Les champs de mes rêves

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    • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le janvier 1, 2026

      Le cycle des saisons poursuit son cours. Chaque changement de saison donne à redécouvrir sous un nouveau jour des lieux familiers. Redécouvrir, car la météo n’est jamais la même d’une année sur l’autre. Parce qu’en fonction de l’humeur et de l’attention que l’on porte aux paysages, le regard ne se porte pas au même endroit. Ces derniers jours, le mien s’est attardé sur les cynorrhodons, les fruits de l’églantier. Ils passent inaperçus quand on les cherche pas. Mais en marchant, en cherchant à reconnaître tous les fruits que l’on croise sur son chemin, ils se laissent facilement repérer. Ils sont nombreux, leur couleur rouge rehausse les teintes de plus en plus monochromes de ce début d’hiver.

      Cynorrhodon, voilà un mot qui doit rapporter gros au scrabble. Un mot qu’il n’est pas facile de mémoriser. En langage familier, on les appelle également gratte cul, c’est plus simple à retenir. Et cela rappelle que le contact avec les poils que l’on trouve à l’intérieur des cynorrhodons peut provoquer des démangeaisons ! En s’approchant, attention à ne pas se faire piquer par les épines de l’églantier. Puis cueillir quelques cynorrhodons. Les palper : s’ils sont tendres, ils sont faciles à ouvrir et l’on peut espérer y sucer quelques fragments d’une chair sucrée riche en vitamines C. Ne comptez pas dessus si vous avez un gros appétit. Il est délicat d’y goutter sans avaler par mégarde quelques graines ou quelques poils. Mais le jeu en vaut la chandelle, son goût est très fin, les plus patients en font d’ailleurs d’excellentes confitures.

      Après cette séquence dégustation, place à la botanique. Les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air. Membre de la famille des rosacés, l’églantier (Rosa en latin) est le cousin des rosiers horticoles. Rosa n’est pas une espèce mais un genre. A l’intérieur duquel il existe des dizaines d’espèces. La petite flore de France précise que le genre Rosa comporte, selon les auteurs, 20 à 30 taxons. En précisant qu’ils sont difficiles à identifier, raison pour laquelle elle ne présente que les 6 espèces les plus courantes. N’ayant que les fruits sous les yeux je n’irai pas plus loin dans mes investigations et me contente de constater que les cynorrhodons que j’ai photographiés sont d’une forme nettement différente. J’ai donc probablement croisé deux espèces différentes.

      Autre découverte. Le cynorrhodon n’est pas un fruit mais un réceptacle. C’est ce réceptacle qui portait les pétales, les sépales, les étamines et les pistils de la fleur. A l’intérieur l’ont trouve les véritables fruits. Ce que nous avons pris pour des graines sont en fait des fruits, des akènes pour être précis. Selon le dictionnaire visuel de la botanique leur paroi est très dure et épaisse. Les cynorrhodons ne sont donc pas des fruits, mais des sortes d’urnes charnues, rouges à maturité, qui contiennent les véritables fruits.

      Quelle métamorphose entre la délicate fleur d’églantier, rose tendre, fine et délicate et ce réceptacle rouge vif. Le second était pourtant le support de la première. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie pour la douceur du printemps que je me remémore cette fleur. Une autre époque au même endroit. Une époque où les fleurs comptaient sur les insectes pollinisateurs pour transporter leur pollen. Dans les frimas de l’hiver notre églantier ne peut plus compter sur les insectes, engourdis par le froid. Mais les oiseaux sont là pour disperser ses graines. Les cynorrhodons constituent pour eux une source d’énergie bien venue.

      En attendant de retrouver le printemps et ces fleurs délicates, il est temps de vous souhaiter une bonne année 2026. Avec des haies champêtres qui abritent de magnifiques églantiers qui nourrissent les insectes et les oiseaux et font le bonheur des promeneurs attentifs à leur beauté.

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    • Le passage des grues cendrées

      Publié à 19 h 10 min par Antoine Bocheux, le mars 8, 2025

      Février est déjà derrière nous, il est d’autant plus vite passé qu’il ne dure que 28 jours. Une des bonnes nouvelles du mois, oui il y en a,a été le passage des grues cendrées. Elles ont repris le chemin de leurs quartiers d’été en Europe du nord. Il est facile de les observer. Pour cela, il n’est pas nécessaire de se cacher dans un affût. Pendant leurs migrations, elles survolent en masse les habitations. Difficile de manquer leurs cris puissants que l’on peut parfois entendre à l’intérieur des habitations. Une fois localisées grâce à leurs vocalises, il ne reste plus qu’à lever les yeux au ciel et admirer leur passage.

      Le moment est bref mais émouvant. Presque systématiquement la peur, justifiée, de l’être humain rend les animaux sauvages difficiles à approcher. On entend souvent les oiseaux mais on les voit rarement. Les rencontres avec les chevreuils restent généralement brèves et furtives. Entendre les grues et voir leurs nombreuses silhouettes former des V, des chevrons et des lignes dans le ciel a quelque chose de réconfortant. Elles passent au dessus de nos têtes sans modifier leur trajectoire. Il est même possible de les photographier pour garder une trace de leurs silhouettes dans le ciel.

      Les photos ne sont pas nettes. Il faut préciser que leur passage est bref. Les grues volent vite, généralement entre 45 et 65 kilomètres heure. C’est aussi rapide que des coureurs cycliste pendant une course. Cela laisse peut de temps pour soigner le cadrage et la mise au point des photos. Autre point commun avec les coureurs cyclistes, elles se relaient pour s’exposer au vent à tour de rôle. Elles volent parfois très pres les une des autres. La forme en V qu’elles adoptent leur permet de limiter la prise au vent, comme le peloton des cyclistes.

      La revue nature La Salamandre a consacré son numéro de février/mars 2025i aux grues cendrées. L’occasion d’en savoir plus sur ces magnifiques oiseaux. Ce sont de grands oiseaux, plus grands qu’ils n’en ont l’air haut dans le ciel. 1,20 mètres de hauteur à terre, 2,20 d’envergure en vol. En hiver, leur régime alimentaire est essentiellement végétarien, elles apprécient les résidus de récolte et s’adaptent aux immensités recouvertes de maïs en glanant les restes qu’elles y trouvent. En période de migration, elles peuvent manger 300 grammes de grains par jour. Une fois à terre, elles sont plus craintives qu’en vol, particulièrement en période de reproduction où il est difficile de les observer à moins de 300 mètres.

      Elles peuvent passer une partie de leur vie dans des milieux où la présence humaine est forte, survolant nos habitations et se nourrissant en partie de résidus de culture. Par contre, il leur est nécessaire d’avoir accès à des zones humides pour se reproduire. Forêt inondées, rivières marécageuses, tourbières … elles ont besoin d’eau libre pour protéger leurs nids des prédateurs.

      Même si elles surmontent déjà beaucoup d’obstacles, les grues cendrées doivent s’adapter à la raréfaction des zones humides et aux conséquences du réchauffement climatique qui les poussent parfois à revoir leurs routes migratoires, leurs sites de reproduction et les dates de leurs migrations. Savoir tout cela est une raison de plus d’admirer le passage de ces grands animaux sauvages qui circulent librement au dessus de nos villes et de nos frontières.

      ihttps://www.salamandre.org/visionneuse/286/

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    • Les couleurs de l’hiver

      Publié à 12 h 10 min par Antoine Bocheux, le février 9, 2025

      A première vue, l’hiver n’est pas la saison la plus propice pour photographier les plantes. Le vert des feuilles et les couleurs chatoyantes se font rares. Ils laissent leurs places à des paysages qui tendent vers le monochrome. Il reste bien un peu de vert avec le feuillage des arbres à feuilles persistantes. Quelques herbes conservent leur chlorophylle malgré les rigueurs du froid. Dépourvus de leur feuilles les arbres à feuilles caduques dévoilent leurs architectures. Leurs silhouettes se fondent dans les paysages.

      Quand le brouillard s’en mêle elles prennent de l’épaisseur et se détachent sur un fond flou. Les paysages familiers deviennent mystérieux, l’on se sent désorienté ,même sur des des chemins familiers. Ce temps est propice aux rêves. Pas à ceux que l’on fait en dormant. Ni à ceux que l’on dessine éveillé en s’imaginant un monde meilleur. Ici le rêve consiste à isoler de petits détails que l’on remarque à peine si l’on ne les cherche pas. Rêver c’est aussi fuir la laideur du monde et se focaliser l’espace d’un instant sur sa beauté. Un peu comme si l’on cherchait des pierres précieuses au bord du chemin. A défaut de pierres précieuses, l’on y trouve des graines et des fleurs. Témoignages du vivant qui se perpétue encore. La photographie est l’occasion de garder une trace de ces moments.

      Graines de carotte sauvage (Daucus carota)

      Commençons avec cette photo de carotte sauvage(Daucus carota) abritant ces précieuses graines recroquevillées dans son ombelle. Elles se détachent dans le brouillard qui les isole du reste de leur environnement. Les ombelles sont comme des coffrets dans lesquels sont exposées les graines. Des gouttes d’eau et une toile d’araignée donnent du relief à cet écrin.

      Avec cette photo qui permet d’observer les formes de l’ombelle et des graines, l’on reste dans le monochrome. En cherchant bien il est pourtant possible de trouver de traces de couleurs dans ces paysages d’hiver. C’est le cas avec les capsules de fusain (Euonymus europaeus). Suspendues au dessus de vide, leurs couleurs vives attirent l’oeil malgré leur petite taille.

      Capsules de fusain (Euonymus europaeus)

      Ces capsules sont déhiscentesi. Une fois à maturité elles s’ouvrent pour libérer leurs graines.

      Gros plan sur une capsule de fusain ouverte (Euonymus europaeus)

      En s’approchant l’on peut constater que les capsules sont bien ouvertes. L’on observe également qu’elles sont constituées de 3 loges vides et une loge pleine avec une graine (arillode).

      En traversant un sous bois où les arbres sont dénudés, quelques taches de verdure attirent l’attention. Il s’agit d’un arbrisseau, le fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus). Ses feuilles sont des tiges aplaties (cladodes ). Il mesure 30 à 80 centimètres de haut. Ses baies rouges sur ses feuilles amènent un peu de couleur dans cette ambiance hivernale.

      Fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus)

      Les graines ne sont pas rares en cette période hivernale. Les fleurs le sont, mais notre ballade photographique finit par nous mener vers celles d’un ajonc (probablement Ulex europoeus). Impossible de les manquer avec leur jaune étincelant. Ce sont des fleurs papilionacées avec un étendard, deux ailes, une carène (deux pétales soudées) évoquant la forme d’un papillon. Un papillon un peu en avance sur le printemps qui ne va pas tarder à faire son retour avec son foisonnement de couleurs !

      Fleurs d’ajonc

      iToutes les précisions botaniques présentées ici sont issues de la Petite Flore de France (Régis Thomas, David Busti, Margarethe Maillart, Petite Flore de France, Belin, 2018, 465 pages

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    • Réflexions scientifiques, poétiques et philosophiques sur la beauté du vivant

      Publié à 18 h 15 min par Antoine Bocheux, le novembre 17, 2024

      Les définitions du dictionnaire ne donnent pas toujours satisfaction. C’est le cas de celle du mot beauté. Le dictionnaire de l’académie françaisei en propose plusieurs. La première est basique « Qualité de ce qui est beau, de ce qui relève du Beau », la seconde plus intéressante « Caractère de ce qui provoque l’admiration et l’émotion, par ses formes, ses proportions, ses rythmes, son harmonie. ». Source d’émotion et d’admiration, cette définition nous indique les sentiments que la beauté peut susciter en nous. Des formes, des proportions, des rythmes, une harmonie, elle nous donne des pistes sur ce qui peut susciter cette émotion. Sans nous dévoiler ce qu’est intrinsèquement la beauté.

      Dans son dernier livre, la beauté du vivantii le botaniste Francis Hallé nous propose une réflexion sur la beauté, plus spécifiquement sur celle du vivant. Il ne se satisfait pas des définitions de la beauté proposées par les dictionnaires. Il souligne qu’elles sont trop anthropocentrées, elles se focalisent sur ce que la beauté suscite chez l’être humain sans vraiment la définir. Tel un poète, il nous propose de dépasser le sens commun des mots pour exprimer ce qu’ils n’expriment pas habituellement, contribuant à élargir notre perception de la réalité.

      La beauté, les scientifiques n’en parlent pas dans leurs travaux de recherche. Depuis l’avènement de la biologie moléculaire, il est mal vu que ceux qui étudient le vivant de s’émerveiller devant sa beauté. Francis Hallé le regrette. Parce ce que son observation est une puissante source de motivation pour les chercheurs qui consacrent leur carrière à l’étude de la nature. Parce que le grand public y est sensible. Mais aussi parce ce que cette beauté a peut-être un sens.

      La beauté du vivant est un beau livre, grand format, dont les textes sont ponctués par de nombreuses planches d’illustrations dessinées par l’auteur. Il y donne à voir des animaux et des plantes fossiles et actuels. En se focalisant sur le vivant visible, la beauté que nous pouvons admirer de nos propres yeux. Dessins à l’appui, il constate qu’au cours de la longue histoire de la vie , le vivant est allé vers plus de beauté. L’évolution sélectionne sur le temps très long les formes les plus belles et les plus fonctionnelles. Les fleurs, les papillons ou les paons dont la plupart d’entre nous admirent la beauté sont apparus tard dans l’histoire de la vie. Alors que l’esthétique des premières plantes , des premiers insectes ou des premiers vertébrés nous laisse généralement indifférent.

      Comme l’histoire de l’art ne retient que les plus beaux tableaux des époques anciennes, l’évolution ne conserverait que ce qui est beau et fonctionnel. Les formes et les proportions que nous observons dans la nature seraient tracées par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. L’émotion et l’admiration que nous éprouvons devant la beauté de vivant est l’œuvre du temps infiniment long. Nous l’éprouvons devant ce que nos sens nous permettent de voir. Les bactéries invisibles partout autour de nous et en nous continuent-elles à évoluer. Vers plus de beauté ? Ne pouvant pas les observer, nous ne pouvons pas le savoir.

      La contemplation de la beauté du vivant peut parfois provoquer des émotions intenses. C’est ce que Francis Hallé appelle « le sentiment océanique ». Il décrit ce sentiment éphémère qui n’a rien à voir avec l’océan « la forêt s’est parée de délicates couleurs dorées et j’ai eu l’impression d’avoir disparu au profit du sublime décor qui m’entourait. Grande satisfaction, grand bonheur ; hélas cela n’a pas duré et le spectacle est redevenu normal aussi brusquement qu’il était métamorphosé ». Expérience rare qu’il indique n’avoir vécu qu’une fois. Qui correspond peut-être au sentiment exacerbé de ne faire qu’un avec la nature. Sentiment qu’il est possible d’éprouver, d’une façon moins intense et plus intellectuelle en étant touché par la beauté de la nature tout en réfléchissant aux liens intimes qui nous relient à elle. Cela me rappelle des vacances pendant lesquelles je marchais tranquillement dans le bocage et pensais que je baignais dans le même air que les arbres que j’admiraisiii. Je pensais aux molécules d’oxygène que je respirais, résultat de leur photosynthèse. Baignant dans le même air que les plantes, respirant les molécules d’oxygène qu’elles venaient probablement de rejeter. En y pensant, je me sentais plus proche d’elles. En même temps j’admirais la beauté des formes et des couleurs du vivant qui semblaient plus belles que d’habitude. J’admirais en réfléchissant au livre du philosophe Emmanuele Coccia « la vie des plantes ; une métaphysique du vivant »iv que j’étais en train de lire. Mon expérience était beaucoup plus intellectuelle et moins intense que le sentiment océanique, mais il se passait quelque chose d’inhabituel. Le sentiment de faire un avec la nature n’était plus seulement théorique.

      Après cette réflexion sur la beauté mêlant biologie, poésie et philosophie, il me reste plus simplement à partager une photo pour tenter de l’illustrer.

      ihttps://dictionnaire-academie.fr/article/A9B0713
      iiFrancis Hallé, la beauté du vivant, Actes sud, 200 pages, 2024
      iiihttps://champsdemesreves.fr/2023/05/08/vivre-au-milieu-des-plantes/
      ivEmmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

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    • Le jardin : une ouverture du cocon sur l’extérieur

      Publié à 13 h 41 min par Antoine Bocheux, le octobre 26, 2024

      Nous l’avons vu le mois dernier dans cocon et dépendances, à l’intérieur de nos logements, nos cocons, nous vivons dans un milieu protégé. Protégé mais soumis à de nombreuses dépendances, parfois évidentes, parfois cachées. Dans un espace restreint de quelques dizaines de mètres carrés. Qui donne parfois l’impression d’être ouvert sur l’infini à travers des images et des mots. Accompagné d’un sentiment de n’avoir aucune prise sur le réel. Pour qu’y s’intéresse à la nature et plus particulièrement aux plantes, le jardin aide à créer des ponts entre le monde des livres et le monde réel.

      Le jardin se prête bien à l’observation du mouvement des plantes, ces êtres vivants fixes mais pas immobiles. Les observer, jour après jour, au même endroit est la meilleure façon de constater qu’elles changent et qu’elles grandissent. D’ailleurs, nul besoin d’être un fin observateur pour constater que l’herbe et les haies poussent. Ce mouvement est plus ou moins lent en fonction des saisons et du climat. S’il est impossible de l’observer en temps réel comme celui d’un oiseau qui s’envole sur une branche, il arrive toujours un moment où il faut bien constater que l’herbe a tellement poussé qu’elle rend les allées impraticables.

      Les livres de botanique incitent à observer de plus près le mouvement des plantes. Derrière le terme générique « herbe » se cachent des centaines d’espèces de plantes. Derrière chaque herbe, il y a une fleur en devenir, derrière chaque fleur fanée une graine qui après avoir patienté dans le sol donnera peut-être une nouvelle plante. Ce simple constat suffit à changer le regard sur la pelouse du jardin. Ce n’est plus seulement un tapis qu’il faut tondre quand il devient trop haut. C’est aussi une mosaïque de plantes. Avec un peut de patience, il devient possible de mettre un nom sur certaines d’entre-elles. De s’imaginer leurs aspects quand elles fleuriront. Les pâquerettes ou le plantain restent petits mais fleurissent vite. Résistant mieux que les autres aux passages réguliers des tondeuses on les trouve souvent dans nos jardins. Si l’on décide de tondre moins souvent certaines zones du jardin ce sont des herbes plus hautes qui fleurissent comme les oseilles sauvages (Rumex acetosa) ou les achillées mille feuille (Achillea millefolium). Le résultat sera différent en fonction des jardins et de la saison. Dans tous les cas des plantes plus ou ou moins spectaculaires finiront par fleurir.

      Quelques feuilles d’oseille sauvage ( (Rumex acetosa) au milieu de la pelouse …
      … fleurissent au printemps …

      Laisser les plantes fleurir, c’est aussi préserver une source de nourriture pour les insectes pollinisateurs. Tout le monde n’aime pas le lierre. Pourtant, an mois d’octobre, il suffit d’observer la vie grouillante autour d’un lierre en fleur pour se convaincre que c’est une source de nourriture bienvenue pour les insectes. Plus étonnant en fin de de printemps les oiseaux qui s’accrochent au pied d’oseille sauvage en fleur pour en manger les graines.

      … les oiseaux se régalent de leurs graines

      Le jardin est aussi un lieu où l’on peut appréhender les odeurs et les textures décrites dans les livres. Celles des plantes aromatiques comme la menthe, le thym ou le romarin mais aussi plus surprenante celle de la terre mouillé. La sentir et la toucher est une expérience à laquelle aucun livre ne peut complètement rendre justice même si l’on peut y apprendre que son odeur est due à des bactéries dans les prairies ou à des champignons dans les forêts.

      On peut parfois oublier la météo à l’intérieur du cocon, au jardin ses effets sont trop visibles pour les ignorer. Le manque d’eau y est visible avec le vert qui vire au jaune. La sécheresse finit par figer le mouvement des plantes comme le froid le fait en hiver. Sans chauffage ni climatisation sans autre réserve d’eau que celle contenue dans le sol, elles subissent de plein fouet les caprices de la météo. Dès que l’eau revient et que la température est favorable, elles reprennent leur mouvement. Le jardin est abrité mais pas protégé du monde du monde extérieur. Cette adversité n’empêche pas la nature de s’exprimer au jardin. Libre à chacun d’entre nous de lui laisser un peu plus de place. Juste pour le plaisir de la découvrir et de l’observer.

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    • Travelling sur berce

      Publié à 10 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 30, 2024

      De mes promenades le long des chemins, il reste quelques souvenirs mémorables. Pas à chaque ballade, l’émerveillement ne vient pas sur commande. Souvent, ce sont juste des moments agréables pour mettre le corps et l’esprit en mouvement. Une bonne occasion de croiser des plantes familières,de se remémorer leurs noms ou leurs odeurs. Par exemple, cueillir puis froisser quelques graines sur un pied berce (Heracleum sphondylium). Leur odeur inimitable rappelle un peu celle des agrumes. S’arrêter quelques secondes devant les fleurs blanches de cette plante. Disposées en ombelle,elles culminent à un mètre cinquante de haut.

      Par un bel après-midi de juin, je répétais ces gestes, petits plaisirs simples de la vie. Je m’approchais au plus près d’une ombelle pour observer quelques fleurs à la loupe. Une ombelle est un monde en soi. Vu de loin c’est un grand rond blanc sur lequel des centaines de fleurs s’étalent. Vu de près on se rend compte, que le grand rond est constitué de plusieurs petits ronds, les ombellules. En se penchant sur une ombellule on peut voir à l’œil nu des dizaines de fleurs blanches. Ce jour là, je m’arrêtais pour observer un détail mis en avant dans une flore. A l’extérieur des ombellules les fleurs sont plus grandes qu’à l’intérieur. Celles de l’extérieur ne sont pas symétriques, les pétales orientés vers l’extérieur de l’ombellule sont plus grands que ceux orientés vers l’intérieur. Par contre les fleurs à l’intérieur de l’ombellule ont des pétales parfaitement symétriques. Explication : cela permettrait d’attirer plus facilement les insectes pollinisateurs en les guidant.

      J’observe donc à la loupe les détails de quelques fleurs, je constate cette différence. En relevant la tête je remarque qu’un insecte pollinisateur se trouve à quelque centimètres de moi. Il butine sur une ombellule voisine en ignorant ma présence. C’est probablement une abeille, je n’en suis pas sûr. Si quelqu’un de plus expert que moi en entomologie peut m’éclairer sur la questions la zone commentaire de cette page lui tend les bras !

      Profitant de la situation, je sors mon appareil photo, je me rends compte que ce sont des dizaines d’abeilles qui butinent sur l’ombelle de la berce. Souvent les insectes pollinisateurs s’éloignent ou fuient quand je m’approche de trop près d’une fleur. Il faut s’approcher petit à petit avec des gestes lents pour espérer les prendre en photo. Pour une raison que je j’ignore, j’ai passé des dizaines de minutes devant ce pied de berce, l’objectif collé à quelque centimètre des abeilles, à aucun moment elles n’ont fuit ou n’ont esquivé un geste menaçant envers moi. J’avais la sensation d’être le témoin invisible d’un spectacle qui se joue à une échelle qui m’est normalement inaccessible. Et pourtant littéralement sous mes yeux, la hauteur de l’ombelle de la berce m’épargnant même d’avoir à m’accroupir être aux premières loges.

      J’ai pu les observer en gros plan. Voir leurs poils, leurs yeux à facettes, leurs pattes, leurs ailes et surtout leurs trompes. Elles l’utilisent comme une paille pour siroter le nectar. J’avais lu dans ma flore qu’un disque nectarifère se trouve sur chaque fleur, à la base des étamines. Je le confirme, ils intéressent les abeilles au plus haut point. Elle vont s’y abreuver méthodiquement, imperturbables. Elles se regroupent autour des ombellules un peu comme des vaches autour d’un abreuvoir ou d’une mangeoire. La comparaison s’arrête là. Les vaches ne volent pas alors que les abeilles se déplacent avec précision de fleur en fleur, d’îles en îles. A leur échelle, une ombelle est un archipel suspendu dans les airs dont les ombellules sont les îles.

      Après être resté longtemps à observer le spectacle d’un archipel, je reprend ma marche et me rends compte que ce ballet aurait mérité d’être filmé. La chance me sourit. Je m’arrête devant une autre berce où les abeilles sont toutes aussi actives et indifférentes à ma présence. L’occasion de partager avec vous ce travelling sur berce.

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    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
    • Quand les plantes se jouent du temps qui passe

      Publié à 20 h 22 min par Antoine Bocheux, le mars 31, 2024

      Le printemps est comme un miracle évident. Imaginez comment les plantes traversent les longs mois d’hiver ? Fixes, privées de la possibilité de se déplacer sous des cieux plus cléments ou de s’abriter dans une maison bien chauffée. Sans pouvoir se couvrir d’un épais manteau, ni se réchauffer en bougeant. Sans pouvoir grandir faute de chaleur et de lumière. A ce problème pas si évident les solutions adoptées par les plantes sont aussi variées que complexes.

      Elles ne fuient pas le danger en se déplaçant, mais se distinguent par leurs facultés à se jouer du temps qui passe. Une sorte de fuite dans le temps, l’attente du bon moment plutôt que la recherche du bon endroit par le mouvement (ce que les graines font aussi, transportées par le vent et les animaux). Elles sont fixes mais nous pouvons leur envier quelques spécificités.

      D’abord, leur capacité d’attendre des conditions favorables des années, parfois des décennies sous forme d’embryon ayant mis son développement en sommeil : les graines. Il a fallu que la vie évolue pendant des centaines de millions d’années pour arriver à ce résultat qui permet aux plantes de recouvrir les terres émergées dès que des conditions favorables se présentent. Même si ces conditions favorables ne durent que quelques semaines, c’est suffisant pour que des graines germent, fleurissent et donnent naissance à de nouvelles graines qui, à leur tout, attendront patiemment dans le sol.

      Ensuite, la faculté des arbres à perdre leurs feuilles pendant l’hiver. Nous y sommes habitués, mais quand on y pense c’est un peu comme si nous hivernions en nous séparant de nos organes ne conversant que nos os, des réserves de graisses et quelques cellules en dormance capables de reconstituer nos organes le moment venu. Complètement inimaginable pour les animaux que nous sommes. La métaphore est un peu osée, trop basique pour rendre justice à la complexité du règne végétal, son but est simplement de faire ressortir le caractère extraordinaire de ce qui nous semble ordinaire.

      Au delà de ces réflexions métaphysiques, le printemps évidemment nous fait du bien. Le retour des herbes verts tendres, les premières fleurs, les premières feuilles. Puis au fil des semaines une montée en puissance vers toujours plus de verts, de variétés dans les formes et les couleurs des fleurs. Des odeurs qui reviennent, les paysages qui changent et sont remodelés.

      C’est un plaisir pour les yeux dont j’aime garder une trace à travers quelques photos. Je vous propose ici quelques clichés de ficaires (Ranonculus ficaria) et de pulmonaires (Pulmonaria officinalis) qui sont souvent les premières fleurs de l’année le long des chemin où je me promène.Il est toujours émouvant d’observer les prémices d’un nouveau cycle, je les regarde avec plus d’attention que celles qui les suivront. Le manque créé l’envie, la quasi disparition des fleurs sauvages qui se fait sentir pendant l’hiver pousse à s’arrêter et à se baisser pour les photographier.

      On les trouve souvent au bord des fossés et sur les talus. Les ficaires apparaissent généralement en premier. Leurs feuilles d’un vert luisant, en forme de cœur, sortent de terre dès le début du mois de janvier. Leurs fleurs jaunes se montrent de façon éparse dès fin janvier, de petites étoiles qui brillent au milieu de l’hiver. En février et en mars elles forment de véritables tapis jaunes le long des chemins. Elles vivent à contre courant du reste des plantes, elles s’éclipsent pendant l’été et démarrent leur cycle végétatif au milieu de l’hiver à la faveur des réserves accumulées dans leurs tubercules.

      Ficaires
      Tapis de ficaire le long d’un chemin
      Pulmonaires

      Les pulmonaires sortent généralement de terre quelques semaines plus tard. Leurs feuilles sont facilement reconnaissables à leurs taches blanches. Leurs fleurs sont de couleurs variables en fonction de leur maturité, elles oscillent entre le bleu et le pourpre. Cela permet de renseigner les insectes qui les pollinisent sur leur degré de maturité. Bientôt les herbes vont monter à hauteur des genoux, les arbres vont retrouver leurs feuilles. Les ficaires et les pulmonaires auront profité de leur précocité pour être seuls sous les derniers rayons de soleil de l’hiver. Ces quelques photos prises par une belle journée ensoleillée de mars permettront d’en garder un souvenir en attendant de les retrouver l’année prochaine.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Entre émerveillement et abattement

      Publié à 17 h 36 min par Antoine Bocheux, le janvier 7, 2024

      Entre émerveillement et abattement, la formule semble un peu éculée. Elle est pourtant parfaitement appropriée pour décrire ce que l’on ressent quand on aime la nature en ce début de 21ième siècle. D’un côté, les ouvrages de vulgarisation scientifique aident à toujours mieux connaître la vie des plantes et des animaux visibles et à s’imaginer celles des champignons et des bactéries invisibles. Des appareils photos et des caméras toujours plus perfectionnés donnent à voir des images magnifiques. D’un autre côté, on ne peut que constater tout ce qui disparaît ou devient rare en l’espace de quelques années. Les insectes et les oiseaux deviennent rares. Il est de plus en plus difficile de trouver une prairie, un bocage ou une forêt avec plusieurs essences d’arbres. Entre l’étalement urbain, les monocultures agricoles et sylvicoles, la place laissée à la nature est mince.

      Le climat tempéré que nous avons connu lui aussi disparaît. Cela fait maintenant 4 ans que j’écris ce blog, 4 années durant lesquelles les effets du changement climatique se sont faits lourdement ressentir. Vagues de chaleur, sécheresses, grêles, inondations. Les épisodes extrêmes se sont multipliés à un point où l’on peut constater que ce ne sont plus des anomalies météorologiques mais bien le climat qui change.

      Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les sécheresses et les vagues de chaleurs estivales. La couleur de l’été est de moins en moins le vert et de plus en plus le jaune paille de la végétation desséchée et des feuilles mortes qui tombent prématurément des arbres à cause de la sécheresse. Son parfum est de moins en moins souvent celui de la terre mouillée et de plus en plus celui de la poussière. L’eau qui était assez abondante devient maintenant suffisamment rare pour être sources de conflits et d’inquiétudes. Une réalité biologique simple et implacable se manifeste : sans eau aucune plante, sauvage ou cultivée, ne peut pousser. Ce qui ne nous met pas à l’abri des excès d’eau que nous connaissons cet hiver dont les paroxysmes sont les vagues d’inondations dramatiques que connaît le nord de la France. Pendant qu’une sécheresse historique frappe les Pyrénées orientales.

      La vie est parfois comme une musique de film qui alterne entre des scènes inquiétantes et des moments plus apaisants, propices à l’émerveillement et aux rêves. J’essaye régulièrement de partager ces moments lumineux dans ce blog. Souvent à travers mes lectures et le récit de mes promenades campagnardes et péri-urbaines. Les livres sont extraordinaires pour se lancer dans un voyage immobile et imaginer les mondes invisibles que les bons ouvrages de vulgarisation scientifique nous proposent de découvrir. Imaginer, chacun avec les images que les mots suscitent en lui, la présence de ces bactéries invisibles dans les sols, dans l’air, les roches, dans l’eau et dans nos corps. Les filaments invisibles des champignons qui occupent les moindres recoins du sols pour fournir en eau et en sels minéraux les plantes avec lesquelles ils vivent en symbiose. Une forme de vie encore sauvage, insaisissable que nous sommes parmi les premières générations d’êtres humains à découvrir.

      La découverte de ces vies invisibles et prolifiques nous ne consolera pas du recul du monde des plantes et des animaux. Celui que nous pouvons voir de nos propres yeux, mais aussi sentir, toucher, parfois goûter. Ici les livres ne font que nous aider à mieux comprendre et appréhender une réalité que nous pouvons observer avec nos propres sens. Il suffit parfois de peu de choses pour être saisi par l’émotion et sentir un éphémère sentiment de plénitude : la contemplation d’un arbre dans le brouillard qui lui donne une silhouette inhabituelle, une rencontre furtive avec un lièvre, une fleur sauvage qui s’épanouit sur un trottoir ou le long d’un chemin, l’odeur d’une aiguille d’épicéa froissée dans la main, le vol d’un papillon qui butine de fleurs en fleurs

      Tous ces moments où le rêve d’harmonie entre le vivant non humain et les êtres humains devient réalité pour quelques instants sont précieux. Même s’ils sont éphémères et symboliques. En ce début d’année je souhaite tout simplement les partager.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Changement climatique, Nature, Photos
    • Voler de fleurs en fleurs

      Publié à 14 h 25 min par Antoine Bocheux, le août 15, 2023

      Souvent les livres permettent de s’extraire du quotidien, de voyager dans le temps et dans l’espace. Parfois, c’est plus rare, ils ouvrent un nouveau point de vue sur des lieux qui semblent familiers. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de l’effet papillon1, un livre présentant des photos de papillons en vol. Les photos sont de Ghislain Simard, elles sont commentées par l’entomologiste Vincent Albouy. L’arrière plan et les paysages autour des papillons me semblent familiers. Ils se rapprochent de ceux que je peux observer quand je m’assieds au bord d’une prairie pour regarder les fleurs. Une succession de tiges, de feuilles et de fleurs avec d’infinies nuances de couleurs et de formes. Immergés dans ce décor, les insectes se font rarement attendre. La végétation est la fois leur gîte et leur garde manger.

      Les papillons ne sont pas faciles à observer. Parfois il se laissent photographier, occupés à butiner sur une fleur ou à se réchauffer au soleil. Avec un peu de persévérance, j’ai pu distinguer leurs yeux sur mes photographies. Voir ci-dessous une de mes photos.

      Par contre, je n’ai jamais réussi à les photographier en vol comme Ghislain Simard. Réussir ce type d’image nécessite un matériel sophistiqué, un savoir faire et beaucoup de patience. Côté matériel, prévoir une barrière laser qui déclenche la prise de vue quand le papillon traverse le faisceau. L’appareil photo est lui posé sur un trépied, le cadrage de l’image et la mise au point de la zone de netteté étant réglés au préalable. Le temps de pose étant extrêmement court, des flashs sont également nécessaire pour éclairer les images. Une fois ce montage complexe installé reste à patienter jusqu’à ce qu’un papillon se présente. A l’arrivé de superbes images de papillons en vol permettant de saisir un instantané de ce qui est normalement invisible à l’œil humain. Vous pouvez en consulter certaines avec ce lien sur le site de la Salamandre, l’éditeur du livre

      On apprend beaucoup sur le vol des papillons à la lecture de ce livre. Premier constat, les papillons ont quatre ailes indépendantes les unes des autres ce qui confère à leur vol beaucoup de maniabilité et de précision. Elles sont à la fois souples et robustes, elles peuvent se tordre et se déformer. Certaines photos qui permettent de le constater sont saisissantes. Malgré leurs trajectoires qui peuvent parfois nous sembler imprévisibles et erratiques, elles permettent aux papillons de se déplacer avec précision en dépensant un minimum d’énergie. L’instabilité apparente de leur vol s’explique pour de nombreuses espèces par la faiblesse de leur poids par rapport à la surface de leurs ailes. De vrais poids plumes virtuoses des acrobaties en plein vol. Jusqu’à l’accouplement en plein vol que Ghislain Simard à réussi à saisir (p 80-81)

      Le principal objet de ces déplacements est de butiner de fleurs en fleurs pour se nourrir de leur nectar. Une tournée des bars à sucre, en quelques en sorte. Ce sucre, transformé en graisse, est leur carburant pour voler. Certaines espèces de papillons comme les belles dames ou les vulcains ne se contentent pas de voler de fleurs en fleurs. Ils se lancent dans de longues migrations portés par les vents et les courants thermiques. Se déplaçant parfois sur des milliers de kilomètres, en patientant à l’abri au ras du sol quand les vents sont contraires. Leur petite taille ne les empêchent pas d’être de grands voyageurs.

      Au delà de la prouesse technique que constituent ces images et des précieuses informations sur le vol des papillons que nous donnent les commentaires qui les accompagnent, beaucoup d’émotions se dégagent de ce livre. Les papillons se nourrissent du nectar tout en pollinisant les fleurs, voilà une relation harmonieuse. Harmonieuse également pour l’être humain qui l’observe en profitant à la fois de la beauté des fleurs et de celle des papillons. Juste le plaisir de partager une tranche de vie avec le vivant non humain. Les photos de Ghislain Simard font ressortir cette harmonie. Si certaines d’entre elles donnent à voir les détails des écailles des ailes des papillons ou des gros plans sur leurs yeux, beaucoup permettent de les observer en plan large, dans leur environnement au milieu des plantes. On peut alors imaginer que les tiges des fleurs sont des troncs d’arbres entre lesquelles les papillons slaloment, les fleurs des promontoires où ils se reposent et se restaurent et les arbres des montagnes qu’ils contournent ou qu’ils survolent. L’on se prend à rêver de changer d’échelle pour voler avec légèreté dans ce monde féerique. Féerie renforcée par la beauté des couleurs des flous en arrière plan des images qui rappelle les tableaux des peintres impressionnistes.

      Les textes qui accompagnent les photos nous renvoient à la triste réalité du fort déclin des papillons au cours des dernières décennies. Le plaisir de croiser des papillons devient de plus en plus rare. Vincent Albouy indique que les espèces autrefois courantes deviennent rares et que celles qui étaient rares disparaissent ou voient leurs aires de répartition dangereusement rétrécies. Ghislain Simard, explique qu’un autre photographe lui a conseillé de photographier les papillons tant qu’il y en a encore. Le parallèle entre les progrès du matériel photographique qui permet de saisir ces images et celui du déclin des papillons est saisissant.

      Pour finir sur une note positive, les auteurs nous rappellent combien il est important de laisser fleurir des fleurs sauvages dans les jardins et les champs pour préserver les papillons. Tondre à ras la pelouse plutôt que de laisser fleurir les plantes sauvages est un choix souvent motivé par des raisons esthétiques. En feuilletant ce livre on ne peut pourtant que constater à quel point la beauté est du côté des fleurs sauvages et des papillons.

      1Ghislain Simard  et Vincent Albouy, L’effet papillon, La Salamandre, 160 pages, 2023

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Jardin, Nature, Papillons, Photos
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