Après avoir écrit sur les cellules dans mon précédent billet, le printemps m’a donné envie de revenir à la réalité en partageant quelques photographies prises ces dernières semaines au fil de mes promenades. Réalité visible pour être précis, les cellules étant bien réelles mais complètement invisibles sans un microscope. Il y aurait matière à disserter longuement sur ce qu’est la réalité. A brûle-pourpoint on peut proposer comme définition que ce qui est réel est ce que l’on voit. Donc, les photographies constituent une solution parfaite pour montrer le réel. Me voilà donc parti avec l’espoir de partager avec vous des fragments de la réalité glanés au fil de mes ballades.
En réfléchissant, les choses ne sont pas si simples. Il m’est revenu en mémoire, l’interview sur France Culture d’une historienne de l’art, Dominique de Font-Réaulx i. Je me souvenais vaguement qu’elle expliquait qu’une photographie n’est pas la réalité. C’était en janvier, je l’ai ré-écouté pour noter ses arguments. Elle explique que croire que la photographie se superpose à la réalité et montre le monde tel qu’il est une utopie très partagée. Me voilà rassuré, je n’était pas seul à y croire !
Pourquoi la photographie n’est-elle pas la réalité, mais une représentation du monde ? Tout simplement parce que le photographe doit choisir ce qu’il montre et ce qu’il ne montre pas. Son regard est orienté. Il choisit un sujet. Il choisit comment cadrer ce sujet. Il choisit une lumière. Il choisit une perspective. Prendre une photo est une suite de choix. Tout cela pour saisir une image qui appartient déjà au passé au moment où on la regarde. Finalement, une photographie n’est pas la réalité mais une composition avec la réalité.
Ces choix, cette composition avec la réalité font partie du plaisir de photographier. Des choix, conscients ou inconscients, il y en a beaucoup dans mes photos. Le choix de montrer la végétation plutôt que les êtres humains, les maisons, le macadam ou les cannettes de bière dans les fossés.
Le choix de montrer des fleurs, parfois discrètes, souvent petites, si petites que les photos donnent à voir des détails qui ne sont pas visibles à l’œil nu. La macro-photographie opère comme une loupe en faisant découvrir ce qui est difficilement visible à l’œil nu. Ces fleurs sont réelles, je les ai vues de mes propres yeux, mais pas exactement de la même manière que sur mes photographies. Elles sont également éphémères, la photographie en conserve une trace. Elle permet également de figer le moment où les bourgeons s’ouvrent, un symbole du printemps, quand les arbres reprennent vie avec des cellules toutes neuves.
Passons aux travaux pratiques. D’abord avec des primevères officinale (Primula veris). La premières photo a pour objectif d’être au plus proche de ce que j’ai vu au moment où je les aient découvertes.

Sur la seconde photo, je me suis rapproché et accroupi. J’ai cherché à composer l’image pour les mettre en valeur tout en faisant ressortir leur environnement à la lisère d’un bois.

La troisième photo, un gros plan, le plus proche possible avec mon appareil, de la fleur. Le résultat est très différent, dans les couleurs, les formes et les textures. Il faudrait une loupe pour atteindre ce niveau de détail.

Une seconde série d’images avec les premières feuilles d’un charme en lisière d’un bois. On les distingue à peine sur la première photo qui a pour objectif de montrer ce que j’ai vu quand je le aient repérées.

Elles sont déjà plus visibles sur la deuxième photo où un travail sur la profondeur de champ permet de rendre les feuilles nettes et le sous bois flou.

Elles sont nettement visibles sur la macro-photographie. On peut y observer le vert tendre des feuilles, leur pilosité et les écailles du bourgeon qui sont encore là.

ihttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-l-idee/pourquoi-l-ia-ne-surpassera-jamais-la-photo-5743740