Les champs de mes rêves

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    • La cellule : dénominateur commun du vivant

      Publié à 15 h 46 min par Antoine Bocheux, le janvier 18, 2026

      Le vivant est d’une diversité foisonnante. Quels points communs peut-on trouver entre une minuscule bactérie, un arbre et un être humain ? Les différences sautent aux yeux. La bactérie est complètement invisible, l’arbre est fixe et l’être humain bouge. Si l’on oublie nos sens et que l’on adopte un point de vue scientifique il existe pourtant un lien de parenté entre notre bactérie, notre arbre et notre être humain. Ce sont des cousins très éloignés que des centaines de millions d’années d’évolution séparent. En dépit des apparences, ils ont tous un ancêtre commun. Et ils sont tous les trois constitués de cellules. Une simple cellule sans noyau pour la bactérie. Des milliards de cellules avec des noyaux pour l’arbre et l’être humain.

      La vie n’est pas simple à définir, aucune définition ne donne complètement satisfaction. Mais en observant son histoire en plan large, la cellule est un fil rouge, un dénominateur commun entre toutes les formes de vie ayant existé et existant aujourd’hui. Elles ont évolué et se sont diversifiées au fil du temps. Pourtant, elles ont toutes des séquences d’ADN en commun, ce qui permet aux scientifiques d’arriver à la conclusion qu’elles ont un ancêtre commun.

      Au début, il n’y avait que de minuscules cellules sans noyau pour protéger leur ADN, les bactéries et les archées. On ne sait pas laquelle des deux familles est apparue en premier. C’était probablement il y a 4 milliards d’années dans l’enfance de l’histoire de la terre qui a commencé il y a 4,5 milliards d’années. Beaucoup plus tard, il y a environ 1,5 milliard d’années sont apparus les eucaryotes, des cellules plus grandes, avec un noyau pour protéger leur ADN. Plus tard, il y a environ 600 millions d’années la vie multicellulaire apparaît avec des eucaryotes qui deviendront les champignons, les animaux et les plantes. Les cellules des plantes auront des chloroplastes qui leur permettront de fabriquer du sucre avec du CO2, de l’eau et la lumière du soleil. Celles des animaux auront des parois souples, quand celles des plantes seront rigides. Les animaux auront de multiples organes quand les plantes n’en auront que trois : tiges, racines et feuilles (les fleurs sont des feuilles transformées).

      Tout cela est bien complexe à expliquer. Cela semble pourtant limpide en lisant l’excellent livre de vulgarisation scientifique de Christophe Galfard, la vie à portée de maini. Tout est une question d’échelle. Nous sommes trop gros pour voir la majorité des formes de vie et les scientifiques ont eu besoin de microscopes de plus en plus puissants pour les découvrir et commencer à percer les secrets des cellules. La vie, comme toute la matière, est comme un puzzle géant dont l’unité de base est l’atome. Ces atomes sont assemblés en molécules. Celles des êtres vivants sont organisées sous forme de cellules. Dans ces cellules, se déroulent d’incessantes réactions chimiques au cours desquelles des millions de molécules sont assemblées chaque seconde. Les recettes de ces réactions chimiques sont codées sous formes d’ADN, l’alphabet du vivant.

      Pour nous aider à imaginer l’invisible Christophe Galfard nous propose de voyager par la pensée à l’intérieur d’une des cellules de notre main. Ce voyage serait trop long à décrire. Retenons en ici une métaphore (p 293). « les cellules sont les éléments constitutifs de la vie, ce qui est une découverte plutôt solide et rassurante. Mais plus vous observezcelle-ci, plus vous avez l’impression que les cellules sont le fruit du travail d’un groupe d’elfes ivres et minuscules qui ont décidé, lors d’une nuit épique, pour la blague, de construire des villes miniatures à l’intérieur de bulles liquides remplies de gel. C’était une bonne blague parce que ces villes qu’ils avaient en tête étaient, bien sûr faites de telle manière qu’elles devaient en permanence se reconstruire à partir de rien avec des matériaux constamment apportés, filtrés, détruits, recyclés par la cellule elle même. »

      Étrange, invisible. Pourtant notre corps est bien constitué de cellules, leur nombre est estimé à 30 milliards. Une activité incessante se déroule en permanence à l’intérieur de chacune d’entre elles. Autant d’éléments dont nous sommes constitués dont nous n’aurions pas conscience sans les découvertes de la science ! C’est déjà beaucoup, mais cela n’explique pas tout. D’où vient notre conscience d’être en vie, toutes les formes de vie ont-elles une conscience ? Autant de questions auxquelles la science n’est pas en mesure de répondre.

      iChristophe Galfard, la vie à portée, Albin Michel, 2025, 570 p

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    • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver

      Publié à 18 h 03 min par Antoine Bocheux, le janvier 1, 2026

      Le cycle des saisons poursuit son cours. Chaque changement de saison donne à redécouvrir sous un nouveau jour des lieux familiers. Redécouvrir, car la météo n’est jamais la même d’une année sur l’autre. Parce qu’en fonction de l’humeur et de l’attention que l’on porte aux paysages, le regard ne se porte pas au même endroit. Ces derniers jours, le mien s’est attardé sur les cynorrhodons, les fruits de l’églantier. Ils passent inaperçus quand on les cherche pas. Mais en marchant, en cherchant à reconnaître tous les fruits que l’on croise sur son chemin, ils se laissent facilement repérer. Ils sont nombreux, leur couleur rouge rehausse les teintes de plus en plus monochromes de ce début d’hiver.

      Cynorrhodon, voilà un mot qui doit rapporter gros au scrabble. Un mot qu’il n’est pas facile de mémoriser. En langage familier, on les appelle également gratte cul, c’est plus simple à retenir. Et cela rappelle que le contact avec les poils que l’on trouve à l’intérieur des cynorrhodons peut provoquer des démangeaisons ! En s’approchant, attention à ne pas se faire piquer par les épines de l’églantier. Puis cueillir quelques cynorrhodons. Les palper : s’ils sont tendres, ils sont faciles à ouvrir et l’on peut espérer y sucer quelques fragments d’une chair sucrée riche en vitamines C. Ne comptez pas dessus si vous avez un gros appétit. Il est délicat d’y goutter sans avaler par mégarde quelques graines ou quelques poils. Mais le jeu en vaut la chandelle, son goût est très fin, les plus patients en font d’ailleurs d’excellentes confitures.

      Après cette séquence dégustation, place à la botanique. Les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air. Membre de la famille des rosacés, l’églantier (Rosa en latin) est le cousin des rosiers horticoles. Rosa n’est pas une espèce mais un genre. A l’intérieur duquel il existe des dizaines d’espèces. La petite flore de France précise que le genre Rosa comporte, selon les auteurs, 20 à 30 taxons. En précisant qu’ils sont difficiles à identifier, raison pour laquelle elle ne présente que les 6 espèces les plus courantes. N’ayant que les fruits sous les yeux je n’irai pas plus loin dans mes investigations et me contente de constater que les cynorrhodons que j’ai photographiés sont d’une forme nettement différente. J’ai donc probablement croisé deux espèces différentes.

      Autre découverte. Le cynorrhodon n’est pas un fruit mais un réceptacle. C’est ce réceptacle qui portait les pétales, les sépales, les étamines et les pistils de la fleur. A l’intérieur l’ont trouve les véritables fruits. Ce que nous avons pris pour des graines sont en fait des fruits, des akènes pour être précis. Selon le dictionnaire visuel de la botanique leur paroi est très dure et épaisse. Les cynorrhodons ne sont donc pas des fruits, mais des sortes d’urnes charnues, rouges à maturité, qui contiennent les véritables fruits.

      Quelle métamorphose entre la délicate fleur d’églantier, rose tendre, fine et délicate et ce réceptacle rouge vif. Le second était pourtant le support de la première. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie pour la douceur du printemps que je me remémore cette fleur. Une autre époque au même endroit. Une époque où les fleurs comptaient sur les insectes pollinisateurs pour transporter leur pollen. Dans les frimas de l’hiver notre églantier ne peut plus compter sur les insectes, engourdis par le froid. Mais les oiseaux sont là pour disperser ses graines. Les cynorrhodons constituent pour eux une source d’énergie bien venue.

      En attendant de retrouver le printemps et ces fleurs délicates, il est temps de vous souhaiter une bonne année 2026. Avec des haies champêtres qui abritent de magnifiques églantiers qui nourrissent les insectes et les oiseaux et font le bonheur des promeneurs attentifs à leur beauté.

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    • La fin de l’insouciance estivale

      Publié à 17 h 56 min par Antoine Bocheux, le septembre 14, 2025

      Il pleut en ce début septembre. Pour moi c’est un soulagement, je présume que je ne suis pas le seul. Après deux mois et demi sans pluie significative, je me demandais jusqu’où irait cette sècheresse qui n’en finit pas. D’abord une première canicule fin juin (16 jours ). Heureusement le printemps avait été pluvieux, le sol était gorgé d’eau ce qui a permis aux arbres de passer sans dommage visible cette première vague de chaleur et de tenir jusqu’au début du mois d’août. En regardant plus attentivement on pouvait déjà observer que les feuilles se recroquevillaient, signe de la fermeture de leurs stomates pour évaporer moins d’eau. Donc pomper moins d’eau dans le sol mais aussi réduire leur photosynthèsei.

      Il n’a presque pas plu en juillet, seulement quelques orages secs et de petites averses tellement insignifiantes qu’elles n’ont même pas permis à l’herbe de reverdir. C’est dans un état de sècheresse avancée des sols que les arbres ont du affronter la seconde canicule en aout (11 jours). Plus courte mais plus chaude que celle de juin avec plusieurs pointes au dessus de 40 degrés. L’effet a été spectaculaire. Les arbres, mêmes les plus grands, les plus vieux, les mieux enracinés ont commencé à perdre une partie de leurs feuilles. Sans jaunir ou rougir comme en automne. Elles tombaient au sol en quelques jours. Résultat : les arbres pompent encore moins d’eau dans le sol, mais ils réduisent encore plus leur photosynthèse. C’est autant de réserves de sucres qu’ils ne ne pourront pas faire pour le printemps prochain. Cela les rend plus vulnérables aux maladies.

      Il n’y a pas que les arbres qui ont souffert des canicules. Elles ont également éprouvé les êtres humains. On peut écrire sans prendre trop de risque que pendant 27 jours l’adaptation à cette chaleur inhabituelle a fait partie des préoccupations principales des français. 27 jours pendant lesquels la vie a été plus compliquée. Que faire quand il ne suffit plus d’aérer la nuit et fermer les volets le jour pour faire baisser la température de son logement. Quand même en vivant dans le noir, il fait plus de 30 degrés dans sa chambre, comment dormir normalement ? La climatisation devient la seule solution pour conserver un peu de fraîcheur. Avec la chaleur qui devient pesante et le soleil brûlant l’organisation des journées change : on sort le moins possible pour ne peut pas s’exposer. Même en vacances, même à la plage il fait trop chaud. Il faut se lever à l’aube pour profiter d’une marche dans la nature.

      Pour constater un spectacle de désolation. Toute la végétation est jaune, les arbres perdent leurs feuilles. Il ne reste plus de fleurs sauvages à observer. La vie végétale semble encore plus à l’arrêt qu’en plein hiver. Il faut chercher dans les fossés pour trouver un semblant de vie et avec ça et là un pied de menthe qui fleurit péniblement. Les images champêtres de campagnes verdoyantes ne sont plus qu’un lointain souvenir du printemps. Ou de temps anciens, quand été ne rimait pas systématiquement avec sécheresse et canicule. Une époque, pas si lointaine, où il était courant de voir de l’herbe verte et des fleurs au mois d’août. L’été était alors une saison d’insouciance. Nous étions à l’abri du froid. La chaleur était parfois gênante l’après midi, ce qui n’avait rien d’inquiétant quand la fraîcheur revenait toujours la nuit et le matin. Il faudra s’y faire le climat change ; même à l’abri de nos cocons nous ne pouvons pas l’ignorer.

      Les statistiques sont têtues, les climatologue nous mettent en garde. Si la canicule de 2003 était statistiquement improbable, il y avait déjà une chance sur six de subir celles de 2025. En en 2050, l’été 2025 nous semblera fraisii. L’été devient petit à petit une saison inquiétante avec une probabilité qui augmente d’année en année de subir canicule, sécheresse et feux de forêts. Été après été la face sombre du réchauffement climatique entre dans nos vie.

      La pluie de septembre est donc arrivée comme un soulagement, nous sommes plus statiquement à l’abri d’une canicule en septembre. L’herbe redevient verte, les arbres reprennent leur photosynthèse avec leurs dernières feuilles dont les stomates s’ouvrent de nouveau. Ils retrouvent un aspect presque normal. Et les fleurs sauvages sont de retour comme cette magnifique Mauve sylvestre (Malva sylvestris) photographiée le 5 septembre .

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/actualites/pourquoi-les-feuilles-tombent-elles-plus-tot-cette-annee

      iihttps://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-26-aout-2025-4269750

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    • Le passage des grues cendrées

      Publié à 19 h 10 min par Antoine Bocheux, le mars 8, 2025

      Février est déjà derrière nous, il est d’autant plus vite passé qu’il ne dure que 28 jours. Une des bonnes nouvelles du mois, oui il y en a,a été le passage des grues cendrées. Elles ont repris le chemin de leurs quartiers d’été en Europe du nord. Il est facile de les observer. Pour cela, il n’est pas nécessaire de se cacher dans un affût. Pendant leurs migrations, elles survolent en masse les habitations. Difficile de manquer leurs cris puissants que l’on peut parfois entendre à l’intérieur des habitations. Une fois localisées grâce à leurs vocalises, il ne reste plus qu’à lever les yeux au ciel et admirer leur passage.

      Le moment est bref mais émouvant. Presque systématiquement la peur, justifiée, de l’être humain rend les animaux sauvages difficiles à approcher. On entend souvent les oiseaux mais on les voit rarement. Les rencontres avec les chevreuils restent généralement brèves et furtives. Entendre les grues et voir leurs nombreuses silhouettes former des V, des chevrons et des lignes dans le ciel a quelque chose de réconfortant. Elles passent au dessus de nos têtes sans modifier leur trajectoire. Il est même possible de les photographier pour garder une trace de leurs silhouettes dans le ciel.

      Les photos ne sont pas nettes. Il faut préciser que leur passage est bref. Les grues volent vite, généralement entre 45 et 65 kilomètres heure. C’est aussi rapide que des coureurs cycliste pendant une course. Cela laisse peut de temps pour soigner le cadrage et la mise au point des photos. Autre point commun avec les coureurs cyclistes, elles se relaient pour s’exposer au vent à tour de rôle. Elles volent parfois très pres les une des autres. La forme en V qu’elles adoptent leur permet de limiter la prise au vent, comme le peloton des cyclistes.

      La revue nature La Salamandre a consacré son numéro de février/mars 2025i aux grues cendrées. L’occasion d’en savoir plus sur ces magnifiques oiseaux. Ce sont de grands oiseaux, plus grands qu’ils n’en ont l’air haut dans le ciel. 1,20 mètres de hauteur à terre, 2,20 d’envergure en vol. En hiver, leur régime alimentaire est essentiellement végétarien, elles apprécient les résidus de récolte et s’adaptent aux immensités recouvertes de maïs en glanant les restes qu’elles y trouvent. En période de migration, elles peuvent manger 300 grammes de grains par jour. Une fois à terre, elles sont plus craintives qu’en vol, particulièrement en période de reproduction où il est difficile de les observer à moins de 300 mètres.

      Elles peuvent passer une partie de leur vie dans des milieux où la présence humaine est forte, survolant nos habitations et se nourrissant en partie de résidus de culture. Par contre, il leur est nécessaire d’avoir accès à des zones humides pour se reproduire. Forêt inondées, rivières marécageuses, tourbières … elles ont besoin d’eau libre pour protéger leurs nids des prédateurs.

      Même si elles surmontent déjà beaucoup d’obstacles, les grues cendrées doivent s’adapter à la raréfaction des zones humides et aux conséquences du réchauffement climatique qui les poussent parfois à revoir leurs routes migratoires, leurs sites de reproduction et les dates de leurs migrations. Savoir tout cela est une raison de plus d’admirer le passage de ces grands animaux sauvages qui circulent librement au dessus de nos villes et de nos frontières.

      ihttps://www.salamandre.org/visionneuse/286/

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    • Les couleurs de l’hiver

      Publié à 12 h 10 min par Antoine Bocheux, le février 9, 2025

      A première vue, l’hiver n’est pas la saison la plus propice pour photographier les plantes. Le vert des feuilles et les couleurs chatoyantes se font rares. Ils laissent leurs places à des paysages qui tendent vers le monochrome. Il reste bien un peu de vert avec le feuillage des arbres à feuilles persistantes. Quelques herbes conservent leur chlorophylle malgré les rigueurs du froid. Dépourvus de leur feuilles les arbres à feuilles caduques dévoilent leurs architectures. Leurs silhouettes se fondent dans les paysages.

      Quand le brouillard s’en mêle elles prennent de l’épaisseur et se détachent sur un fond flou. Les paysages familiers deviennent mystérieux, l’on se sent désorienté ,même sur des des chemins familiers. Ce temps est propice aux rêves. Pas à ceux que l’on fait en dormant. Ni à ceux que l’on dessine éveillé en s’imaginant un monde meilleur. Ici le rêve consiste à isoler de petits détails que l’on remarque à peine si l’on ne les cherche pas. Rêver c’est aussi fuir la laideur du monde et se focaliser l’espace d’un instant sur sa beauté. Un peu comme si l’on cherchait des pierres précieuses au bord du chemin. A défaut de pierres précieuses, l’on y trouve des graines et des fleurs. Témoignages du vivant qui se perpétue encore. La photographie est l’occasion de garder une trace de ces moments.

      Graines de carotte sauvage (Daucus carota)

      Commençons avec cette photo de carotte sauvage(Daucus carota) abritant ces précieuses graines recroquevillées dans son ombelle. Elles se détachent dans le brouillard qui les isole du reste de leur environnement. Les ombelles sont comme des coffrets dans lesquels sont exposées les graines. Des gouttes d’eau et une toile d’araignée donnent du relief à cet écrin.

      Avec cette photo qui permet d’observer les formes de l’ombelle et des graines, l’on reste dans le monochrome. En cherchant bien il est pourtant possible de trouver de traces de couleurs dans ces paysages d’hiver. C’est le cas avec les capsules de fusain (Euonymus europaeus). Suspendues au dessus de vide, leurs couleurs vives attirent l’oeil malgré leur petite taille.

      Capsules de fusain (Euonymus europaeus)

      Ces capsules sont déhiscentesi. Une fois à maturité elles s’ouvrent pour libérer leurs graines.

      Gros plan sur une capsule de fusain ouverte (Euonymus europaeus)

      En s’approchant l’on peut constater que les capsules sont bien ouvertes. L’on observe également qu’elles sont constituées de 3 loges vides et une loge pleine avec une graine (arillode).

      En traversant un sous bois où les arbres sont dénudés, quelques taches de verdure attirent l’attention. Il s’agit d’un arbrisseau, le fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus). Ses feuilles sont des tiges aplaties (cladodes ). Il mesure 30 à 80 centimètres de haut. Ses baies rouges sur ses feuilles amènent un peu de couleur dans cette ambiance hivernale.

      Fragon piquant, ou petit-houx (Ruscus aculeastus)

      Les graines ne sont pas rares en cette période hivernale. Les fleurs le sont, mais notre ballade photographique finit par nous mener vers celles d’un ajonc (probablement Ulex europoeus). Impossible de les manquer avec leur jaune étincelant. Ce sont des fleurs papilionacées avec un étendard, deux ailes, une carène (deux pétales soudées) évoquant la forme d’un papillon. Un papillon un peu en avance sur le printemps qui ne va pas tarder à faire son retour avec son foisonnement de couleurs !

      Fleurs d’ajonc

      iToutes les précisions botaniques présentées ici sont issues de la Petite Flore de France (Régis Thomas, David Busti, Margarethe Maillart, Petite Flore de France, Belin, 2018, 465 pages

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    • Réflexions scientifiques, poétiques et philosophiques sur la beauté du vivant

      Publié à 18 h 15 min par Antoine Bocheux, le novembre 17, 2024

      Les définitions du dictionnaire ne donnent pas toujours satisfaction. C’est le cas de celle du mot beauté. Le dictionnaire de l’académie françaisei en propose plusieurs. La première est basique « Qualité de ce qui est beau, de ce qui relève du Beau », la seconde plus intéressante « Caractère de ce qui provoque l’admiration et l’émotion, par ses formes, ses proportions, ses rythmes, son harmonie. ». Source d’émotion et d’admiration, cette définition nous indique les sentiments que la beauté peut susciter en nous. Des formes, des proportions, des rythmes, une harmonie, elle nous donne des pistes sur ce qui peut susciter cette émotion. Sans nous dévoiler ce qu’est intrinsèquement la beauté.

      Dans son dernier livre, la beauté du vivantii le botaniste Francis Hallé nous propose une réflexion sur la beauté, plus spécifiquement sur celle du vivant. Il ne se satisfait pas des définitions de la beauté proposées par les dictionnaires. Il souligne qu’elles sont trop anthropocentrées, elles se focalisent sur ce que la beauté suscite chez l’être humain sans vraiment la définir. Tel un poète, il nous propose de dépasser le sens commun des mots pour exprimer ce qu’ils n’expriment pas habituellement, contribuant à élargir notre perception de la réalité.

      La beauté, les scientifiques n’en parlent pas dans leurs travaux de recherche. Depuis l’avènement de la biologie moléculaire, il est mal vu que ceux qui étudient le vivant de s’émerveiller devant sa beauté. Francis Hallé le regrette. Parce ce que son observation est une puissante source de motivation pour les chercheurs qui consacrent leur carrière à l’étude de la nature. Parce que le grand public y est sensible. Mais aussi parce ce que cette beauté a peut-être un sens.

      La beauté du vivant est un beau livre, grand format, dont les textes sont ponctués par de nombreuses planches d’illustrations dessinées par l’auteur. Il y donne à voir des animaux et des plantes fossiles et actuels. En se focalisant sur le vivant visible, la beauté que nous pouvons admirer de nos propres yeux. Dessins à l’appui, il constate qu’au cours de la longue histoire de la vie , le vivant est allé vers plus de beauté. L’évolution sélectionne sur le temps très long les formes les plus belles et les plus fonctionnelles. Les fleurs, les papillons ou les paons dont la plupart d’entre nous admirent la beauté sont apparus tard dans l’histoire de la vie. Alors que l’esthétique des premières plantes , des premiers insectes ou des premiers vertébrés nous laisse généralement indifférent.

      Comme l’histoire de l’art ne retient que les plus beaux tableaux des époques anciennes, l’évolution ne conserverait que ce qui est beau et fonctionnel. Les formes et les proportions que nous observons dans la nature seraient tracées par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. L’émotion et l’admiration que nous éprouvons devant la beauté de vivant est l’œuvre du temps infiniment long. Nous l’éprouvons devant ce que nos sens nous permettent de voir. Les bactéries invisibles partout autour de nous et en nous continuent-elles à évoluer. Vers plus de beauté ? Ne pouvant pas les observer, nous ne pouvons pas le savoir.

      La contemplation de la beauté du vivant peut parfois provoquer des émotions intenses. C’est ce que Francis Hallé appelle « le sentiment océanique ». Il décrit ce sentiment éphémère qui n’a rien à voir avec l’océan « la forêt s’est parée de délicates couleurs dorées et j’ai eu l’impression d’avoir disparu au profit du sublime décor qui m’entourait. Grande satisfaction, grand bonheur ; hélas cela n’a pas duré et le spectacle est redevenu normal aussi brusquement qu’il était métamorphosé ». Expérience rare qu’il indique n’avoir vécu qu’une fois. Qui correspond peut-être au sentiment exacerbé de ne faire qu’un avec la nature. Sentiment qu’il est possible d’éprouver, d’une façon moins intense et plus intellectuelle en étant touché par la beauté de la nature tout en réfléchissant aux liens intimes qui nous relient à elle. Cela me rappelle des vacances pendant lesquelles je marchais tranquillement dans le bocage et pensais que je baignais dans le même air que les arbres que j’admiraisiii. Je pensais aux molécules d’oxygène que je respirais, résultat de leur photosynthèse. Baignant dans le même air que les plantes, respirant les molécules d’oxygène qu’elles venaient probablement de rejeter. En y pensant, je me sentais plus proche d’elles. En même temps j’admirais la beauté des formes et des couleurs du vivant qui semblaient plus belles que d’habitude. J’admirais en réfléchissant au livre du philosophe Emmanuele Coccia « la vie des plantes ; une métaphysique du vivant »iv que j’étais en train de lire. Mon expérience était beaucoup plus intellectuelle et moins intense que le sentiment océanique, mais il se passait quelque chose d’inhabituel. Le sentiment de faire un avec la nature n’était plus seulement théorique.

      Après cette réflexion sur la beauté mêlant biologie, poésie et philosophie, il me reste plus simplement à partager une photo pour tenter de l’illustrer.

      ihttps://dictionnaire-academie.fr/article/A9B0713
      iiFrancis Hallé, la beauté du vivant, Actes sud, 200 pages, 2024
      iiihttps://champsdemesreves.fr/2023/05/08/vivre-au-milieu-des-plantes/
      ivEmmanuele Coccia, la vie des plantes ; une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 192 pages, 2018

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    • Le jardin : une ouverture du cocon sur l’extérieur

      Publié à 13 h 41 min par Antoine Bocheux, le octobre 26, 2024

      Nous l’avons vu le mois dernier dans cocon et dépendances, à l’intérieur de nos logements, nos cocons, nous vivons dans un milieu protégé. Protégé mais soumis à de nombreuses dépendances, parfois évidentes, parfois cachées. Dans un espace restreint de quelques dizaines de mètres carrés. Qui donne parfois l’impression d’être ouvert sur l’infini à travers des images et des mots. Accompagné d’un sentiment de n’avoir aucune prise sur le réel. Pour qu’y s’intéresse à la nature et plus particulièrement aux plantes, le jardin aide à créer des ponts entre le monde des livres et le monde réel.

      Le jardin se prête bien à l’observation du mouvement des plantes, ces êtres vivants fixes mais pas immobiles. Les observer, jour après jour, au même endroit est la meilleure façon de constater qu’elles changent et qu’elles grandissent. D’ailleurs, nul besoin d’être un fin observateur pour constater que l’herbe et les haies poussent. Ce mouvement est plus ou moins lent en fonction des saisons et du climat. S’il est impossible de l’observer en temps réel comme celui d’un oiseau qui s’envole sur une branche, il arrive toujours un moment où il faut bien constater que l’herbe a tellement poussé qu’elle rend les allées impraticables.

      Les livres de botanique incitent à observer de plus près le mouvement des plantes. Derrière le terme générique « herbe » se cachent des centaines d’espèces de plantes. Derrière chaque herbe, il y a une fleur en devenir, derrière chaque fleur fanée une graine qui après avoir patienté dans le sol donnera peut-être une nouvelle plante. Ce simple constat suffit à changer le regard sur la pelouse du jardin. Ce n’est plus seulement un tapis qu’il faut tondre quand il devient trop haut. C’est aussi une mosaïque de plantes. Avec un peut de patience, il devient possible de mettre un nom sur certaines d’entre-elles. De s’imaginer leurs aspects quand elles fleuriront. Les pâquerettes ou le plantain restent petits mais fleurissent vite. Résistant mieux que les autres aux passages réguliers des tondeuses on les trouve souvent dans nos jardins. Si l’on décide de tondre moins souvent certaines zones du jardin ce sont des herbes plus hautes qui fleurissent comme les oseilles sauvages (Rumex acetosa) ou les achillées mille feuille (Achillea millefolium). Le résultat sera différent en fonction des jardins et de la saison. Dans tous les cas des plantes plus ou ou moins spectaculaires finiront par fleurir.

      Quelques feuilles d’oseille sauvage ( (Rumex acetosa) au milieu de la pelouse …
      … fleurissent au printemps …

      Laisser les plantes fleurir, c’est aussi préserver une source de nourriture pour les insectes pollinisateurs. Tout le monde n’aime pas le lierre. Pourtant, an mois d’octobre, il suffit d’observer la vie grouillante autour d’un lierre en fleur pour se convaincre que c’est une source de nourriture bienvenue pour les insectes. Plus étonnant en fin de de printemps les oiseaux qui s’accrochent au pied d’oseille sauvage en fleur pour en manger les graines.

      … les oiseaux se régalent de leurs graines

      Le jardin est aussi un lieu où l’on peut appréhender les odeurs et les textures décrites dans les livres. Celles des plantes aromatiques comme la menthe, le thym ou le romarin mais aussi plus surprenante celle de la terre mouillé. La sentir et la toucher est une expérience à laquelle aucun livre ne peut complètement rendre justice même si l’on peut y apprendre que son odeur est due à des bactéries dans les prairies ou à des champignons dans les forêts.

      On peut parfois oublier la météo à l’intérieur du cocon, au jardin ses effets sont trop visibles pour les ignorer. Le manque d’eau y est visible avec le vert qui vire au jaune. La sécheresse finit par figer le mouvement des plantes comme le froid le fait en hiver. Sans chauffage ni climatisation sans autre réserve d’eau que celle contenue dans le sol, elles subissent de plein fouet les caprices de la météo. Dès que l’eau revient et que la température est favorable, elles reprennent leur mouvement. Le jardin est abrité mais pas protégé du monde du monde extérieur. Cette adversité n’empêche pas la nature de s’exprimer au jardin. Libre à chacun d’entre nous de lui laisser un peu plus de place. Juste pour le plaisir de la découvrir et de l’observer.

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    • Cocon et dépendances

      Publié à 16 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 8, 2024

      Le cocon. Voilà un mot intéressant pour décrire nos logements. Il évoque un lieu rassurant, à l’abri des vicissitudes du monde. Le premier sens du mot cocon, selon le dictionnaire de l’Académie française est « enveloppe soyeuse filée par de nombreuses larves de lépidoptères, et dans laquelle s’opère leur dernière mue ». Un lieu où des papillons s’abritent à un moment de leur vie où ils sont vulnérables. Son second sens est « milieu douillet où l’on est protégé des réalités, des difficultés de la vie ». Ce confort et ce sentiment de sécurité peuvent faire oublier que dans nos cocons nous restons complètement dépendants, de la nature comme de la société. Ces liens sont parfois surprenants.

      Commençons par le plus trivial, les réseaux et les fils. Notre cocon deviendrait vite inhabitable s’il n’était pas relié au réseau d’eau potable. Le résultat serait le même sans le fil qui le relie au réseau électrique. Il suffit de se remémorer quelques souvenirs de lendemain de tempêtes pour se se rappeler que sans électricité le cocon n’est plus aussi douillet ! Plus de lumière, plus de frigidaire, ni de lave linge ou d’ordinateur Et l’on se sent vite isolé si l’accès au réseau Internet, avec ou sans fil est coupé.

      Pas de lien avec la nature jusqu’ici. Comment le suggère Marc André Sélosse dans son dernier livre Nature et Préjugési, il suffit de poursuivre l’enquête dans le réfrigérateur et se demander d’où viennent les aliments qui s’y trouvent. Les produits laitiers, les œufs et la viande sont issus d’animaux qu’il a fallu nourrir. Avec des céréales cultivées dans de vastes champs, ou du foin récolté dans des prairies ou encore avec l’herbe broutée directement par les vaches. Les fruits et les légumes sont cultivés dans des champs, des vergers et des serres. Le carton et le papier qui servent à emballer ces aliments sont fabriqués à partir de bois, souvent issu de vastes plantations d’arbres. Des champs, des prairies, des plantations d’arbres, autant d’écosystèmes aménagés pour répondre à nos besoins alimentaires.

      Marc André Selosse les appelle écosystèmes externes. Ils sont parfois locaux comme les fruits et légumes en circuit court, souvent plus lointains comme les bananes ou le soja OGM brésilien qui sert à nourrir de nombreuses vaches élevés en France. Dans la majorité des cas nous ne visitons jamais ces écosystèmes où poussent notre nourriture, le bois dont est fait le papier de nos livres et le coton de nos jeans. Loin de yeux, il est difficile de s’imaginer ces lieux.

      Plus étonnant nous dépendons également de ce que Marc André Sélosse appelle nos écosystèmes internes. Ce sont les microbes qu’héberge notre corps, en particulier notre tube digestif. Sans ces milliers de bactéries, nous ne serions tout simplement pas en mesure de digérer notre nourriture. Elles sont tellement proches, dans notre corps, et tellement lointaines du fait de leur taille qui les rend invisibles. Sans la science il serait tout simplement impossible d’imaginer leur existence.

      Beaucoup plus visible est le monde virtuel qui se déploie derrière nos écrans. Connecté à Internet, le monde extérieur rentre dans nos cocons à travers un flux continu d’images et de mots venus du monde entier. Ouvert sur le monde, tout en s’en abritant. Ce qui réduit nos rapports directs avec autrui. Le télétravail pendant le Covid en est un bon exemple. Nous avons continué à communiquer avec l’extérieur, à l’abri du virus à l’intérieur du cocon.

      Nous filtrons les informations qui y rentrent pour y créer un monde virtuel correspondant à nos attentes, parfois en s’appuyant excessivement sur les moteurs de recherche et les algorithmes des réseaux sociaux. Cela peut nous donner le sentiment de maîtriser ce flux numérique entre l’extérieur et l’intérieur du cocon. Ce sentiment est largement une illusion car nous sommes ici au cœur de dépendances. Pour schématiser à grands traits, dépendance vis à vis de la Chine pour la fabrication du matériel informatique, des métaux rares extraits des mines à l’assemblage des ordinateurs. Et dépendance à l’égard des États-Unis pour les logiciels. Par exemple, les systèmes d’exploitation Windows, MacOS sur les ordinateurs, Android et iOS sur les smartphones ou les moteurs de recherche avec l’incontournable Google ou encore les réseaux sociaux avec Facebook et YouTube. Ces logiciels, simples à utiliser, dont la complexité du fonctionnement nous échappe sont les interfaces indispensables pour accéder au monde numérique. Si suite à un bug ou un accident ils ne fonctionnement plus c’est l’ouverture du cocon sur le monde numérique qui est menacé. L’accès à ce blog l’est aussi. Il est hébergé par WordPress.com dont la société mère Automattic à comme adresse Inc. 60 29th Street #343 San Francisco, CA 94110 United States of America.

      Cocon et dépendances, voilà un sujet qui pourrait être développé beaucoup plus en profondeur, nous n’en avons vu que l’écume ici. Triviales ou étonnantes les dépendances qui relient nos cocons à l’extérieur sont nombreuses. Les chercher s’apparente par certains côtés à une enquêtes de roman policier. Dans les romans le but de l’enquêteur est limpide : trouver l’assassin pour qu’il ne recommence pas. Ici le but de notre enquête est simplement de prendre, ou de reprendre, conscience de dépendances entre nos cocons et le monde extérieur. Les conséquences à en tirer sont beaucoup moins évidentes. Retenons simplement que, même si nous l’ignorons, nous restons dépendants de la nature. Dépendants également du système technicien, qui derrière sa fluidité apparente cache des rouages d’une grande complexité.

      iMarc André Selosse, Nature et préjugés : convier l’humanité dans l’histoire naturelle, Actes Sud, 2024, 438 p

      Posté dans La Technique, Nature | 1 commentaire | Tagué Agriculture, écosystèmes, Informatique, Nature, Technique
    • Travelling sur berce

      Publié à 10 h 27 min par Antoine Bocheux, le juin 30, 2024

      De mes promenades le long des chemins, il reste quelques souvenirs mémorables. Pas à chaque ballade, l’émerveillement ne vient pas sur commande. Souvent, ce sont juste des moments agréables pour mettre le corps et l’esprit en mouvement. Une bonne occasion de croiser des plantes familières,de se remémorer leurs noms ou leurs odeurs. Par exemple, cueillir puis froisser quelques graines sur un pied berce (Heracleum sphondylium). Leur odeur inimitable rappelle un peu celle des agrumes. S’arrêter quelques secondes devant les fleurs blanches de cette plante. Disposées en ombelle,elles culminent à un mètre cinquante de haut.

      Par un bel après-midi de juin, je répétais ces gestes, petits plaisirs simples de la vie. Je m’approchais au plus près d’une ombelle pour observer quelques fleurs à la loupe. Une ombelle est un monde en soi. Vu de loin c’est un grand rond blanc sur lequel des centaines de fleurs s’étalent. Vu de près on se rend compte, que le grand rond est constitué de plusieurs petits ronds, les ombellules. En se penchant sur une ombellule on peut voir à l’œil nu des dizaines de fleurs blanches. Ce jour là, je m’arrêtais pour observer un détail mis en avant dans une flore. A l’extérieur des ombellules les fleurs sont plus grandes qu’à l’intérieur. Celles de l’extérieur ne sont pas symétriques, les pétales orientés vers l’extérieur de l’ombellule sont plus grands que ceux orientés vers l’intérieur. Par contre les fleurs à l’intérieur de l’ombellule ont des pétales parfaitement symétriques. Explication : cela permettrait d’attirer plus facilement les insectes pollinisateurs en les guidant.

      J’observe donc à la loupe les détails de quelques fleurs, je constate cette différence. En relevant la tête je remarque qu’un insecte pollinisateur se trouve à quelque centimètres de moi. Il butine sur une ombellule voisine en ignorant ma présence. C’est probablement une abeille, je n’en suis pas sûr. Si quelqu’un de plus expert que moi en entomologie peut m’éclairer sur la questions la zone commentaire de cette page lui tend les bras !

      Profitant de la situation, je sors mon appareil photo, je me rends compte que ce sont des dizaines d’abeilles qui butinent sur l’ombelle de la berce. Souvent les insectes pollinisateurs s’éloignent ou fuient quand je m’approche de trop près d’une fleur. Il faut s’approcher petit à petit avec des gestes lents pour espérer les prendre en photo. Pour une raison que je j’ignore, j’ai passé des dizaines de minutes devant ce pied de berce, l’objectif collé à quelque centimètre des abeilles, à aucun moment elles n’ont fuit ou n’ont esquivé un geste menaçant envers moi. J’avais la sensation d’être le témoin invisible d’un spectacle qui se joue à une échelle qui m’est normalement inaccessible. Et pourtant littéralement sous mes yeux, la hauteur de l’ombelle de la berce m’épargnant même d’avoir à m’accroupir être aux premières loges.

      J’ai pu les observer en gros plan. Voir leurs poils, leurs yeux à facettes, leurs pattes, leurs ailes et surtout leurs trompes. Elles l’utilisent comme une paille pour siroter le nectar. J’avais lu dans ma flore qu’un disque nectarifère se trouve sur chaque fleur, à la base des étamines. Je le confirme, ils intéressent les abeilles au plus haut point. Elle vont s’y abreuver méthodiquement, imperturbables. Elles se regroupent autour des ombellules un peu comme des vaches autour d’un abreuvoir ou d’une mangeoire. La comparaison s’arrête là. Les vaches ne volent pas alors que les abeilles se déplacent avec précision de fleur en fleur, d’îles en îles. A leur échelle, une ombelle est un archipel suspendu dans les airs dont les ombellules sont les îles.

      Après être resté longtemps à observer le spectacle d’un archipel, je reprend ma marche et me rends compte que ce ballet aurait mérité d’être filmé. La chance me sourit. Je m’arrête devant une autre berce où les abeilles sont toutes aussi actives et indifférentes à ma présence. L’occasion de partager avec vous ce travelling sur berce.

      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bocage, botanique, Insectes, Nature, Photos, Vidéos
    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
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