Comment tourne le monde ; et pourquoi ? Voilà deux questions simples qui n’ont pas fini d’attirer notre curiosité. C’est l’envie d’en savoir, un peu, plus qui pousse à lire des livres de vulgarisation scientifique comme celui de Julien Bobroff, la quantique autrement. Garanti sans équation !
Difficile de rentrer dans le monde de la physique quantique sans solides notions de mathématiques. C’est le langage utilisé pour décrire les particules infiniment petites, les briques élémentaires de la matière. Ici, il est question d’électrons, de particules élémentaires, une échelle où il est impossible de voir, de sentir, de toucher. Seul l’abstraction, les mathématiques et des expériences sophistiquées permettent de constater que la matière se comporte différemment à une toute petite échelle ou lorsqu’elle est refroidie à des températures proches du zéro absolu. Qui culmine à -273 degrés. Heureusement pour nous, le genre de température que l’on a aucune chance de rencontrer !
Dans ce monde qui est à la fois le nôtre et à la fois une abstraction complète, il se passe des choses étranges. Une particule se trouve à plusieurs endroits à la fois. Elle peut potentiellement interagir en temps réel avec une autre particule située à des milliers de kilomètres en faisant abstraction de la vitesse de la lumière. Elle peut de manière aléatoire traverser un obstacle, comme une tranche de pain qui saute d’une grille pain et traverse le plafond. Je ne me lancerai pas dans des explications plus détaillées de phénomènes que j’ai découverts suite à la lecture du livre de Julien Bobroff. Je les comprends encore très mal. Cela n’empêche pas d’avoir lu ce livre avec plaisir et étonnement. J’en retiens qu’à une autre échelle, les lois les plus élémentaires de la physique ne s’appliquent plus.
Cette lecture a suscité d’autres réflexions. Dans l’introduction du livre, l’auteur expose que l’objectif de la physique est de savoir comment fonctionne le monde. En proposant des hypothèses grâce à des équations écrites en langages mathématiques et en les testant en ayant recours à des expériences. Une construction de la pensée sophistiquée qui requiert une forte capacité d’abstraction. Et beaucoup de pédagogie pour décrire les résultats de la recherche à des lecteurs ne comprenant pas le langage mathématique. Julien Bobroff réussit ce tour de force en nous présentant des énigmes que les scientifiques ont résolues. Il utilise de nombreuses métaphores comme celle d’une onde à la surface de la mer pour représenter les particules quantiques qui se situent à plusieurs lieux au même moment. Des illustrateurs apportent également leurs pierres à l’édifice.
Tous ces éléments donnent des pistes pour comprendre comment se comportent les particules. Par contre ils ne nous expliquent pas pourquoi elles se comportent différemment à une petite échelle. Comme le précise l’auteur dans son introduction, répondre à la question du pourquoi n’est pas l’objet de la physique, c’est celui de la philosophie. Des pourquoi, la lecture de ce livre en laisse trotter quelques uns dans la tête. Pourquoi essayer de tout comprendre alors que de toute évidence la complexité des phénomènes décrits est difficilement accessible pour un non scientifique ? Un savoir universel semble aujourd’hui hors de portée, il faut se contenter d’essayer d’appréhender avec humilité les grandes lignes des dernières découvertes.
Pourquoi faire cet effort ? Sûrement pour le plaisir de découvrir de nouveaux horizons inattendus. Cette curiosité n’est pas un vilain défaut quand on connaît notre attirance naturelle pour les informations qui éveillent en nous des sentiments de peur, relatent des conflits ou flattent nos égos comme l’a montré Gérald Bronner dans son dernier ouvrage Apocalypse Cognitive.
Pourquoi,il faut également se le demander quand il est question de la finalité de ces recherches. Derrière la volonté des chercheurs de comprendre comment se comportent les particules à l’échelle quantique, il ne faut pas oublier celle des financeurs à la recherche de nouvelles applications. Et leur amnésie devant l’ambivalence de la technique, cette faculté de penser aux aspects positifs de leurs futures applications en oubliant les conséquences négatives qu’entraînent nécessairement chaque nouvelle technique. Si l’on comprend que des matériaux supraconducteurs ou des panneaux solaires avec un meilleur rendement suscitent des espoirs, cela ne dispense pas de se poser la question de savoir au prix de quelles conséquences négatives ?
