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    • L’intelligence artificielle, la technique et nous. Vous avez dit autonome ?

      Publié à 15 h 10 min par Antoine Bocheux, le avril 27, 2025

      L’intelligence artificielle modifie nos vies, c’est entendu. Mais il reste l’espoir qu’en la comprenant nous la contrôlions. Comprendre? Le sujet est quand même complexe! Pas simple de vraiment expliquer comment des programmes informatiques arrivent à effectuer des tâches que l’on croyait, il y a encore quelques années, réservées à l’intelligence humaine. Bien sûr on sait que tout cela n’a rien du surnaturel, ni d’immatériel, contrairement aux apparences. Derrière les intelligences artificielles génératives il y a des montagnes de données récoltées sur le web ; des datas center qui traitent ces données en consommant beaucoup d’électricité en émettant beaucoup de chaleur ; des informaticiens grassement payés dans la Silicon Valley et des millions de travailleurs du clic très mal payési … tout cela est bien complexe, il faudrait être à la fois mathématicien, informaticien, économiste, sociologue et j’en passe pour en expliquer les rouages. Il existe peut-être des spécialistes qui maîtrisent tous ces rouages. Ils ne doivent pas être nombreux.

      Cette complexité interpelle. On peut se dire que l’on est pas doué. Ou penser que Jacques Ellul avait bien raison quand il expliquait il y a maintenant 70 ans que la technique dans son ensemble est automne car si des spécialistes peuvent comprendre ses tenants et ses aboutissant dans leurs spécialités, il est devenu impossible pour une seule personne d’en comprendre l’ensemble. Un ensemble qu’il faudrait connaître pour espérer être autonome car toutes les techniques sont liées les unes aux autres. Elles se nourrissent les unes les autres pour former, sans cesse, de nouvelles techniques dans un auto-accroissement perpétuel. Les intelligences artificielles génératives, par exemple, fonctionnent avec des réseaux de neurones mis au point pour reconnaître des animaux sur des images, sont entraînées à partir de textes et d’images glanés sur le web qui a été créé à l’origine pour échanger des informations scientifiques. Et elles profitent de la puissance de calcul des cartes graphiques Nvidia conçues pour les jeux vidéos. Toutes les techniques sont liées et s’intriquent les unes aux autres, de façon parfois imprévisible.

      Et elles sont universelles, les plus efficaces s’imposent dans le monde entier laissant peu de place aux alternatives. Les États-Unis et la Chine le savent et se livrent une bataille pour imposer leurs intelligences artificielles génératives. Ce qui de facto les poussent à avancer le plus vite possible en se préoccupant un minimum des conséquences de cette course en avant. Dans cette quête de puissance, pas question de ralentir !. Ce qui n’empêche pas parfois d’exprimer quelques inquiétudes comme l’a fait Dario Amodei le PDG d’Anthropic la société derrière l’IA générative Claudeii.

      Finalement la technique selon Jacques Ellul c’est quoi ? J’en avais déjà parlé ici iii et là iv. En une phrase c’est « l’utilisation du moyen le plus efficace dans tous les domaines ». Efficace, voilà un mot qui revient souvent à notre époque. Il faut être efficace dans le monde de l’entreprise, mais aussi dans celui du sport et même dans la manière de « gérer » sa vie comme en témoigne le succès du développement personnel. Finalement nos vies professionnelles et privées sont largement imprégnées par cette quête de l’efficacité. Dans le monde professionnel, il devient de plus en plus difficile de ne pas tester les IA génératives pour chercher à évaluer en quoi elles peuvent nous rendre plus efficace. Dans mon métier de chargé de veille il est difficilement concevable de ne pas utiliser ces nouveaux outils qui permettent, par exemple, de traduire, de résumer et maintenant de rechercher de l’information sur le web. La question qui se pose est comment bien les utiliser, ne pas les utiliser est inconcevable. Il est nécessaire d’adopter les techniques les plus efficaces pour ne pas être mis à la marge, c’est ce que Jacques Ellul appelle l’automatisme du choix.

      En attendant l’utilisation des intelligences artificielles génératives nous offres de nouvelles occasions de détériorer nos bilans carbones, pour s’adapter … ou pour des futilités comme la génération de figurines à son effigie sous forme de starter packsv. Un rapport de L’Agence Internationale de l’Énergie indique que les datas center, largement utilisés pour développer l’IA représentent 1,5 % de la consommation mondiale électrique en 2024, cette consommation devrait plus que doubler d’ici 2030. Difficile d’espérer atteindre la neutralité carbone dans ces conditions. La technique impose ses lois mais la physique et la biologie ont aussi les leurs qui risquent de se rappeler douloureusement à nous. Nous sommes face à une double contrainte.

      Tout cela n’est pas réjouissant, alors pourquoi en parler ? Premièrement pour vous donner envie d’entendre (par exemple en écoutant son interview dans Radioscopievi) ou de lire Jacques Ellul qui avait fait preuve de clairvoyance. Deuxièmement, parce que la connaissance ne doit pas forcément déboucher sur l’action ou sur du divertissement. Savoir c’est aussi admettre ses limites. Ce qui n’implique pas de renoncer à agir. Troisièmement, pour insister sur l’importance de garder dans nos vies des moments et des activités où la recherche de l’efficacité est laissée de côté. Pourquoi pas pour admirer les plantes et les regarder pousser ? Et beaucoup d’autres choses encore, le champ des possibles est encore plus étendu quand on ne s’impose la contrainte de synthétiquement choisir le moyen le plus efficace en toute chose.

      ihttps://www.france.tv/documentaires/documentaires-societe/6888928-les-sacrifies-de-l-ia.html#about-section

      ii https://www.anthropic.com/news/paris-ai-summit

      iiihttps://champsdemesreves.fr/2020/07/18/la-technique-selon-jacques-ellul-a-la-recherche-du-facteur-determinant-pour-apprehender-la-realite/

      ivhttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      vhttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/intelligence-artificielle-les-starter-packs-sont-ils-vraiment-un-gouffre-energetique_7161201.html

      vihttps://www.youtube.com/watch?v=we7UhN0Z3BE

      Posté dans La Technique | 2 Commentaires | Tagué Intelligence Artificielle, Technique
    • L’évolution d’Homo sapiens entre ondulation et raz-de-marée

      Publié à 17 h 04 min par Antoine Bocheux, le décembre 31, 2024

      Ces derniers jours, au milieu d’une actualité anxiogène, les médias ont relaté le trentième anniversaire de la découverte de la grotte Chauvet. Voir sur un écran les représentations d’animaux qui ornent ses parois est une petite bouffée d’oxygènei. Parce qu’elles sont belles, dessinées par des hommes et des femmes qui vivaient au contact de ces grands animaux sauvages qui n’existent plus. Parce qu’elles sont mystérieuses et ont un sens qui nous échappe. Surtout parce qu’elles sont très anciennes. Elles auraient 37 000 ans pour les plus anciennes. Plus de 20 000 ans dans tous les cas, l’entrée de la grotte ayant été comblée il y a 21 000 ans, ce qui explique son état de conservation exceptionnel. Ces dates sont frappantes. Elles suggèrent que dès leur arrivée en Europe nos ancêtres Homo sapiens maîtrisaient l’art, qu’ils avaient probablement des croyances et des mythes.

      Cela change la perception parfois péjorative que nous avons de l’âge de pierre. Avec des outils en bois, en os et en pierre, certes. Mais aussi avec suffisamment d’aisance pour libérer le temps nécessaire à des pratiques artistiques. Avec la liberté de se déplacer sans entrave dans de vastes espaces sans pollution. Un mode de vie qu’il ne faut pas idéaliser. Vivre au contact des grands animaux comme les ours des cavernes qui fréquentaient également la grotte Chauvet devait parfois être dangereux. Nous ne sauront jamais si c’était l’entraide ou la violence qui tenait la part la plus importante dans les rapports sociaux à l’intérieur de ces groupes de chasseurs cueilleurs. Un point où il est sûr que nos ancêtres ont mieux réussi que nous est la durée. Plusieurs centaines de générations se sont succédées sur des milliers d’années dans la grotte Chauvet avec un mode de vie qui a probablement évolué très lentement.

      Aujourd’hui que l’on soit optimiste ou pessimisme concernant l’avenir, tout le monde ou presque est conscient que nos modes de vie seront très différents dans 50 ans et nous n’osons même pas imaginer ce qu’ils deviendront dans 100 ans ou 1000 ans. Ils changent radicalement à l’échelle d’une vie. Par exemple, la micro-informatique, Internet et les smartphones les ont déjà lourdement modifiés en quelques décennies. L’intelligence artificielle commence déjà à avoir des impacts importants. Il est a craindre que ces nouvelles technologies qui permettent de créer des armes autonomes, qui changent notre rapport au langage et facilitent la surveillance de masse aient des effets délétères. Sans aucune chance d’appuyer sur le bouton pause pour prendre le temps de réfléchir et reprendre nos esprits.

      En étant optimiste on peut espérer qu’elles nous libèrent des tâches répétitives et nous aident à mieux apprendre. Quels que soient les effets de l’intelligence artificielle, demain sera forcément différent d’aujourd’hui. Les techniques s’empilent et s’intriquent les unes avec les autres. Elles sont devenues tellement complexes qu’elles nous échappent.

      Dans le même temps, les réalités physiques nous rattrapent. Le climat ne sera plus le même, d’ailleurs il a déjà changé, un communiqué de l’Organisation Météorologique Mondiale indique « 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais observée alors que le réchauffement dépasse temporairement 1,5 °C »ii. Avec peu d’espoir que cela s’arrange, il est également prévu que les émissions de gaz à effet de serre augmentent en 2024iii. L’élection du climato-sceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis laisse peu d’espoir d’inverser cette tendance.

      Le recul de la place laissée aux vivants non humains, l’érosion des sols ou les effets de nouvelles molécules chimiques qu’aucun organisme vivant ne sais recycler sont tout aussi préoccupants.

      Tout cela présage de beaucoup de changements dans un laps de temps très court. Bien sûr, le climat a toujours changé, Homo sapiens a toujours évolué d’un point de vue biologique et culturel. Il a toujours vécu dans des écosystèmes qui évoluent également, qu’il a toujours contribué à modifier. C’est la vitesse de cette évolution qui change. Au temps de nos ancêtres de la grotte Chauvet elle évoque une légère ondulation à peine perceptible sur un océan calme. Aujourd’hui elle fait penser à un raz-de-marée qui, en quelques secondes, emporte tout sur son passage.

      iLe documentaire « Grotte Chauvet – Dans les pas des artistes de la Préhistoire » propose de belles images complétées par une reconstitution en trois dimensions de la grotte https://www.arte.tv/fr/videos/112849-000-A/grotte-chauvet-dans-les-pas-des-artistes-de-la-prehistoire/

      iihttps://wmo.int/fr/news/media-centre/2024-est-en-passe-de-devenir-lannee-la-plus-chaude-jamais-observee-alors-que-le-rechauffement

      iiihttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/cop29-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-atteignent-de-nouveaux-sommets-en-2024_6867230.html

      Posté dans Histoire, La Technique | 0 Commentaire | Tagué Art Rupestre, Evolution, Intelligence Artificielle, Nature, Technique
    • Cocon et dépendances

      Publié à 16 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 8, 2024

      Le cocon. Voilà un mot intéressant pour décrire nos logements. Il évoque un lieu rassurant, à l’abri des vicissitudes du monde. Le premier sens du mot cocon, selon le dictionnaire de l’Académie française est « enveloppe soyeuse filée par de nombreuses larves de lépidoptères, et dans laquelle s’opère leur dernière mue ». Un lieu où des papillons s’abritent à un moment de leur vie où ils sont vulnérables. Son second sens est « milieu douillet où l’on est protégé des réalités, des difficultés de la vie ». Ce confort et ce sentiment de sécurité peuvent faire oublier que dans nos cocons nous restons complètement dépendants, de la nature comme de la société. Ces liens sont parfois surprenants.

      Commençons par le plus trivial, les réseaux et les fils. Notre cocon deviendrait vite inhabitable s’il n’était pas relié au réseau d’eau potable. Le résultat serait le même sans le fil qui le relie au réseau électrique. Il suffit de se remémorer quelques souvenirs de lendemain de tempêtes pour se se rappeler que sans électricité le cocon n’est plus aussi douillet ! Plus de lumière, plus de frigidaire, ni de lave linge ou d’ordinateur Et l’on se sent vite isolé si l’accès au réseau Internet, avec ou sans fil est coupé.

      Pas de lien avec la nature jusqu’ici. Comment le suggère Marc André Sélosse dans son dernier livre Nature et Préjugési, il suffit de poursuivre l’enquête dans le réfrigérateur et se demander d’où viennent les aliments qui s’y trouvent. Les produits laitiers, les œufs et la viande sont issus d’animaux qu’il a fallu nourrir. Avec des céréales cultivées dans de vastes champs, ou du foin récolté dans des prairies ou encore avec l’herbe broutée directement par les vaches. Les fruits et les légumes sont cultivés dans des champs, des vergers et des serres. Le carton et le papier qui servent à emballer ces aliments sont fabriqués à partir de bois, souvent issu de vastes plantations d’arbres. Des champs, des prairies, des plantations d’arbres, autant d’écosystèmes aménagés pour répondre à nos besoins alimentaires.

      Marc André Selosse les appelle écosystèmes externes. Ils sont parfois locaux comme les fruits et légumes en circuit court, souvent plus lointains comme les bananes ou le soja OGM brésilien qui sert à nourrir de nombreuses vaches élevés en France. Dans la majorité des cas nous ne visitons jamais ces écosystèmes où poussent notre nourriture, le bois dont est fait le papier de nos livres et le coton de nos jeans. Loin de yeux, il est difficile de s’imaginer ces lieux.

      Plus étonnant nous dépendons également de ce que Marc André Sélosse appelle nos écosystèmes internes. Ce sont les microbes qu’héberge notre corps, en particulier notre tube digestif. Sans ces milliers de bactéries, nous ne serions tout simplement pas en mesure de digérer notre nourriture. Elles sont tellement proches, dans notre corps, et tellement lointaines du fait de leur taille qui les rend invisibles. Sans la science il serait tout simplement impossible d’imaginer leur existence.

      Beaucoup plus visible est le monde virtuel qui se déploie derrière nos écrans. Connecté à Internet, le monde extérieur rentre dans nos cocons à travers un flux continu d’images et de mots venus du monde entier. Ouvert sur le monde, tout en s’en abritant. Ce qui réduit nos rapports directs avec autrui. Le télétravail pendant le Covid en est un bon exemple. Nous avons continué à communiquer avec l’extérieur, à l’abri du virus à l’intérieur du cocon.

      Nous filtrons les informations qui y rentrent pour y créer un monde virtuel correspondant à nos attentes, parfois en s’appuyant excessivement sur les moteurs de recherche et les algorithmes des réseaux sociaux. Cela peut nous donner le sentiment de maîtriser ce flux numérique entre l’extérieur et l’intérieur du cocon. Ce sentiment est largement une illusion car nous sommes ici au cœur de dépendances. Pour schématiser à grands traits, dépendance vis à vis de la Chine pour la fabrication du matériel informatique, des métaux rares extraits des mines à l’assemblage des ordinateurs. Et dépendance à l’égard des États-Unis pour les logiciels. Par exemple, les systèmes d’exploitation Windows, MacOS sur les ordinateurs, Android et iOS sur les smartphones ou les moteurs de recherche avec l’incontournable Google ou encore les réseaux sociaux avec Facebook et YouTube. Ces logiciels, simples à utiliser, dont la complexité du fonctionnement nous échappe sont les interfaces indispensables pour accéder au monde numérique. Si suite à un bug ou un accident ils ne fonctionnement plus c’est l’ouverture du cocon sur le monde numérique qui est menacé. L’accès à ce blog l’est aussi. Il est hébergé par WordPress.com dont la société mère Automattic à comme adresse Inc. 60 29th Street #343 San Francisco, CA 94110 United States of America.

      Cocon et dépendances, voilà un sujet qui pourrait être développé beaucoup plus en profondeur, nous n’en avons vu que l’écume ici. Triviales ou étonnantes les dépendances qui relient nos cocons à l’extérieur sont nombreuses. Les chercher s’apparente par certains côtés à une enquêtes de roman policier. Dans les romans le but de l’enquêteur est limpide : trouver l’assassin pour qu’il ne recommence pas. Ici le but de notre enquête est simplement de prendre, ou de reprendre, conscience de dépendances entre nos cocons et le monde extérieur. Les conséquences à en tirer sont beaucoup moins évidentes. Retenons simplement que, même si nous l’ignorons, nous restons dépendants de la nature. Dépendants également du système technicien, qui derrière sa fluidité apparente cache des rouages d’une grande complexité.

      iMarc André Selosse, Nature et préjugés : convier l’humanité dans l’histoire naturelle, Actes Sud, 2024, 438 p

      Posté dans La Technique, Nature | 1 commentaire | Tagué Agriculture, écosystèmes, Informatique, Nature, Technique
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