Les champs de mes rêves

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    • La cellule : dénominateur commun du vivant

      Publié à 15 h 46 min par Antoine Bocheux, le janvier 18, 2026

      Le vivant est d’une diversité foisonnante. Quels points communs peut-on trouver entre une minuscule bactérie, un arbre et un être humain ? Les différences sautent aux yeux. La bactérie est complètement invisible, l’arbre est fixe et l’être humain bouge. Si l’on oublie nos sens et que l’on adopte un point de vue scientifique il existe pourtant un lien de parenté entre notre bactérie, notre arbre et notre être humain. Ce sont des cousins très éloignés que des centaines de millions d’années d’évolution séparent. En dépit des apparences, ils ont tous un ancêtre commun. Et ils sont tous les trois constitués de cellules. Une simple cellule sans noyau pour la bactérie. Des milliards de cellules avec des noyaux pour l’arbre et l’être humain.

      La vie n’est pas simple à définir, aucune définition ne donne complètement satisfaction. Mais en observant son histoire en plan large, la cellule est un fil rouge, un dénominateur commun entre toutes les formes de vie ayant existé et existant aujourd’hui. Elles ont évolué et se sont diversifiées au fil du temps. Pourtant, elles ont toutes des séquences d’ADN en commun, ce qui permet aux scientifiques d’arriver à la conclusion qu’elles ont un ancêtre commun.

      Au début, il n’y avait que de minuscules cellules sans noyau pour protéger leur ADN, les bactéries et les archées. On ne sait pas laquelle des deux familles est apparue en premier. C’était probablement il y a 4 milliards d’années dans l’enfance de l’histoire de la terre qui a commencé il y a 4,5 milliards d’années. Beaucoup plus tard, il y a environ 1,5 milliard d’années sont apparus les eucaryotes, des cellules plus grandes, avec un noyau pour protéger leur ADN. Plus tard, il y a environ 600 millions d’années la vie multicellulaire apparaît avec des eucaryotes qui deviendront les champignons, les animaux et les plantes. Les cellules des plantes auront des chloroplastes qui leur permettront de fabriquer du sucre avec du CO2, de l’eau et la lumière du soleil. Celles des animaux auront des parois souples, quand celles des plantes seront rigides. Les animaux auront de multiples organes quand les plantes n’en auront que trois : tiges, racines et feuilles (les fleurs sont des feuilles transformées).

      Tout cela est bien complexe à expliquer. Cela semble pourtant limpide en lisant l’excellent livre de vulgarisation scientifique de Christophe Galfard, la vie à portée de maini. Tout est une question d’échelle. Nous sommes trop gros pour voir la majorité des formes de vie et les scientifiques ont eu besoin de microscopes de plus en plus puissants pour les découvrir et commencer à percer les secrets des cellules. La vie, comme toute la matière, est comme un puzzle géant dont l’unité de base est l’atome. Ces atomes sont assemblés en molécules. Celles des êtres vivants sont organisées sous forme de cellules. Dans ces cellules, se déroulent d’incessantes réactions chimiques au cours desquelles des millions de molécules sont assemblées chaque seconde. Les recettes de ces réactions chimiques sont codées sous formes d’ADN, l’alphabet du vivant.

      Pour nous aider à imaginer l’invisible Christophe Galfard nous propose de voyager par la pensée à l’intérieur d’une des cellules de notre main. Ce voyage serait trop long à décrire. Retenons en ici une métaphore (p 293). « les cellules sont les éléments constitutifs de la vie, ce qui est une découverte plutôt solide et rassurante. Mais plus vous observezcelle-ci, plus vous avez l’impression que les cellules sont le fruit du travail d’un groupe d’elfes ivres et minuscules qui ont décidé, lors d’une nuit épique, pour la blague, de construire des villes miniatures à l’intérieur de bulles liquides remplies de gel. C’était une bonne blague parce que ces villes qu’ils avaient en tête étaient, bien sûr faites de telle manière qu’elles devaient en permanence se reconstruire à partir de rien avec des matériaux constamment apportés, filtrés, détruits, recyclés par la cellule elle même. »

      Étrange, invisible. Pourtant notre corps est bien constitué de cellules, leur nombre est estimé à 30 milliards. Une activité incessante se déroule en permanence à l’intérieur de chacune d’entre elles. Autant d’éléments dont nous sommes constitués dont nous n’aurions pas conscience sans les découvertes de la science ! C’est déjà beaucoup, mais cela n’explique pas tout. D’où vient notre conscience d’être en vie, toutes les formes de vie ont-elles une conscience ? Autant de questions auxquelles la science n’est pas en mesure de répondre.

      iChristophe Galfard, la vie à portée, Albin Michel, 2025, 570 p

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    • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le novembre 30, 2025

      Certaines lectures donnent l’espoir d’échapper à l’actualité et son lot de mauvaises nouvelles. C’est ce que j’espérais en me plongeant dans la lecture de « les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre »i. Ce livre de vulgarisation scientifique écrit par le paléontologue Thomas Halliday plonge avec délice dans un voyage spatio-temporel. A partir des fossiles et autres indices conservés dans les roches, il imagine une description des paysages, de la flore et de la faune à différentes époques géologiques. Le voyage commence au pléistocène, au milieu des mammouths, il y a 20 000 ans et finit il y a 550 millions d’années dans les océans de l’édiacarien. Toute cette histoire peut sembler loin de nous, elle est pourtant brûlante d’actualité.

      Pendant ces 550 millions d’années, on compte 5 extinctions de masse dont certaines sont provoquées par de brusques changements climatiques … En particulier celle qui est survenu il y a 252 millions à la fin du permien : une gigantesque irruption volcanique en Sibérie a provoqué une forte concentration en CO2 et en méthane dans l’atmosphère. Et mis le feu à de gigantesques tourbières, ce qui a encore fait monter la concentration de gaz à effet de serre. S’en est suivi un réchauffement climatique rapide, une acidification des océans et l’extinction de 96 % des espèces. Difficile de ne pas voir de similitudes avec la situation actuelle !

      Thomas Halliday fait part de ces similitudes dans sa conclusion. Si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous nous dirigeons vers un climat jamais connu par le genre Homo. Il faut remonter à l’Eocène il y a 40 millions d’année pour s’en approcher. A cette époque, l’antarctique était recouvert de forêts. Il se montre malgré tout optimiste car nous sommes informés de la situation « le fait même que nous soyons en mesure de réfléchir à l’état de notre environnement, que nous disposons de la capacité de nous plonger dans le passé pour le comparer au présent est la raison pour laquelle nous pouvons rester optimiste »ii. Mais est-il suffisant d’être informé ? Quelques jours avant de lire cette phrase nous parlions avec mon ami Sébastien Dathané de la désinformation. Concept qu’il présente dans son blog Alchimie de sensiii. Au moment où un consensus se dégage au sein de la communauté scientifique sur l’origine anthropique du réchauffement et sur sa gravité, un constat s’impose : savoir est une choses, agir pour trouver une solution à ce péril en est une autre.

      La COP 30 en est une illustration pour plusieurs raisons. La première est l’absence des Etats-Unis parce que son président remet en cause l’origine anthropique du changement climatique. Cela traduit une remise en cause de la science. Le savoir scientifique est pourtant construit autour d’une méthodologie rigoureuse, où les chercheurs citent leur sources, expliquent en détail leur méthodologie afin de permettre à d’autres chercheurs de reproduire leurs expérience pour vérifier leur résultats et sont soumis à l’évaluation de leurs pairs. Quand les résultats de travaux menés avec rigueur sur des décennies sont balayés d’un revers de main, cela laisse perplexe. Quand leur réfutation s’appuie sur quelques travaux scientifiques il y a bien désinformation.

      La seconde est la nature des discussions entre les participants : des pays, des lobbies industriels et des organisations non gouvernementales. L’émission de Causes à effets sur France Culture en propose un compte renduiv. Elles ont principalement tournées autour de la décarbonation de l’économie mondiale. Il a été question de continuer ou pas l’extraction des énergies fossiles, et de réduire les émissions de CO2 en utilisant plus d’énergies renouvelables. Dans une conjoncture marquée par les tensions internationales où les États cherchent avant tout à développer leurs industries et de nouvelles techniques autour de cette nouvelle économie décarbonée. Avec un budget contraint par la hausse des dépenses militaires. Dans ce contexte concurrentiel avec de forts enjeux de pouvoir et de puissance sous jacents, il est fort probable que la désinformation ait été utilisée comme une arme pour peser sur les débats. On peut voir le verre d’eau à moitié plein et se dire que, malgré tout, cette transition énergétique va permettre de réduire un peu les émissions de gaz à effet de serre ce qui limitera les dégâts. On peut aussi être plus pessimiste comme l’historien Jean Baptiste Fressoz qui explique que la transition énergétique n’est en fait qu’un empilement des énergies les unes sur les autresv et pas une substitution des énergies renouvelables aux énergies fossiles.

      Devant la complexité des politiques d’atténuation et d’adaptation, le risque de mésinformation n’est jamais loin. Le temps que chacun peut consacrer pour s’informer sur ces sujets est forcément limité. Moi le premier, personne n’est à l’abri de distorsion involontaire de la vérité, sans intention malveillante. Pourtant, il faut bien s’informer de son mieux. Nous l’avons vu, savoir ne suffit pas, mais il est indispensable de savoir pour espérer trouver une solution. Adhérer à la désinformation selon laquelle le réchauffement climatique n’est pas d’origine anthropique c’est aller tout droit vers les pires scénarios climatiques.

      iThomas Halliday , Les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre, Livre de poche, 660 pages, 2022

      iiP 516 Thomas Halliday , Les Mondes d’hier, voyage aux origines de la terre

      iiihttps://alchimie-de-sens.netlify.app/notes-permanentes/20251021-desinformation-generalites/

      ivhttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/de-cause-a-effets-le-magazine-de-l-environnement/cop-30-clap-de-fin-quels-engagements-pour-demain-1367320

      vhttps://champsdemesreves.fr/2024/02/24/quand-le-petrole-sert-a-extraire-du-bois/

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    • Incomplétude heureuse

      Publié à 17 h 53 min par Antoine Bocheux, le octobre 19, 2025

      Incomplétude, ce mot étrange m’est venu à l’esprit en assistant à un récital de piano. Même en me concentrant, impossible de suivre le flot de musique qui jaillit de la table d’harmonie. Sur le clavier, tout va vite, sous l’impulsion des mouvements vifs, souples et précis du pianiste. Trop de notes d’arpèges et d’accords, trop de nuances, trop de variétés dans les timbres. Même en étant attentif, il m’est impossible de me concentrer sur tout. J’imagine que, peut-être dans la salle, d’autres spectateurs plus familiers que moi à l’art du piano perçoivent une sorte de face cachée de la musique qui échappe à mon oreille. J’ai l’impression que mon écoute est incomplète, ce qui ne m’empêche pas d’en entendre assez pour apprécier la musique. Cette incomplétude me donne même une forme de satisfaction. Le flot musical qui sort du piano n’est pas clos. Il est riche des promesses du plaisir d’en découvrir de nouvelles facettes à l’occasion de prochains concerts ou de l’écoute attentive d’un disque.

      Cette incomplétude heureuse m’évoque également la botanique. Essayer de vous installer seul au milieu d’une prairie et de nommer les plantes qui vous entourent. Si vous n’en connaissez aucune, l’exercice sera frustrant. Il est difficile de s’intéresser à quelque chose sans aucun repère. Ce n’est plus de l’incomplétude, c’est le vide, le néant. Si vous en reconnaissez la moitié, vous serez heureux de les retrouver et sûrement très motivé par la perspective de sortir votre flore et votre loupe pour mettre un nom sur une partie des plantes que vous n’avez pas reconnues. En repassant, saisons après saisons, années après années, vous aurez le plaisir de constater que vous en reconnaissez de plus en plus. La prairie devient de plus en plus familière. Si un jour vous les reconnaissez toutes, vous aurez un moment l’impression d’avoir fait le tour de la question.

      Mais l’horizon de la botanique est vaste. Vous aurez peut-être envie d’aller voir ailleurs pour découvrir des plantes que vous ne connaissez pas encore. Et même de découvrir des espèces que personne n’a jamais décrites si vous êtes un botaniste chevronné (pour cela il faudra quitter la France métropolitaine). Ou de vous intéresser plus en détail aux plantes que vous avez identifiées dans la prairie. Ce que leur association permet de déduire sur la nature du sol ? Sont-elles comestibles ? Ont-elles des vertus médicinales. Quels animaux s’en nourrissent ? Sont-elles rares ? Les questions à se poser sont nombreuses. Si la prairie était un cercle, il se remplirait au fur et fur à mesure que l’on apprend à y identifier les plantes qui poussent à l’intérieur. Et au moment où l’on pense en connaître la superficie, l’on se rend compte qu’il reste de nouveaux points, d’une nature différente, à découvrir. En y prêtant attention, certains points se dilatent et deviennent de nouveaux cercles à explorer.

      Sous la prairie, il y a peut-être un sol calcaire constitué de l’accumulation des cadavres de micro-organismes ayant vécu il y a des centaines de millions d’années. Pour les scientifiques, proposer un récit de l’histoire de la vie sur terre ressemble à une enquête policière dont les indices se trouvent principalement dans les roches. La découverte de fossiles permet de compléter le tableau. A partir de ces indices, ils peuvent nous proposer les contours d’une histoire de la vie sur terre. Il restera toujours du mystère dans cette histoire, des découvertes scientifiques à venir la feront évoluer, la bouleverseront peut-être. Une chose est sûre elle sera toujours incomplète. Cette incomplétude fait travailler l’imagination. Comme créer une image mentale de ce qui n’existe plus. Une solution est de faire appel à des illustrations d’artistes qui essayent de restituer les paysages disparus avec le plus de précisions possible. Une autre est de se laisser aller à son imagination.

      J’imagine des images floues avec des dominantes de couleurs chaudes pour marquer différents chapitres. Du rouge pour la terre primitive encore en fusion, il y a environ 4,5 milliards d’années. Du bleu foncé pour les débuts de la vie sur terre avant que la photosynthèse des cyanobactéries ne rejette de l’oxygène dans l’atmosphère. La vie existait, mais elle n’était représentée que par des bactéries invisibles à l’œil nu. Du bleu plus clair entre 2,4 milliards d’année et 600 millions d’années, la vie est toujours invisible mais un peu plus grande avec l’apparition des cellules à noyaux, les eucaryotes. Des formes floues, variées et étranges au milieu du bleu de l’océan pour les débuts de la vie multicellulaire entre 600 et 450 millions d’années Et du vert d’il y a 450 millions d’années à nos jours quand les plantes ont colonisé les continents. Les images sont floues, très incomplètes, mais le cercle commence à se remplir. Et je réjouis de la perspective que mes lectures au cours des prochaines années leur apporte un peu de netteté.

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    • Zoom et dézoom : voyage à l’échelle d’une bactérie

      Publié à 20 h 13 min par Antoine Bocheux, le août 7, 2025

      Il existe de nombreux divertissements pour oublier les soucis du quotidien. Le cinéma en est un : souverain. Parfois, avec les films policiers, nous regardons des histoires qui font peur. Pour se dire que nos vies ne sont pas si terribles que ça ? D’autres fois, avec les comédies romantiques, nous rentrons dans un monde idéalisé où tout finit bien. Pour rêver d’une vie meilleure que la nôtre ? Il existe aussi des expériences de pensées plus originalesoù l’on se fait soi même son cinéma dans sa tête. De bonnes occasions d’imaginer ce que nos sens ne peuvent pas voir. Pourquoi pas essayer de changer d’échelle en se mettant dans le peau d’une bactérie ?

      Les bactéries sont partout. Dans nos corps comme dans celui de tous les animaux, dans les plantes, dans les sols, dans les océans et même dans l’air. Elles sont la forme de vie la plus ancienne sur terre. Elles existent depuis au moins 3,5 milliards d’années alors que la vie pluricellulaire n’aurait que 600 millions d’années. Elles sont partout, mais ne pouvons pas les voir directement. Elles sont petites, beaucoup trop petites. Elles ne font qu’environ 1 millième de millimètre. Beaucoup trop lilliputien pour espérer les observer avec une loupe. Pour les voir il reste le microscope électronique. Pas vraiment le genre d’équipement auquel tout un chacun a accès ! Les scientifiques qui ont pu les observer par ce biais nous apprennent que leurs formes sont variées : sphériques, ovales, bâtonnets, filaments … Tout cela reste encore bien abstrait. 1 millième de millimètre c’est tellement petit ! Nous sommes trop gros pour faire de la biologie.

      Alors lançons nous dans notre expérience de pensée. Agrandissons suffisamment nos bactéries pour pouvoir les observer sans loupe et les saisir. Imaginons que leur taille est multipliée par mille. Elles font maintenant un millimètre de haut. Un millimètre c’est encore minuscule mais avec une pince nous pouvons maintenant espérer les manipuler. En étant patient nous pourrions essayer de les empiler pour construire une tour. Imaginons que cette tour fait mille fois la taille d’un être humain de 180 centimètres. Notre tour est un gratte ciel qui culmine à 180 mètres de hauts. Il faudrait beaucoup de petits briques d’un millimètres pour la construire ! Des milliards et des milliards de briques. On comprend mieux pourquoi un corps humain est assez grand pour abriter des dizaines de milliards de bactérie. Le Muséum d’Histoire Naturelle estime que le corps d’un être humain de 20 à 30 de ans mesurant 1,70 mètres abriterait 38 milliards de bactériesi. C’est vraiment beaucoup. Pour donner un ordre de grandeur, la terre est peuplée de « seulement » 8,14 milliards d’habitants en 2025.

      Poursuivons notre expérience de pensée en imaginant maintenant que nous sommes une bactérie de 180 centimètres de haut au pied d’un être humain. Pour respecter les ordres de grandeurs, agrandissons notre être humain géant dans les mêmes proportions que la bactérie pour passer de passer de 1 millième de millimètre à 180 centimètres ? Quelle hauteur ferait cet être humain ? Il serait bien plus haut qu’une grande girafe de 6 mètre de haut c’est sûr. Beaucoup plus haut qu’un gratte ciel de 800 mètre de haut. Il culminerait largement au dessus des 8849 mètre d’altitude de mont Everest. La bonne réponse est 324 kilomètres. Notre géant imaginaire aurait donc les pieds sur terre et la tête dans l’espace. En ordre de grandeur sa taille correspond à peut près à la distance en ligne droite entre Paris et Londres (344 kilomètres) ou la distance entre la terre et la station spatiale internationale. Mais ce n’est finalement pas si grand que ça pour abriter 38 milliards de bactéries !

      Il nous faudrait du temps pour explorer ce géant, le chemin de ses pieds à sa tête serait long. Il serait particulièrement embouteillé au niveau du tube digestif qui abrite 90 % des bactéries hébergées dans un corps humain. Comme souvent c’est là où se trouve la nourriture que la vie se concentre.

      Chaque bactérie contient des millions de molécules. Nous pourrions poursuivre notre expérience de pensée en nous mettant à l’échelle d’une molécule. Mais les distances risquent de devenir vraiment vertigineuses !

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/le-corps-humain-terrain-de-toute-une-biodiversite

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    • Entropie, énergie et informations : quand la physique et la biologie rejoignent le quotidien

      Publié à 16 h 33 min par Antoine Bocheux, le juillet 20, 2025

      Les idées se croisent parfois d’une manière surprenante. En ouvrant un livre pour s’évader du quotidien. Juste pour le plaisir de découvrir d’autres mondes que nous ne pouvons pas voir mais dont la science nous fait découvrir l’existence. Elle nous aide à en imaginer les contours. Physique, astrophysique, biologie, géologie … les champs de de la sciences sont vastes et variés. L’historien David Christian a eu la bonne idée de réunir toutes ces disciplines pour nos proposer une histoire de la Terre du big bang à nos jours dans son livre « Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours »i. Après avoir lu ses deux premières parties sur le cosmos et la biosphère quelques constantes apparaissent.

      Dans la description qu’il fait du cosmos comme dans celle de la biosphère l’opposition entre l’entropie et l’énergie tient une place importante. L’entropie est la tendance de notre univers en expansion à aller vers le désordre. L’énergie, au contraire permet de fusionner la matière vers des atomes puis des molécules toujours plus complexes. Mais quand l’énergie libre qui permet à cette complexité de se former s’épuise, l’entropie reprend le dessus. C’est l’énergie de la gravitation qui permet à des atomes d’hydrogène et d’hélium qui circulent dans l’univers de se regrouper ce qui les réchauffe. Jusqu’à atteindre 10 000 degrés, température à laquelle se forme une réaction de fusion nucléaire qui transforme l’hydrogène en hélium. Une étoile est née. Quand l’hydrogène s’épuise, d’autre atomes plus lourds (avec plus de protons dans leurs noyaux ) se forment, jusqu’à ce que la température de l’étoile devienne tellement élevée qu’elle explose. Et que ses atomes se dispersent dans l’espace. C’est le retour de l’entropie.

      Sur terre, notre planète formée d’atomes issus de poussière d’étoiles ayant explosées, la source d’énergie directe est fournie par le soleil qui lui permet d’atteindre une température propice à la formation de molécules complexes. En simplifiant à grands traits, ces atomes ont finit par donner la vie sous forme de petites cellules procaryote (environ un millième de millimètre). Une sorte de bain liquide constitué de molécules qui restent groupées grâce à un ensemble de réactions chimiques, leur métabolisme. Elles peuvent se reproduire de façon quasi identique grâce à leur ADN. Pour alimenter leur métabolisme, elle ont besoin d’énergie, le plus souvent fournie directement par les photons du soleil grâce à la photosynthèse. Elles ont également besoin d’informations pour s’adapter à leur environnement. Par exemples, elles peuvent détecter la présence de nutriments, de toxines ou d’autres micro-organismes et ajuster leur comportement en conséquence (comme se déplacer vers une source de nourriture ou éviter des substances nocives). Avoir accès à une source d’énergie et à des informations est donc indispensable aux organismes vivants, même les plus simples, pour rester en vie.

      Revenons à notre échelle et à nos activités quotidiennes. Nous aussi avons besoin d’énergie pour vivre. Nous la recevons sous forme de nourriture, en mangeant d’autres animaux ou des végétaux ayant tiré leur énergie du soleil. De l’énergie il nous en faut pour activer nos muscles, pour ranger notre bureau qui est vite envahi par le désordre si nous n’intervenons pas. La tendance naturelle vers l’entropie sans dépense d’énergie se vérifie ici d’une manière imparable ! Même au repos, il faut manger pour vivre, pour alimenter notre cerveau quand nous lisons ou nous rêvons ou tout simplement pour respirer. L’information nous est également nécessaire, pour vérifier qu’il n’y a pas de voiture avant de traverser de la route ou pour ne pas manger des aliments moisis.

      Mais s’informer c’est aussi une dépense d’énergie. Faible quand il s’agit de regarder si une voiture arrive avant de traverser la route, forte quand il s’agit de choisir une voiture à acheter. Encore plus élevée quand il s’agit de gérer une entreprise : suivre la réglementation, la concurrence, les attentes des clients … les besoins d’informations sont énormes. Ces informations sont pourtant nécessaires pour prendre des décisions les plus éclairées possible. Le web est rempli d’informations utiles, disponibles gratuitement encore faut-il le temps de les identifier et encore du temps pour les analyser. Ce temps nécessite de l’énergie, puisqu’il sollicite nos cerveaux. Qui ont leurs limites alors que le volume d’informations disponibles sur le web ne cesse d’augmenter. L’intelligence artificielle et ses datas center gourmands en énergie peut, dans une certaine mesure, aider dans ces tâches de recherche et de traitement de l’information. Mais elle contribue également à produire plus d’informations de « mauvaises » qualités dont le traitement fait perdre de l’énergie. « Fausses » quand elles sont émises avec l’intention d’induire en erreur. Ou tout simplement sans intérêt quand elles ne font que reformuler presque à l’identique des informations déjà émises, créant une surcharge informationnelle qui sature nos cerveaux. Une intervention humaine reste indispensable pour sélectionner les informations à évaluer en évitant le trop peu ou le trop plein d’information, mais aussi de se disperser en se basant sur des informations hors sujet ou sans valeur ajoutée pour l’analyse.

      Si nous savons que traverser la route sans regarder s’il n’y pas de voiture est dangereux, n’oublions pas aussi que l’excès d’information est également dangereux. S’il fallait deux heures pour analyser les détails de la route avant de traverser il serait difficile d’arriver à l’heure à son rendrez-vous. Et compter les fenêtres sur les maisons de chaque côté de la route ne permettrait pas de savoir si la voie est libre pour traverser. L’information c’est un peu comme la nourriture, notre source d’énergie, il n’en faut ni trop ni trop peu et elle doit correspondre à nos besoins pour prendre les bonnes décisions ! L’énergie de nos cerveaux n’est pas illimitée contrairement à la quantité d’informations disponibles sur le web.

      iDavid Christian,  Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours , arpa, 2025, 400 pages

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    • Réflexions scientifiques, poétiques et philosophiques sur la beauté du vivant

      Publié à 18 h 15 min par Antoine Bocheux, le novembre 17, 2024

      Les définitions du dictionnaire ne donnent pas toujours satisfaction. C’est le cas de celle du mot beauté. Le dictionnaire de l’académie françaisei en propose plusieurs. La première est basique « Qualité de ce qui est beau, de ce qui relève du Beau », la seconde plus intéressante « Caractère de ce qui provoque l’admiration et l’émotion, par ses formes, ses proportions, ses rythmes, son harmonie. ». Source d’émotion et d’admiration, cette définition nous indique les sentiments que la beauté peut susciter en nous. Des formes, des proportions, des rythmes, une harmonie, elle nous donne des pistes sur ce qui peut susciter cette émotion. Sans nous dévoiler ce qu’est intrinsèquement la beauté.

      Dans son dernier livre, la beauté du vivantii le botaniste Francis Hallé nous propose une réflexion sur la beauté, plus spécifiquement sur celle du vivant. Il ne se satisfait pas des définitions de la beauté proposées par les dictionnaires. Il souligne qu’elles sont trop anthropocentrées, elles se focalisent sur ce que la beauté suscite chez l’être humain sans vraiment la définir. Tel un poète, il nous propose de dépasser le sens commun des mots pour exprimer ce qu’ils n’expriment pas habituellement, contribuant à élargir notre perception de la réalité.

      La beauté, les scientifiques n’en parlent pas dans leurs travaux de recherche. Depuis l’avènement de la biologie moléculaire, il est mal vu que ceux qui étudient le vivant de s’émerveiller devant sa beauté. Francis Hallé le regrette. Parce ce que son observation est une puissante source de motivation pour les chercheurs qui consacrent leur carrière à l’étude de la nature. Parce que le grand public y est sensible. Mais aussi parce ce que cette beauté a peut-être un sens.

      La beauté du vivant est un beau livre, grand format, dont les textes sont ponctués par de nombreuses planches d’illustrations dessinées par l’auteur. Il y donne à voir des animaux et des plantes fossiles et actuels. En se focalisant sur le vivant visible, la beauté que nous pouvons admirer de nos propres yeux. Dessins à l’appui, il constate qu’au cours de la longue histoire de la vie , le vivant est allé vers plus de beauté. L’évolution sélectionne sur le temps très long les formes les plus belles et les plus fonctionnelles. Les fleurs, les papillons ou les paons dont la plupart d’entre nous admirent la beauté sont apparus tard dans l’histoire de la vie. Alors que l’esthétique des premières plantes , des premiers insectes ou des premiers vertébrés nous laisse généralement indifférent.

      Comme l’histoire de l’art ne retient que les plus beaux tableaux des époques anciennes, l’évolution ne conserverait que ce qui est beau et fonctionnel. Les formes et les proportions que nous observons dans la nature seraient tracées par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. L’émotion et l’admiration que nous éprouvons devant la beauté de vivant est l’œuvre du temps infiniment long. Nous l’éprouvons devant ce que nos sens nous permettent de voir. Les bactéries invisibles partout autour de nous et en nous continuent-elles à évoluer. Vers plus de beauté ? Ne pouvant pas les observer, nous ne pouvons pas le savoir.

      La contemplation de la beauté du vivant peut parfois provoquer des émotions intenses. C’est ce que Francis Hallé appelle « le sentiment océanique ». Il décrit ce sentiment éphémère qui n’a rien à voir avec l’océan « la forêt s’est parée de délicates couleurs dorées et j’ai eu l’impression d’avoir disparu au profit du sublime décor qui m’entourait. Grande satisfaction, grand bonheur ; hélas cela n’a pas duré et le spectacle est redevenu normal aussi brusquement qu’il était métamorphosé ». Expérience rare qu’il indique n’avoir vécu qu’une fois. Qui correspond peut-être au sentiment exacerbé de ne faire qu’un avec la nature. Sentiment qu’il est possible d’éprouver, d’une façon moins intense et plus intellectuelle en étant touché par la beauté de la nature tout en réfléchissant aux liens intimes qui nous relient à elle. Cela me rappelle des vacances pendant lesquelles je marchais tranquillement dans le bocage et pensais que je baignais dans le même air que les arbres que j’admiraisiii. Je pensais aux molécules d’oxygène que je respirais, résultat de leur photosynthèse. Baignant dans le même air que les plantes, respirant les molécules d’oxygène qu’elles venaient probablement de rejeter. En y pensant, je me sentais plus proche d’elles. En même temps j’admirais la beauté des formes et des couleurs du vivant qui semblaient plus belles que d’habitude. J’admirais en réfléchissant au livre du philosophe Emmanuele Coccia « la vie des plantes ; une métaphysique du vivant »iv que j’étais en train de lire. Mon expérience était beaucoup plus intellectuelle et moins intense que le sentiment océanique, mais il se passait quelque chose d’inhabituel. Le sentiment de faire un avec la nature n’était plus seulement théorique.

      Après cette réflexion sur la beauté mêlant biologie, poésie et philosophie, il me reste plus simplement à partager une photo pour tenter de l’illustrer.

      ihttps://dictionnaire-academie.fr/article/A9B0713
      iiFrancis Hallé, la beauté du vivant, Actes sud, 200 pages, 2024
      iiihttps://champsdemesreves.fr/2023/05/08/vivre-au-milieu-des-plantes/
      ivEmmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Quand les plantes se jouent du temps qui passe

      Publié à 20 h 22 min par Antoine Bocheux, le mars 31, 2024

      Le printemps est comme un miracle évident. Imaginez comment les plantes traversent les longs mois d’hiver ? Fixes, privées de la possibilité de se déplacer sous des cieux plus cléments ou de s’abriter dans une maison bien chauffée. Sans pouvoir se couvrir d’un épais manteau, ni se réchauffer en bougeant. Sans pouvoir grandir faute de chaleur et de lumière. A ce problème pas si évident les solutions adoptées par les plantes sont aussi variées que complexes.

      Elles ne fuient pas le danger en se déplaçant, mais se distinguent par leurs facultés à se jouer du temps qui passe. Une sorte de fuite dans le temps, l’attente du bon moment plutôt que la recherche du bon endroit par le mouvement (ce que les graines font aussi, transportées par le vent et les animaux). Elles sont fixes mais nous pouvons leur envier quelques spécificités.

      D’abord, leur capacité d’attendre des conditions favorables des années, parfois des décennies sous forme d’embryon ayant mis son développement en sommeil : les graines. Il a fallu que la vie évolue pendant des centaines de millions d’années pour arriver à ce résultat qui permet aux plantes de recouvrir les terres émergées dès que des conditions favorables se présentent. Même si ces conditions favorables ne durent que quelques semaines, c’est suffisant pour que des graines germent, fleurissent et donnent naissance à de nouvelles graines qui, à leur tout, attendront patiemment dans le sol.

      Ensuite, la faculté des arbres à perdre leurs feuilles pendant l’hiver. Nous y sommes habitués, mais quand on y pense c’est un peu comme si nous hivernions en nous séparant de nos organes ne conversant que nos os, des réserves de graisses et quelques cellules en dormance capables de reconstituer nos organes le moment venu. Complètement inimaginable pour les animaux que nous sommes. La métaphore est un peu osée, trop basique pour rendre justice à la complexité du règne végétal, son but est simplement de faire ressortir le caractère extraordinaire de ce qui nous semble ordinaire.

      Au delà de ces réflexions métaphysiques, le printemps évidemment nous fait du bien. Le retour des herbes verts tendres, les premières fleurs, les premières feuilles. Puis au fil des semaines une montée en puissance vers toujours plus de verts, de variétés dans les formes et les couleurs des fleurs. Des odeurs qui reviennent, les paysages qui changent et sont remodelés.

      C’est un plaisir pour les yeux dont j’aime garder une trace à travers quelques photos. Je vous propose ici quelques clichés de ficaires (Ranonculus ficaria) et de pulmonaires (Pulmonaria officinalis) qui sont souvent les premières fleurs de l’année le long des chemin où je me promène.Il est toujours émouvant d’observer les prémices d’un nouveau cycle, je les regarde avec plus d’attention que celles qui les suivront. Le manque créé l’envie, la quasi disparition des fleurs sauvages qui se fait sentir pendant l’hiver pousse à s’arrêter et à se baisser pour les photographier.

      On les trouve souvent au bord des fossés et sur les talus. Les ficaires apparaissent généralement en premier. Leurs feuilles d’un vert luisant, en forme de cœur, sortent de terre dès le début du mois de janvier. Leurs fleurs jaunes se montrent de façon éparse dès fin janvier, de petites étoiles qui brillent au milieu de l’hiver. En février et en mars elles forment de véritables tapis jaunes le long des chemins. Elles vivent à contre courant du reste des plantes, elles s’éclipsent pendant l’été et démarrent leur cycle végétatif au milieu de l’hiver à la faveur des réserves accumulées dans leurs tubercules.

      Ficaires
      Tapis de ficaire le long d’un chemin
      Pulmonaires

      Les pulmonaires sortent généralement de terre quelques semaines plus tard. Leurs feuilles sont facilement reconnaissables à leurs taches blanches. Leurs fleurs sont de couleurs variables en fonction de leur maturité, elles oscillent entre le bleu et le pourpre. Cela permet de renseigner les insectes qui les pollinisent sur leur degré de maturité. Bientôt les herbes vont monter à hauteur des genoux, les arbres vont retrouver leurs feuilles. Les ficaires et les pulmonaires auront profité de leur précocité pour être seuls sous les derniers rayons de soleil de l’hiver. Ces quelques photos prises par une belle journée ensoleillée de mars permettront d’en garder un souvenir en attendant de les retrouver l’année prochaine.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Arbres, Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Les bactéries : invisibles, omniscientes et interstellaires

      Publié à 22 h 08 min par Antoine Bocheux, le août 24, 2021

      Les bactéries ? C’est quoi une bactérie au juste ? Elles mesurent un millième de millimètre, elles sont complètement invisibles. Difficile de décrire une forme de vie que l’on ne peut pas voir. Cela demande déjà beaucoup d’imagination de concevoir qu’une vie foisonnante mais invisible puisse exister. La science nous les décrit comme des êtres vivants unicellulaires sans noyau. Vivants car leur métabolisme génère des réactions chimiques leur permettant de grandir et de se reproduire en se divisant.

      Je ne m’aventurai pas plus loin à tenter de définir le vivant, ce n’est pas mon domaine. Je préfère insister sur l’étonnement et l’émerveillement devant la découverte de cette forme vie dont j’ai longtemps ignoré l’existence. J’essaye de remonter dans ma mémoire. Je me souviens bien avoir entendu parler dès l’enfance de bactéries qui rendent malade dont il faut se méfier. Sans jamais chercher à savoir ce qu’est une bactérie. Dans mon imaginaire c’était simplement quelque chose de dangereux

      C’est en m’intéressant au jardinage et à l’agriculture que mon regard sur les bactéries a commencé à changer. Les ouvrages sur l’agriculture biologique ou la permaculture l’indiquent tous, il faut nourrir le sol pour nourrir la plante. Pour « nourrir  le sol», laissez sur sa surface de la matière organique, des feuilles mortes, de la paille ou de la tonte de pelouse par exemple. « La vie du sol » va la « manger » et finir par les transformer en éléments assimilables par les plantes. Il y a donc de la vie dans le sol. En se penchant, on peut en voir une partie, en particulier son représentant le plus emblématique : le ver de terre. On peut les regarder, les toucher. La « digestion » de la matière organique dans le sol continue après les vers de terre. Les végétaux qu’ils ont digérés ne sont pas encore assimilables par les plantes.

      C’est à ce moment là que les bactéries entrent en scène. Pour simplifier, elles se nourrissent des végétaux pré-digérés par les vers de terre pour finir par les transformer en minéraux assimilables par les plantes. « Entrent en scène » n’est peut-être pas l’expression la plus appropriée pour décrire leur intervention car la scène est invisible. Rien ne permet de déceler leur présence, il faut faire confiance aux scientifiques qui nous indiquent qu’elles sont bien là et faire travailler notre imagination pour essayer de se les représenter. Je les imagine comme de petits points noirs qui peuplent le sol. Cette représentation est probablement fausse, cela n’a pas d’importance. Elle m’aide à faire un effort d’abstraction pour admettre qu’il y a des millions d’êtres vivants minuscules et invisibles dans le sol.

      Dans le sol, mais pas seulement. Elle sont partout : dans l’eau, dans l’air, dans les plantes, dans les animaux, sur notre peau, dans notre estomac … Cela peut paraître trivial mais j’ai été étonné de le découvrir à la lecture de « Jamais seul: Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations » l’excellent ouvrage de vulgarisation scientifique de Marc André Selosse. On ne peut pas rester indifférent en découvrant que son corps abrite des millions d’êtres vivants invisibles. Ne pas être surpris en réalisant que sans leur aide il serait impossible de digérer les aliments que l’on mange. Dans notre estomac aussi, les bactéries sont indispensables pour transformer les aliments en nutriments assimilables par notre organisme.

      Surpris, étonné, émerveillé j’ai continué à l’être à la lecture de « Comment la vie à commencé » d’Alexandre Meinesz. Il nous rappelle que les bactéries sont de loin la forme de vie la plus ancienne , la date de leur apparition sur terre est estimée entre -3,8 et -3,5 milliards d’années. On parle bien ici de milliards d’années. Pendant plus d’un milliard d’années , les bactéries sont restées la seule forme de vie sur terre. Il faut attendre -2,2 milliards d’années avec l’apparition des premières cellules à noyau, les eucaryotes, pour qu’elles partagent les océans avec des formes de vie plus complexes . Toutefois, leur ancienneté et leur petite taille n’en font pas une forme de vie archaïque et dépassée. Elles ont toujours continué d’ évoluer et continuent d’évoluer en parallèle avec les formes de vie pluricellulaires. Outre leur ancienneté, elles accumulent les records : nombre d’individus, diversité des milieux occupés, volume de biomasse, nombre d’espèces. Elles restent la forme de vie la mieux implantée sur terre. Et sûrement pour longtemps. Leur résistance à la chaleur et au froid, la diversité de leurs modes d’alimentations, leur capacité d’hiberner, la rapidité avec laquelle elles peuvent muter et se reproduire. Tout laisse à penser qu’elles sont là pour longtemps sur terre.

      Des expériences ont prouvé qu’elles peuvent même survivre dans l’espace. Des traces de bactéries ont été trouvées dans des météorites. Ces éléments parmi d’autres permettent à Alexandre Meinesz d’avancer l’hypothèse de l’origine extraterrestre des premières bactéries à l’origine de la vie sur terre. Ce n’est qu’une hypothèse mais cette idée que cette vie invisible en nous et partout autour de nous à une origine interstellaire est vertigineuse. Songer que nous sommes reliés à une forme de vie venue d’une planète tellement lointaine que nous ne pouvons même pas imaginer où elle se trouve laisse la porte ouverte aux rêves.

      Pour aller plus loin

      Marc-André Selosse, Jamais seul: Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, 368 pages 2017

      Alexandre Meinesz, Comment la vie a commencé: Les trois genèses du vivant, 335 pages, 2008

      Posté dans Non classé | 0 Commentaire | Tagué Histoire de la vie
    • Le vertige du carbonifère

      Publié à 14 h 22 min par Antoine Bocheux, le février 9, 2020

      L’histoire de la terre est divisée en grandes périodes aux noms plus ou moins évocateurs. Le carbonifère en est une. Elle a commencé il y a 360 millions d’années et a pris fin il y a 300 millions d’années. A l’échelle de la vie d’un homme, c’était il y a une éternité et cela a duré une éternité

      C’est une époque tellement lointaine qui a duré tellement longtemps qu’il faut prendre sa respiration et laisser aux mots le temps de pénétrer en nous pour essayer de s’imaginer ce que cela représente : 60 millions d’années c’est long, très très long c’est 20 fois le temps qui s’est écoulé depuis les premiers hommes sur terre, il y 3 millions d’années.

      Difficile de s’imaginer à quoi ressemblait la surface de la terre à cette époque avant les hommes, avant les mammifères, avant les plantes à fleurs, avant les dinosaures. Il faut faire travailler son imagination pour y arriver. Elle était verte et recouverte d’épaisse forêt à perte de vue. Les arbres sont déjà là omniprésents. Aucun animal de grande taille ne vient contrarier leur croissance. Les plus grands animaux que l’on croise sont des libellules d’un mètre d’envergure. Les arbres eux tutoient déjà le ciel, se dressant à 40 mètres de hauteur grâce à leurs troncs ligneux. Leurs feuilles se dressent dans les cimes pour capter la lumière du soleil. Leur association avec les champignons leur permet d’explorer les moindre recoins du sol pour récupérer l’eau et les nutriments qu’il renferme. Le temps passe, les sols s’épaississent et rien ne semble pouvoir perturber ces forêts. Pourtant, sur le temps très long, des perturbations finissent par arriver. Parfois, le niveau de la mer monte, de vastes forêts sont recouvertes. Les millions d’années passent, la mer se retire de nouveau, elles sont recouvertes d’une épaisse couche de sédiments qui ralentit leur transformation en matière organique en l’absence d’oxygène. Elles se décomposent très lentement dans les entrailles de la terre. Elles finissent par former des mines de charbon. C’est elles notre lien étroit avec le carbonifère. C’est en les explorant que les botanistes ont pu trouver les fossiles des arbres qui peuplait la surface de la terre à cette époque si lointaine. Prêles et fougères géantes et autres espèces d’arbres aux noms exotiques, aujourd’hui disparus.

      Penser à ces mines donne le vertige. En les exploitant l’homme a à sa disposition, facilement accessible, l’énergie que les forêts du carbonifère ont accumulé pendant des millions d’années. Il faut se souvenir qu’au début du 19ième siècle, avant l’exploitation massive des mines de charbon, le développement économique de l’Angleterre était freiné par un manque d’énergie. Il fallait choisir, du charbon de bois pour l’industrie ou du bois pour la marine. Des céréales pour nourrir les hommes et les animaux domestiques ou des forêts pour fournir l’industrie naissante en charbon de bois. En fournissant du charbon sans couper les dernières forêts, les mines de charbon ont permis d’enclencher la révolution industrielle. En permettant l’essor de la marine à vapeur, du chemin de fer et des aciéries, elles ont été le socle de la révolution industrielle. Aujourd’hui encore, elles constituent un des piliers de notre économie, le charbon étant la première source d’électricité dans le monde. C’est l’énergie du carbonifère qui alimente nos ordinateurs ! Il ne faut pas l’oublier, le charbon, le pétrole et le gaz sont des énergies issues de la décomposition de matières végétales, d’arbres pour le charbon, d’algues pour le pétrole et le gaz. La principale source d’énergie de notre monde minéral est organique !

      Profiter à un coût réduit d’une énergie accumulée pendant 60 millions d’années est une aubaine. C’est aussi une malédiction car il reste sous nos pieds encore suffisamment de charbon pour que les pires scénarios de changement climatique deviennent réalité. On ne relâche pas impunément en 200 ans le carbone accumulé par les plantes pendant 60 millions d’années.

      Pour aller plus loin :

      Olivier DAUTEL et Jean-Yves NOGRET, La Biologie pour les Nuls, First, 420 pages, 2011

      Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L‘événement Anthropocène.La Terre, l’histoire et nous, Seuil collection Point histoire, 336 pages, 2016

      Posté dans Histoire | 0 Commentaire | Tagué Energie, Histoire, Histoire de la vie
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