Les champs de mes rêves

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    • S’émerveiller devant la nature : dilater l’espace et le temps à l’ombre des arbres

      Publié à 20 h 00 min par Antoine Bocheux, le Mai 9, 2021

      L’émerveillement. Ce mot est plusieurs fois revenu dans la bouche de Vincent Munier dans son interview croisé avec Matthieu Ricard dans l’émission de Cause à Effets sur France Culturei. Le premier photographie les animaux, le second les paysages. A travers leurs images, ils cherchent tous les deux à nous faire partager ce sentiment d’admiration mêlé de joie et d’étonnement. Dans leurs propos, il nous font également part de leur désespoir devant la destruction de la nature. Assister à la destruction de l’objet de son émerveillement, c’est le sort que subissent tous ceux qui aiment la nature. Alors nos photographes voyagent pour chercher la nature là ou elle est encore préservée. Sur les contreforts glacés de l’Himalaya, aux confins du cercle polaire. Plus près de nous, ils la cherche sur les versants escarpés des montagnes difficilement accessibles ou à la lisère des bois.

      Plus ou moins fugace, plus ou moins dilué, il reste encore possible à chacun de nous de croiser un fragment de nature en dilatant l’espace et le temps. Je ne vous parlerai pas ici du bruit des avions et des tondeuses, ni des canettes de bières qui côtoient les fleurs dans les fossés. La plasticité de notre cerveau nous aide peut-être à oublier cette laideur. Nos sens ne s’attardent pas sur toutes les sollicitations qui s’offrent à eux. Notre mémoire est sélective et retient plus facilement ces moments d’émerveillement que la laideur ordinaire. La mobilité permise par nos jambes nous aide à la fuir. Alors en marchant, finit par arriver le moment où l’émerveillement opère et donne une envie irrésistible de faire une pause. Devant le vert, le rose et le jaune d’une prairie recouverte d’oseilles sauvage et de renoncules. Dans cet océan végétal les tiges ondulent bercées par le vent. Les couleurs et les silhouettes se mélangent pour former un patchwork dont la texture rappelle celle d’une aquarelle.

      Plus loin, c’est l’ombre des arbres d’un petit bois qui attire l’attention. Trop souvent, il est frustrant de le traverser en voiture sans pouvoir faire une pause pour profiter de sa fraîcheur. La chance du marcheur est de pouvoir s’arrêter à labri de l’ombre bienfaisante des arbres. Elle le protège des premières chaleurs printanières. Après quelques kilomètres de marche sous un soleil brûlant, cette fraîcheur est comme un caresse apaisante. Elle s’accompagne des odeurs et de l’humidité du sous-bois, formant une enveloppe protectrice

      Les branches qui se rejoignent au dessus du chemin rappellent les croisées d’ogives d’une cathédrale gothique. Les feuilles filtrent la lumière comme les vitraux, laissant apparaître une lumière allant ,avec mille nuances, du sombre vers le clair à laquelle les appareils photos ne peuvent pas rendre justice. Ce jeu de lumières évolue au fil des minutes, oscillant avec l’intensité du soleil. Il éclaire sous différents angles l’architecture des arbres. Leurs silhouettes prennent des formes différentes en se déplaçant de quelques mètres pour les observer sous un autre angle.

      Cet intermède sous leurs frondaisons ouvre nos sens à autre perception. Pendant quelques minutes le temps et l’espace se dilatent pour laisser pénétrer en nous un fragment de nature. Comme les bons moments passés avec ses amis, ils font partie des souvenirs qu’il est agréable de se remémorer.

      i https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/etre-photographe-animalier-et-vivre-a-pas-de-loup

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos
    • Quand les arbres se remettent en mouvement

      Publié à 20 h 24 min par Antoine Bocheux, le mars 21, 2021

      Depuis le 20 mars nous avons changé de saison pour rentrer dans le printemps Nous quittons les longues nuits d’hiver pour rentrer dans une période où les jours sont plus longs que les nuits. 20 mars, 19 mars, 18 mars. La végétation semble la même, un changement est difficilement perceptible. Les plantes semblent immobiles. Cette immobilité n’est qu’une illusion. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les arbres. Le 1er mars leurs silhouettes sont encore complètement dénudées comme un dessin à l’encre de Chine. Dans les premiers jours de mars, les premières feuilles apparaissent sur les arbustes. C’est le retour du vert tendre des feuilles dans la palette de couleurs de la nature. Les jours passent et les arbres semblent toujours figés.

      Les premiers bourgeons des arbres commencent à éclore

      Au bord des chemins, le mouvement est perceptible de semaines en semaines, les fleurs continuent d’amener des taches de couleur. Malgré des températures parfois plus fraîches qu’en février, l’allongement de la durée des jours est propice à leurs éclosions. Les stellaires holostées amènent une touche de blanc sur les talus où elles poussent en abondance. Le jaune des ficaires et le bleu des pulmonaires sont toujours présents en abondance. Le rose fait timidement son retour avec les premières fleurs d’oseilles sauvages et de géraniums Herbe à Robert. Près des fossés, les feuilles sont de plus en plus variées et laissent deviner l’exubérance de la végétation qui nous attend en avril et en mai. Les feuilles en forme d’étoile des boutons d’or sont déjà nombreuses. Les premières feuilles de bardanes, rugueuses et épaisses font leur apparition. C’est toujours avec plaisir que je froisse la première feuille de berce de l’année pour retrouver son odeur caractéristique, très puissante et difficilement descriptible. Un étonnant mélange de panais et noix de coco. Derrière l’uniformité du vert des feuilles, se cache une infinie diversité, de formes, de textures et d’odeurs.

      Au cours du mois, les journées passent et la durée des jours s’allonge. Et puis, un jour, en levant les yeux au ciel, une tâche de couleurs fait sans crier gare son retour dans les houppiers de certains arbres. Les houppiers sont hauts, difficile de voir exactement ce qui se passe depuis le sol. Pour cela je me rends à la lisière d’une prairie et d’un bois. Le 20 février tout semblait immobile ici, hormis les fleurs de noisetiers dont l’exubérance détonnait avec le vert uniforme de la prairie et les arbres dégarnis. Le 20 mars changement de décor : la prairie est recouverte de cardamines des prés et les premières feuilles de charme commencent à capter la lumière du soleil. Avec leurs délicates fleurs blanches et roses, les cardamines sont un régal pour les yeux. Pour le palais aussi, ces fleurs me rappellent le souvenir d’une journée plantes sauvages et comestibles avec les Jardins D’Isis. L’occasion de découvrir que leur saveur pimente agréablement les salades.

      En lisière du bois, j’ai tout le temps de regarder de plus près les bourgeons des charmes et des chênes. Les tâches vertes que j’ai vu tout à l’heure sont celles de charmes fraîchement débourrés. Les bourgeons des chênes commencent à gonfler, mais leurs écailles restent fermées.
      Observer à hauteur d’homme le débourrage des bourgeons de charme est un moment privilégié. Comme une boîte à bijoux, ils s’ouvrent pour libérer leur trésor. Enroulés tout l’hiver à l’abri de leurs coffrets d’écailles, de petites feuilles et de petites tiges commencent à s’étirer vers la lumière. Ce moment éphémère où le pétiole d’une jeune feuille vert tendre est encore recouvert par les écailles du bourgeon qui l’ont protégé tout l’hiver permet de visualiser avec notre perception limitée le mouvement des arbres. Les feuilles, les tiges, les fleurs, tout est déjà là en miniature dans le bourgeon en train de s’ouvrir, prêt à grandir et s’étirer vers la lumière du soleil.

      • Le débourrage d’un charme
      • Gros plan sur l’éclosion d’un bourgeon de charme
      • Cardamine des prés
      • Stellaire holostée
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, botanique, Nature, Photos, Printemps
    • Les fleurs de février, prémices du printemps

      Publié à 16 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 21, 2021

      Décembre et janvier furent monochromes. Sous leurs lumières grises et blafardes, les silhouettes des arbres dénudés se détachaient. Dans les derniers jours de janvier, une première tache de couleur est apparue. C’était une ficaire, une petite renonculacée à la feuille en forme de cœur vert luisant. Son jaune vif et brillant contrastait avec la pâleur du vert de l’herbe et du bleu gris du ciel. Une petite touche de jaune, premier prémisse du printemps. Février arrive. Petit à petit, les bords des chemins reprennent des couleurs. Pas encore le feu d’artifice du printemps. Déjà de quoi attirer le regard vers les bas-côté, ralentir le pas et se baisser pour observer ces premières fleurs de l’année de plus près.

      En ce mois de février, les gelées sont encore fréquentes et tempèrent l’exubérance de la végétation. Le mince tapis de chlorophylle qui recouvre le sol n’est pas bien épais. Les ficaires ne mesurent que quelques centimètres. Cela ne les empêche pas de prendre leurs aises et de le surplomber. Le jaune de leurs fleurs brille de mille éclats au dessus de cette végétation assoupie où les orties ne sont encore que frêles pousses qui pointent à peine le bout de leurs piquants. Elles attendront des jours plus longs et ensoleillés pour grandir et fleurir. Les ficaires ont choisi une autre stratégie en fleurissant à contre-courant. Le temps est compté pour elles, mais l’espace est dégagé. Dans quelques semaines le jaune de leurs fleurs va s’estomper et ne sera plus qu’un souvenir.

      Début février les taches de couleurs sont encore rares. Alors, quand le regard croise la grosse boule jaune d’un ajonc en fleurs il est saisi par ce feu d’artifice de couleurs. A regarder sans modération; éviter de toucher : les épines sont vraiment piquantes ! Les jours passent, d’autres teintes entrent discrètement en scène. Le mauve des fleurs de pulmonaires égaye ça et là les abords des fossés. Elles émergent au-dessus de leurs feuilles tachetées. Elles sont rares et discrètes. L’inverse des véroniques de perse qui se plaisent dans les cultures et les potagers. La discrétion de leurs petites fleurs est compensée par leur nombre. Par endroit, elles forment une vaste mosaïque de points bleus qui recouvrent le sol. Combien de fleurs pour constituer ce patchwork. Des centaines ? des milliers ? Peut-être plus encore ?

      Le plus spectaculaire reste à venir avec la floraison des noisetiers. Leurs chatons, porteurs de millions de grains de pollens, font penser aux décorations sur les sapins de noël. La finesse en plus. En les regardant à la loupe, on parvient à distinguer les étamines des fleurs mâles qui pointent au bout de ces guirlandes suspendues sur les branches. Les fleurs femelles sont plus discrètes. Il faut s’approcher pour les distinguer ; une sorte de petit bouton brun coiffé d’un chapeau rouge.

      La fin du mois approche. Les fleurs de prunellier commencent à éclore, faisant apparaître ça et là des touffes d’une blancheur étincelante.

      L’apparition de ces premières fleurs est annonciatrice d’une nouvelle saison, d’un nouveau cycle. Le retour du cri puissant des grues cendrées nous rappelle que nous ne sommes pas les seuls à ressentir que le printemps approche. Au moment où le changement climatique modifie les cycles de la nature et le Covid les cycles de ne nos modes de vie, il est rassurant de voir le cycle des saisons se perpétuer. L’an dernier les noisetiers, à cause de la sécheresse, ont perdu une partie de leurs feuilles dès le mois de juillet. Il est réconfortant de les retrouver resplendissants. Quant à nous Homo Sapiens, peut-être pas si sage que ça, nous nous préparons à vivre un deuxième printemps avec un nouveau prédateur qui nous menace : le Covid. La présence de ce virus nous oblige à faire évoluer nos modes de vie. Comme les mésanges qui changent leur période de reproduction pour s’adapter au changement climatique ou les chevreuils qui quittent les bois la nuit pour se nourrir dans les milieux ouverts que nous avons créés. Autant d’exemples tirés du numéro de la revue Salamandre de février 2021 qui titre « l’évolution sous nos yeux ». Le cycle des saisons, lui, continue son cours. Il nous apporte au moins une certitude : la durée des jours va s’allonger et le printemps approche !

      • Ficaire
        Ficaire
      • Ficaire
        Ficaire
      • Pulmonaire
        Pulmonaire
      • Fleur de noisetier mâle
        Fleur de noisetier mâle
      • Fleur de noisetier femelle
        Fleur de noisetier femelle
      • Le retour des grues cendrées
        Le retour des grues cendrées
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    • Rencontre inattendue avec un chevreuil

      Publié à 15 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 6, 2021

      Le monde des photographies animalières sur papier glacé semble parfois lointain et inaccessible. Ces images féeriques servies sur un plateau sont-elles vraiment réelles ? La nature existe-t-elle encore en dehors des réserves ? D’ailleurs savons nous encore ce qu’est la nature ? Pour la trouver, il n’est pas nécessaire d’aller au bout du monde. Simplement, marcher le long des chemins et prendre son temps. Apprendre à regarder, à écouter, à sentir, à toucher. Le monde des plantes se dévoile alors petit à petit. Il faut du temps pour apprendre à les observer, s’éloigner des villes et des vastes étendues de monocultures. Avec ses chemins creux, sa mosaïque de prairies, de champs et de bois, le bocage est un lieu privilégié pour l’observer. Les vacances sont l’occasion de se détacher des écrans et de marcher lentement. Suivre le fil rouge des chemins pour déambuler dans ce labyrinthe entre les clochers et les hameaux. Et parfois, avoir la chance de faire des rencontres impromptues avec les animaux.

      Une de ces rencontres me revient en mémoire. C’était dans le bocage de la Gatîne dans les Deux-Sèvres. Le temps était anormalement pluvieux pour un mois de juin. La végétation resplendissait grâce à cette pluie bienfaisante. Après avoir marché toute la journée, je profitais des dernières heures du jour pour continuer à flâner sur les chemins. Il avait beaucoup plu l’après midi. Après les averses, j’avais eu la chance d’admirer un bel arc en ciel. Autour de moi les plantes étaient partout. Les digitales pourpres formaient de belles tâches rouges visibles de loin. En m’arrêtant pour les photographier, j’avais longuement observé des bourdons s’engouffrer à l’intérieur. Plus loin, je me demandais quel animal pouvait bien loger dans le tronc creux d’un vieux trogne.

      Les plantes étaient exubérantes, les animaux discrets. J’entendais le chant des oiseaux sans les apercevoir. Sous les averses, je croisais des escargots et des limaces qui se hasardaient à traverser le chemin. En me baissant pour observer de plus près les fleurs, je découvrais une profusion d’insectes que je n’aurais pas imaginée si je ne m’étais pas baissé. La nature était bien là autour de moi, dans le long couloir formé par les haies à la lisère des champs et des chemins. Il suffisait de prendre le temps de mettre mes sens en éveil. Elle était différente de celle que l’on découvre en photo ou dans les documentaires où les grands animaux tiennent souvent une place prépondérante. Je n’espérais pas les croiser. J’imaginais qu’ils pourraient être là, mais je les pensaient trop craintifs pour espérer croiser leur regard sans me camoufler pendant des heures sous un affût.

      Je continuais à observer les arbres les fleurs et les insectes. Je cherchais des ouvertures derrière la végétation, curieux de découvrir les champs et les prairies abrités du regard par les haies. Tout à coup, en entrant dans une prairie je me suis retrouvé nez à nez avec un chevreuil. Nous sommes restés tous les deux figés un court instant, aussi surpris l’un que l’autre par cette rencontre impromptue. Et fugace… Je n’ai pas pu retenir un mouvement brusque qui a anéanti tout espoir de la prolonger. J’ai continué ma flânerie crépusculaire en prenant soin de ne pas avoir de mouvement brusque au moment de m’aventurer à l’entrée d’une nouvelle parcelle. Les minutes passent, je ne vois plus l’ombre d’un chevreuil. Au moment où je n’y crois plus, surpris, je me trouve de nouveau face à un chevreuil. Cette fois, il est plus loin de moi. Je reste immobile. Je prends le temps de l’observer. Tous mes sens sont en éveil, attentifs à mes mouvements comme aux siens. Les minutes passent, il continue de m’observer, impassible.

      La scène me semble presque irréelle. Une haie, un chemin, un champ de blé. A l’horizon, le hameau où se trouve le gîte où je loge. Ce paysage familier prend une autre dimension. Une face cachée de la nature se dévoile à moi. L’émotion est forte. Le temps est comme suspendu, je sens le caractère éphémère et fugace de cette rencontre. Pendant de longues minutes, je reste immobile, je n’ose pas bouger. Au bout d’un moment, je ne résiste pas à la tentation. Avec d’infinies précautions je sors mon appareil. Il continue à me fixer sans bouger. J’ai le temps de prendre plusieurs photos au téléobjectif. Je m’avance doucement, il ne bouge pas, je reprends quelques photos. Je continue … et il s’enfuit, disparaissant avec légèreté dans le champ de blé. La nuit va bientôt tomber, il est temps de rentrer. Je reprends le fil des chemins en pensant à lui. Il est peut-être à quelques mètres de moi, caché derrière une haie. Cette pensée me réjouit et rend mes pas plus légers.

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    • Planter des arbres ou laisser pousser les arbres ?

      Publié à 12 h 18 min par Antoine Bocheux, le janvier 10, 2021

      Les plantations d’arbres bénéficient d’une image positive auprès du grand public. Planter des arbres est valorisant. On finirait, presque, par oublier que les arbres poussent aussi tout seuls. Qu’ils ont poussé tout seuls pendant des centaines de millions d’années. Qu’ils se sont très bien portés sans nous.

      Leurs graines peuvent patienter dans le sol des années avant de germer quand l’occasion se présente. Les animaux et le vent les transportent sur des kilomètres. Prenez le temps de regarder ce qu’il se passe au bord des chemins. Vous y croiserez probablement de jeunes arbres qui deviendront grands. S’ils ne sont pas fauchés par une débroussailleuse. Dans les friches, des arbres germent sous les ronces. Laisser faire la nature pendant quelques décennies. Le roncier se métamorphose en un bois riche en biodiversité. Gilles Clément appelle ces terres oubliées par les hommes le tiers paysage. Il a constaté qu’elles sont infiniment plus riches en biodiversité que les forêts plantées et exploitées. Elles abritent de la biodiversité, elles filtrent l’eau, elles absorbent du CO2. Alors, prenons le temps de nous poser une question naïve, pourquoi plante-t-on des arbres puisqu’ils poussent tous seuls ?

      La première raison qui vient à l’esprit est qu’il ne peuvent pas partout pousser tout seuls. Qu’ils ont besoins d’être arrosés et protégés. C’est vrai dans certains cas, peut-être moins souvent qu’on ne le pense. En laissant le temps à la nature, des graines d’arbres finiront par arriver, portées par le vent ou les animaux. Quand elles germent, il est surprenant d’observer la résilience aux sécheresses des jeunes arbres qui en sont issus. La sélection naturelle opère ici, ce sont les les mieux adaptés au sol et au climat qui occupent le terrain. Ils sont moins sensibles à la sécheresse que les jeunes arbres que l’on plante dans nos jardins. Quant à la protection contre les chevreuils, un épais roncier semble aussi efficace que des manchons en plastique. Alors pourquoi vouloir absolument planter des arbres ? Ne pas laisser le temps à des friches d’évoluer naturellement en forêt ? Certes dans ce cas, il n’est pas possible de choisir les essences mais n’est-il pas plus judicieux de laisser la nature procéder à ce choix ? La question mérite d’être débattue. Certaines entreprises se vantent de planter des arbres pour compenser leur emprunte carbone, pourquoi ne proposent-t-elles pas également de protéger des friches pour les laisser évoluer naturellement en forêt ? Il n’y a pas de raison que cela absorbe moins de carbone et c’est meilleur pour la biodiversité.

      La question de la plantation des arbres se pose également avec acuité dans les forêts exploitées pour leur bois. Faut-il absolument planter des arbres pour couper du bois ? Ici plusieurs options sont possibles. Une alternative est de planter en monocultures de jeunes plants, généralement des pins maritimes ou des pins douglas, sélectionnés pour produire un maximum de bois en un minimum de temps. Le mode opératoire se rapproche ici de la monoculture intensive de maïs. La plantation des arbres s’accompagne de labours, d’engrais pour accélérer leur croissance et de pesticides pour protéger ces monocultures fragiles. La récolte, mécanisée, se fait en procédant à des coupes rases sur plusieurs hectares. Ces coupes à blanc exposent les sols. Ils ne sont plus abrités des rayons du soleil l’été et de la morsure du froid l’hiver. Cela les fragilise et les soumets à l’érosion1. Les souches et le bois mort sont ramassés pour extraire un maximum de bois énergie. Au détriment des champignons et des insectes qui ne peuvent vivre sans bois mort et disparaissent. Les oiseaux cavernicoles et les chauves souris ne trouvent plus de troncs creux pour nicher. Leur absence favorise la prolifération des insectes parasites dont ils se nourrissent normalement. Mis à part d’absorber du CO2 et de fournir du bois énergie il est difficile de trouver des vertus écologiques à ces champs d’arbres. La protection de la biodiversité et la filtration de l’eau sont ici délaissées.

      Il est également possible de prélever du bois en respectant la nature en futaie irrégulière sous couvert. Ici les forêts comportent plusieurs essences. Les arbres ont des âges différents. On ne pratique pas de coupe rase, mais un débardage sélectif plus respectueux de la vie des sols . Ces prélèvements plus légers et plus réguliers permettent de maintenir suffisamment de diversité en forêt pour que la faune et la flore puisse s’y épanouir. Des îlots de vieux arbres et du bois morts sont conservés. Pour assurer le renouvellement des arbres prélevés la régénération naturelle est privilégiée. Cela permet d’économiser les coûts des plants et de la plantation. Sur le court terme ce type de sylviculture est moins rentable que la plantation de monoculture. Sur le long terme elle permet aux propriétaires forestiers des revenus plus réguliers et la production de bois à plus haute valeur ajoutée. Pour la société ses bienfaits sont incomparables : protection de la biodiversité, filtration de l’eau, création de lieux propices à la promenade et pourquoi pas au tourisme. Devant ce bilan la question se pose. Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser la futaie irrégulière plutôt que de planter des monocultures de résineux ?

      Pour conclure un autre constat s’impose. Les vieux arbres sont rares, en France seul 21 % des forêts on plus de cent ans2. Il est important de les protéger. Que rencontrer un arbre mature ou sénescent soit encore une réalité, pas seulement une vue de l’esprit. Ce sont eux qui abritent le plus de biodiversité et absorbent le plus de CO2. Là aussi, des efforts importants sont à faire, même s’ils sont moins spectaculaires que la plantation d’arbres pour communiquer auprès du grand public.

      Malheureusement on constate que c’est parfois l’inverse qui se produit. Quand de veilles forêts de feuillus sont victimes de coupes à blanc pour être remplacées par des plantations de monocultures de pins douglas, la plantation d’arbres est indiscutablement un recul. La vigilance s’impose sur ce sujet qui nous concerne tous. C’est une évidence nous ne reverrons jamais de notre vivant les forêts centenaires victimes de coupes à blanc, leur perte est irréparable à l’échelle d’une vie humaine.

      Pour aller plus loin 

      Alain-Claude Rameau, Nos forêts en danger, Atlande, 160 pages, 2017

      1https://reporterre.net/La-coupe-rase-une-aberration-ecologique-qui-menace-nos-forets

      2P 14 https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/180906_publiff_bd.pdf

      Posté dans Forêt, Nature | 1 commentaire
    • Quand les arbres interrogent

      Publié à 15 h 24 min par Antoine Bocheux, le décembre 13, 2020

      Les paysages changent en cette fin d’automne propice aux longues promenades. Les journées sont plus courtes, la grisaille plus fréquente. Quand il se montre, le soleil, plus bas dans le ciel, se fait plus discret. Sa lumière rasante donne à voir de nouveaux reliefs, de nouvelles nuances de couleurs. La nature, elle aussi, se fait plus discrète. Après les premières gelées blanches les prairies semblent figées. Seules quelques touffes de cardères épargnées par la fauche dressent leurs silhouettes monochromes et leurs donnent du relief.

      La couleur, c’est dans les bois qu’il faut la chercher. Au loin, les taches jaunes des feuilles de chêne attirent le regard. Alors que beaucoup d’essences ont déjà perdu leurs parures, elles s’obstinent à s’accrocher aux branches et virent, petit à petit, au marron. Approchons nous. Il faut de bonnes chaussures pour traverser la prairie gorgée d’eau. A chaque pas, elle expulse quelques gouttes d’eau ; comme une éponge trop imbibée qui ne peut plus la retenir. La démarche se fait plus souple pour atténuer les éclaboussures, elle est rythmée par leurs claquements réguliers. Une fois franchi l’orée du bois, changement d’atmosphère. Les pas du promeneur sont amortis par la douceur aoûtée d’un épais tapis de feuilles mortes. Les pieds sont au sec. Sous les arbres, le sol absorbe l’eau, il ne laisse pas l’érosion emporter le précieux liquide.

      Même en sommeil, les arbres sont partout. Ils façonnent le paysage, lui donne son relief. De tous les côtés où porte le regard, il rencontre leurs silhouettes. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg, sous le tapis de feuilles mortes leur dense réseau de racines occupe minutieusement le terrain. Leurs présences est tellement évidente que parfois le promeneur ne les remarque plus. Pourtant, sans même y penser, près d’eux il ressent un certain bien-être. Même dépourvus de leurs feuilles, ils font écran aux frimas du vent. Le bruit des pas, comme le son de la voix se fait plus feutré Des odeurs agréables se dégagent du sous bois. Petits bonheurs de la vie qui donne envie d’y retourner sans trop y réfléchir, simplement pour le plaisir de marcher et de méditer dans un lieu apaisant.

      Parfois, sa méditation invite le promeneur à s’interroger sur ces compagnons bienfaisants qui rendent plus agréable sa promenade. Compagnons ? Le mot n’est peut-être pas le plus approprié. Bien sûr, les arbres partagent nos existences, nous avons besoin d’eux. Mais nos vies sont tellement différentes qu’il est difficile de les considérer comme nos semblables. Ce sont leurs différences, leur altérité qui sont fascinantes. En ce début d’hiver, leurs feuilles tombées au sol, on peut de nouveau les contempler dans un dépouillement étonnant. Ils semblent à la fois morts et vivants. Leurs troncs et leurs houppiers ressemblent à des squelettes dépourvus de toute vie. Constitués de bois ce n’est jamais qu’un amoncellement de cellules mortes protégeant sous son écorce une fine couche de vie. Pour voir la vie qu’ils portent en eux, il faut les approcher de près et porter son regard sur les bourgeons qui attendent le printemps pour éclore. Comme une mousse qui se dessèche et reprend vie après une sécheresse, ils attendent patiemment le renouveau du printemps pour retrouver leurs feuillages; de nouveau fabriquer des sucres avec la photosynthèse, reprendre leur croissance, leur mouvement vers la lumière.

      Morts et vivants en même temps, ils marquent si intensément le paysage qu’il se confondent avec lui, se dérobant à notre regard. Ils déconcertent. Leurs troncs sont comme des archipels portant des chapelets de bourgeons. L’épaisseur du temps transformée en bois pour mieux occuper l’espace, capter l’eau et la lumière. La promesse d’une vie nouvelle qui va éclore sur son socle de bois.

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    • Apprendre à savoir ne rien faire

      Publié à 16 h 34 min par Antoine Bocheux, le septembre 13, 2020

      3 septembre 2020. Le botaniste. Francis Hallé présente sur France Inter son nouveau projet : laisser pousser une forêt primaire dans l’Union Européenne. Ce projet enthousiasmant est hors norme. Ses particularités ? Sa durée. Il faut des siècles pour que se constitue une forêt primaire. Son mode opératoire : sélectionner une forêt de 75 000 hectares et ne rien faire ! Simplement observer et veiller à ce qu’aucune intervention ne vienne perturber la nature.

      Avant d’aller plus loin, une halte par la case définition s’impose. C’est quoi une forêt primaire ? « Est qualifiée de « primaire » une forêt n’ayant jamais été ni défrichée, ni exploitée, ni modifiée, de façon quelconque par l’homme. Si elle l’a été – ce qui est très souvent le cas – mais si un temps suffisant s’est écoulé sans intervention humaine, le caractère « primaire » sera de retour. »i

      Les forêts primaire se font de plus en plus en rares. Sous les tropiques elles sont victimes de la déforestation et des incendies. En Europe la dernière forêt primaire à Bialowieza en Pologne est en train de disparaître. En France cela fait bien longtemps qu’il n’y en a plus. Pour s’imaginer, essayer au moins, à quoi pouvait rassembler la France quand elle était recouverte de forets primaires, il faut lire le livre de Stéphane Durand « 20 000 ans ou la grande histoire de la nature ». De grands arbres aux larges troncs à perte de vue, leur feuillage forme sur des centaines de kilomètres une vaste voûte verte captant la lumière du soleil. Des rivières à l’eau claire, peuplées de moules, de saumon et de loutres. Les forêts que nous connaissons aujourd’hui n’ont rien de commun avec une forêt primaire. Même dans les plus préservées, l’intervention de l’homme est prégnante. Elles sont cloisonnées et marquées par l’exploitation du bois et la chasse.

      Il n’est pas possible d’arrêter de couper des arbres dans les forets, nous avons besoin de leur bois. Nous avons également besoin de conserver un échantillon de forêt primaire. D’un lieu préservé où la nature peut s’exprimer, où l’on peut voir ce qu’est la taille d’un arbre après des siècles de croissance, la lumière sous une canopée formant un tapis vert recouvrant la forêt. Entendre les chants oiseaux et l’écho de ses pas , sentir l’odeur du bois mort qui se décompose, toucher la mousse sur l’écorce des arbres et l’eau limpide des rivières. Le projet de Francis Hallé peut sembler utopique. Pourtant il est raisonnable, 75 000 hectares c’est peu de choses comparés au million d’hectare de plantation de pins des Landes de Gascogne. Laisser une si petite surface à la nature ne mettra pas en péril notre économie. Se lancer dans une aventure qui prendra des siècles à se concrétiser peut sembler incongru à notre époque ou tout doit aller vite. Pourtant comme le rappelle Francis Hallé il a fallu des siècles pour construire les cathédrales que nous admirons aujourd’hui.

      Sa mise en œuvre s’annonce à la fois tout ce qu’il y a de plus de simple et extrêmement compliqué. Après tout, il n’est pas compliqué de rien faire ? Et pourtant ne rien faire est antinomique avec nos habitudes et de nos modes de vie. Nous valorisons le faire, la recherche de la méthode la plus efficace pour atteindre un objectif comme l’explique Jacques Ellul dans ses ouvrages sur la technique. Sélectionner génétiquement des arbres pour les planter en rang comme du maïs, nous savons faire. Mais laisser faire la nature, l’observer sans chercher à en tirer des applications pratiques est devenu une posture de plus en plus rare. C’est dommage, il y a beaucoup a observer quand on sait que les forêts primaires sont les écosystèmes les plus riches en biodiversité, les plus performants pour stocker le carbone et l’eau, pour tempérer les excès du climat. Se priver de leurs services et de ce qu’elles ont à nous apprendre, c’est comme se tirer une balle dans le pied.

      La démarche de Francis Hallé nous interroge aussi sur le sens de nos vies. Quand nous avons accès à une nourriture abondante et un logement bien chauffé que voulons nous de plus ? Accumuler d’autres biens matériels ? Accumuler l’argent pour se sentir plus en sécurité, tout en sachant que cela ne préserve ni de la maladie ni de la mort ? Avoir du temps pour ne rien faire et observer ? Observer nos semblables, penser au temps qui passe, observer la nature. Si l’on souhaite pousser le curseur vers l’observation, nous avons besoin de la forêt primaire. La découvrir à travers les livres de Francis Hallé est un bonheur. Savoir qu’elle existe à nos portes, déambuler sous sa voûte serait encore plus fort. Sa beauté pourrait être source d’émotion. La découverte de son altérité ferment d’ouverture.

      Pour aller plus loin

      La Terre au carré, Une forêt primaire dans l’UE, le projet fou de l’association Francis Hallé, 3 septembre 2020 https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-03-septembre-2020

      iFrancis Hallé, « Il y a urgence à reconstruire de grandes forêts primaires », Le Monde 7 octobre 2019, https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/07/il-y-a-urgence-a-reconstruire-de-grandes-forets-primaires_6014470_3232.html

      Posté dans Forêt, Nature | 0 Commentaire
    • Le hérisson et la panthère des neiges

      Publié à 17 h 47 min par Antoine Bocheux, le Mai 16, 2020

      Qu’est-ce qui réunit le hérisson et la panthère des neiges ? Au premier abord peu de choses. On peut croiser le premier au bout du jardin alors que la dernière vit dans l’Himalaya. Le hérisson est un petit omnivore, la panthère des neige un prédateur. Peut-être leur discrétion ? Il est rare de croiser le hérisson. La panthère des neiges est une championne du camouflage. Ils sont tous les deux en danger d’extinction. Il faut quand même admettre que la panthère des neiges est infiniment plus discrète que le hérisson ; le risque de la voir disparaître à brève échéance plus prégnant. Quelque chose de plus profond les réunit : ce sont des animaux sauvages. Savoir qu’il sont là et avoir la chance de les apercevoir a quelque chose de réconfortant. J’ai eu la chance de croiser les deux dans la même journée. La panthère des neiges dans mon imaginaire guidé par le récit de Sylvain Tesson et le hérisson, par hasard, derrière ma fenêtre.

      Dans son ouvrage « la panthère des neiges » Sylvain Tesson nous entraînes sur les traces de la panthère des neiges au côté du photographe animalier Vincent Munier. Le voyage est long pour se rendre sur les terres des dernières panthères. Des plateaux et des escarpements à 5000 milles mètres d’altitude, loin des villes des champs et des routes. Pour les parcourir il faut braver le froid, toujours là même en plein soleil, l’altitude et les dénivelés. Et puis attendre, attendre longtemps, pour voir les animaux. Les journées sont ponctuées par de longs affûts, où le photographe se fond dans le paysage dans l’espoir que son regard croise celui de ces êtres qui ne font qu’un avec la nature. Ces longues périodes d’attente sont propices à la réflexion. Attendre, sans être sûr du résultat, simplement pour être là plus près de la nature, loin de l’injonction à l’action et au mouvement qui surplombent nos vies.

      Pendant que les voyageurs souffrent du froid et peinent à se mouvoir, les animaux sont à l’abri du froid sous leur fourrure et se déplacent avec légèreté. Ils sont libres, dans leur élément. Aucun fil, aucune barrière ne les retient. Libres de simplement se déplacer pour manger, se défendre, se reproduire sans se soucier de porter des vêtements, de travailler ou de payer son loyer. Être là et vivre, tout simplement. Cette liberté dans l’immensité de la nature, les mots de Sylvain Tesson et les photos de Vincent Munier nous en offrent un fragment, une ébauche pour faire travailler notre imagination et nos rêves. La simplicité de la vie des animaux sauvages comme le négatif de nos vies où tellement de choses sont possibles qu’il est impossible de tout faire. Aucune course effrénée contre le temps n’y changera rien. Quand tout semble trop rapide, trop compliqué, trop imprévisible, il est apaisant de s’imaginer cette vie sauvage centrée sur l’essentiel.

      Nul besoin d’aller au bout du monde pour la croiser. En lisant la panthère des neiges, je faisais des pauses pour observer l’épicéa par la fenêtre. Souvent je ne voyais que la silhouette familière de ses branches. Parfois des mésanges s’y tenaient. Elle naviguaient de branche en branche et faisaient un numéro d’équilibriste pour se poser sur des pieds de sauge et manger leurs graines. Ce spectacle me réjouissait, la vie sauvage n’existait pas seulement à travers les photos et les livres mais elle était là derrière la baie vitrée du salon, sorte d’affût pour voir la vie sauvage du jardin sans être vu. Plus grande fut ma surprise quand l’après midi j’ai aperçu un hérisson derrière mon affût domestique. Cela faisait des années que je n’avais pas vu un. Il faisait jour, sa présence était improbable et pourtant il ne semblait pas malade, il se déplaçait bien. Il profitait peut-être du calme qui régnait dans le jardin en cette période de fortes précipitations. il était affairé à explorer le sol. Connaissant son goût pour les limaces et les escargots il a du avoir de quoi se régaler. Je l’ai regardé derrière la baie vitrée sans sortir pour ne pas le déranger.

      La photo prise à travers la vitre n’est pas bonne mais elle précieuse pour moi. C’est une trace de ce moment fugace où j’ai eu le plaisir d’observer une tranche de vie de ce visiteur sauvage et mystérieux du jardin.

      Nul besoin de voyager loin pour éprouver l’émotion que procure l’observation des animaux sauvages. Elle est aussi forte près de chez soi que sur des terres lointaines. Vincent Munier l’explique dans une interview au Parisien « La rencontre avec un animal provoque une sorte de soulagement intérieur qui fait beaucoup de bien. C’est thérapeutique, comme des pansements sur nos blessures. Et je vous assure que vous pouvez vivre des moments extrêmement plus forts en observant un oiseau dans la forêt d’à-côté que, juché sur un 4 x 4, des léopards lors d’un safari organisé en Afrique. »

      Pour aller plus loin :

      Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Gallimard, 153 pages, 2019

      Christophe LEVENT, Sur la trace des animaux qui nous entourent avec Vincent Munier, Le Parisien, 11 Mai 2020 (page consultée le 16 Mai 2020) http://www.leparisien.fr/environnement/vincent-munier-photographe-animalier-ecouter-un-merle-c-est-extraordinaire-11-05-2020-8314428.php

      Posté dans Nature | 0 Commentaire
    • Comment façonner son jardin avec une tondeuse et la nature ?

      Publié à 21 h 13 min par Antoine Bocheux, le avril 26, 2020

      Au jardin comme dans les champs, nous pouvons choisir de laisser une place plus ou moins grande à la nature. C’est un lieu où notre rapport avec elle peut s’exprimer avec force, où nous la façonnons avant tout en fonction de critères esthétiques. Ce qui est beau ou ce qui est laid, ne se décrète pas, nous le ressentons viscéralement. Je fais partie de ceux qui aiment les jardins où elle a toute sa place. J’ai bien conscience que ce ressenti est loin de faire l’unanimité. Je constate également que le goût pour le jardinage avec la nature est de plus en plus partagé.

      Je voudrais vous parler ici du jardin en mouvement, un concept imaginé par le jardinier paysagiste Gilles Clément. Je l’ai découvert il y a environ 10 ans dans son ouvrage « où en est-on avec l’herbe ? : Réflexions sur le Jardin Planétaire ». 10 ans, c’est long, je n’ai plus mes notes de lecture sous la main au moment d’écrire ce texte. Je tiens à vous en parler quand même, sans avoir l’ambition de vous le présenter dans sa globalité mais en insistant sur une idée qui a changé ma façon de jardiner : il est possible, souhaitable et utile de ne pas tondre la totalité de son jardin. Certaines zones peuvent être tondues régulièrement. D’autre une fois sur deux ou sur trois. D’autre une fois par an. En procédant ainsi, comme le ciseau d’un sculpteur, la tondeuse créé du relief dans le jardin. Elle devient également un crayon qui permet de dessiner des formes, géométriques comme des allées, ou aléatoires en contournant les plantes que l’on souhaite laisser fleurir. En anticipant la couleur de ces fleurs, elle devient également la palette de couleurs du peintre avec le rouge de l’oseille sauvage, le jaune des pissenlits, le bleu de la sauge des prés ou le blanc de l’achillée millefeuille.

      Le jardin en mouvement porte bien son nom, il induit le mouvement. Alors que les massifs de fleurs plantées sont fixes, les îlots de fleurs du jardin en mouvement se déplacent. Elles se ressèment toutes seules mais pas au même endroit d’une année sur l’autre. La forme du jardin change ainsi d’année en année pour les suivre mais aussi de saison en saison. Par exemple, une fois que l’oseille sauvage a dispersé ses graines, elle peut-être tondue pour laisser éclore plus loin de nouveaux îlots d’ achillée millefeuille.

      Cette façon d’apprendre à faire moins pour laisser plus de place à la nature et un bonheur quand on aime contempler un petit coin de nature au seuil de sa porte.Elle permet d’assouvir sa curiosité pour la botanique pour reconnaître avant fleuraison les fleurs que l’on souhaite voir s’épanouir et mettre un nom sur celles qui poussent toutes seules dans les zones épargnés par la tondeuse. Elle donne la satisfaction d’observer les insectes qui butinent sur les fleurs, les plantes sauvages leur sont plus favorables que leurs cousines ornementales. Même les oiseaux en profitent, les plus petits d’entre eux s’accrochent aux tiges d’oseille sauvage pour picorer leurs graines.

      Des îlots d’oseille sauvage

      De la nature, du mouvement mais un jardin avant tout, avec des allées régulièrement tondues pour circuler et des passages de tondeuse suffisamment fréquents et ciblés pour ne pas voir son jardin se transformer en friche. Et beaucoup d’autres choses encore… Un terrain de jeu pour observer la nature à sa porte Une création en modelant les îlots fleuris au fil des saisons . Un jardin fleuri sans planter une fleur, 100 % local sans engrais ni pesticides !Sans déchets non plus, il n’est pas nécessaire de ramasser la tonte, elle sera mangée par les habitants du sol qui le transformeront en nourriture pour les plantes et la boucle sera bouclée. A moins que vous ne préfériez la ramasser pour pailler une parcelle de permaculture, mais ça c’est autre histoire!

      Pour aller plus loin :

      Gilles CLEMENT, Où en est l’herbe ? : Réflexions sur le Jardin Planétaire, Actes Sud, 155 pages, 2006

      Une interview de Gilles Clément en 5 épisodes dans l’émission A Voix Nue sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/gilles-clement-0

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Jardin, Nature
    • Comment tendre vers des agricultures en symbiose avec la nature ?

      Publié à 14 h 13 min par Antoine Bocheux, le mars 1, 2020

      L’objectif de l’agriculture est de cultiver les plantes et d’élever les animaux dont nous avons besoin pour nous nourrir. Cela nécessite d’intervenir pour créer un milieu qui leur est favorable. En contrôlant la concurrence des adventices, ces plantes qui poussent aux milieux des cultures alors qu’elle ne sont pas désirées, mais aussi les champignons et les insectes qui peuvent compromettre la récolte. En faisant le nécessaire pour que les sols soient suffisamment riches et meubles pour assurer la croissance des plantes cultivées. Il est possible d’arriver à ce résultat en créant un milieu artificiel où la nature a une place réduite. Il est également possible de pratiquer une agriculture qui laisse une place à la nature et d’en faire bénéficier les plantes que nous cultivons.

      Prenons un peu de recul et observons les plantes dans une forêt où les interventions de l’homme sont limitées. Elles sont vigoureuses, foisonnantes. Pourtant, elles ne bénéficient d’aucun soin pour accélérer leur croissance. En partant de cette simple observation, on peut constater qu’elles poussent parfaitement sans notre aide. Les terres agricoles laissées à l’abandon sont rapidement recouvertes de végétation et se transforment en forêts en quelques décennies si nous n’intervenons pas.

      Dans notre forêt, le sol n’est pas labouré et aucun apport d’engrais n’est amené aux plantes. Elles trouvent dans le sol ce dont elles ont besoin pour pousser. Elles profitent du travail des vers de terre, bactéries et champignons qui travaillent naturellement dans le sol pour transformer la matière organique (feuille morte, bois mort…) et la mélanger à la roche mère pour former l’humus, cette fine couche de terre à la surface du sol riche en nutriments. Ils contribuent également à rendre le sol meuble et à l’aérer en creusant de petites galeries. Cela améliore sa capacité à stocker l’eau de pluie et à la restituer. Ce qui explique qu’après un orage, quand l’eau ruisselle dans les champs, elle est absorbée par le sol de la forêt.

      Comme le sol n’y est jamais retourné et qu’il est toujours recouvert par des plantes vivantes et de la matière organique, tous les éléments sont réunis pour favoriser la formation d’humus.

      Apprendre à laisser une place à la nature dans les champs

      Les résultats de cette observation étant posés, on ne peut que constater qu’il faut intervenir un minimum dans un champ. Il n’est pas question de faire pousser des céréales ou des légumes dans une forêt. Cela n’empêche pas de laisser faire la nature à certains endroits .

      Autour des parcelles, en laissant des plantes pousser spontanément pour que la flore et la faune qui ne trouvent pas leur place dans les cultures trouvent un refuge.

      Sous nos pieds, en respectant la vie du sol pour que les cultures profitent de ses bienfaits comme les arbres de notre forêt. Pour en arriver là, il faut qu’une plante recouvre le sol le plus souvent possible pour le protéger de l’érosion. Laisser des résidus de culture à sa surface ou cultiver des engrais verts pour nourrir les animaux et les bactéries qui y vivent. Limiter au maximum les labours et, quand c’est possible, les abandonner. En retour les habitants du sol ameublissent le sol et fournissent aux cultures les nutriments dont elles ont besoins sans aucune intervention humaine. Dans ces conditions, il est possible de tendre vers une symbiose entre les plantes cultivées et la vie du sol.

      Pour ne pas perdre les bénéfices de ces efforts, il est nécessaire de limiter au maximum l’emploi des pesticides dont la présence peut facilement rompre le fragile équilibre de la vie des sols mais aussi éliminer des insectes dont la présence est indispensable à l’équilibre de la parcelle

      Associer les cultures dans l’espace et dans le temps

      Pour tendre vers cette symbiose, il est également nécessaire d’associer plusieurs cultures, chacune d’entre elles apportant des nutriments différents aux sols. Par exemple les légumineuses sont riches en azote, dont les céréales ont besoins. On retrouve cette diversité dans notre forêt, où, comme l’intervention de l’homme est réduite, on rencontre plusieurs essences d’arbres et plusieurs espèces d’arbustes et de plantes de sous bois. Elle est favorable à la vie du sol. Elle est également bénéfique aux plantes elles-mêmes car elle les aide à se protéger contre les ravageurs. Elle permet de nourrir une faune variée qui s’auto-régule, chaque espèce limitant les effectifs des autres. Ici aucun pesticide, fongicide ou insecticide ne sont utilisés pour protéger les plantes, ce qui ne les empêche pas d’être vigoureuses. Les ravageurs sont bien présents, mais ils subissent un impact suffisamment fort de la part des prédateurs pour que les dégâts qu’ils occasionnent soient limités. L’exemple le plus connu de ce type de régulation naturelle est celui des coccinelles qui contrôlent la population de pucerons. S’il arrive qu’un ravageur ait un fort impact sur une espèce de plante, son expansion sera limitée par la résistance des autres plantes à ses attaques. Il ne pourra pas se développer car il ne trouvera pas en quantité suffisante pour se nourrir la plante qu’il parasite.

      En agriculture il est nécessaire de maintenir cette diversité pour diminuer la pression des parasites sur les plantes cultivées. Cultiver des plantes différentes d’une année sur l’autre permet d’y contribuer. Il est également bénéfique de semer en même temps plusieurs plantes différentes. Enfin, il est possible de l’augmenter en laissant une place aux arbres au milieu des cultures. Les espaces laissés à la nature autour de la parcelle lui sont aussi favorable en abritant une grande variété de plantes et d’insectes. En respectant une partie ou la totalité de ces associations, il est envisageable de réduire ou de supprimer l’usage de pesticides. Là encore, il est possible de tendre vers une symbiose entre l’agriculture et la nature.

      Intervenir moins pour laisser une place à la nature, associer les plantes dans le temps et dans le l’espace. Ces grandes lignes se déclinent sous une grande variété de pratiques agronomiques qui s’adaptent aux différents contextes, climatique,géologique, géographique et économique, rencontrés par les agriculteurs qui les mettent en pratique.

      Pour aller plus loin :

      Claude et Lydia Bourguignon, Le sol, la terre et les champs, Sang de la terre , 224 pages, 2008

      Posté dans Agriculture, Nature | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Nature
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