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    • Les vies heureuses du botaniste 

      Publié à 14 h 07 min par Antoine Bocheux, le octobre 29, 2023

      En cet automne 2023, quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, se lancer dans la lecture d’une biographie dont le titre promet de s’attarder sur « les vies heureuses du botaniste » est une expérience alléchante. Cette biographie, c’est celle du botaniste Francis Halléi. Né en 1938, il a accordé une vingtaine d’entretiens à Laure Dominique Agniel entre décembre 2020 et juin 2022. Une somme qui lui permet de nous faire découvrir les grands jalons du parcours d’un botaniste qui a beaucoup parlé des plantes tout en restant discret sur sa vie. L’auteur de l’éloge de la planteii et du plaidoyer pour l’arbreiii a bien eu plusieurs vies.

      La liste des activités de Francis Hallé est longue : enseignant, chercheur, explorateur de la biodiversité des forêts tropicales au sol mais aussi à la cime des arbres, passeur de connaissances et d’émotions auprès du grand public et, plus récemment, initiateur et promoteur d’un projet de forêt primaire en Europe. Elles tournent autour d’un dénominateur commun, sa passion pour les plantes. Dès qu’il en a eu l’occasion, il a voyagé à travers le monde pour les observer, particulièrement dans les pays tropicaux où se trouve la plus grande biodiversité. Leur climat chaud et humide permet aux plantes de s’y développer sans être contraintes par le froid et la sécheresse. Elles atteignent un niveau de diversité bien supérieur à celui rencontré sous les hautes latitudes où les espèces adaptées aux contraintes climatiques peuvent proliférer avec une faible concurrence. Sous les tropiques c’est l’inverse, on rencontre rarement deux arbres identiques côte à côte. Afrique, Amérique du sud, Asie, trois forêts tropicales qui ont en commun leur exubérance et qui pourtant abritent une faune et une flore complètement différentes.

      Francis Hallé aime voyager dans ces forêts encore mal connues. La chaleur, l’humidité ou les piqûres d’insectes n’entament pas son enthousiasme. Passer des heures à observer les plantes, les dessiner afin de mieux les connaître, voilà son bonheur. Il reste toujours émerveillé par leur beauté et leurs facultés d’adaptation. Il privilégie l’étude des plantes sur le terrain à une époque où la recherche en laboratoire est reine. Il se refuse à dissocier la science de la beauté. Pourquoi le chercheur ne pourrait-il pas partager les émotions qu’il éprouve devant la beauté de l’objet de ses recherches?

      Cette posture a beaucoup à voir avec un des sujets de recherche qui a fait sa notoriété dans le monde scientifique : l’étude de l’architecture des plantes. Sujet qu’il aurait été difficile d’étudier depuis un laboratoire. Les années passées en forêt à dessiner des plantes lui ont donné une perspective qu’un scientifique hors sol n’aurait pas pu avoir. C’est aussi sa connaissance des forêts tropicales qui l’a amené à se lancer dans l’aventure du radeau des cimes. L’idée est simple, étudier la cime des arbres des forêts tropicales primaires, la canopée, là où se trouve la lumière, et une faune et une flore beaucoup plus nombreuses et variées que celles vivant dans les sombres sous bois. Un monde situé 50 mètres au dessus du sol moins bien connu que la surface de la lune ! Il a fallu beaucoup de persévérance pour concevoir et donner vie au radeau des cimesiv, cette structure semi rigide posée sur la canopée qui a permis de passer des semaines à « naviguer » sur les cimes des arbres pour étudier leur diversité.

      Son bonheur à étudier les plantes, Francis Hallé aime le partager. Avec sa femme Odile et ses enfants qui l’ont accompagné quand il a enseigné en Côte d’Ivoire, au Congo et en Indonésie. Avec d’autres botanistes, collègues ou étudiants. Avec les chercheurs de tous horizons à qui il a permis de découvrir la canopée sur le radeau des cimes. Et avec le grand public auprès duquel il partage inlassablement son amour des plantes à travers ses livres et des conférences. Depuis qu’il s’est lancé, dans ce rôle de passeur l’intérêt du grand public pour la botanique n’a cessé de croître. La destruction des dernières forets tropicales primaires aussi. Détruites alors que l’on ne connaît même pas leur biodiversité. Alors Francis Hallé est aussi un homme indigné qui milite pour alerter sur leur destruction qui est arrivée à un point où il lui est impossible de se taire. Il se mobilise également en France contre des projets d’abatage de vieux arbres comme celui de tilleuls à Sète.

      Lui qui n’a pas de jardin s’émerveille devant les plantes partout où il voyage. Il s’intéresse autant au chêne qui fait face à son bureau à Montpellier qu’aux arbres des forêts tropicales. Voyageur ou sédentaire, chacun ayant l’occasion d’observer des plantes dans sa vie peut-être sensible à son invitation à porter plus d’attention aux végétaux qui nous entourent. Sa réflexion sur les plantes est dans l’air du temps. Elles deviennent un repère dans une époque qui y en manque. P 38-39 Laure Dominique Agnielle cite « j’ai vu grandir l’intérêt pour la botanique dans le monde entier. Je crois que la dégradation écologique nous amène à nous raccrocher aux plantes qui sont solides et rassurantes. Elles existent depuis des millions d’années et elles existeront après nous ; de plus elles améliorent leur environnement alors que nous dégradons le notre ».

      iLaure-Dominique AGNIEL, Francis Hallé. Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 208 pages, Mai 2023
      iiFrancis Hallé, Eloge de la plante : Pour une nouvelle biologie, Point, 346 pages, 2014 (première édition en 1999)
      iiiFrancis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006
      ivAvec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt

      Posté dans Forêt, Nature | 2 Commentaires | Tagué Arbres, botanique, Nature
    • Arbres et forêts : faire confiance à la nature ou à la technique pour atténuer le changement climatique

      Publié à 20 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 25, 2021

      Cette année l’été a été marqué par le changement climatique. Vagues de chaleur , incendies, inondations, cyclones. Tous les continents ont été touchés par ces événements climatiques extrêmes qui se sont succédé sans relâche. Avec cette accumulation, les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus durement sentir. Au même moment le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a présenté les premiers résultats de son sixième rapport. Le groupe 1 qui traite de la physique du climat a publié son travail de synthèse. Des milliers de publications scientifiques ont été passées au peigne fin pour établir un consensus au sein de la communauté scientifique. Il confirme que la climat de la terre se réchauffe à cause des gaz à effet de serre émis par les activités humaines. Le réchauffement a déjà commencé, si nous ne diminuons pas les émissions de gaz à effet de serre ses conséquences seront pires.

      Le 30 août dernier, l’émission science et environnement de France Inter La Terre au Carré faisait sa rentrée en revenant sur ce rapporti. Deux scientifiques ayant participé à son élaboration y expliquaient leur méthodologie et les grandes lignes de leurs conclusions. Il en ressort que le débat ne porte plus aujourd’hui sur l’existence du réchauffement climatique mais sur l’atténuation et l’adaptation problématique sur lesquelles travaillent les groupes 2 et 3 du GIEC qui n’ont pas encore livré leurs synthèses. De quoi parlons nous ? L’atténuation : comment réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation : comment s’adapter pour vivre avec un climat plus chaud marqué par une fréquence accrue des sécheresses, des vagues de chaleur, des inondations et des cyclones. Individuellement chacun se sent tout petit devant de pareils défis. Même en raisonnant au niveau national la France ne représente que 0,9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre .

      Comment faire pour s’adapter et atténuer le changement climatique ? Certains pensent que cela nécessite une contraction ou une décroissance des activités, d’autres, plus nombreux, que le développement de nouvelles techniques permettra de régler tous les problèmes. C’est le choix sur lequel misent les États et les entreprises. Il n’y a aucune rupture sur ce point, c’est ce raisonnement qui a presque exclusivement prévalu au 20ième siècle. Le contexte et les enjeux changent, la confiance en la technique demeure. Au moment de l’adopter, il ne faut pas oublier que la technique est ambivalente, nous l’avons déjà vu iciii. Chaque technique a forcément des inconvénients. On peut le constater avec les technologies dites vertes, panneaux solaires, éoliennes et voitures électriques. Leur fabrication nécessite de grandes quantités de métaux dont l’extraction est extrêmement polluante, leur recyclage est encore balbutiant. Le documentaire « la face cachée des énergies vertes » permet de visualiser cette pollution qui a souvent lieu à l’autre bout du mondeiii

      Plus près de nous comme à l’autre bout du monde, les arbres et les forêts sont des alliés indispensables dans notre quête pour l’atténuation et l’adaptation. En faisant leur photosynthèse avec du CO2 et de l’eau minérale, ils captent du CO2 qu’ils stockent dans leurs troncs et leurs racines. Côté adaptation ils ont de nombreux atouts à faire valoir. Grâce à leurs racines ils contribuent à stoker de l’eau dans les sols ce qui limite les effets des sécheresses et des inondations. Les sols stockent plus d’eau et les nappes phréatiques se remplissent mieux en cas de fortes précipitations. En cas de sécheresse leur système racinaire permet d’aller chercher l’eau plus loin dans le sol. Leur ombre permet de limiter les effets de la chaleur et réduit l’évaporation des rivières qu’elle protège. L’adaptation c’est aussi la diversité, sur ce point les forêts primaires sont les écosystèmes les plus riches ce qui leur offre un grand potentiel pour évoluer en fonction des contraintes climatiques.

      Les forêts c’est également le bois : une matière première et une énergie renouvelable. Si l’on raisonne en technicien on cherche des procédures reproductibles pour « produire » un maximum de bois en un minimum de temps et en automatisant au maximum la « récolte ». Cela donne des résultats mesurables et aboutit à des plantations d’arbres monospécifiques. Les plants sont sélectionnés pour leur rendement. La « récolte » se fait en pratiquant des coupes à blanc sur de vastes parcelles. Ces plantations d’arbres captent du CO2 qui est relâché dans l’atmosphère si le bois est utilisé pour produire de l’énergie. Si on place le curseur du côté de l’adaptation au changement climatique le bilan de ces plantations d’arbres est moins brillant. Les plantations monospécifiques sont plus fragiles face aux maladies et aux tempêtes. Le jeune age des arbres les rend plus vulnérables à la sécheresse. Les coupes à blanc avec des engins lourds détruisent la vie des sols qui est essentielle à la bonne santé des arbres.

      Les plantations d’arbres ne sont pas la seule solution pour capter du carbone. Il est possible de mettre des arbres dans les champs et autour des champs avec l’agroforesterie. Il est également possible de couper du bois dans des futaies irrégulières. Ici pas de coupes à blanc mais des arbres d’ages et d’essences variés qui ne sont pas coupés tous en même temps. C’est une façon de produire du bois plus respectueuse de la biodiversité et plus résiliente face au changement climatique.

      Finalement, pourquoi ne peut on pas tout simplement laisser faire la nature et laisser la forêt évoluer librement. Pour capter du carbone l’idée est excellente, le carbone capté dans les sols et dans les troncs d’une forêt qui n’est pas exploitée sera séquestré pour des siècles. Une forêt dont les arbres sont matures et dont la vie du sol est riche pourra retenir plus d’eau dans ses sols et donc mieux résister aux inondations, sécheresses et incendies. Cela ne sera peut-être pas suffisant pour faire face à tous les aléas que nous réserve le changement climatique mais à qui fait-on confiance ? à la nature qui depuis 400 millions d’années à permis aux forêts d’évoluer et de s’adapter. Ou à la technique qui cherche des solutions pour permettre aux plantations d’arbres de s’adapter au changement climatique dont elle est à l’origine. A l’un, à l’autre ou peut-être au deux, rien n’empêche d’essayer les deux méthodes.Pour le moment tous les efforts portent sur la seconde.

      Le botaniste Francis Hallé nous propose un projet pour appliquer la première méthode qu’il présente dans son manifeste pour une forêt primaire en Europe de l’ouestiv, projet dont nous avions déjà parlé iciv. Le projet est simple : laisser une forêt de 70 000 hectares évoluer sans intervention humaine. C’est un projet tout à fait cohérent pour capturer du carbone. Pourquoi les entreprises qui souhaitent compenser leur empreinte carbone ne multiplient-elles pas les projets de ce type au lieu de soutenir des plantations d’arbres ?

      Ce projet peut contribuer à trouver des solutions pour s’adapter au changement climatique. Observer comment une forêt s’adapte sans intervention humaine est une perspective intéressante pour savoir comment la nature s’adapte. C’est aussi une autre façon d’aborder le savoir. Chercher à comprendre plutôt qu’à intervenir.

      Ce type de forêt avec le bien-être qu’elle procure est également un atout pour nous aider à nous adapter au changement climatique.Le projet prévoit l’accueil du public. Visiter un lieu où les excès du climat sont atténués par la voûte des arbres peut nous aider à nous ressourcer. Francis Hallé insiste également sur la dimension esthétique du projet. Une forêt où les effets de l’intervention humaine se font peu sentir sera toujours plus belle qu’une plantation d’arbres. Savoirs et émotions en contemplant la beauté de la nature, notre quête pour nous adapter aux changements climatiques peut aussi nous mener à autre chose qu’à la recherche de nouvelles techniques.

      ihttps://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-lundi-30-aout-2021 Pour ceux qui souhaitent aller plus loin cette page comprend un lien vers une traduction en français du rapport pour les décideurs. Pour les scientifiques un lien vers le rapport complet est également proposé.

      iihttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      iiihttps://www.publicsenat.fr/emission/documentaire/la-face-cachee-des-energies-vertes-189232

      ivhttps://www.actes-sud.fr/catalogue/pour-une-foret-primaire-en-europe-de-louest

      vhttps://champsdemesreves.fr/2021/01/10/planter-des-arbres-ou-laisser-pousser-les-arbres/

      Posté dans Forêt, La Technique, Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Changement climatique
    • Planter des arbres ou laisser pousser les arbres ?

      Publié à 12 h 18 min par Antoine Bocheux, le janvier 10, 2021

      Les plantations d’arbres bénéficient d’une image positive auprès du grand public. Planter des arbres est valorisant. On finirait, presque, par oublier que les arbres poussent aussi tout seuls. Qu’ils ont poussé tout seuls pendant des centaines de millions d’années. Qu’ils se sont très bien portés sans nous.

      Leurs graines peuvent patienter dans le sol des années avant de germer quand l’occasion se présente. Les animaux et le vent les transportent sur des kilomètres. Prenez le temps de regarder ce qu’il se passe au bord des chemins. Vous y croiserez probablement de jeunes arbres qui deviendront grands. S’ils ne sont pas fauchés par une débroussailleuse. Dans les friches, des arbres germent sous les ronces. Laisser faire la nature pendant quelques décennies. Le roncier se métamorphose en un bois riche en biodiversité. Gilles Clément appelle ces terres oubliées par les hommes le tiers paysage. Il a constaté qu’elles sont infiniment plus riches en biodiversité que les forêts plantées et exploitées. Elles abritent de la biodiversité, elles filtrent l’eau, elles absorbent du CO2. Alors, prenons le temps de nous poser une question naïve, pourquoi plante-t-on des arbres puisqu’ils poussent tous seuls ?

      La première raison qui vient à l’esprit est qu’il ne peuvent pas partout pousser tout seuls. Qu’ils ont besoins d’être arrosés et protégés. C’est vrai dans certains cas, peut-être moins souvent qu’on ne le pense. En laissant le temps à la nature, des graines d’arbres finiront par arriver, portées par le vent ou les animaux. Quand elles germent, il est surprenant d’observer la résilience aux sécheresses des jeunes arbres qui en sont issus. La sélection naturelle opère ici, ce sont les les mieux adaptés au sol et au climat qui occupent le terrain. Ils sont moins sensibles à la sécheresse que les jeunes arbres que l’on plante dans nos jardins. Quant à la protection contre les chevreuils, un épais roncier semble aussi efficace que des manchons en plastique. Alors pourquoi vouloir absolument planter des arbres ? Ne pas laisser le temps à des friches d’évoluer naturellement en forêt ? Certes dans ce cas, il n’est pas possible de choisir les essences mais n’est-il pas plus judicieux de laisser la nature procéder à ce choix ? La question mérite d’être débattue. Certaines entreprises se vantent de planter des arbres pour compenser leur emprunte carbone, pourquoi ne proposent-t-elles pas également de protéger des friches pour les laisser évoluer naturellement en forêt ? Il n’y a pas de raison que cela absorbe moins de carbone et c’est meilleur pour la biodiversité.

      La question de la plantation des arbres se pose également avec acuité dans les forêts exploitées pour leur bois. Faut-il absolument planter des arbres pour couper du bois ? Ici plusieurs options sont possibles. Une alternative est de planter en monocultures de jeunes plants, généralement des pins maritimes ou des pins douglas, sélectionnés pour produire un maximum de bois en un minimum de temps. Le mode opératoire se rapproche ici de la monoculture intensive de maïs. La plantation des arbres s’accompagne de labours, d’engrais pour accélérer leur croissance et de pesticides pour protéger ces monocultures fragiles. La récolte, mécanisée, se fait en procédant à des coupes rases sur plusieurs hectares. Ces coupes à blanc exposent les sols. Ils ne sont plus abrités des rayons du soleil l’été et de la morsure du froid l’hiver. Cela les fragilise et les soumets à l’érosion1. Les souches et le bois mort sont ramassés pour extraire un maximum de bois énergie. Au détriment des champignons et des insectes qui ne peuvent vivre sans bois mort et disparaissent. Les oiseaux cavernicoles et les chauves souris ne trouvent plus de troncs creux pour nicher. Leur absence favorise la prolifération des insectes parasites dont ils se nourrissent normalement. Mis à part d’absorber du CO2 et de fournir du bois énergie il est difficile de trouver des vertus écologiques à ces champs d’arbres. La protection de la biodiversité et la filtration de l’eau sont ici délaissées.

      Il est également possible de prélever du bois en respectant la nature en futaie irrégulière sous couvert. Ici les forêts comportent plusieurs essences. Les arbres ont des âges différents. On ne pratique pas de coupe rase, mais un débardage sélectif plus respectueux de la vie des sols . Ces prélèvements plus légers et plus réguliers permettent de maintenir suffisamment de diversité en forêt pour que la faune et la flore puisse s’y épanouir. Des îlots de vieux arbres et du bois morts sont conservés. Pour assurer le renouvellement des arbres prélevés la régénération naturelle est privilégiée. Cela permet d’économiser les coûts des plants et de la plantation. Sur le court terme ce type de sylviculture est moins rentable que la plantation de monoculture. Sur le long terme elle permet aux propriétaires forestiers des revenus plus réguliers et la production de bois à plus haute valeur ajoutée. Pour la société ses bienfaits sont incomparables : protection de la biodiversité, filtration de l’eau, création de lieux propices à la promenade et pourquoi pas au tourisme. Devant ce bilan la question se pose. Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser la futaie irrégulière plutôt que de planter des monocultures de résineux ?

      Pour conclure un autre constat s’impose. Les vieux arbres sont rares, en France seul 21 % des forêts on plus de cent ans2. Il est important de les protéger. Que rencontrer un arbre mature ou sénescent soit encore une réalité, pas seulement une vue de l’esprit. Ce sont eux qui abritent le plus de biodiversité et absorbent le plus de CO2. Là aussi, des efforts importants sont à faire, même s’ils sont moins spectaculaires que la plantation d’arbres pour communiquer auprès du grand public.

      Malheureusement on constate que c’est parfois l’inverse qui se produit. Quand de veilles forêts de feuillus sont victimes de coupes à blanc pour être remplacées par des plantations de monocultures de pins douglas, la plantation d’arbres est indiscutablement un recul. La vigilance s’impose sur ce sujet qui nous concerne tous. C’est une évidence nous ne reverrons jamais de notre vivant les forêts centenaires victimes de coupes à blanc, leur perte est irréparable à l’échelle d’une vie humaine.

      Pour aller plus loin 

      Alain-Claude Rameau, Nos forêts en danger, Atlande, 160 pages, 2017

      1https://reporterre.net/La-coupe-rase-une-aberration-ecologique-qui-menace-nos-forets

      2P 14 https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/180906_publiff_bd.pdf

      Posté dans Forêt, Nature | 1 commentaire
    • Quand les arbres interrogent

      Publié à 15 h 24 min par Antoine Bocheux, le décembre 13, 2020

      Les paysages changent en cette fin d’automne propice aux longues promenades. Les journées sont plus courtes, la grisaille plus fréquente. Quand il se montre, le soleil, plus bas dans le ciel, se fait plus discret. Sa lumière rasante donne à voir de nouveaux reliefs, de nouvelles nuances de couleurs. La nature, elle aussi, se fait plus discrète. Après les premières gelées blanches les prairies semblent figées. Seules quelques touffes de cardères épargnées par la fauche dressent leurs silhouettes monochromes et leurs donnent du relief.

      La couleur, c’est dans les bois qu’il faut la chercher. Au loin, les taches jaunes des feuilles de chêne attirent le regard. Alors que beaucoup d’essences ont déjà perdu leurs parures, elles s’obstinent à s’accrocher aux branches et virent, petit à petit, au marron. Approchons nous. Il faut de bonnes chaussures pour traverser la prairie gorgée d’eau. A chaque pas, elle expulse quelques gouttes d’eau ; comme une éponge trop imbibée qui ne peut plus la retenir. La démarche se fait plus souple pour atténuer les éclaboussures, elle est rythmée par leurs claquements réguliers. Une fois franchi l’orée du bois, changement d’atmosphère. Les pas du promeneur sont amortis par la douceur aoûtée d’un épais tapis de feuilles mortes. Les pieds sont au sec. Sous les arbres, le sol absorbe l’eau, il ne laisse pas l’érosion emporter le précieux liquide.

      Même en sommeil, les arbres sont partout. Ils façonnent le paysage, lui donne son relief. De tous les côtés où porte le regard, il rencontre leurs silhouettes. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg, sous le tapis de feuilles mortes leur dense réseau de racines occupe minutieusement le terrain. Leurs présences est tellement évidente que parfois le promeneur ne les remarque plus. Pourtant, sans même y penser, près d’eux il ressent un certain bien-être. Même dépourvus de leurs feuilles, ils font écran aux frimas du vent. Le bruit des pas, comme le son de la voix se fait plus feutré Des odeurs agréables se dégagent du sous bois. Petits bonheurs de la vie qui donne envie d’y retourner sans trop y réfléchir, simplement pour le plaisir de marcher et de méditer dans un lieu apaisant.

      Parfois, sa méditation invite le promeneur à s’interroger sur ces compagnons bienfaisants qui rendent plus agréable sa promenade. Compagnons ? Le mot n’est peut-être pas le plus approprié. Bien sûr, les arbres partagent nos existences, nous avons besoin d’eux. Mais nos vies sont tellement différentes qu’il est difficile de les considérer comme nos semblables. Ce sont leurs différences, leur altérité qui sont fascinantes. En ce début d’hiver, leurs feuilles tombées au sol, on peut de nouveau les contempler dans un dépouillement étonnant. Ils semblent à la fois morts et vivants. Leurs troncs et leurs houppiers ressemblent à des squelettes dépourvus de toute vie. Constitués de bois ce n’est jamais qu’un amoncellement de cellules mortes protégeant sous son écorce une fine couche de vie. Pour voir la vie qu’ils portent en eux, il faut les approcher de près et porter son regard sur les bourgeons qui attendent le printemps pour éclore. Comme une mousse qui se dessèche et reprend vie après une sécheresse, ils attendent patiemment le renouveau du printemps pour retrouver leurs feuillages; de nouveau fabriquer des sucres avec la photosynthèse, reprendre leur croissance, leur mouvement vers la lumière.

      Morts et vivants en même temps, ils marquent si intensément le paysage qu’il se confondent avec lui, se dérobant à notre regard. Ils déconcertent. Leurs troncs sont comme des archipels portant des chapelets de bourgeons. L’épaisseur du temps transformée en bois pour mieux occuper l’espace, capter l’eau et la lumière. La promesse d’une vie nouvelle qui va éclore sur son socle de bois.

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    • Apprendre à savoir ne rien faire

      Publié à 16 h 34 min par Antoine Bocheux, le septembre 13, 2020

      3 septembre 2020. Le botaniste. Francis Hallé présente sur France Inter son nouveau projet : laisser pousser une forêt primaire dans l’Union Européenne. Ce projet enthousiasmant est hors norme. Ses particularités ? Sa durée. Il faut des siècles pour que se constitue une forêt primaire. Son mode opératoire : sélectionner une forêt de 75 000 hectares et ne rien faire ! Simplement observer et veiller à ce qu’aucune intervention ne vienne perturber la nature.

      Avant d’aller plus loin, une halte par la case définition s’impose. C’est quoi une forêt primaire ? « Est qualifiée de « primaire » une forêt n’ayant jamais été ni défrichée, ni exploitée, ni modifiée, de façon quelconque par l’homme. Si elle l’a été – ce qui est très souvent le cas – mais si un temps suffisant s’est écoulé sans intervention humaine, le caractère « primaire » sera de retour. »i

      Les forêts primaire se font de plus en plus en rares. Sous les tropiques elles sont victimes de la déforestation et des incendies. En Europe la dernière forêt primaire à Bialowieza en Pologne est en train de disparaître. En France cela fait bien longtemps qu’il n’y en a plus. Pour s’imaginer, essayer au moins, à quoi pouvait rassembler la France quand elle était recouverte de forets primaires, il faut lire le livre de Stéphane Durand « 20 000 ans ou la grande histoire de la nature ». De grands arbres aux larges troncs à perte de vue, leur feuillage forme sur des centaines de kilomètres une vaste voûte verte captant la lumière du soleil. Des rivières à l’eau claire, peuplées de moules, de saumon et de loutres. Les forêts que nous connaissons aujourd’hui n’ont rien de commun avec une forêt primaire. Même dans les plus préservées, l’intervention de l’homme est prégnante. Elles sont cloisonnées et marquées par l’exploitation du bois et la chasse.

      Il n’est pas possible d’arrêter de couper des arbres dans les forets, nous avons besoin de leur bois. Nous avons également besoin de conserver un échantillon de forêt primaire. D’un lieu préservé où la nature peut s’exprimer, où l’on peut voir ce qu’est la taille d’un arbre après des siècles de croissance, la lumière sous une canopée formant un tapis vert recouvrant la forêt. Entendre les chants oiseaux et l’écho de ses pas , sentir l’odeur du bois mort qui se décompose, toucher la mousse sur l’écorce des arbres et l’eau limpide des rivières. Le projet de Francis Hallé peut sembler utopique. Pourtant il est raisonnable, 75 000 hectares c’est peu de choses comparés au million d’hectare de plantation de pins des Landes de Gascogne. Laisser une si petite surface à la nature ne mettra pas en péril notre économie. Se lancer dans une aventure qui prendra des siècles à se concrétiser peut sembler incongru à notre époque ou tout doit aller vite. Pourtant comme le rappelle Francis Hallé il a fallu des siècles pour construire les cathédrales que nous admirons aujourd’hui.

      Sa mise en œuvre s’annonce à la fois tout ce qu’il y a de plus de simple et extrêmement compliqué. Après tout, il n’est pas compliqué de rien faire ? Et pourtant ne rien faire est antinomique avec nos habitudes et de nos modes de vie. Nous valorisons le faire, la recherche de la méthode la plus efficace pour atteindre un objectif comme l’explique Jacques Ellul dans ses ouvrages sur la technique. Sélectionner génétiquement des arbres pour les planter en rang comme du maïs, nous savons faire. Mais laisser faire la nature, l’observer sans chercher à en tirer des applications pratiques est devenu une posture de plus en plus rare. C’est dommage, il y a beaucoup a observer quand on sait que les forêts primaires sont les écosystèmes les plus riches en biodiversité, les plus performants pour stocker le carbone et l’eau, pour tempérer les excès du climat. Se priver de leurs services et de ce qu’elles ont à nous apprendre, c’est comme se tirer une balle dans le pied.

      La démarche de Francis Hallé nous interroge aussi sur le sens de nos vies. Quand nous avons accès à une nourriture abondante et un logement bien chauffé que voulons nous de plus ? Accumuler d’autres biens matériels ? Accumuler l’argent pour se sentir plus en sécurité, tout en sachant que cela ne préserve ni de la maladie ni de la mort ? Avoir du temps pour ne rien faire et observer ? Observer nos semblables, penser au temps qui passe, observer la nature. Si l’on souhaite pousser le curseur vers l’observation, nous avons besoin de la forêt primaire. La découvrir à travers les livres de Francis Hallé est un bonheur. Savoir qu’elle existe à nos portes, déambuler sous sa voûte serait encore plus fort. Sa beauté pourrait être source d’émotion. La découverte de son altérité ferment d’ouverture.

      Pour aller plus loin

      La Terre au carré, Une forêt primaire dans l’UE, le projet fou de l’association Francis Hallé, 3 septembre 2020 https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-03-septembre-2020

      iFrancis Hallé, « Il y a urgence à reconstruire de grandes forêts primaires », Le Monde 7 octobre 2019, https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/07/il-y-a-urgence-a-reconstruire-de-grandes-forets-primaires_6014470_3232.html

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