Les champs de mes rêves

Les champs de mes rêves
  • Archives
  • Nature
  • Présentation
  • Accueil
  • Articles
  • Tag: Intelligence Artificielle

    • Entropie, énergie et informations : quand la physique et la biologie rejoignent le quotidien

      Publié à 16 h 33 min par Antoine Bocheux, le juillet 20, 2025

      Les idées se croisent parfois d’une manière surprenante. En ouvrant un livre pour s’évader du quotidien. Juste pour le plaisir de découvrir d’autres mondes que nous ne pouvons pas voir mais dont la science nous fait découvrir l’existence. Elle nous aide à en imaginer les contours. Physique, astrophysique, biologie, géologie … les champs de de la sciences sont vastes et variés. L’historien David Christian a eu la bonne idée de réunir toutes ces disciplines pour nos proposer une histoire de la Terre du big bang à nos jours dans son livre « Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours »i. Après avoir lu ses deux premières parties sur le cosmos et la biosphère quelques constantes apparaissent.

      Dans la description qu’il fait du cosmos comme dans celle de la biosphère l’opposition entre l’entropie et l’énergie tient une place importante. L’entropie est la tendance de notre univers en expansion à aller vers le désordre. L’énergie, au contraire permet de fusionner la matière vers des atomes puis des molécules toujours plus complexes. Mais quand l’énergie libre qui permet à cette complexité de se former s’épuise, l’entropie reprend le dessus. C’est l’énergie de la gravitation qui permet à des atomes d’hydrogène et d’hélium qui circulent dans l’univers de se regrouper ce qui les réchauffe. Jusqu’à atteindre 10 000 degrés, température à laquelle se forme une réaction de fusion nucléaire qui transforme l’hydrogène en hélium. Une étoile est née. Quand l’hydrogène s’épuise, d’autre atomes plus lourds (avec plus de protons dans leurs noyaux ) se forment, jusqu’à ce que la température de l’étoile devienne tellement élevée qu’elle explose. Et que ses atomes se dispersent dans l’espace. C’est le retour de l’entropie.

      Sur terre, notre planète formée d’atomes issus de poussière d’étoiles ayant explosées, la source d’énergie directe est fournie par le soleil qui lui permet d’atteindre une température propice à la formation de molécules complexes. En simplifiant à grands traits, ces atomes ont finit par donner la vie sous forme de petites cellules procaryote (environ un millième de millimètre). Une sorte de bain liquide constitué de molécules qui restent groupées grâce à un ensemble de réactions chimiques, leur métabolisme. Elles peuvent se reproduire de façon quasi identique grâce à leur ADN. Pour alimenter leur métabolisme, elle ont besoin d’énergie, le plus souvent fournie directement par les photons du soleil grâce à la photosynthèse. Elles ont également besoin d’informations pour s’adapter à leur environnement. Par exemples, elles peuvent détecter la présence de nutriments, de toxines ou d’autres micro-organismes et ajuster leur comportement en conséquence (comme se déplacer vers une source de nourriture ou éviter des substances nocives). Avoir accès à une source d’énergie et à des informations est donc indispensable aux organismes vivants, même les plus simples, pour rester en vie.

      Revenons à notre échelle et à nos activités quotidiennes. Nous aussi avons besoin d’énergie pour vivre. Nous la recevons sous forme de nourriture, en mangeant d’autres animaux ou des végétaux ayant tiré leur énergie du soleil. De l’énergie il nous en faut pour activer nos muscles, pour ranger notre bureau qui est vite envahi par le désordre si nous n’intervenons pas. La tendance naturelle vers l’entropie sans dépense d’énergie se vérifie ici d’une manière imparable ! Même au repos, il faut manger pour vivre, pour alimenter notre cerveau quand nous lisons ou nous rêvons ou tout simplement pour respirer. L’information nous est également nécessaire, pour vérifier qu’il n’y a pas de voiture avant de traverser de la route ou pour ne pas manger des aliments moisis.

      Mais s’informer c’est aussi une dépense d’énergie. Faible quand il s’agit de regarder si une voiture arrive avant de traverser la route, forte quand il s’agit de choisir une voiture à acheter. Encore plus élevée quand il s’agit de gérer une entreprise : suivre la réglementation, la concurrence, les attentes des clients … les besoins d’informations sont énormes. Ces informations sont pourtant nécessaires pour prendre des décisions les plus éclairées possible. Le web est rempli d’informations utiles, disponibles gratuitement encore faut-il le temps de les identifier et encore du temps pour les analyser. Ce temps nécessite de l’énergie, puisqu’il sollicite nos cerveaux. Qui ont leurs limites alors que le volume d’informations disponibles sur le web ne cesse d’augmenter. L’intelligence artificielle et ses datas center gourmands en énergie peut, dans une certaine mesure, aider dans ces tâches de recherche et de traitement de l’information. Mais elle contribue également à produire plus d’informations de « mauvaises » qualités dont le traitement fait perdre de l’énergie. « Fausses » quand elles sont émises avec l’intention d’induire en erreur. Ou tout simplement sans intérêt quand elles ne font que reformuler presque à l’identique des informations déjà émises, créant une surcharge informationnelle qui sature nos cerveaux. Une intervention humaine reste indispensable pour sélectionner les informations à évaluer en évitant le trop peu ou le trop plein d’information, mais aussi de se disperser en se basant sur des informations hors sujet ou sans valeur ajoutée pour l’analyse.

      Si nous savons que traverser la route sans regarder s’il n’y pas de voiture est dangereux, n’oublions pas aussi que l’excès d’information est également dangereux. S’il fallait deux heures pour analyser les détails de la route avant de traverser il serait difficile d’arriver à l’heure à son rendrez-vous. Et compter les fenêtres sur les maisons de chaque côté de la route ne permettrait pas de savoir si la voie est libre pour traverser. L’information c’est un peu comme la nourriture, notre source d’énergie, il n’en faut ni trop ni trop peu et elle doit correspondre à nos besoins pour prendre les bonnes décisions ! L’énergie de nos cerveaux n’est pas illimitée contrairement à la quantité d’informations disponibles sur le web.

      iDavid Christian,  Origines ; une grande histoire du monde du big bang à nos jours , arpa, 2025, 400 pages

      Posté dans Information | 0 Commentaire | Tagué Astrophysique, Biologie, Histoire de la vie, Informations, Intelligence Artificielle
    • L’intelligence artificielle, la technique et nous. Vous avez dit autonome ?

      Publié à 15 h 10 min par Antoine Bocheux, le avril 27, 2025

      L’intelligence artificielle modifie nos vies, c’est entendu. Mais il reste l’espoir qu’en la comprenant nous la contrôlions. Comprendre? Le sujet est quand même complexe! Pas simple de vraiment expliquer comment des programmes informatiques arrivent à effectuer des tâches que l’on croyait, il y a encore quelques années, réservées à l’intelligence humaine. Bien sûr on sait que tout cela n’a rien du surnaturel, ni d’immatériel, contrairement aux apparences. Derrière les intelligences artificielles génératives il y a des montagnes de données récoltées sur le web ; des datas center qui traitent ces données en consommant beaucoup d’électricité en émettant beaucoup de chaleur ; des informaticiens grassement payés dans la Silicon Valley et des millions de travailleurs du clic très mal payési … tout cela est bien complexe, il faudrait être à la fois mathématicien, informaticien, économiste, sociologue et j’en passe pour en expliquer les rouages. Il existe peut-être des spécialistes qui maîtrisent tous ces rouages. Ils ne doivent pas être nombreux.

      Cette complexité interpelle. On peut se dire que l’on est pas doué. Ou penser que Jacques Ellul avait bien raison quand il expliquait il y a maintenant 70 ans que la technique dans son ensemble est automne car si des spécialistes peuvent comprendre ses tenants et ses aboutissant dans leurs spécialités, il est devenu impossible pour une seule personne d’en comprendre l’ensemble. Un ensemble qu’il faudrait connaître pour espérer être autonome car toutes les techniques sont liées les unes aux autres. Elles se nourrissent les unes les autres pour former, sans cesse, de nouvelles techniques dans un auto-accroissement perpétuel. Les intelligences artificielles génératives, par exemple, fonctionnent avec des réseaux de neurones mis au point pour reconnaître des animaux sur des images, sont entraînées à partir de textes et d’images glanés sur le web qui a été créé à l’origine pour échanger des informations scientifiques. Et elles profitent de la puissance de calcul des cartes graphiques Nvidia conçues pour les jeux vidéos. Toutes les techniques sont liées et s’intriquent les unes aux autres, de façon parfois imprévisible.

      Et elles sont universelles, les plus efficaces s’imposent dans le monde entier laissant peu de place aux alternatives. Les États-Unis et la Chine le savent et se livrent une bataille pour imposer leurs intelligences artificielles génératives. Ce qui de facto les poussent à avancer le plus vite possible en se préoccupant un minimum des conséquences de cette course en avant. Dans cette quête de puissance, pas question de ralentir !. Ce qui n’empêche pas parfois d’exprimer quelques inquiétudes comme l’a fait Dario Amodei le PDG d’Anthropic la société derrière l’IA générative Claudeii.

      Finalement la technique selon Jacques Ellul c’est quoi ? J’en avais déjà parlé ici iii et là iv. En une phrase c’est « l’utilisation du moyen le plus efficace dans tous les domaines ». Efficace, voilà un mot qui revient souvent à notre époque. Il faut être efficace dans le monde de l’entreprise, mais aussi dans celui du sport et même dans la manière de « gérer » sa vie comme en témoigne le succès du développement personnel. Finalement nos vies professionnelles et privées sont largement imprégnées par cette quête de l’efficacité. Dans le monde professionnel, il devient de plus en plus difficile de ne pas tester les IA génératives pour chercher à évaluer en quoi elles peuvent nous rendre plus efficace. Dans mon métier de chargé de veille il est difficilement concevable de ne pas utiliser ces nouveaux outils qui permettent, par exemple, de traduire, de résumer et maintenant de rechercher de l’information sur le web. La question qui se pose est comment bien les utiliser, ne pas les utiliser est inconcevable. Il est nécessaire d’adopter les techniques les plus efficaces pour ne pas être mis à la marge, c’est ce que Jacques Ellul appelle l’automatisme du choix.

      En attendant l’utilisation des intelligences artificielles génératives nous offres de nouvelles occasions de détériorer nos bilans carbones, pour s’adapter … ou pour des futilités comme la génération de figurines à son effigie sous forme de starter packsv. Un rapport de L’Agence Internationale de l’Énergie indique que les datas center, largement utilisés pour développer l’IA représentent 1,5 % de la consommation mondiale électrique en 2024, cette consommation devrait plus que doubler d’ici 2030. Difficile d’espérer atteindre la neutralité carbone dans ces conditions. La technique impose ses lois mais la physique et la biologie ont aussi les leurs qui risquent de se rappeler douloureusement à nous. Nous sommes face à une double contrainte.

      Tout cela n’est pas réjouissant, alors pourquoi en parler ? Premièrement pour vous donner envie d’entendre (par exemple en écoutant son interview dans Radioscopievi) ou de lire Jacques Ellul qui avait fait preuve de clairvoyance. Deuxièmement, parce que la connaissance ne doit pas forcément déboucher sur l’action ou sur du divertissement. Savoir c’est aussi admettre ses limites. Ce qui n’implique pas de renoncer à agir. Troisièmement, pour insister sur l’importance de garder dans nos vies des moments et des activités où la recherche de l’efficacité est laissée de côté. Pourquoi pas pour admirer les plantes et les regarder pousser ? Et beaucoup d’autres choses encore, le champ des possibles est encore plus étendu quand on ne s’impose la contrainte de synthétiquement choisir le moyen le plus efficace en toute chose.

      ihttps://www.france.tv/documentaires/documentaires-societe/6888928-les-sacrifies-de-l-ia.html#about-section

      ii https://www.anthropic.com/news/paris-ai-summit

      iiihttps://champsdemesreves.fr/2020/07/18/la-technique-selon-jacques-ellul-a-la-recherche-du-facteur-determinant-pour-apprehender-la-realite/

      ivhttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      vhttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/intelligence-artificielle-les-starter-packs-sont-ils-vraiment-un-gouffre-energetique_7161201.html

      vihttps://www.youtube.com/watch?v=we7UhN0Z3BE

      Posté dans La Technique | 2 Commentaires | Tagué Intelligence Artificielle, Technique
    • L’évolution d’Homo sapiens entre ondulation et raz-de-marée

      Publié à 17 h 04 min par Antoine Bocheux, le décembre 31, 2024

      Ces derniers jours, au milieu d’une actualité anxiogène, les médias ont relaté le trentième anniversaire de la découverte de la grotte Chauvet. Voir sur un écran les représentations d’animaux qui ornent ses parois est une petite bouffée d’oxygènei. Parce qu’elles sont belles, dessinées par des hommes et des femmes qui vivaient au contact de ces grands animaux sauvages qui n’existent plus. Parce qu’elles sont mystérieuses et ont un sens qui nous échappe. Surtout parce qu’elles sont très anciennes. Elles auraient 37 000 ans pour les plus anciennes. Plus de 20 000 ans dans tous les cas, l’entrée de la grotte ayant été comblée il y a 21 000 ans, ce qui explique son état de conservation exceptionnel. Ces dates sont frappantes. Elles suggèrent que dès leur arrivée en Europe nos ancêtres Homo sapiens maîtrisaient l’art, qu’ils avaient probablement des croyances et des mythes.

      Cela change la perception parfois péjorative que nous avons de l’âge de pierre. Avec des outils en bois, en os et en pierre, certes. Mais aussi avec suffisamment d’aisance pour libérer le temps nécessaire à des pratiques artistiques. Avec la liberté de se déplacer sans entrave dans de vastes espaces sans pollution. Un mode de vie qu’il ne faut pas idéaliser. Vivre au contact des grands animaux comme les ours des cavernes qui fréquentaient également la grotte Chauvet devait parfois être dangereux. Nous ne sauront jamais si c’était l’entraide ou la violence qui tenait la part la plus importante dans les rapports sociaux à l’intérieur de ces groupes de chasseurs cueilleurs. Un point où il est sûr que nos ancêtres ont mieux réussi que nous est la durée. Plusieurs centaines de générations se sont succédées sur des milliers d’années dans la grotte Chauvet avec un mode de vie qui a probablement évolué très lentement.

      Aujourd’hui que l’on soit optimiste ou pessimisme concernant l’avenir, tout le monde ou presque est conscient que nos modes de vie seront très différents dans 50 ans et nous n’osons même pas imaginer ce qu’ils deviendront dans 100 ans ou 1000 ans. Ils changent radicalement à l’échelle d’une vie. Par exemple, la micro-informatique, Internet et les smartphones les ont déjà lourdement modifiés en quelques décennies. L’intelligence artificielle commence déjà à avoir des impacts importants. Il est a craindre que ces nouvelles technologies qui permettent de créer des armes autonomes, qui changent notre rapport au langage et facilitent la surveillance de masse aient des effets délétères. Sans aucune chance d’appuyer sur le bouton pause pour prendre le temps de réfléchir et reprendre nos esprits.

      En étant optimiste on peut espérer qu’elles nous libèrent des tâches répétitives et nous aident à mieux apprendre. Quels que soient les effets de l’intelligence artificielle, demain sera forcément différent d’aujourd’hui. Les techniques s’empilent et s’intriquent les unes avec les autres. Elles sont devenues tellement complexes qu’elles nous échappent.

      Dans le même temps, les réalités physiques nous rattrapent. Le climat ne sera plus le même, d’ailleurs il a déjà changé, un communiqué de l’Organisation Météorologique Mondiale indique « 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais observée alors que le réchauffement dépasse temporairement 1,5 °C »ii. Avec peu d’espoir que cela s’arrange, il est également prévu que les émissions de gaz à effet de serre augmentent en 2024iii. L’élection du climato-sceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis laisse peu d’espoir d’inverser cette tendance.

      Le recul de la place laissée aux vivants non humains, l’érosion des sols ou les effets de nouvelles molécules chimiques qu’aucun organisme vivant ne sais recycler sont tout aussi préoccupants.

      Tout cela présage de beaucoup de changements dans un laps de temps très court. Bien sûr, le climat a toujours changé, Homo sapiens a toujours évolué d’un point de vue biologique et culturel. Il a toujours vécu dans des écosystèmes qui évoluent également, qu’il a toujours contribué à modifier. C’est la vitesse de cette évolution qui change. Au temps de nos ancêtres de la grotte Chauvet elle évoque une légère ondulation à peine perceptible sur un océan calme. Aujourd’hui elle fait penser à un raz-de-marée qui, en quelques secondes, emporte tout sur son passage.

      iLe documentaire « Grotte Chauvet – Dans les pas des artistes de la Préhistoire » propose de belles images complétées par une reconstitution en trois dimensions de la grotte https://www.arte.tv/fr/videos/112849-000-A/grotte-chauvet-dans-les-pas-des-artistes-de-la-prehistoire/

      iihttps://wmo.int/fr/news/media-centre/2024-est-en-passe-de-devenir-lannee-la-plus-chaude-jamais-observee-alors-que-le-rechauffement

      iiihttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/cop29-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-atteignent-de-nouveaux-sommets-en-2024_6867230.html

      Posté dans Histoire, La Technique | 0 Commentaire | Tagué Art Rupestre, Evolution, Intelligence Artificielle, Nature, Technique
    • Quand l’intelligence artificielle change notre rapport au langage

      Publié à 19 h 51 min par Antoine Bocheux, le août 11, 2024

      Après avoir illustré mes précédents billets avec des photos et même une vidéo, je vous propose cette fois-ci de m’en tenir aux mots. Placer les mots les uns après les autres pour faire des phrases est peut-être le propre de l’homme. Je pourrais ajouter, était peut-être le propre de l’homme ? Pourquoi ? L’intelligence artificielle générative Chat GPT est également capable de le faire. Accessible au grand public depuis le 30 novembre 2022, son lancement a rapidement été suivi par celui d’autres logiciels similaires. Cela fait maintenant 20 mois et nous n’avons pas fini de nous interroger sur les conséquences qu’impliquent d’être en mesure de dialoguer avec un logiciel qui propose des réponses vraisemblables à nos questions. Le sujet est vaste et va encore faire couler beaucoup d’encre. L’auteur de science fiction Alain Damasio y apporte des éléments de réponse intéressants dans son essai La Vallée du Siliciumi.

      Il y propose une réflexion sur la technologie qui a mûri au cours d’un séjour dans la Silicon Valley. Il a pu appréhender physiquement à quoi ressemble cet espace, situé au sud de la baie de San Fransisco, où se trouvent les sièges sociaux des entreprises qui façonnent le monde numérique dans lequel nous passons une partie de nos existences. Un lieu qui est avant tout un état d’esprit où des entrepreneurs cherchent à innover le plus vite possible en réfléchissant, dans un second temps, comment faire de l’argent avec leurs innovations et éventuellement, dans un troisième temps, s’intéressent aux conséquences qu’elles peuvent avoir. C’est ce que nous sommes en train de vivre avec L’IA (intelligence artificielle) générative.

      L’IA générative, c’est une nouvelle façon d’interagir avec les ordinateurs. Après le code informatique et les interfaces graphiques, les mots sont maintenant un nouveau moyen de leur donner des instructions. De nombreuses formations nous proposent d’apprendre à « prompter » pour utiliser le langage différemment afin de mieux nous faire comprendre des IA génératives. Il faut nous adapter à ces nouveaux interlocuteurs de silicium et de terres rares. Plus déstabilisant encore, ils sont programmés pour nous répondre en agençant les mots de la manière la plus vraisemblable possible. Mais vraisemblance n’est pas vérité En les interrogeant sur un sujet que l’on connaît on relève inévitablement des inexactitudes présentées sur un ton péremptoire.

      Quand on ne connaît pas le sujet on obtient rapidement une réponse crédible en se retrouvant complément démuni pour évaluer sa véracité. Pas de repère comme le nom de l’auteur, le journal ou l’éditeur qui publie le texte. Bien sûr en utilisant une IA générative, l’on sait que l’on s’expose à ce risque. Mais quid des textes que l’on lit sur le web ? Comment savoir si nous lisons un texte écrit par une IA ou par un humain quand l’IA imite tellement bien l’humain qu’elle en devient difficile à détecter ? La frontière entre le langage écrit par un humain et son imitation devient de plus en plus mince.

      D’ailleurs, il y a un risque de finir par l’oublier à force de dialoguer avec une IA générative qui comme un humain peut tenir une conversation pendant des heures. Quelles relations allons nous avoir sur la durée avec ces logiciels qui imitent si bien le langage ? Allons nous passer plus de temps à échanger avec eux au détriment du temps passé avec les autres humains ? Alain Damasio va jusqu’à suggérer d’échanger avec les IA génératives en prenant en compte leur altérité comme nous le faisons avec le vivant non humain. La proposition est inquiétante, un logiciel n’est pas vivant. Mais pour qu’il la formule, c’est bien qu’il y a quelque chose de très troublant quand une IA imite le langage humain avec une telle vraisemblance. Personne ne peut savoir où cela va nous mener.

      iAlain Damasio, Vallée du silicium, Seuil, 2024, 336 p

      Posté dans La Technique | 0 Commentaire | Tagué Informatique, Intelligence Artificielle
    • Humain et confidentiel

      Publié à 19 h 14 min par Antoine Bocheux, le décembre 30, 2022

      Les champs de mes rêves ont maintenant trois ans. L’occasion de revenir sur les raisons qui me poussent à continuer de tenir ce blog. Cela demande du temps. Les idées viennent facilement, souvent en marchant. Les structurer et mettre des mots dessus est plus long. Se relire plus encore. Au final, après l’effort, le plaisir est au rendez-vous. Plaisir d’énoncer des idées qu’il serait difficile d’exprimer au cours d’une discussion. Souvent le contexte ne s’y prête pas. Parfois les mots ne viennent pas sur le vif. Plaisir d’être lu, je remercie chaleureusement mes lecteurs. Plaisir également, de voir les billets s’accumuler et, petit à petit, former un tout.

      Dans l’immensité du web, les champs de mes rêves reste confidentiel. Je le sais et je l’assume, je n’ai pas coché les cases pour être mis en avant par Google. Diversité des thèmes traités alors qu’il faudrait se spécialiser sur un sujet pour devenir un « expert ». Comment cocher cette case alors que tout est lié. L’évolution fulgurante des techniques agit sur l’ensemble de nos vies comme sur celles du vivant non humain. Penser la nature sans penser la technique qui cause sa destruction et bouleverse nos modes de vie serait absurde.

      Pour plaire à l’algorithme de Google, il faudrait également agrémenter chaque billet avec des images. Pourquoi vouloir absolument illustrer les mots avec des images quand ils donnent à appréhender des réalités qu’aucune image ne peut évoquer. Comment visualiser un concept comme la technique selon Jacques Ellul ou l’odeur de la terre mouillée ? N’est-il pas préférable de laisser au lecteur la liberté de se représenter lui même des choses auxquelles aucune image ne saurait rendre justice ?

      Il faudrait également publier trois fois par semaine. A moins de devenir bloggeur à plein temps cela ne semble pas réaliste. Peut-être en ayant recours aux services d’une intelligence artificielle pour rédiger le premier jet des billets. Et compléter sa suggestion en ajoutant une petite touche personnelle comme on ajoute une cerise sur le gâteau. Sans savoir ce qu’il y a dans le gâteau. Ce n’est pas de la science fiction il suffit de tester GPT-3 d’Open AI pour s’en convaincre. Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer ? Comme toute technique, elle est ambivalente. Nous manquons simplement de recul pour imaginer ce que seront sa face sombre et sa face lumineuse. En attendant, spéculons. Nous confions déjà à des algorithmes, donc aux ingénieurs qui les programment, le soin de sélectionner les résultats qu’ils jugent les plus pertinents quand nous recherchons de l’information sur notre moteur de recherche favori. Vont-ils maintenant nous renvoyer vers des textes écrits par d’autres algorithmes, programmés selon les désirs d’autres ingénieurs ?

      Heureusement la vocation de ce blog n’est pas d’être lu par le plus grand nombre. Il est avant tout un espace de liberté, à l’abri des contraintes du quotidien, de la course à l’efficacité qui remplit nos vies. C’est simplement le reflet d’un être humain qui essaye d’exprimer avec des mots ce qui l’interroge et le fait rêver.

      En trois ans, beaucoup de choses ont changées. Notre quotidien a été bouleversé pendant des mois par le Covid . Cela a mis le doigt sur notre vulnérabilité face aux virus et sur les failles de notre système de santé. Par la canicule aussi à l’été 2022. Nous avons éprouvé dans notre chair les effets du changement climatique, la sécheresse qui dessèche les plantes, la chaleur dont nous avons du mal à supporter le poids, l’odeur acre des incendies. Plus discrètement, de nouvelles terres ont été bétonnées et les derniers animaux sauvages continuent de vivre sous le feu nourri des chasseurs. Dans ce contexte inquiétant continuer à réfléchir, à rêver à s’émerveiller est plus que jamais nécessaire. Pour ne pas se laisser envahir par nos peurs. Pour mieux aimer et connaître ce à quoi nous tenons. Pour essayer d’imaginer, à hauteur d’homme, un avenir souhaitable. Même si ces mots sont peu de choses et s’évanouissent dans l’immensité du web, ils restent humains. Humains et confidentiels.

      Posté dans Information, La Technique, Nature | 0 Commentaire | Tagué blog, Intelligence Artificielle, Nature
    • Articles récents

      • La cellule : dénominateur commun du vivant
      • Cynorrhodons : des faux fruits dans l’hiver
      • Changement climatique : quand savoir ne suffit pas
      • Incomplétude heureuse
      • La fin de l’insouciance estivale
    • Catégories

      • Nature (42)
      • La Technique (16)
      • Histoire (8)
      • Agriculture (8)
      • Non classé (7)
      • Forêt (5)
      • Information (4)

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

  • S'abonner Abonné
    • Les champs de mes rêves
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Les champs de mes rêves
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre