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    • Les vies heureuses du botaniste 

      Publié à 14 h 07 min par Antoine Bocheux, le octobre 29, 2023

      En cet automne 2023, quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, se lancer dans la lecture d’une biographie dont le titre promet de s’attarder sur « les vies heureuses du botaniste » est une expérience alléchante. Cette biographie, c’est celle du botaniste Francis Halléi. Né en 1938, il a accordé une vingtaine d’entretiens à Laure Dominique Agniel entre décembre 2020 et juin 2022. Une somme qui lui permet de nous faire découvrir les grands jalons du parcours d’un botaniste qui a beaucoup parlé des plantes tout en restant discret sur sa vie. L’auteur de l’éloge de la planteii et du plaidoyer pour l’arbreiii a bien eu plusieurs vies.

      La liste des activités de Francis Hallé est longue : enseignant, chercheur, explorateur de la biodiversité des forêts tropicales au sol mais aussi à la cime des arbres, passeur de connaissances et d’émotions auprès du grand public et, plus récemment, initiateur et promoteur d’un projet de forêt primaire en Europe. Elles tournent autour d’un dénominateur commun, sa passion pour les plantes. Dès qu’il en a eu l’occasion, il a voyagé à travers le monde pour les observer, particulièrement dans les pays tropicaux où se trouve la plus grande biodiversité. Leur climat chaud et humide permet aux plantes de s’y développer sans être contraintes par le froid et la sécheresse. Elles atteignent un niveau de diversité bien supérieur à celui rencontré sous les hautes latitudes où les espèces adaptées aux contraintes climatiques peuvent proliférer avec une faible concurrence. Sous les tropiques c’est l’inverse, on rencontre rarement deux arbres identiques côte à côte. Afrique, Amérique du sud, Asie, trois forêts tropicales qui ont en commun leur exubérance et qui pourtant abritent une faune et une flore complètement différentes.

      Francis Hallé aime voyager dans ces forêts encore mal connues. La chaleur, l’humidité ou les piqûres d’insectes n’entament pas son enthousiasme. Passer des heures à observer les plantes, les dessiner afin de mieux les connaître, voilà son bonheur. Il reste toujours émerveillé par leur beauté et leurs facultés d’adaptation. Il privilégie l’étude des plantes sur le terrain à une époque où la recherche en laboratoire est reine. Il se refuse à dissocier la science de la beauté. Pourquoi le chercheur ne pourrait-il pas partager les émotions qu’il éprouve devant la beauté de l’objet de ses recherches?

      Cette posture a beaucoup à voir avec un des sujets de recherche qui a fait sa notoriété dans le monde scientifique : l’étude de l’architecture des plantes. Sujet qu’il aurait été difficile d’étudier depuis un laboratoire. Les années passées en forêt à dessiner des plantes lui ont donné une perspective qu’un scientifique hors sol n’aurait pas pu avoir. C’est aussi sa connaissance des forêts tropicales qui l’a amené à se lancer dans l’aventure du radeau des cimes. L’idée est simple, étudier la cime des arbres des forêts tropicales primaires, la canopée, là où se trouve la lumière, et une faune et une flore beaucoup plus nombreuses et variées que celles vivant dans les sombres sous bois. Un monde situé 50 mètres au dessus du sol moins bien connu que la surface de la lune ! Il a fallu beaucoup de persévérance pour concevoir et donner vie au radeau des cimesiv, cette structure semi rigide posée sur la canopée qui a permis de passer des semaines à « naviguer » sur les cimes des arbres pour étudier leur diversité.

      Son bonheur à étudier les plantes, Francis Hallé aime le partager. Avec sa femme Odile et ses enfants qui l’ont accompagné quand il a enseigné en Côte d’Ivoire, au Congo et en Indonésie. Avec d’autres botanistes, collègues ou étudiants. Avec les chercheurs de tous horizons à qui il a permis de découvrir la canopée sur le radeau des cimes. Et avec le grand public auprès duquel il partage inlassablement son amour des plantes à travers ses livres et des conférences. Depuis qu’il s’est lancé, dans ce rôle de passeur l’intérêt du grand public pour la botanique n’a cessé de croître. La destruction des dernières forets tropicales primaires aussi. Détruites alors que l’on ne connaît même pas leur biodiversité. Alors Francis Hallé est aussi un homme indigné qui milite pour alerter sur leur destruction qui est arrivée à un point où il lui est impossible de se taire. Il se mobilise également en France contre des projets d’abatage de vieux arbres comme celui de tilleuls à Sète.

      Lui qui n’a pas de jardin s’émerveille devant les plantes partout où il voyage. Il s’intéresse autant au chêne qui fait face à son bureau à Montpellier qu’aux arbres des forêts tropicales. Voyageur ou sédentaire, chacun ayant l’occasion d’observer des plantes dans sa vie peut-être sensible à son invitation à porter plus d’attention aux végétaux qui nous entourent. Sa réflexion sur les plantes est dans l’air du temps. Elles deviennent un repère dans une époque qui y en manque. P 38-39 Laure Dominique Agnielle cite « j’ai vu grandir l’intérêt pour la botanique dans le monde entier. Je crois que la dégradation écologique nous amène à nous raccrocher aux plantes qui sont solides et rassurantes. Elles existent depuis des millions d’années et elles existeront après nous ; de plus elles améliorent leur environnement alors que nous dégradons le notre ».

      iLaure-Dominique AGNIEL, Francis Hallé. Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 208 pages, Mai 2023
      iiFrancis Hallé, Eloge de la plante : Pour une nouvelle biologie, Point, 346 pages, 2014 (première édition en 1999)
      iiiFrancis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 215 pages, 2006
      ivAvec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt

      Posté dans Forêt, Nature | 2 Commentaires | Tagué Arbres, botanique, Nature
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