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    Publié à 17 h 59 min par Antoine Bocheux, le octobre 31, 2021

    Les feuilles mortes? C’est le titre d’une chanson de Jacques Prévert et Joseph Kosma, un des standards de jazz les plus joués. C’est aussi la manifestation la plus picturale de l’automne. Difficile de passer à côté de ce festival de couleurs quand le vert des feuilles se mue en quelques jours en un patchwork de jaunes, d’orange et de bruns. L’océan vert des forêts devient doré, brillant de mille éclats sous le soleil de l’été indien. Avant de laisser place à un épais tapis de feuilles mortes dont les craquements moelleux amortissent avec délicatesse les pas du promeneur. Pris dans ses pensées il lui arrive de se demander pourquoi les feuilles changent de couleur et tombent ?

    Les premiers indices pour répondre à cette énigme sont faciles à trouver. En automne, les jours sont plus courts, les températures plus fraîches. Moins de lumière, moins de chaleur, autant de conditions défavorables à la photosynthèse, cette opération consistant à fabriquer des sucres avec de l’air et de l’eau qui est la raison d’être des feuilles. C’est aussi le signe que l’hiver et les températures négatives approchent, il est temps que les feuilles tombent avant qu’elles ne gèlent. Question de logique.

    Plus étonnant est le changement de couleur des feuilles avant leurs chutes. Pourquoi jaunissent-elles, alors qu’en toute logique, elles devraient tomber en conservant leur couleur verte ? La réponse à cette question est démontage. Démontage des chloroplastes, la partie des cellules des feuilles qui abrite la photosynthèse. Ces chloroplastes sont recouverts d’un pigment vert, la chlorophylle, qui donne leur couleur verte aux feuilles. Avant la chute des feuilles, ils sont « découpés » en petits morceaux, pour être stockés sous forme de fines molécules dans le tronc et les racines de l’arbre. Elles y resteront pendant l’hiver et seront utilisées au printemps quand les bourgeons, déjà présent à l’automne, vont débourrer et devenir à leur tour tiges, feuilles et fleurs. Grâce à cette opération de démontage des chloroplastes, 60 % de l’azote et du phosphore contenus dans une feuille sont stockés par l’arbre avant la chute des feuilles.

    La disparition des chloroplastes dévoile à notre regard les nuances de jaunes et d’orange des pigments accessoires des feuilles, les caroténoïdes, jusque là cachés à notre regard par le vert de la chlorophylle. En étant attentif, il est possible d’observer ce passage du vert au jaune sur une même feuille. Les chloroplastes sont d’abord « démontés » à la périphérie des feuilles pendant que la partie centrale, près des nervures, conserve sa couleur verte. Cet état transitoire et éphémère permet de visualiser cette étape prémice à la chute des feuilles.

    Il y a besoin d’être moins attentif pour observer la suite. Les feuilles jaunies et orangées ne sont plus alimentées en sève brute, une cicatrice se forme pour préparer leurs chutes ; proprement sans laisser une porte d’entrée aux bactéries pathogènes. Elles finissent par tomber au premier souffle de vent, à ce stade il suffit d’exercer une infime pression sur leurs tiges pour les arracher. Puis elles recouvrent le sol d’un épais tapis. Il servira de garde-manger et de gîtes aux habitants du sol. Ils le digéreront et restitueront aux racines des arbres des nutriments assimilables. La boucle sera bouclée.

    Finalement les feuilles mortes c’est le changement dans la continuité, une étape d’un cycle. Un bouleversement dans le paysage qui se transforme de jour en jour pour devenir méconnaissable. Et pourtant ce chamboulement est rassurant. On sait qu’après les feuilles jaunies de l’automne arrivent les silhouettes dénudées des arbres en hiver. Et qu’au printemps les feuilles verts tendres seront de retour.

    Pour aller plus loin

    En automne se débarrasser du superflu p 336 dans – Catherine Lenne, Dans la peau d’un arbre, Belin, 496 pages, 2021

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    Auteur : Antoine Bocheux

    Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Arbres, Nature, Photos |

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