Les champs de mes rêves

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    • Quand le bocage continue de mourir : aux sources d’une dissonance entre les paroles et les actes

      Publié à 17 h 30 min par Antoine Bocheux, le juin 22, 2025

      La presse se fait souvent l’écho de plantations de haies. Comme nous l’avons déjà vu l’année dernière, les scientifiques insistent sur les vertus agronomiques et écologiques du bocage. : lutte contre les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.iDans ce contexte il semblerait logique que le linéaire de haies progresse sur le territoire français. Malheureusement, à première vue en dépit de toute logique, l’arrachage continue en France. Il s’accélère même. 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Comment expliquer cette situation ? Dans les discours, il est difficile de trouver des ennemis au bocage et à la haie champêtre. Opinion publique, syndicats agricoles de diverses sensibilités, chasseurs et amis des animaux : personne n’est contre. Alors d’où vient ce décalage entre la parole et les actes ? Deux ouvrages sortis récemment aident à y voir plus clair.

      La journaliste Inés Léraud revient sur l’histoire du remembrement dans la BD « champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement »ii Que retenir de cet épisode qui a aboutit à la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées entre les années 1950 et les années 1980 ? Que le remembrement n’a pas seulement eu pour objectif arracher les haies pour faciliter la mécanisation de l’agriculture. Ni l’autosuffisance alimentaire. Il a également eu pour ambition de transformer les fermes en exploitations agricoles et de réduire drastiquement le nombre de paysans. L’État ne voyait pas d’un bon œil de laisser des millions de paysans vivre en quasi autonomie. Le bocage contribuait largement à cette autonomie en leur fournissant, entre autres le bois d’œuvre et le bois de chauffage et des fruits. Entre 1946 et 1974, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 7 millions à 3 millions Quatre raisons se cachent derrière cet objectif de réduire le nombre de paysans

      Premièrement, réduire le nombre d’agriculteurs pour libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. Deuxièmement, ouvrir des débouchés à l’industrie des fournitures agricoles : tracteurs, engrais, pesticides, semences… Troisièmement :favoriser les exploitations agricoles qui fournissent des matières premières agricoles standardisées pour répondre aux besoins de l’industrie agro-alimentaire. Quatrièmement : réduire le coût de l’alimentation dans le budget des français pour favoriser les ventes de produits de consommation : télévisions, frigidaires, lave linge, voitures …

      Ce qui ressort de la BD d’Inés Léraud, c’est la souffrance qu’à représenté ce remembrement pour les paysans qui l’ont subi. Ils ont été victimes de la destruction du paysage dans le lequel ils avaient vécu en même temps que la remise en question de leur mode de vie. Il s’est également accompagné de conflits tenaces entre les paysans pro et anti remembrement qui ont laissés des traces durables. Et toutes les oppositions ont été réprimées par l’État, souvent par la force, qui n’a pas hésité à envoyer des compagnies de CRS pour protéger les engins de travaux publics nécessaires à l’arrachage des haies quand c’était nécessaire.

      Aujourd’hui, la situation a changé. En conclusion de son livre « La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des moeurs »iii le sociologue Léo Magnin souligne que «  2 % de la population active, les agriculteurs, qui sont économiquement contraints de baisser leur coût de production et réglementairement poussés à prendre en charge la préservation de 52 % du territoire national ». Les haies sont souvent sacrifiées à cause de cette contradiction. Elles deviennent une contrainte pour beaucoup d’agriculteurs qui manquent de temps pour les entretenir du fait de l’agrandissement des exploitations. Dans le même temps cet entretien n’est plus une source de revenus, le bois n’étant pas toujours valorisé. Même l’ombrage qu’elle apporte aux bétails est de moins en moins apprécié. l’augmentation de la taille des exploitations incitant les éleveurs à laisser les animaux à l’étable toute l’année, les intérêts agronomiques et écologiques des haies pèsent peu pour des agriculteurs déjà soumis à une lourde charge de travail. Ceux qui en ont encore sur leurs exploitations vivent parfois comme une injustice l’interdiction de les arracher Dans ce contexte la zone de deux mètres d’herbe entre le labour et le pied de la haie n’est pas toujours respectée, les haies sont parfois tuées à petit feu en les taillant un peu plus bas chaque année jusqu’à leur disparition définitive. Cela permet de contourner l’interdiction d’arracher et coûte en plus moins cher qu’un arrachage.

      Tout cela nous rappelle que derrière les haies, il y a des hommes. Ce sont eux qui ont planté les haies champêtres pour assurer leur autonomie en bois et en fruits et pour disposer de parcelles closes et ombragées pour leur bétail. En vidant les campagnes de leurs paysans l’agriculture industrielle rend difficile le retour des haies. Malgré les discours, malgré l’intérêt agronomique et écologique des haies, un blocage profond persiste. Réduire toujours plus le nombre d’agriculteurs, augmenter toujours plus la productivité par actif est une logique qui n’est pas tenable si l’on souhaite préserver les haies. Compte tenu des bénéfices de la présence des haies pour l’ensemble de la société il est urgent de s’en inquiéter.

      ihttps://champsdemesreves.fr/2024/05/12/les-vielles-haies-champetres-un-patrimoine-naturel-et-culturel-a-preserver/
      iiInès Léraud, Champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement, Delcourt, 2024, 192 pages
      iiiLéo Magnin, La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des mœurs, La Découverte,2024, 224 pages

      Posté dans Agriculture, Histoire | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Bocage, Histoire
    • Les vielles haies champêtres : un patrimoine naturel et culturel à préserver

      Publié à 13 h 25 min par Antoine Bocheux, le Mai 12, 2024

      Le site de vulgarisation scientifique The Conversation a publié le 13 mars 2024 un article sur le bocage dont je vous recommande la lecture « Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Co-signé par 6 scientifiques, il explique d’une manière synthétique et argumentée les avantages des haies champêtres : lutte conte les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.

      Pourtant ce patrimoine, héritage de pratiques agricoles anciennes est en voie de disparition. Au 18ième et 19ième siècle des kilomètres de haies ont été plantées pour délimiter les parcelles et empêcher la divagation des troupeaux ( et les protéger du soleil et du vent). Leur entretien fournissait du bois de chauffage. Sans oublier la récolte des fruits. Les arbres étaient souvent taillés tous les 5 à 10 ans en tétard (ou trogne) ce qui permettait de « récolter » du bois de chauffage sans les couper. Cette taille favorise la formation de cavités dans les troncs des vieux arbres. Ces trous dans les troncs abritent de nombreux invertébrés, oiseaux et mammifères. Un bon exemple de relations fructueuses entre les humains et le vivant non humain. Un habitat semi naturel qui a mis du temps à se constituer. Pour finalement être largement détruit en quelques années.

      Depuis 1950, 1,4 millions de kilomètres de haie ont été arrachées en France, soit 70 % du bocage. C’est plus de 3 fois la distance entre la terre et la lune (384 000 kilomètres). Les haies sont considérées comme obstacle à la circulation des engins agricoles et une perte de surface agricole utile. Et comme une entrave aux pratiques agricoles. Malgré les résultats de la recherche scientifique qui démontrent que leur présence apporte davantage de gains que de pertes, malgré leurs atouts pour mitiger et pour s’adapter au changement climatique, malgré le recul de la biodiversité pour laquelle elle constitue un refuge, leur arrachage se poursuit. Il s’accélère même ces dernières années : 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Ce ne sont pas les politiques de replantations de haies qui compenseront cette perte. D’abord parce que seulement 3 000 km de haies par an ont été plantées. Surtout, parce que les haies fraîchement plantées ne rendent pas les mêmes services qu’une haie ancienne. Comme une plantation d’arbres ne remplace pas une vieille forêt ni 10 arbres plantés l’abattage d’un vieil arbre en ville. Comment remplacer de vieux arbres tétard dont les troncs creux abritent des animaux qui ne peuvent vivre ailleurs. Comment retrouver l’ombre de vieux chênes qui culminent à plus de 10 mètres de haut. Comment se substituer à leurs racines qui occupent des hectares dans le sol, favorisant l’infiltration des eaux de pluie. Comment ne pas perdre à tout jamais l’émotion que procure de croiser des arbres qui ont traversé des siècles.

      Il suffit de se promener au milieu des veilles haies champêtres pour ressentir combien elles sont précieuses. Je vous propose, pour illustrer mes propos, une sélection de photos prises à Saint Martin du Foullioux près de Parthenay.

      Arbre tétard (trogne)

      Comme une cathédrale au milieu d’une ville, les haies forment parfois des tunnels où la lumière du soleil est tamisée, comme à travers les vitraux d’une cathédrale. Pourtant les champs où se mêlent les parcelles labourées et les prairies se trouvent quelques mètres derrière. Cathédrale végétale où la trace de l’homme se fait sentir avec la taille des arbres qui permet aux tracteurs d’accéder aux chemins et aux vieux arbres tétard témoignage d’une autre époque.

      A l’horizon, d’autres arbres forment d’autres tunnels, dessinant un maillage vertical au milieu des champs horizontaux. Une longue lisère où se plaisent à la fois la faune et la flore des champs et celles des bois. Ce que les photos ne peuvent faire ressortir, c’est le chant des oiseaux, omniprésent au milieu des haies. Pas plus que la douceur qui se dégage sous l’enveloppe protectrice des arbres qui tempère les vents froids d’hiver et la chaleur du soleil l’été. Des sensations que ni les mots ni les images ne peuvent traduire. Le sentiment de traverser un lieu où l’on se rapproche plus qu’ailleurs d’une forme d’harmonie avec la nature. Un héritage du passé inspirant pour essayer d’imaginer un avenir meilleur.

      Un frêne tétard vu de dessus
      Une cavité dans le tronc d’un chêne
      Posté dans Agriculture, Nature | 2 Commentaires | Tagué Agriculture, Arbres, Bocage, Histoire, Nature, Photos
    • Pourquoi être végétarien  ? Un petit geste individuel face au réchauffement climatique … et bien plus encore.

      Publié à 14 h 52 min par Antoine Bocheux, le septembre 24, 2023

      Les oiseaux se font plus rares, les canicules et les sécheresses plus fréquentes. Au fil des ans le poids du réchauffement climatique et du recul de la biodiversité devient de plus en plus pesant. L’avenir n’est pas réjouissant. Les scientifiques nous prédisent un accroissement des événements climatiques extrêmes dont nous savons maintenant combien ils affectent notre quotidien. Des mots nouveaux apparaissent pour décrire le mal-être que peut engendrer cette situation inédite. Parmi eux« solastalgie » que Wikipédia définit comme « une forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux passés, actuels ou attendus, en particulier concernant la destruction des écosystèmes et de la biodiversité, et par extension le réchauffement climatique »i. Ce mot ne figure pas au Petit Robert, peut-être y fera-il son entrée dans les années à venir.

      Sans souffrir de solastalgie, il reste difficile d’ignorer le réchauffement climatique et le recul de la biodiversité. Cela amène immanquablement à se poser la question, que puis-je y faire ? Beaucoup de décisions à prendre sont collectives. La liberté des uns à conserver leur mode de vie entre vite en conflit avec celle des autres à aspirer à de profonds changements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger la biodiversité. Une fois un accord trouvé sur la nécessité de changements, le plus difficile reste à venir pour aboutir à un consensus sur la nature et la modalité de mise en œuvre des dits changements. Chacun aura son idée sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire, et au milieu de la diversité des points de vue, il devient parfois difficile de démêler le vrai du faux. A défaut d’aller plus loin dans ce débat nécessaire mais complexe je vous propose de vous interroger sur une liberté que nous avons tous : celle de choisir notre régime alimentaire. Manger moins de viande, être végétarien ou être végétalien sont de petits gestes que chacun d’entre nous a individuellement le choix de faire ou de ne pas faire.

      Commençons par quelques courtes définitions. Un régime alimentaire végétarien bannit toute consommation de chair animale, c’est à dire qu’il exclut la viande et le poisson. Un régime végétalien retire également les œufs et les produits laitiers car même s’ils n’entraînent pas directement la mort d’un animal, ils sont d’origine animale.

      Pourquoi manger moins de viande est-il bon pour le climat ? Le lien est simple. Manger directement une plante consomme moins d’énergie que de manger un animal qui mange des plantes. Il est plus logique de manger directement des céréales que de manger des animaux d’élevage nourris avec des céréales. Il faut toutefois apporter un bémol à ce raisonnement, tous les animaux d’élevage ne mangent pas des céréales, ceux qui sont nourris à l’herbe et au foin permettent de valoriser des prairies qui sont des milieux favorables à la biodiversité.

      En fonction des espèces élevées il faut 4 à 11 calories végétales pour faire une calorie animal. Pour des explications plus précises je vous renvoie vers le site Nos Gestes Climat où est proposée une évaluation du bilan carbone d’un repas en fonction du choix des alimentsii.

      La réduction des émissions de gaz à effet de serre est une bonne raison pour fortement réduire sa consommation de viande, pas forcément pour devenir complètement végétarien ou végétalien. Une motivation plus profonde est de refuser de manger la chair des animaux. Là aussi avec un peu de logique il est difficile d’ignorer que leur mise à mort entraîne pour eux de la souffrance. Cette souffrance est d’ailleurs cachée loin de nos yeux dans les abattoirs. Les supermarchés nous présentent des morceaux de viande découpés, pas des carcasses d’animaux morts, le lien entre l’animal mort et la viande est caché. Dans l’histoire de l’humanité la viande a tenu une place importante car elle était pour les chasseurs cueilleurs une source de protéines irremplaçable. Aujourd’hui il est possible d’avoir toutes les protéines nécessaires à notre alimentation en combinant les céréales et les légumineuses. Continuer à manger de la viande n’est pas une nécessité mais un choix que chacun peut faire. Ne pas en manger c’est choisir une relation harmonieuse avec le vivant non humain. Manger le fruit d’un arbre ne fait aucun mal à l’arbre, au contraire c’est pour lui une occasion de disséminer ses graines. Manger un grain de blé cueillit sur un épi n’entraîne pas de souffrance pour la graminée qui a fini son cycle végétatif. Ce sont des relations de symbiose avec les plantes. Être végétarien c’est avant tout cela, se nourrir d’une relation de symbiose avec des plantes plutôt que de la souffrance d’un animal.

      Tout cela n’est pas anodin. Difficile de prétendre protéger la biodiversité si nous ne vivons pas en harmonie avec le vivant non humain. Cette harmonie se trouve plus facilement en mangeant des plantes que des produits laitiers, des œufs ou de la viande. On ne peut cependant pas ignorer que certaines formes d’élevages où les animaux peuvent vivre une partie de leur vie dans des prairies se rapprochent d’une certaine harmonie, l’animal a au moins une bonne vie en contrepartie de sa mort prématurée. A l’inverse l’élevage intensif où les animaux sont entassés et enfermés n’est que souffrance, la négation du caractère d’être vivant sensible des animaux.

      Le choix de notre alimentation : un sujet qui entraîne finalement beaucoup de questions et de réflexions. Un terrain où l’on constate que nos choix individuels ont aussi un petit impact physique et une réelle portée symbolique.

      ihttps://fr.wikipedia.org/wiki/Solastalgie

      iihttps://nosgestesclimat.fr/actions/plus/alimentation/r%C3%A9duire-viande/par-deux?lang=fr

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    • Sauvons les sols !

      Publié à 17 h 50 min par Antoine Bocheux, le août 10, 2022

      2022 marque peut-être un tournant dans la prise de conscience de l’importance des sols. Pour la vie des plantes et des animaux à la surface de notre planète ; et par extension pour celle des plantes que nous cultivons. Les sols, cela fait plus de 20 ans que Lydia et Claude Bourguignon nous alertent régulièrement sur leur érosion qui nous menace. Le labour fragilise les sols qui, petit à petit, sont érodés et finissent dans nos rivières sous l’effet de l’eau et dans l’air sous forme de poussières emportées par le vents.

      En 2022, le maître yogi indien Sadhguru se lance dans un voyage de 30 000 kilomètres pour sensibiliser le grand public et les politiques à cette problématique. Il propose à chacun d’entre nous de sensibiliser autour de lui sur l’urgence d’agir pour protéger les sols en changeant de pratiques agricolesi. Ce sont des choix collectifs qui sont nécessaires pour protéger un bien commun. Il est intéressant de constater que ce mouvement part de l’Inde, un pays où avec la chaleur l’érosion liée aux labours se manifeste plus rapidement que sous nos latitudes. L’érosion est plus forte, l’urgence y est plus palpable que sous nos latitudes. Pourtant, à moyen terme, le même résultat nous attend. Si nous n’agissons rapidement, il sera trop tard, il faut des centaines d’années pour reconstituer la fertilité d’un sol.

      2022, octobre 2021 pour être précis est aussi marqué par la sorite d’un excellent livre de vulgarisation scientifique sur les sols écrit par le biologiste Marc André Selosse. Il s’agit de l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinentii. L’occasion de faire le point sur les dernières avancées de la recherche sur cette question cruciale.

      Mais de quoi parlons nous quand nous parlons des sols ? Une fine pellicule, de quelques centimètres à quelques mètres de hauteur. Elle abrite entre 50 et 70 % de la biomasse terrestre. Mélange d’air, d’eau, de matière minérale et de matière organique, ces écosystèmes complexes fournissent aux plantes l’eau, les sels minéraux dont elles ont besoin. Ils abritent des animaux et de nombreux microbes, champignons et bactéries qui se nourrissent de la matière organique laissée par les plantes et les animaux morts. Ils vivent également en symbiose avec les plantes où les parasitent. Un monde complexe et presque invisible sous nos pieds,finalement mal connu. Et pourtant indispensable à la vie des plantes et des animaux que nous voyons à la surface. Indispensable car la majorité des plantes sont incapable d’absorber l’eau et les sels minéraux dont elles ont besoin si elles ne vivent pas à en symbiose avec des champignons dont les fins filaments permettent d’explorer les moindres recoins du sol. En échange les plantes leurs fournissent une partie du produit de leur photosynthèse.

      Pour simplifier le sol n’est pas qu’un support pour les plantes mais un écosystème dont les habitants vivent en symbiose avec elles. Bien sûr les plantes poussent en utilisant des engrais chimiques, des pesticides de synthèse et ayant recours aux labours. Mais ces pratiques abîment lentement la vie des sols en réduisant les interactions entre les plantes et les champignons pour les engrais de synthèse et en détruisant l’habitat des occupants des sols avec le labour en tuant directement une partie de ses habitants avec les pesticides. Les sols sont fragilisés et s’érodent. La couleur marron de nos fleuves et de nos rivières en témoigne.

      Le défi est maintenant de trouver comment faire pousser les cultures avec moins de labours moins d’engrais de synthèse et moins de pesticides. L’agriculture biologique, l’agriculture de conservation et l’agroforesterie proposent déjà des pratiques pour avancer dans ce sens. La question est complexe et délicate mais stratégique. Les choix faits aujourd’hui au niveau local auront un impact sur la capacité des terres agricoles à continuer à être nourricières à long terme. Elle nous rappelle que protéger le vivant c’est aussi nous protéger. Si nous détruisons nos sols, ils se reconstitueront mais le processus prendra des centaines d’années ; trop tard pour l’humanité.

      ihttps://www.consciousplanet.org/fr

      ii Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021

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    • Comment la méthode pour capturer une petite bulle d’air a de grands impacts sur le climat et la sécurité alimentaire 

      Publié à 19 h 36 min par Antoine Bocheux, le avril 18, 2021

      L’azote ? Il n’a pas de goût, pas d’odeur, il est invisible. Pourtant, nous baignons dedans. Cet élément chimique (N2) est l’un des plus abondants sur terre. Il constitue 78 % de l’air que nous respirons. Le paradoxe est que sous une forme assimilable par les plantes, il est rare. Elles le trouvent dans le sol, mais sont incapables de le capturer dans l’air. Elles en ont pourtant besoin pour fabriquer leurs acides aminés. Dans la nature, les plantes mortes se décomposent sur place et libèrent leur azote dans le sol. Il le restituera à son tour à une nouvelle génération de plantes. En agriculture, les plantes récoltées quittent le champ, emportant avec elles l’azote qu’elles ont accumulé dans leurs tissus. Le cycle est rompu.

      Le manque d’azote a longtemps été un facteur limitant des rendements agricoles. Empiriquement, dès les débuts de l’agriculture, les agriculteurs ont introduit dans leurs rotations des légumineuses pour palier ce manque. Du soja en Chine, des pois chiches en Inde, des pois et des lentilles au Moyen Orient et en Europe, des arachides en Afrique, des haricots en Amérique. Ces plantes peuvent pousser dans un sol pauvre en azote. Elles ont trouvé la clé pour le capturer dans l’air : une symbiose avec des bactéries.

      Cette symbiose a lieu dans le sol. Sur les racines des légumineuses sont accrochées des nodosités, de petites boules rondes mesurant de 1 à 5 millimètres. Chacune de ces petites sphères abrite des centaines de milliers de bactéries qui transforment l’azote de l’air sous une forme assimilable par la plante. En échange, grâce au produit de sa photosynthèse, la plante nourrit les bactéries. Ces légumineuses, également appelées protéagineuses, sont riches en protéines ce qui les rend intéressantes pour l’alimentation humaine comme pour l’alimentation animale.

      En Europe, malgré leur culture pendant des siècles, des jachères ont été nécessaires pour palier le manque d’azote dans les sols. A partir du 15ième siècle en Flandre, de nouveaux assolements ont été découverts : des prairies temporaires avec des légumineuses comme la luzerne et des cultures de légumineuses ont remplacé les jachères. Cela a permis d’élever plus de bétail et par conséquent de fournir plus de fumier, riche en azote, pour fertiliser les champs. Les rendements ont doublé sans main d’œuvre supplémentaire ni nouveau matériel. Ce système de rotation s’est généralisé en Europe au 19ième sièclei.

      Au 20ième siècle, la synthèse chimique de l’azote a permis à l’agriculture de s’affranchir des légumineuses et du fumier. Grâce à l’utilisation de gaz naturel ou de charbon qui fournissent l’énergie nécessaire pour transformer l’azote de l’air en ammoniac assimilable par les plantes. Ce que les légumineuses font avec l’énergie solaire captée par les plantes, la chimie de synthèse le fait en utilisant les énergies fossiles … elles mêmes issues de l’énergie solaire captée par les plantes il y a des millions d’années.

      Cette énergie fossile bon marché est la clé pour disposer en abondance d’engrais azotés. Accompagnée par une mécanisation de l’agriculture, elle aussi tributaire des énergies fossiles, elle a permis d’augmenter les rendements agricoles tout en diminuant le nombre d’agriculeturs. Comme toute technique, l’utilisation de l’azote chimique de synthèse est ambivalente. Pour supporter cette abondance d’engrais il a fallu développer des semences capables de pousser avec ce surplus d’azote qui les rendent plus fragiles ; ce qui a nécessité l’emploi de pesticides. Cette dépendance vis à vis des énergies fossiles s’est accompagnée d’une perte de la souveraineté alimentaire des régions avec leur spécialisation dans la culture ou dans l’élevage.

      L’influence de l’azote de synthèse va au-delà. Au niveau local, le surplus épandu qui n’est pas absorbé par les cultures pollue l’eau. Dans les régions spécialisées dans l’élevage, le lisier trop abondant pour être utilisé comme engrais dans les cultures finit dans les rivières et les eaux côtières où il nourrit les algues vertes.

      Qui dit énergies fossiles dit également gaz à effet de serre. Outre le CO2 émit pour synthétiser l’azote avec des énergies fossiles, l’épandage d’engrais azotés produirait « du protoxyde d’azote, une substance au pouvoir réchauffant 265 fois supérieur au CO2, qui reste dans l’atmosphère plus longtemps qu’une vie humaine »ii

      Devant ces constats, l’agriculture évolue pour diminuer les impacts de l’utilisation de l’azote de synthèse. L’agriculture biologique est pionnière sur ce point : son cahier des charges interdit l’utilisation d’engrais de synthèse et elle prône l’utilisation de légumineuses et l’association de l’élevage et des cultures sur une même ferme.
      Des efforts sont également entrepris en agriculture conventionnelle. Les doses d’engrais sont réduites, les épandages fractionnés. L’agriculture de conservation va plus loin avec l’intégration de légumineuses en association avec les cultures et dans les rotations pour réduire plus significativement l’usage d’engrais de synthèse.

      Le recours aux légumineuses et l’association des cultures et de l’élevage sont les clés pour réduire l’utilisation des engrais chimiques de synthèse. Selon l’agronome Marc Dufumier, cela permettrait même de s’en passer complètementiii. Sans développer de nouvelles techniques dont l’ambivalence entraînera nécessairement des effets secondaires défavorables.Au delà de ce débat, il est intéressant de prendre conscience de la dépendance de notre agriculture aux énergies fossiles et de son impact sur le climat. L’utilisation des légumineuses pour capturer l’azote de l’air est une occasion de remplacer, au moins en partie, les énergies fossiles par l’énergie renouvelable du soleil.

      i Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde : Du néolithique à la crise contemporaine, Seuil, 705 pages, 2002
      ii https://beta.reporterre.net/L-utilisation-d-engrais-azotes-s-accelere-et-menace-l-Accord-de-Paris
      iii https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-09-mars-2021

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    • Le fonctionnement du système technicien : comment la technique façonne notre monde

      Publié à 14 h 38 min par Antoine Bocheux, le août 14, 2020

      Après avoir défini ce qu’est la technique selon Jacques Ellul, nous allons maintenant expliquer comment sa prédominance se manifeste. Pour cela, il ne faut pas étudier les techniques isolément mais comme un tout que Jacques Ellul appelle le système technicien. Il est régi par 5 caractéristiques : l’unicité, l’universalité, l’auto accroissement, l’automatisme et l’autonomie. Nous les présentons ici à travers des exemples, qui permettent d’expliquer les causes des bouleversements qu’a connu l’agriculture depuis le début du 20° siècle.

      L’unicité

      Avec l’unicité, il insiste sur leur caractère indissociable des différentes techniques et sur leur ambivalence. Elles évoluent ensemble. Par exemple, les variétés de semences ont évolué en fonction des contraintes imposées par l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides, mais aussi par celles engendrées par de nouveaux modes de transformation des aliments et de nouveaux circuits de distribution plus longs. L’homogénéité, l’aspect et la capacité des aliments à subir de longs transports répondent à ces contraintes.

      L’unicité des techniques recouvre également leur ambivalence. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise techniques. Chacune a ses avantages et ses inconvénients. Même si, pour certaines d’entre elles, leurs avantages semblent être plus importants que leurs inconvénients, il ne faut pas oublier qu’elles sont insérées dans un système et que leur développement a nécessité, ou peut engendrer, celui d’autres techniques dont le bilan est moins reluisant. Par exemple, à leur début, les objectifs des recherches sur la radioactivité portaient sur des applications médicales avant qu’elles n’aboutissent à la création de la bombe atomique alors que la fabrication de poudre pendant la première guerre mondiale a débouché sur celle d’engrais chimiques pour l’agriculture.

      L’auto-accroissement

      Ces liens étroits entre les techniques sont à l’origine de leur auto accroissement. Chaque technique permet la création de nouvelles techniques. Il est ici question de l’innovation et de la recherche et développement. Pour Jacques Ellul, cela correspond à une logique d’auto accroissement car chaque innovation en entraîne plusieurs autres. Cela dépasse les chercheurs qui ne pensent pas le tout mais cherchent méthodiquement dans leur spécialité. La coordination se fait automatiquement, chaque technique obligeant la mise au point de nouvelles techniques. Par exemple, l’utilisation de pesticides pollue l’eau ce qui oblige à créer des techniques pour dépolluer l’eau, de nouveaux pulvérisateurs pour limiter leur dispersion hors des cultures traitées et à rechercher de nouvelles molécules, en espérant qu’elles seront moins polluantes.

      L’universalité

      L’universalité des techniques devient de plus en plus visible au fur à et à mesure que le système technicien se développe. Pour être compétitif un pays ou une entreprise doit utiliser la technique la plus efficace au niveau mondial. On assiste à une universalisation des techniques au niveau mondial et les particularismes locaux sont petits à petits mis à la marge. En agriculture, on constate une uniformisation des modes de cultures. Un nombre restreint d’OGM sont utilisés partout dans le monde avec les même engrais et les mêmes pesticides sous des climats très différents, alors que les semences et les systèmes de culture locaux perdent du terrain. Cette évolution s’accompagne d’une forte concentration des entreprises en amont et en aval de l’agriculture. Concentration des semenciers qui souvent fabriquent également les pesticides et herbicides, concentration des négociants et des coopératives, de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution.

      L’automatisme

      L’automatisme est une caractéristique essentielle du système technicien. Les individus comme les organisations ou les états sont obligés de s’adapter à l’évolution constante des techniques et de toujours utiliser les techniques les plus efficaces dans leur domaine. Qu’ils le fassent avec enthousiasme en pensant qu’elles rendront le monde meilleur ou qu’elles vont les enrichir ou sous la contrainte pour tout simplement survivre, le résultat est le même : les techniques les plus efficaces s’imposent automatiquement. S’ils ne les utilisent pas, les individus sont mis à l’écart et les organisations disparaissent. Les agriculteurs ont été particulièrement touchés par l’automatisme du choix des techniques. La majorité d’entre eux n’ont pas voulu ou pas pu s’adapter à l’évolution des techniques et ont du cesser leur activité. Ceux qui on pu les adopter l’on parfois fait sous la contrainte. Passer de l’élevage à la production animale et perdre le contact avec ses animaux est douloureux pour un éleveur. Avec ce passage, c’est toute le plaisir d’une relation harmonieuse avec les animaux qui disparaît. Les États ont également poussé les agriculteurs à adopter les nouvelles techniques afin qu’ils réduisent leurs coûts de production pour être le plus compétitif possible face aux autre pays sur les marchés internationaux. Rare sont ceux qui comme la Suisse ou le Japon ont protégé leurs agriculteurs de la concurrence étrangère pour assurer leur souveraineté alimentaire.

      L’autonomie

      On ne peut que constater que leur marge de manœuvre est limitée par rapport au système technicien. Jacques Ellul insiste sur l’autonomie de ce dernier. Pour lui, la technique enlève sa liberté de choix à l’homme même si ces perfectionnements lui donnent l’impression de pouvoir choisir. Ce sont bien les hommes qui mettent au point les nouvelles techniques, mais chacun ne comprend que ce qui se passe dans son domaine. Il ne décide pas des grandes orientations. Elles sont prises par chaque technicien dans sa spécialité mais aucun n’a une vision globale du système. La technique prend toujours le dessus sur la politique et l’économie.

      La technique a ainsi une emprise considérable sur nos choix individuels et collectifs. Il faut en tenir compte, ne pas se voiler la face.

      Laisser plus de place à la nature dans les champs va à l’encontre du fonctionnement du système technicien. Cela implique de ne pas utiliser toutes les nouvelles techniques qu’ils engendrent en toute autonomie et qu’il nous impose. Au contraire cela nécessite de mieux observer et comprendre la nature et de mettre au points des techniques locales pour perturber le moins possible son fonctionnement. Cela va à rebours de son universalisme qui tend à imposer une standardisation des modes de culture partout dans le monde.

      Devant les contraintes qu’il nous impose, il ne reste qu’une petite étincelle de liberté que l’observation de la nature et la recherche de relations symbiotiques avec elle peut nous aider à faire grandir.

      Pour aller plus loin

      Jacques Ellul, La technique ou L’enjeu du siècle, Economica, 423 pages, 2008 (première édition en 1954)

      Jacques Ellul, Le système technicien, Cherche Midi, 344 pages, 2012 (première édition en 1977)

      Jacques Ellul, Le bluff technologique, Fayard/Pluriel, 768 pages, 2012 ( première édition en 1988)

      Posté dans Agriculture, La Technique | 5 Commentaires
    • La technique selon Jacques Ellul : à la recherche du facteur déterminant pour appréhender la réalité

      Publié à 15 h 28 min par Antoine Bocheux, le juillet 18, 2020

      Il est important d’analyser les blocages et les contradictions qui nous empêchent de mettre en place une agriculture plus proche de la nature alors que nous sommes nombreux à y aspirer. Les spécialistes qui se penchent sur la question nous proposent de nombreuses pistes intéressantes dans cette quête d’explications. Mais leur accumulation finit par devenir confuse. Pour les replacer dans un contexte plus large il est utile de les compléter par une analyse qui vise à rechercher quel est le facteur déterminant qui explique le fonctionnement de notre société dans sa globalité.

      C’est à cette tache ambitieuse et salutaire que s’est employé Jacques Ellul (1912 – 1994). Professeur à la faculté de droit et à l’institut d’études politiques de Bordeaux il a écrit plus de 40 ouvrages dont une trilogie consacrée à la technique : la technique ou l’enjeu du siècle (1954), le système technicien (1977) et le bluff technologique (1988).

      Pour aider ses contemporains à mieux comprendre les grands rouages de la société dans laquelle ils vivent, il a cherché à déterminer quel est le facteur qui explique son évolution. Selon lui, pour être considéré comme déterminant, ce facteur doit répondre à plusieurs critères. Tout d’abord, il doit avoir une part majeure dans l’explication de nombreux phénomènes importants. Il doit permettre de faire un lien entre ces phénomènes. Enfin il doit permettre d’expliquer la contradiction dans les résultats de l’analyse d’un phénomène. Pour lui le facteur déterminant est la technique. Bien qu’il ait présenté « la technique » dès 1954 dans le livre « La technique ou l’enjeu du siècle » l’utilisation de ce facteur déterminant reste pertinent en ce début de 21ième siècle. Jean-Luc Porquet s’est employé à cet exercice où il aborde des sujets d’actualité comme le principe de précaution ou les OGM à travers la pensée de Jacques Ellul.

      Qu’est-ce que « la technique »

      Le plus délicat pour aborder la pensée de Jacques Ellul est de comprendre ce qu’il entend par technique. Pour lui, une technique est une méthode « une méthode pour atteindre un résultat ». Cette définition est très large. Elle ne se limite pas à la conception à la fabrication d’objets comme une voiture, une maison ou un ordinateur. Elle recouvre également des techniques d’organisation comme celles utilisées pour organiser le travail, améliorer l’efficacité personnelle des cadres ou organiser l’entraînement des sportifs.

      L’homme a toujours utilisé des techniques, mais jusqu’à la fin du 18° siècle, elles ne jouaient pas un rôle prépondérant dans sa vie. Elles n’avaient pas le rôle prégnant qu’elles ont aujourd’hui. Elles avaient pour caractéristiques de ne pas être présentes dans tous les aspects de sa vie (ex : avant le confort était spirituel et pas matériel), d’évoluer lentement et d’être locales.

      A partir du 19e siècle, la situation évolue. Petit à petit à petit émerge, d’abord en Europe de l’ouest puis aux États-Unis, ce que Jacques Ellul appelle « le phénomène technique » ou plus simplement « la technique » qu’il définit comme « l’utilisation du moyen le plus efficace dans tous les domaines ». Autrement dit, dans tous les aspects de sa vie l’homme moderne est amené a utiliser une technique qui doit être la plus efficace à sa disposition.

       Une fois cette définition posée il est important de préciser selon quels critères est défini le moyen le plus efficace ?. L’efficacité pourrait être quelque chose de subjectif auquel cas il serait difficile de déterminer quelle est le moyen le plus efficace pour atteindre un objectif. Cependant, dans le cadre du phénomène technique il existe des règles, qui permettent de déterminer quel est ce moyen le plus efficace, autrement dit la technique la plus efficace. Tout d’abord, la technique est rationnelle. Tout doit être pensé à l’avance, fait en fonction de normes et de procédés et logique. Des données chiffrées doivent êtres utilisées pour déterminer quelles sont les techniques les plus efficaces. Ce qui ne peut pas être chiffré, comme les conséquences de la destruction de la nature, n’est pas pris en compte au moment d’évaluer l’efficacité d’une technique.

      Enfin la technique a une seule finalité : son propre développement. Elle n’a pas d’objectifs à long terme. Elle cherche simplement à se développer en suivant un modèle auquel Jacques Ellul attribue cinq caractéristiques l’auto-accroissement, l’unicité, l’universalité, l’automatisme et l’autonomie que nous présenterons dans un prochain billet.

      Posté dans Agriculture, Histoire, La Technique | 1 commentaire
    • Comment tendre vers des agricultures en symbiose avec la nature ?

      Publié à 14 h 13 min par Antoine Bocheux, le mars 1, 2020

      L’objectif de l’agriculture est de cultiver les plantes et d’élever les animaux dont nous avons besoin pour nous nourrir. Cela nécessite d’intervenir pour créer un milieu qui leur est favorable. En contrôlant la concurrence des adventices, ces plantes qui poussent aux milieux des cultures alors qu’elle ne sont pas désirées, mais aussi les champignons et les insectes qui peuvent compromettre la récolte. En faisant le nécessaire pour que les sols soient suffisamment riches et meubles pour assurer la croissance des plantes cultivées. Il est possible d’arriver à ce résultat en créant un milieu artificiel où la nature a une place réduite. Il est également possible de pratiquer une agriculture qui laisse une place à la nature et d’en faire bénéficier les plantes que nous cultivons.

      Prenons un peu de recul et observons les plantes dans une forêt où les interventions de l’homme sont limitées. Elles sont vigoureuses, foisonnantes. Pourtant, elles ne bénéficient d’aucun soin pour accélérer leur croissance. En partant de cette simple observation, on peut constater qu’elles poussent parfaitement sans notre aide. Les terres agricoles laissées à l’abandon sont rapidement recouvertes de végétation et se transforment en forêts en quelques décennies si nous n’intervenons pas.

      Dans notre forêt, le sol n’est pas labouré et aucun apport d’engrais n’est amené aux plantes. Elles trouvent dans le sol ce dont elles ont besoin pour pousser. Elles profitent du travail des vers de terre, bactéries et champignons qui travaillent naturellement dans le sol pour transformer la matière organique (feuille morte, bois mort…) et la mélanger à la roche mère pour former l’humus, cette fine couche de terre à la surface du sol riche en nutriments. Ils contribuent également à rendre le sol meuble et à l’aérer en creusant de petites galeries. Cela améliore sa capacité à stocker l’eau de pluie et à la restituer. Ce qui explique qu’après un orage, quand l’eau ruisselle dans les champs, elle est absorbée par le sol de la forêt.

      Comme le sol n’y est jamais retourné et qu’il est toujours recouvert par des plantes vivantes et de la matière organique, tous les éléments sont réunis pour favoriser la formation d’humus.

      Apprendre à laisser une place à la nature dans les champs

      Les résultats de cette observation étant posés, on ne peut que constater qu’il faut intervenir un minimum dans un champ. Il n’est pas question de faire pousser des céréales ou des légumes dans une forêt. Cela n’empêche pas de laisser faire la nature à certains endroits .

      Autour des parcelles, en laissant des plantes pousser spontanément pour que la flore et la faune qui ne trouvent pas leur place dans les cultures trouvent un refuge.

      Sous nos pieds, en respectant la vie du sol pour que les cultures profitent de ses bienfaits comme les arbres de notre forêt. Pour en arriver là, il faut qu’une plante recouvre le sol le plus souvent possible pour le protéger de l’érosion. Laisser des résidus de culture à sa surface ou cultiver des engrais verts pour nourrir les animaux et les bactéries qui y vivent. Limiter au maximum les labours et, quand c’est possible, les abandonner. En retour les habitants du sol ameublissent le sol et fournissent aux cultures les nutriments dont elles ont besoins sans aucune intervention humaine. Dans ces conditions, il est possible de tendre vers une symbiose entre les plantes cultivées et la vie du sol.

      Pour ne pas perdre les bénéfices de ces efforts, il est nécessaire de limiter au maximum l’emploi des pesticides dont la présence peut facilement rompre le fragile équilibre de la vie des sols mais aussi éliminer des insectes dont la présence est indispensable à l’équilibre de la parcelle

      Associer les cultures dans l’espace et dans le temps

      Pour tendre vers cette symbiose, il est également nécessaire d’associer plusieurs cultures, chacune d’entre elles apportant des nutriments différents aux sols. Par exemple les légumineuses sont riches en azote, dont les céréales ont besoins. On retrouve cette diversité dans notre forêt, où, comme l’intervention de l’homme est réduite, on rencontre plusieurs essences d’arbres et plusieurs espèces d’arbustes et de plantes de sous bois. Elle est favorable à la vie du sol. Elle est également bénéfique aux plantes elles-mêmes car elle les aide à se protéger contre les ravageurs. Elle permet de nourrir une faune variée qui s’auto-régule, chaque espèce limitant les effectifs des autres. Ici aucun pesticide, fongicide ou insecticide ne sont utilisés pour protéger les plantes, ce qui ne les empêche pas d’être vigoureuses. Les ravageurs sont bien présents, mais ils subissent un impact suffisamment fort de la part des prédateurs pour que les dégâts qu’ils occasionnent soient limités. L’exemple le plus connu de ce type de régulation naturelle est celui des coccinelles qui contrôlent la population de pucerons. S’il arrive qu’un ravageur ait un fort impact sur une espèce de plante, son expansion sera limitée par la résistance des autres plantes à ses attaques. Il ne pourra pas se développer car il ne trouvera pas en quantité suffisante pour se nourrir la plante qu’il parasite.

      En agriculture il est nécessaire de maintenir cette diversité pour diminuer la pression des parasites sur les plantes cultivées. Cultiver des plantes différentes d’une année sur l’autre permet d’y contribuer. Il est également bénéfique de semer en même temps plusieurs plantes différentes. Enfin, il est possible de l’augmenter en laissant une place aux arbres au milieu des cultures. Les espaces laissés à la nature autour de la parcelle lui sont aussi favorable en abritant une grande variété de plantes et d’insectes. En respectant une partie ou la totalité de ces associations, il est envisageable de réduire ou de supprimer l’usage de pesticides. Là encore, il est possible de tendre vers une symbiose entre l’agriculture et la nature.

      Intervenir moins pour laisser une place à la nature, associer les plantes dans le temps et dans le l’espace. Ces grandes lignes se déclinent sous une grande variété de pratiques agronomiques qui s’adaptent aux différents contextes, climatique,géologique, géographique et économique, rencontrés par les agriculteurs qui les mettent en pratique.

      Pour aller plus loin :

      Claude et Lydia Bourguignon, Le sol, la terre et les champs, Sang de la terre , 224 pages, 2008

      Posté dans Agriculture, Nature | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Nature
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