurs fleurs sont de couleurs variables en fonction de leur maturité, elles oscillent entre le bleu et le pourpre. Cela permet de renseigner les insectes qui les pollinisent sur leur degré de maturité. Bientôt les herbes vont monter à hauteur des genoux, les arbres vont retrouver leurs feuilles. Les ficaires et les pulmonaires auront profité de leur précocité pour être seuls sous les derniers rayons de soleil de l’hiver. Ces quelques photos prises par une belle journée ensoleillée de mars permettront d’en garder un souvenir en attendant de les retrouver l’année prochaine.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Quand le pétrole sert à extraire du bois

      Publié à 20 h 01 min par Antoine Bocheux, le février 24, 2024

      Dans son dernier ouvrage, « Sans transition ; une nouvelle histoire de l’énergie »i l’historien Jean-Baptiste Fressoz porte un regard neuf sur l’histoire de l’énergie. Il insiste sur les intrications entre le bois, le charbon et le pétrole. Il démontre que ces trois sources d’énergie n’ont jamais été en concurrence. Au contraire, elles se sont développées en synergie les unes avec les autres.

      Ce constat ébranle le concept de transition écologique. L’histoire ayant montré que les différentes sources d’énergie se complètent mais ne se succèdent pas les une aux autres, comment les énergies renouvelables pourraient-elles remplacer le charbon et le pétrole? La lecture de ce livre douche l’espoir de voir les émissions de gaz à effet de serre réduites à temps pour limiter le changement climatique grâce à la transition énergétique. Cette perspective n’est pas réjouissante. Pourtant n’est-il pas préférable d’essayer de tendre vers la vérité plutôt que de croire en des illusions ? Résumée de façon abrupte, la lecture de ce livre peut sembler fastidieuse. Il n’en est rien, il est rédigé dans un style clair et vif.

      Le fil rouge de sa première partie est la découverte des intrications entre le bois, le charbon et le pétrole. Tout commence avec la dépendance, surprenante au premier abord, du charbon vis à vis du bois. L’Angleterre, le premier pays à avoir extrait massivement du charbon, utilisait plus de bois en une année pour ses mines de charbon à la fin du 19ième que pour se chauffer une année au 18ième siècle. Ce bois servait à fabriquer des étais qui permettaient de stabiliser les galeries des mines. L’extraction du charbon était donc impossible sans bois. L’utilisation de bateaux à vapeur et du chemin de fer permettait de transporter ce bois sur de longues distances. L’Angleterre, dont les forêts étaient notoirement insuffisantes pour répondre aux besoins de ses mines, le faisait venir de toute l’Europe. Par exemple, une partie des pins plantés dans le seconde moitié du 19ième siècle dans les Landes ont fini au fond des mines anglaises.

      A ses débuts, l’extraction du pétrole a également nécessité beaucoup de bois. Au 19ième siècle, le pétrole était principalement transporté dans des barriques en bois, les compagnies pétrolières possédaient à cette époque de gigantesques tonnelleries. Elle a commencé à grande échelle aux États-Unis dans les années 1860. Les compagnies pétrolières ont pu y trouver les grandes quantités de bois nécessaires à leurs activités. Quand elle s’est faite à plus grand échelle les barriques ont été progressivement remplacées par des réservoirs et des pipelines en acier. La dépendance du pétrole au bois a glissé vers une dépendance au charbon. N’oublions pas que pour faire de l’acier il faut du charbon, beaucoup de charbon. Acier également indispensable à la fabrication des voitures, des camions, des bateaux et des avions qui brûlent le pétrole. Dans la liste des engins nourris au pétrole, il faut rajouter ceux qui permettent de mécaniser l’extraction du charbon, les haveuses. Leurs perfectionnements ont fait entrer l’exploitation du charbon dans une nouvelle dimension, permettant d’extraire toujours plus de charbon en ayant recours à peu de main d’œuvre.

      Le pétrole a également permis de couper toujours plus de bois. D’abord, les tronçonneuses ont grandement facilité l’abattage des arbres. Ensuite, les camions et les engins de terrassement ont ouvert un dense réseau de pistes forestières qui a rendu accessibles des parcelles de forêts auparavant préservées par leur isolement. Le pétrole a également accéléré le développement des plantations d’arbres en monocultures. Le recours à des engrais de synthèse à base de gaz permet de faire pousser les arbres plus vite. Et les abatteuses, autres engins d’acier nourris au pétrole, de mécaniser la récolte du bois. Une fois broyé, ce bois devient une source d’énergie dite renouvelable. Il ne faut pourtant pas oublier que sa récolte, sa transformation et son transport sont dépendants du pétrole.

      Les liens entre le bois et le pétrole vont plus loin. Seul ou souvent mélangé aux plastiques issus du pétrole, le bois permet de répondre à la demande croissante d’emballages qu’a accompagné l’essor de la grande distribution puis celui de e-commerce. Les palettes de bois entourées de films plastiques constituent un autre exemple d’un produit issus de l’hybridation bois, pétrole.

      Tous ces exemples illustrent l’unicité qui lie toutes les techniques les unes aux autres, mais également leur auto-accroissement, les nouvelles techniques se mélangeant les unes aux autres pour en créer de nouvelles. Jacques Ellul avait très bien expliqué cela il y a plus de 50 ans, la lecture de cette nouvelle histoire de l’énergie est un bon exemple pour illustrer sa théorie du système technicien dont nous avions déjà parlé dans le billet « Le fonctionnement du système technicien : comment la technique façonne notre monde »

      i Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition, une nouvelle histoire de l’énergie, Seuil, 2024, 416 pages

      Posté dans Histoire, La Technique | 2 Commentaires | Tagué Bois, Charbon, Energie, Histoire, Pétrole
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