Les champs de mes rêves

Les champs de mes rêves
  • Archives
  • Nature
  • Présentation
  • Accueil
  • Articles
  • Catégorie: Nature

    • Quand les plantes se jouent du temps qui passe

      Publié à 20 h 22 min par Antoine Bocheux, le mars 31, 2024

      Le printemps est comme un miracle évident. Imaginez comment les plantes traversent les longs mois d’hiver ? Fixes, privées de la possibilité de se déplacer sous des cieux plus cléments ou de s’abriter dans une maison bien chauffée. Sans pouvoir se couvrir d’un épais manteau, ni se réchauffer en bougeant. Sans pouvoir grandir faute de chaleur et de lumière. A ce problème pas si évident les solutions adoptées par les plantes sont aussi variées que complexes.

      Elles ne fuient pas le danger en se déplaçant, mais se distinguent par leurs facultés à se jouer du temps qui passe. Une sorte de fuite dans le temps, l’attente du bon moment plutôt que la recherche du bon endroit par le mouvement (ce que les graines font aussi, transportées par le vent et les animaux). Elles sont fixes mais nous pouvons leur envier quelques spécificités.

      D’abord, leur capacité d’attendre des conditions favorables des années, parfois des décennies sous forme d’embryon ayant mis son développement en sommeil : les graines. Il a fallu que la vie évolue pendant des centaines de millions d’années pour arriver à ce résultat qui permet aux plantes de recouvrir les terres émergées dès que des conditions favorables se présentent. Même si ces conditions favorables ne durent que quelques semaines, c’est suffisant pour que des graines germent, fleurissent et donnent naissance à de nouvelles graines qui, à leur tout, attendront patiemment dans le sol.

      Ensuite, la faculté des arbres à perdre leurs feuilles pendant l’hiver. Nous y sommes habitués, mais quand on y pense c’est un peu comme si nous hivernions en nous séparant de nos organes ne conversant que nos os, des réserves de graisses et quelques cellules en dormance capables de reconstituer nos organes le moment venu. Complètement inimaginable pour les animaux que nous sommes. La métaphore est un peu osée, trop basique pour rendre justice à la complexité du règne végétal, son but est simplement de faire ressortir le caractère extraordinaire de ce qui nous semble ordinaire.

      Au delà de ces réflexions métaphysiques, le printemps évidemment nous fait du bien. Le retour des herbes verts tendres, les premières fleurs, les premières feuilles. Puis au fil des semaines une montée en puissance vers toujours plus de verts, de variétés dans les formes et les couleurs des fleurs. Des odeurs qui reviennent, les paysages qui changent et sont remodelés.

      C’est un plaisir pour les yeux dont j’aime garder une trace à travers quelques photos. Je vous propose ici quelques clichés de ficaires (Ranonculus ficaria) et de pulmonaires (Pulmonaria officinalis) qui sont souvent les premières fleurs de l’année le long des chemin où je me promène.Il est toujours émouvant d’observer les prémices d’un nouveau cycle, je les regarde avec plus d’attention que celles qui les suivront. Le manque créé l’envie, la quasi disparition des fleurs sauvages qui se fait sentir pendant l’hiver pousse à s’arrêter et à se baisser pour les photographier.

      On les trouve souvent au bord des fossés et sur les talus. Les ficaires apparaissent généralement en premier. Leurs feuilles d’un vert luisant, en forme de cœur, sortent de terre dès le début du mois de janvier. Leurs fleurs jaunes se montrent de façon éparse dès fin janvier, de petites étoiles qui brillent au milieu de l’hiver. En février et en mars elles forment de véritables tapis jaunes le long des chemins. Elles vivent à contre courant du reste des plantes, elles s’éclipsent pendant l’été et démarrent leur cycle végétatif au milieu de l’hiver à la faveur des réserves accumulées dans leurs tubercules.

      Ficaires
      Tapis de ficaire le long d’un chemin
      Pulmonaires

      Les pulmonaires sortent généralement de terre quelques semaines plus tard. Leurs feuilles sont facilement reconnaissables à leurs taches blanches. Leurs fleurs sont de couleurs variables en fonction de leur maturité, elles oscillent entre le bleu et le pourpre. Cela permet de renseigner les insectes qui les pollinisent sur leur degré de maturité. Bientôt les herbes vont monter à hauteur des genoux, les arbres vont retrouver leurs feuilles. Les ficaires et les pulmonaires auront profité de leur précocité pour être seuls sous les derniers rayons de soleil de l’hiver. Ces quelques photos prises par une belle journée ensoleillée de mars permettront d’en garder un souvenir en attendant de les retrouver l’année prochaine.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Entre émerveillement et abattement

      Publié à 17 h 36 min par Antoine Bocheux, le janvier 7, 2024

      Entre émerveillement et abattement, la formule semble un peu éculée. Elle est pourtant parfaitement appropriée pour décrire ce que l’on ressent quand on aime la nature en ce début de 21ième siècle. D’un côté, les ouvrages de vulgarisation scientifique aident à toujours mieux connaître la vie des plantes et des animaux visibles et à s’imaginer celles des champignons et des bactéries invisibles. Des appareils photos et des caméras toujours plus perfectionnés donnent à voir des images magnifiques. D’un autre côté, on ne peut que constater tout ce qui disparaît ou devient rare en l’espace de quelques années. Les insectes et les oiseaux deviennent rares. Il est de plus en plus difficile de trouver une prairie, un bocage ou une forêt avec plusieurs essences d’arbres. Entre l’étalement urbain, les monocultures agricoles et sylvicoles, la place laissée à la nature est mince.

      Le climat tempéré que nous avons connu lui aussi disparaît. Cela fait maintenant 4 ans que j’écris ce blog, 4 années durant lesquelles les effets du changement climatique se sont faits lourdement ressentir. Vagues de chaleur, sécheresses, grêles, inondations. Les épisodes extrêmes se sont multipliés à un point où l’on peut constater que ce ne sont plus des anomalies météorologiques mais bien le climat qui change.

      Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les sécheresses et les vagues de chaleurs estivales. La couleur de l’été est de moins en moins le vert et de plus en plus le jaune paille de la végétation desséchée et des feuilles mortes qui tombent prématurément des arbres à cause de la sécheresse. Son parfum est de moins en moins souvent celui de la terre mouillée et de plus en plus celui de la poussière. L’eau qui était assez abondante devient maintenant suffisamment rare pour être sources de conflits et d’inquiétudes. Une réalité biologique simple et implacable se manifeste : sans eau aucune plante, sauvage ou cultivée, ne peut pousser. Ce qui ne nous met pas à l’abri des excès d’eau que nous connaissons cet hiver dont les paroxysmes sont les vagues d’inondations dramatiques que connaît le nord de la France. Pendant qu’une sécheresse historique frappe les Pyrénées orientales.

      La vie est parfois comme une musique de film qui alterne entre des scènes inquiétantes et des moments plus apaisants, propices à l’émerveillement et aux rêves. J’essaye régulièrement de partager ces moments lumineux dans ce blog. Souvent à travers mes lectures et le récit de mes promenades campagnardes et péri-urbaines. Les livres sont extraordinaires pour se lancer dans un voyage immobile et imaginer les mondes invisibles que les bons ouvrages de vulgarisation scientifique nous proposent de découvrir. Imaginer, chacun avec les images que les mots suscitent en lui, la présence de ces bactéries invisibles dans les sols, dans l’air, les roches, dans l’eau et dans nos corps. Les filaments invisibles des champignons qui occupent les moindres recoins du sols pour fournir en eau et en sels minéraux les plantes avec lesquelles ils vivent en symbiose. Une forme de vie encore sauvage, insaisissable que nous sommes parmi les premières générations d’êtres humains à découvrir.

      La découverte de ces vies invisibles et prolifiques nous ne consolera pas du recul du monde des plantes et des animaux. Celui que nous pouvons voir de nos propres yeux, mais aussi sentir, toucher, parfois goûter. Ici les livres ne font que nous aider à mieux comprendre et appréhender une réalité que nous pouvons observer avec nos propres sens. Il suffit parfois de peu de choses pour être saisi par l’émotion et sentir un éphémère sentiment de plénitude : la contemplation d’un arbre dans le brouillard qui lui donne une silhouette inhabituelle, une rencontre furtive avec un lièvre, une fleur sauvage qui s’épanouit sur un trottoir ou le long d’un chemin, l’odeur d’une aiguille d’épicéa froissée dans la main, le vol d’un papillon qui butine de fleurs en fleurs

      Tous ces moments où le rêve d’harmonie entre le vivant non humain et les êtres humains devient réalité pour quelques instants sont précieux. Même s’ils sont éphémères et symboliques. En ce début d’année je souhaite tout simplement les partager.

      Posté dans Nature | 2 Commentaires | Tagué Changement climatique, Nature, Photos
    • Les vies heureuses du botaniste 

      Publié à 14 h 07 min par Antoine Bocheux, le octobre 29, 2023

      En cet automne 2023, quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, se lancer dans la lecture d’une biographie dont le titre promet de s’attarder sur « les vies heureuses du botaniste » est une expérience alléchante. Cette biographie, c’est celle du botaniste Francis Halléi. Né en 1938, il a accordé une vingtaine d’entretiens à Laure Dominique Agniel entre décembre 2020 et juin 2022. Une somme qui lui permet de nous faire découvrir les grands jalons du parcours d’un botaniste qui a beaucoup parlé des plantes tout en restant discret sur sa vie. L’auteur de l’éloge de la planteii et du plaidoyer pour l’arbreiii a bien eu plusieurs vies.

      La liste des activités de Francis Hallé est longue : enseignant, chercheur, explorateur de la biodiversité des forêts tropicales au sol mais aussi à la cime des arbres, passeur de connaissances et d’émotions auprès du grand public et, plus récemment, initiateur et promoteur d’un projet de forêt primaire en Europe. Elles tournent autour d’un dénominateur commun, sa passion pour les plantes. Dès qu’il en a eu l’occasion, il a voyagé à travers le monde pour les observer, particulièrement dans les pays tropicaux où se trouve la plus grande biodiversité. Leur climat chaud et humide permet aux plantes de s’y développer sans être contraintes par le froid et la sécheresse. Elles atteignent un niveau de diversité bien supérieur à celui rencontré sous les hautes latitudes où les espèces adaptées aux contraintes climatiques peuvent proliférer avec une faible concurrence. Sous les tropiques c’est l’inverse, on rencontre rarement deux arbres identiques côte à côte. Afrique, Amérique du sud, Asie, trois forêts tropicales qui ont en commun leur exubérance et qui pourtant abritent une faune et une flore complètement différentes.

      Francis Hallé aime voyager dans ces forêts encore mal connues. La chaleur, l’humidité ou les piqûres d’insectes n’entament pas son enthousiasme. Passer des heures à observer les plantes, les dessiner afin de mieux les connaître, voilà son bonheur. Il reste toujours émerveillé par leur beauté et leurs facultés d’adaptation. Il privilégie l’étude des plantes sur le terrain à une époque où la recherche en laboratoire est reine. Il se refuse à dissocier la science de la beauté. Pourquoi le chercheur ne pourrait-il pas partager les émotions qu’il éprouve devant la beauté de l’objet de ses recherches?

      Cette posture a beaucoup à voir avec un des sujets de recherche qui a fait sa notoriété dans le monde scientifique : l’étude de l’architecture des plantes. Sujet qu’il aurait été difficile d’étudier depuis un laboratoire. Les années passées en forêt à dessiner des plantes lui ont donné une perspective qu’un scientifique hors sol n’aurait pas pu avoir. C’est aussi sa connaissance des forêts tropicales qui l’a amené à se lancer dans l’aventure du radeau des cimes. L’idée est simple, étudier la cime des arbres des forêts tropicales primaires, la canopée, là où se trouve la lumière, et une faune et une flore beaucoup plus nombreuses et variées que celles vivant dans les sombres sous bois. Un monde situé 50 mètres au dessus du sol moins bien connu que la surface de la lune ! Il a fallu beaucoup de persévérance pour concevoir et donner vie au radeau des cimesiv, cette structure semi rigide posée sur la canopée qui a permis de passer des semaines à « naviguer » sur les cimes des arbres pour étudier leur diversité.

      Son bonheur à étudier les plantes, Francis Hallé aime le partager. Avec sa femme Odile et ses enfants qui l’ont accompagné quand il a enseigné en Côte d’Ivoire, au Congo et en Indonésie. Avec d’autres botanistes, collègues ou étudiants. Avec les chercheurs de tous horizons à qui il a permis de découvrir la canopée sur le radeau des cimes. Et avec le grand public auprès duquel il partage inlassablement son amour des plantes à travers ses livres et des conférences. Depuis qu’il s’est lancé, dans ce rôle de passeur l’intérêt du grand public pour la botanique n’a cessé de croître. La destruction des dernières forets tropicales primaires aussi. Détruites alors que l’on ne connaît même pas leur biodiversité. Alors Francis Hallé est aussi un homme indigné qui milite pour alerter sur leur destruction qui est arrivée à un point où il lui est impossible de se taire. Il se mobilise également en France contre des projets d’abatage de vieux arbres comme celui de tilleuls à Sète.

      Lui qui n’a pas de jardin s’émerveille devant les plantes partout où il voyage. Il s’intéresse autant au chêne qui fait face à son bureau à Montpellier qu’aux arbres des forêts tropicales. Voyageur ou sédentaire, chacun ayant l’occasion d’observer des plantes dans sa vie peut-être sensible à son invitation à porter plus d’attention aux végétaux qui nous entourent. Sa réflexion sur les plantes est dans l’air du temps. Elles deviennent un repère dans une époque qui y en manque. P 38-39 Laure Dominique Agnielle cite « j’ai vu grandir l’intérêt pour la botanique dans le monde entier. Je crois que la dégradation écologique nous amène à nous raccrocher aux plantes qui sont solides et rassurantes. Elles existent depuis des millions d’années et elles existeront après nous ; de plus elles améliorent leur environnement alors que nous dégradons le notre ».

      iLaure-Dominique AGNIEL, Francis Hallé. Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 208 pages, Mai 2023
      iiFrancis Hallé, Eloge de la plante : Pour une nouvelle biologie, Point, 346 pages, 2014 (première édition en 1999)
      iiiFrancis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006
      ivAvec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt

      Posté dans Forêt, Nature | 2 Commentaires | Tagué Arbres, botanique, Nature
    • Voler de fleurs en fleurs

      Publié à 14 h 25 min par Antoine Bocheux, le août 15, 2023

      Souvent les livres permettent de s’extraire du quotidien, de voyager dans le temps et dans l’espace. Parfois, c’est plus rare, ils ouvrent un nouveau point de vue sur des lieux qui semblent familiers. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de l’effet papillon1, un livre présentant des photos de papillons en vol. Les photos sont de Ghislain Simard, elles sont commentées par l’entomologiste Vincent Albouy. L’arrière plan et les paysages autour des papillons me semblent familiers. Ils se rapprochent de ceux que je peux observer quand je m’assieds au bord d’une prairie pour regarder les fleurs. Une succession de tiges, de feuilles et de fleurs avec d’infinies nuances de couleurs et de formes. Immergés dans ce décor, les insectes se font rarement attendre. La végétation est la fois leur gîte et leur garde manger.

      Les papillons ne sont pas faciles à observer. Parfois il se laissent photographier, occupés à butiner sur une fleur ou à se réchauffer au soleil. Avec un peu de persévérance, j’ai pu distinguer leurs yeux sur mes photographies. Voir ci-dessous une de mes photos.

      Par contre, je n’ai jamais réussi à les photographier en vol comme Ghislain Simard. Réussir ce type d’image nécessite un matériel sophistiqué, un savoir faire et beaucoup de patience. Côté matériel, prévoir une barrière laser qui déclenche la prise de vue quand le papillon traverse le faisceau. L’appareil photo est lui posé sur un trépied, le cadrage de l’image et la mise au point de la zone de netteté étant réglés au préalable. Le temps de pose étant extrêmement court, des flashs sont également nécessaire pour éclairer les images. Une fois ce montage complexe installé reste à patienter jusqu’à ce qu’un papillon se présente. A l’arrivé de superbes images de papillons en vol permettant de saisir un instantané de ce qui est normalement invisible à l’œil humain. Vous pouvez en consulter certaines avec ce lien sur le site de la Salamandre, l’éditeur du livre

      On apprend beaucoup sur le vol des papillons à la lecture de ce livre. Premier constat, les papillons ont quatre ailes indépendantes les unes des autres ce qui confère à leur vol beaucoup de maniabilité et de précision. Elles sont à la fois souples et robustes, elles peuvent se tordre et se déformer. Certaines photos qui permettent de le constater sont saisissantes. Malgré leurs trajectoires qui peuvent parfois nous sembler imprévisibles et erratiques, elles permettent aux papillons de se déplacer avec précision en dépensant un minimum d’énergie. L’instabilité apparente de leur vol s’explique pour de nombreuses espèces par la faiblesse de leur poids par rapport à la surface de leurs ailes. De vrais poids plumes virtuoses des acrobaties en plein vol. Jusqu’à l’accouplement en plein vol que Ghislain Simard à réussi à saisir (p 80-81)

      Le principal objet de ces déplacements est de butiner de fleurs en fleurs pour se nourrir de leur nectar. Une tournée des bars à sucre, en quelques en sorte. Ce sucre, transformé en graisse, est leur carburant pour voler. Certaines espèces de papillons comme les belles dames ou les vulcains ne se contentent pas de voler de fleurs en fleurs. Ils se lancent dans de longues migrations portés par les vents et les courants thermiques. Se déplaçant parfois sur des milliers de kilomètres, en patientant à l’abri au ras du sol quand les vents sont contraires. Leur petite taille ne les empêchent pas d’être de grands voyageurs.

      Au delà de la prouesse technique que constituent ces images et des précieuses informations sur le vol des papillons que nous donnent les commentaires qui les accompagnent, beaucoup d’émotions se dégagent de ce livre. Les papillons se nourrissent du nectar tout en pollinisant les fleurs, voilà une relation harmonieuse. Harmonieuse également pour l’être humain qui l’observe en profitant à la fois de la beauté des fleurs et de celle des papillons. Juste le plaisir de partager une tranche de vie avec le vivant non humain. Les photos de Ghislain Simard font ressortir cette harmonie. Si certaines d’entre elles donnent à voir les détails des écailles des ailes des papillons ou des gros plans sur leurs yeux, beaucoup permettent de les observer en plan large, dans leur environnement au milieu des plantes. On peut alors imaginer que les tiges des fleurs sont des troncs d’arbres entre lesquelles les papillons slaloment, les fleurs des promontoires où ils se reposent et se restaurent et les arbres des montagnes qu’ils contournent ou qu’ils survolent. L’on se prend à rêver de changer d’échelle pour voler avec légèreté dans ce monde féerique. Féerie renforcée par la beauté des couleurs des flous en arrière plan des images qui rappelle les tableaux des peintres impressionnistes.

      Les textes qui accompagnent les photos nous renvoient à la triste réalité du fort déclin des papillons au cours des dernières décennies. Le plaisir de croiser des papillons devient de plus en plus rare. Vincent Albouy indique que les espèces autrefois courantes deviennent rares et que celles qui étaient rares disparaissent ou voient leurs aires de répartition dangereusement rétrécies. Ghislain Simard, explique qu’un autre photographe lui a conseillé de photographier les papillons tant qu’il y en a encore. Le parallèle entre les progrès du matériel photographique qui permet de saisir ces images et celui du déclin des papillons est saisissant.

      Pour finir sur une note positive, les auteurs nous rappellent combien il est important de laisser fleurir des fleurs sauvages dans les jardins et les champs pour préserver les papillons. Tondre à ras la pelouse plutôt que de laisser fleurir les plantes sauvages est un choix souvent motivé par des raisons esthétiques. En feuilletant ce livre on ne peut pourtant que constater à quel point la beauté est du côté des fleurs sauvages et des papillons.

      1Ghislain Simard  et Vincent Albouy, L’effet papillon, La Salamandre, 160 pages, 2023

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Jardin, Nature, Papillons, Photos
    • Examiner les fleurs : retour sur un stage de botanique

      Publié à 15 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 18, 2023

      Selon le dictionnaire de l’Académie Française, la botanique est la « Science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux » J’ai toujours aimé suivre les découvertes de la science sur la connaissance des plantes, principalement en lisant des ouvrages de vulgarisation scientifique. Ce blog en témoigne. Par contre, je le confesse, j’ai été moins curieux en ce qui concerne la description et la classification des végétaux. Pas au point de ne pas chercher à mettre un nom sur les plantes que je croise. Bien au contraire. Mais en me contentant souvent d’une méthode peu rigoureuse : comparer d’un coup d’œil les plantes que j’observe dans mes ballades à celles que je trouve dans les livres sous forme de dessins ou de photos.

      Motivé par l’envie d’aller plus loin, je me suis inscrit au stage de botanique pratique de l’association Veilles Racines & Jeunes Pousses. Objectif de la formation : « acquérir des bases solides en reconnaissances et en déterminations ». Elle se déroule sur 4 jours. Elle a lieu à la ferme école de Mercin, dans le sud-est du département de la Creuse sur la commune de Mérinchal. Le cadre est magnifique, la salle de formation est entourée d’un jardin où sont cultivées des plantes médicinales. Derrière le jardin, des prairies entourées de haies bocagères.Nous nous installons en plein air autour d’une table à l’ombre de la terrasse. Entourés de plantes et de livres nous pouvons commencer les présentations autour d’un café ou d’une tisane. Dès le début du stage le botaniste Cédric Perraudeau, notre formateur, nous remet nos outils d’apprenti botaniste : Une flore portative de Gaston Bonnieri et une loupe. L’un ne va pas sans l’autre, nous allons découvrir que la loupe est souvent indispensable pour utiliser la flore. Nous allons prendre l’habitude d’y coller notre œil pour observer les plantes. Observer le mot n’est pas assez fort, nous allons les examiner dans les moindres détails

      Il nous met en garde dès le début, pour utiliser une flore il est nécessaire de maîtriser un vocabulaire précis. Les tiges, les feuilles, les inflorescences, les fleurs, les fruits, tout y passe. Les explications théoriques sont illustrées par des dessins et par la présentation de plantes qu’il cueille dans le jardin voisin pour nous les décrire et nous inviter à les observer à la loupe. Nous examinons les feuilles, les stipules, les formes des poils sur les tiges et les fleurs (certains spécialistes arrivent à reconnaître les espèces de géranium simplement à partir de ce critère) les sépales, les pétales, les étamines. Plus complexes, les pistils qui peuvent être composés d’une ou plusieurs carpelles qui peuvent être libres ou soudées. Viennent ensuite les fruits, akènes, capsules, baies, drupes, gousses et autres siliques. J’arrête ici cet inventaire non exhaustif qui a pour seule ambition de donner une idée de la diversité du vocabulaire à maîtriser pour décrire les plantes. La tâche paraît lourde mais en l’utilisant avec assiduité pendant 4 jours il devient petit à petit familier. Pendant tout le stage Cédric nous a fait des piqûres de rappel sous forme de quiz. Il s’est lui même prêté au jeu en mode expert : il nous a proposé de l’interroger en lui lisant la description détaillée d’une plante, sans lui présenter de photo ou d’illustration. Nous avons essayé de le piéger mais nous n’avons pas réussi ! Preuve qu’un vocabulaire précis permet de décrire les plantes avec une précision redoutable.

      Les trois jours suivants ont été consacrés à la présentation des principales familles botaniques et à la prise en main de la flore de Bonnier. Au jardin puis dans les prairies, nous l’avons utilisée pour déterminer des espèces. C’est une sorte de QCM géant où chaque question élimine des hypothèses jusqu’à arriver, si l’on répond correctement à toutes les questions, à la description de la plante que l’on a sous les yeux. Je me souviendrai de la renoncule rampante ( Ranuculus repens) première plante que j’ai identifiée en utilisant cette flore. Pour être plus précis, plante devant laquelle j’ai commencé à comprendre le fonctionnement de la flore de Bonnier grâce à Cédric. Je pense en particulier à ces nombreuses carpelles formant un bloc. Je les croyais soudées, ce qui m’a induit en erreur. En fait, elles se séparent à maturité, il est possible de les détacher à la main pour s’en assurer. Des plantes il y en eu beaucoup d’autres dans le jardin, dans les prairies sèches, les prairies humides, en lisière des bois, le long des chemins, en bord de rivière, ou sur les coteaux. Il est délicieux de passer quelques jours au milieu des plantes assis dans une prairie. Le tout dans la bonne humeur, dans un contexte propice aux discussions. Une occasion de rencontrer d’autres passionnés de nature, d’échanger sur nos parcours et nos régions respectives. On en perd la notion du temps. Mais il y a la vie, le quotidien reprend son cours. Le mien est derrière un bureau devant un écran. Les plantes ne sont pas absentes pour autant. Elles sont là, le long des chemins où je me promène le soir après le travail et le week-end. Et bien sûr au jardin.

      Une vue imprenable sur la prairie

      Avec le jardin en mouvement les plantes spontanées sont nombreuses mais comment les identifier précisément ? Voilà un terrain où je pourrai continuer d’utiliser régulièrement la flore de Bonnier. Aujourd’hui les liserons attirent mon attention. Ils me donnent du fil à retordre en s’enroulant dans les courgettes ou la lavande mais quand ils s’enroulent autour des lampsanes (Lapsana communis) leurs fleurs sont magnifiques. Mais quelle espèce de liseron est devant moi ? Voilà une occasion de sortir ma flore, de reprendre la loupe et de réviser mon vocabulaire. C’est un liseron des champs (Convolvulus arvensis ). Pour en être sûr il faut savoir ce qu’est une bractée (la dernière feuille avant la fleur). Savoir, également, que la bractée peu avoir un aspect semblable à la feuille ou au contraire être beaucoup plus petite, invisible pour un œil non exercé ! Enfin être informé qu’elle peut-être située proche ou loin de la fleur. Ici la flore de Bonnier précise « bractées distantes de la fleur ». Même au jardin il y a matière à réviser son vocabulaire botanique !

      iGaston Bonnier et Geroges de Layens, Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, 426 pages, 1985

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué botanique, Nature
    • Vivre au milieu des plantes

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le Mai 8, 2023

      Nous l’oublions souvent, notre vie serait impossible dans un monde sans plante. C’est une lapalissade que de le rappeler, nous mangeons des plantes ou des animaux qui ont mangé des plantes. Elles sont capables de transformer l’air, l’eau et les sels minéraux contenus dans l’eau en matière vivante. En absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène elle rendent respirable l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Au cœur de l’anthropocène nous l’oublions facilement. Nous pensons avoir le monopole de la capacité à transformer la terre pour la rendre favorable à notre espèce. Les plantes l’ont déjà fait depuis longtemps et continuent à le faire : en changeant la composition de l’atmosphère, en étant les piliers des sols vivants qui rendent la vie terrestre possible. Avec l’anthropocène les transformations sont beaucoup plus rapides et infiniment moins durables. D’ailleurs la principale source d’énergie rendant possible ces bouleversements est la combustion du charbon… issu des restes de troncs d’arbres ayant poussé il y a des centaines de millions d’années qui n’ont pas pu être décomposés par les champignons car ils ont été immergés sous l’eau.

      Ces plantes fixes qui ne font pas de bruit finissent par faire parti du décor. Nous ne faisons plus forcément le lien entre elles et l’air que nous respirons ou la nourriture que nous achetons au supermarché. Pour mieux les appréhender il nous manque peut-être l’occasion de vivre lentement. Pour les regarder, les sentir, les toucher et dans certains cas les goûter. Les voir changer et modeler les paysages avec leurs troncs, leurs rameaux, leurs feuilles et leurs fleurs. Quelques jours de vacances dans le bocage de Gatîne représentent une occasion favorable pour tenter l’expérience. Ici les tracteurs sont imposants, les parcelles parfois immenses mais il reste encore des kilomètres de belles haies champêtres. On y trouve encore de vieux arbres, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare. Le contraste est saisissant avec les plaines céréalières voisines où les arbres ne sont pas mélangés aux cultures.

      Des haies hautes avec de grands arbres, des chênes, des charmes, des frênes, des châtaigniers. Des kilomètres de lisières entre les arbres et les parcelles agricoles. Des petites routes et des chemins de terre qui invitent à de longues marches à l’ombre des arbres. Il fait bon de marcher sous ces tunnels de verdures, à l’abri des excès du soleil et du vent. Sous les arbres prospèrent, en ce début de mois de mai, une grande variété de plantes en fleurs. A la lisière entre les prairies et les bois on y trouve un mélange de plantes de ces deux milieux. Les jacinthes des bois forment des tapis bleu comme dans les sous bois, les asphodèles se distinguent par leur hauteur et les nervures brunes sur leurs sépales. Les fleurs rouges de l’oseille et le jaune des boutons d’or rappellent pour leur part les prairies voisines. Cette vie végétale attire une riche vie animale. Il suffit de se pencher sur les fleurs pour croiser des insectes en train de butiner… ou de manger des feuilles. La symbiose et le parasitisme sont à portée de vue. Plus haut, les oiseaux chantent. Difficile de compter combien d’oiseaux vocalisent en même temps dans ce flot de sons continus. Il ne s’arrête que quand les arbres ne sont plus là. Ils sont faciles à entendre mais difficiles à voir. Quel contraste avec les plantes qui se laissent approcher par qui veut bien prendre le temps de s’arrêter.

      Au printemps, le regard est attiré par la profusion de couleurs des fleurs. Profusion de formes également si l’on les regarde attentivement. Étape par ailleurs indispensable pour mettre un nom sur les plantes que l’on croise à l’aide d’une flore. La fleur est l’interface des plantes immobiles avec l’extérieur. Pour se reproduire en mélangeant leurs gènes, elles ont besoin du vent et des insectes. Elles adaptent leurs formes et leur taille pour cela. Petites et nombreuses certaines fleurs comme celles des graminées misent sur le nombre pour être transportées par le vent, moyen de locomotion dont la fiabilité est aléatoire. D’autres confient le transport de leurs pollens aux insectes. Elles les attirent avec des couleurs chatoyantes et un précieux liquide sucré : le nectar. En butinant de fleurs en fleurs ils déposent immanquablement le précieux pollen sur les fleurs voisines. Il suffit de se baisser pour regarder de près une fleur, pour assister à ce spectacle. Spectacle qui malheureusement n’existe plus dans les mornes plaines céréalières dépourvues de fleur. Sans arbre moins d’oiseaux, sans fleurs plus d’insectes pollinisateurs. La vie des humains continue mais elle devient moins douce et plus vulnérable.

      Dans les bois l’ambiance est différente, la lumière plus diffuse, la flore moins variée. Les arbres plus hauts poussent vers le ciel pour occuper une place exposée à la lumière au lieu de s’étaler paisiblement au dessus des routes et des champs dans le bocage. Ils ne retrouvent ce port qu’au bord des rivières, qu’ils recouvrent de leurs ombres comme un chemin dans le bocage. C’est les vacances, un temps pour vivre lentement, alors pourquoi ne pas s’arrêter, s’asseoir sur un rocher au bord de la rivière et fermer les yeux. Ici, au bord de l’eau, sous les arbres, immergés dans l’air humide et les chants des oiseaux, on peut ressentir l’air qui circule dans les feuillages et se mélange à l’eau pour capter la lumière du soleil et créer la vie.

      Pour aller plus loin

      Emmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

      Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Arbres, Bocage, Histoire de la vie, Nature, Photos, Printemps
    • Quand le « beau » temps inquiète

      Publié à 17 h 23 min par Antoine Bocheux, le mars 5, 2023

      Au fil des ans, sournoisement, les conséquences du changement climatique prennent de plus en plus de place dans nos vies. L’hiver, elles se font moins sentir que l’été. Il n’y a pas cette chaleur étouffante qui colle à la peau. S’il fait moins froid comme à Noël 2022, la hausse des températures donne une douceur agréable. Moins de froid, plus de ciel bleu, peuvent paraître agréables à ceux d’entre nous qui ne regrettent ni la neige ni les sports d’hiver qui vont avec. Mais une menace plane au-dessus de ce ciel bleu.

      Pour utiliser une métaphore commune, il serait tentant d’écrire qu’un nuage noir plane au-dessus de nos têtes. Mais cela serait un contre-sens ; le risque qui plane au dessus de nos têtes, c’est la sécheresse. Contrairement à ce qu’indique le sens commun, le nuage noir et la pluie qui va avec seraient une délivrance. On peut aimer ou ne pas aimer le ciel bleu et le temps sec, la sécheresse nous concerne tous. L’eau est nécessaire pour nos besoins domestiques quotidiens, mais aussi et avant tout parce que sans eau il n’y a pas d’agriculture possible.

      Si dans le langage courant nous parlons de « beau » temps pour décrire un ciel bleu sans pluie et sans nuage, et de nuage noir pour évoquer un mauvais présage, c’est probablement parce que pendant des siècles nous avons connu un climat relativement stable où les récoltes étaient beaucoup plus souvent réduites par un manque d’ensoleillement et un excès de pluie que par la sécheresse. On parlait d’été pourri pour décrire un été trop arrosé. Parlera-t-on demain de « chape de plomb anticyclonique » pour évoquer une longue période sans précipitation ? Difficile de prévoir l’avenir. Dans tous les cas, ce qu’il s’est passé cet hiver avec 32 jours consécutifs sans pluie est inédit1. Peut-être que le printemps sera pluvieux et que tout s’arrangera ? Impossible de faire des prévisions. Ce qui est sûr, c’est que l’inquiétude est là. La pluie tombe moins souvent, moins régulièrement et quand elle tombe, c’est souvent sous forme de déluge. Après avoir vécu pendant des siècles avec la certitude tranquille qu’elle tomberait toujours avec régularité, nous avançons vers un futur incertain.

      Au milieu de cette incertitude climatique, des repères restent. La longueur des jours augmente. Malgré le froid persistant, elle annonce la fin de l’hiver. Plus visible encore, les fleurs sont de retour. En 2023, elles sont arrivées avec quelques semaines de retard par rapport à 2022. Les ficaires avec leurs fleurs jaunes et leurs feuilles en forme de cœur. Le lamier pourpre, dont la belle couleur contraste avec le vert des pelouses. Du bleu avec les petites véroniques de Perse. Du jaune encore avec quelques pissenlits isolés, et plus fréquemment des séneçons commun . Le tapis jaune qu’ils forment par endroit amène des couleurs vives réconfortantes.

      Malgré les écarts de température, passant en quelques jours de la douceur au gel, malgré le manque de pluie, elles sont bien là fidèles au rendez-vous du printemps. Elles se contentent de peu. Juste un peu d’eau et un peu de lumière. Avant que la concurrence pour accéder à la lumière ne soit trop rude, elle occupent le terrain en premier. Elle n’ont pas besoin de monter haut pour la trouver. Elles sont petites, ce qui les empêchent pas d’avoir des couleurs éclatantes. Et des formes complexes que l’on découvre quand on prend le temps de se baisser pour les regarder

      Lamier pourpre
      Fleur de Ficaire
      Feuille de ficaire
      Séneçon Commun
      Pissenlit
      Véronique de Perse

      Elle fleurissent vite, au ras du sol, leurs fleurs donnent rapidement de nouvelles graines qui attendront patiemment le printemps prochain à l’abri du sol. Peu importe pour elles les risques de sécheresse ou de déluge qui planent sur les autres plantes qui arriveront plus tard dans la saison. Elles auront déjà bouclé leur cycle annuel.

      1https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/secheresse-32-jours-sans-pluie-en-france-record-battu

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature, Photos, Printemps
    • Peur sur la campagne

      Publié à 18 h 52 min par Antoine Bocheux, le janvier 29, 2023

      Ce qui abîme la nature est souvent invisible. Les émissions de gaz à effet de serre, l’épandage de pesticides, la pollution de l’eau et de l’air. La chasse, elle, est visible, inquiétante. Le rouge des cartouches que l’on trouve ça et là le long des routes et des chemins. Les gilets oranges des chasseurs. Les hurlements des chiens. Le bruit des coups de feu qui remplacent le chant des oiseaux. Il est difficile de se promener en automne ou en hiver à la campagne et de l’oublier. De ne jamais être confronté à l’expérience de croiser une battue avec les routes quadrillées par une armée de chasseurs lourdement armés. Il ne reste plus qu’à changer de chemin, faire demi tour. Ou accélérer le pas pour aller plus loin en espérant ne pas être victime d’une balle perdue. Dans ces conditions pas question de s’arrêter pour regarder un arbre.

      Ce sentiment d’insécurité devant les chasseurs n’a rien d’exceptionnel. Il est même partagé par une majorité de français. Selon un sondage effectué en 2022 par l’ifopi « 70 % des Français disent ne pas se sentir en sécurité lorsqu’ils se promènent dans la nature en période de chasse ». Il est plus fort chez les habitants des communes rurales qui sont 74 % à le partager. Selon le même sondage « 78 % des Français se disent favorables à ce que le dimanche devienne un jour sans chasse ».

      Que se cache-t-il derrière ce plébiscite pour une trêve dominicale ? Sûrement une aspiration légitime à se promener en famille ou faire du sport sans être sur le qui vive dans la crainte d’une balle perdue. Peut-être un besoin de retrouver un contact avec la nature au moment où elle recule de plus en plus sous les coups de butoir du changement climatiques, des pesticides … et de la chasse. Un besoin de l’observer sans laisser de traces ; de l’admirer, d’essayer d’entrouvrir les portes du mystère de la vie des animaux et l’altérité des plantes. Un moment privilégié pour un rapport pacifié avec des plantes et des animaux qui ne représentent aucune menace pour nous et dont nous n’avons pas besoin pour nous nourrir. Quand le bonheur arrive simplement avec la curiosité et l’émerveillement. Un petit geste concret pour reprendre contact avec la nature au lieu de se réfugier dans un monde imaginaire derrière des écrans.

      Le risque d’être victime d’un accident de chasse, mais aussi la pression exercée sur les animaux ne favorisent pas ce rapport apaisé. Un rapport à la nature différent de celui des chasseurs, même s’il faut se méfier des généralités, les motivations et les modes opératoires des chasseurs étant variés. Se contenter de regarder ou donner la mort constitue dans tous les cas une différence importante. Ceux qui utilisent leur temps de loisir pour donner la mort aux animaux restent une part minoritaire de la population.

      En dépit de l’opinion d’une très large majorité de français, le gouvernement s’est opposé à l’interdiction de la chasse le dimanche. Il continue d’apporter son soutien aux 1,02 millions de détenteurs d’un permis de chasse « Prix du permis de chasse divisé par deux, subventions passées à 6 millions d’euros en 2021 (contre 27.000 euros en 2017) »ii.

      Ce rapport à la chasse n’est pas une fatalité. Chez nos voisins la place laissée aux chasseurs est plus restreinte. Le dimanche sans chasse se pratique déjà à nos portes. La Grande-Bretagne et les Pays-bas interdisent la chasse le dimanche. L’Espagne, l’Italie et le Portugal l’autorisent deux ou trois jours par semaine, les jours sans chasse devenant les plus nombreux. En Suisse, dans le canton de Genève, il n’y a plus de chasse de loisir depuis 1974, la seule chasse autorisée concerne des tirs pour réguler la population de sangliersiii. Ces exemples nous rappellent que la chasse sept jours sur sept pendant près de sept mois sur douze n’est pas une fatalité. D’autres rapports à la chasse sont possibles. Ici contrairement aux émissions de gaz à effet de serre le problème est local, ce sont des réglementations locales qui permettront ou entraveront l’essor de rapports pacifiés avec la nature. Derrière la question de la réglementation sur la chasse, c’est celle de notre rapport avec la nature qui se pose.

      i https://www.20minutes.fr/planete/4017132-20230103-chasse-pres-80-francais-favorables-interdiction-dimanche

      ii https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/camille-passe-au-vert/camille-passe-au-vert-du-mardi-10-janvier-2023-7853636

      iii https://www.sudouest.fr/societe/animaux/un-ou-deux-jours-sans-chasse-en-france-comment-ca-se-passe-ailleurs-en-europe-7278156.php

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Nature
    • Humain et confidentiel

      Publié à 19 h 14 min par Antoine Bocheux, le décembre 30, 2022

      Les champs de mes rêves ont maintenant trois ans. L’occasion de revenir sur les raisons qui me poussent à continuer de tenir ce blog. Cela demande du temps. Les idées viennent facilement, souvent en marchant. Les structurer et mettre des mots dessus est plus long. Se relire plus encore. Au final, après l’effort, le plaisir est au rendez-vous. Plaisir d’énoncer des idées qu’il serait difficile d’exprimer au cours d’une discussion. Souvent le contexte ne s’y prête pas. Parfois les mots ne viennent pas sur le vif. Plaisir d’être lu, je remercie chaleureusement mes lecteurs. Plaisir également, de voir les billets s’accumuler et, petit à petit, former un tout.

      Dans l’immensité du web, les champs de mes rêves reste confidentiel. Je le sais et je l’assume, je n’ai pas coché les cases pour être mis en avant par Google. Diversité des thèmes traités alors qu’il faudrait se spécialiser sur un sujet pour devenir un « expert ». Comment cocher cette case alors que tout est lié. L’évolution fulgurante des techniques agit sur l’ensemble de nos vies comme sur celles du vivant non humain. Penser la nature sans penser la technique qui cause sa destruction et bouleverse nos modes de vie serait absurde.

      Pour plaire à l’algorithme de Google, il faudrait également agrémenter chaque billet avec des images. Pourquoi vouloir absolument illustrer les mots avec des images quand ils donnent à appréhender des réalités qu’aucune image ne peut évoquer. Comment visualiser un concept comme la technique selon Jacques Ellul ou l’odeur de la terre mouillée ? N’est-il pas préférable de laisser au lecteur la liberté de se représenter lui même des choses auxquelles aucune image ne saurait rendre justice ?

      Il faudrait également publier trois fois par semaine. A moins de devenir bloggeur à plein temps cela ne semble pas réaliste. Peut-être en ayant recours aux services d’une intelligence artificielle pour rédiger le premier jet des billets. Et compléter sa suggestion en ajoutant une petite touche personnelle comme on ajoute une cerise sur le gâteau. Sans savoir ce qu’il y a dans le gâteau. Ce n’est pas de la science fiction il suffit de tester GPT-3 d’Open AI pour s’en convaincre. Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer ? Comme toute technique, elle est ambivalente. Nous manquons simplement de recul pour imaginer ce que seront sa face sombre et sa face lumineuse. En attendant, spéculons. Nous confions déjà à des algorithmes, donc aux ingénieurs qui les programment, le soin de sélectionner les résultats qu’ils jugent les plus pertinents quand nous recherchons de l’information sur notre moteur de recherche favori. Vont-ils maintenant nous renvoyer vers des textes écrits par d’autres algorithmes, programmés selon les désirs d’autres ingénieurs ?

      Heureusement la vocation de ce blog n’est pas d’être lu par le plus grand nombre. Il est avant tout un espace de liberté, à l’abri des contraintes du quotidien, de la course à l’efficacité qui remplit nos vies. C’est simplement le reflet d’un être humain qui essaye d’exprimer avec des mots ce qui l’interroge et le fait rêver.

      En trois ans, beaucoup de choses ont changées. Notre quotidien a été bouleversé pendant des mois par le Covid . Cela a mis le doigt sur notre vulnérabilité face aux virus et sur les failles de notre système de santé. Par la canicule aussi à l’été 2022. Nous avons éprouvé dans notre chair les effets du changement climatique, la sécheresse qui dessèche les plantes, la chaleur dont nous avons du mal à supporter le poids, l’odeur acre des incendies. Plus discrètement, de nouvelles terres ont été bétonnées et les derniers animaux sauvages continuent de vivre sous le feu nourri des chasseurs. Dans ce contexte inquiétant continuer à réfléchir, à rêver à s’émerveiller est plus que jamais nécessaire. Pour ne pas se laisser envahir par nos peurs. Pour mieux aimer et connaître ce à quoi nous tenons. Pour essayer d’imaginer, à hauteur d’homme, un avenir souhaitable. Même si ces mots sont peu de choses et s’évanouissent dans l’immensité du web, ils restent humains. Humains et confidentiels.

      Posté dans Information, La Technique, Nature | 0 Commentaire | Tagué blog, Intelligence Artificielle, Nature
    • Le printemps en automne

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le octobre 30, 2022

      Après un printemps et un été exceptionnellement chaud et sec, la météo continue de faire des siennes. Les jours raccourcissent, la fraîcheur est revenue pendant quelques jours, la chaleur n’est plus une chape de plomb pesante, elle redevient agréable. Pour décrire cette douceur automnale éphémère, on parle généralement d’été indien. Mais cette année, la douceur est persistante, nous vivons une sorte de « méga été indien ». Ce n’est pas tout à fait ça ; il manque quelque chose à ce « méga été-indien ». Du rouge, du jaune, les couleurs flamboyantes des feuilles mortes. Elles se font rares. C’est le vert qui domine. Un vert tendre qui rappelle le printemps, une renaissance pour la végétation après trois mois de sécheresse.

      La météo, la pluie et le beau temps, les médias et les réseaux sociaux en parlent moins que cet été. Plus d’incendie. La sécheresse se fait moins pesante. On finit par ne plus se soucier du temps qu’il fait, happé par les joies et les peines du quotidien. Bien sûr, on apprécie de ne pas avoir besoin d’allumer le chauffage, de flâner dehors pour une belle après-midi d’automne. Parfois, on ne sait plus vraiment comment il faut s’habiller. Garder une tenue d’été ? prendre un parapluie ? Se couvrir pour ne pas attraper froid au point du jour ? Ou tout simplement rester à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Rien de bien désagréable en somme. Tout en restant changeante et imprévisible, la météo pèse moins sur le cours de nos vies.

      En marchant, le lien avec la météo devient plus fort. En prise directe avec la pluie et le soleil, on ne peut plus l’oublier. Quand la pluie est de retour après la sécheresse, beaucoup de choses changent. En arpentant les chemins, le vent ne soulève plus un épais nuage de poussières. Le sol devient plus souple et onctueux sous les pieds du promeneur. On redécouvre le pétrichor, cette odeur de terre mouillée dégagée par les bactéries du sol quand les premières pluies tombent sur un sol sec.

      Elle avait disparu pendant l’été, petit à petit l’herbe verte fait son retour. Les paysages changent d’une manière inattendue. Après avoir été asséchés par un été terrible, ils redeviennent verts et onctueux, comme au printemps. Un printemps prudent, un peu timoré. L’herbe est moins dense, elle pousse moins vite. Même les orties prennent leur temps. Ce vert contraste avec les quelques feuilles qui commencent à jaunir et les fruits rouges des aubépines et des églantiers. Ils nous rappellent que l’on est bien en automne. Les fleurs sont rares et discrètes. Les plus exubérantes sont de saison. Ce sont celles du lierre. Elles apportent une source de nourriture bienvenue aux insectes pollinisateurs.

      Les chênes semblent reprendre des forces et connaître une sorte de second printemps. Ils perdent bien quelques feuilles ça et là. A cause de la sécheresse, c’est malheureusement le cas depuis la fin du mois de juillet. Les feuilles qui ont traversé l’été retrouvent un vert tendre qui rappelle celui du printemps. Elles donnent l’impression de revivre après avoir survécu à la mauvaise saison en se recroquevillant. En observant les chênes plus attentivement, les stigmates de l’été sont encore bien visibles. Leurs feuilles filtrent moins les rayons du soleil qu’au printemps, leurs houppiers sont moins denses. Les feuilles tombées pendant l’été laissent certains rameaux dénudés. Sur d’autres branches, il manque ça et là quelques feuilles. Cela leur donne une silhouette étrange et inédite.

      Ces observations ne peuvent pas être généralisées et mériteraient d’être confrontées à d’autres témoignages. Ce ne sont qu’une bribe de la réalité saisie au fil de mes marches. Elles interrogent. Si cette météo étrange venait à se répéter, ce qui n’est pas impossible avec le changement climatique, comment les plantes réagiront-elles ? Ce regain de la végétation évoque un peu, avec moins de vigueur, le printemps sous nos latitudes et la saison des pluies dans les zones tropicales. Pourtant les jours raccourcissent et nous rappellent que l’hiver approche, que le froid peut revenir très vite. Il semble peu probable que les bizarreries de la météo nous préparent un hiver suffisamment doux pour mettre les feuilles à l’abri du gel. En les conservant plus longtemps les arbres s’exposent à ce risque. Avec un printemps et été sec comme cette année il leur reste bien peu de temps pour reconstituer leurs réserves. En hivernant l’hiver à cause du froid, puis en vivant au ralenti l’été pour palier la sécheresse leur période d’activité est dangereusement raccourcie. En gardant leurs feuilles quelques semaines de plus, ils font preuve d’une grande capacité d’adaptation pour faire face aux nouvelles contraintes que la météo leur impose.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos
    ← Articles Précédents
    Articles plus récents →
    • Articles récents

      • La cellule : dénominateur commun du vivant
      • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver
      • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas
      • Incomplétude heureuse
      • La fin de l’insouciance estivale
    • Catégories

      • Nature (42)
      • La Technique (16)
      • Histoire (8)
      • Agriculture (8)
      • Non classé (7)
      • Forêt (5)
      • Information (4)

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Les champs de mes rêves
Créez un site ou un blog sur WordPress.com
  • S'abonner Abonné
    • Les champs de mes rêves
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Les champs de mes rêves
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…