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    • Cocon et dépendances

      Publié à 16 h 05 min par Antoine Bocheux, le septembre 8, 2024

      Le cocon. Voilà un mot intéressant pour décrire nos logements. Il évoque un lieu rassurant, à l’abri des vicissitudes du monde. Le premier sens du mot cocon, selon le dictionnaire de l’Académie française est « enveloppe soyeuse filée par de nombreuses larves de lépidoptères, et dans laquelle s’opère leur dernière mue ». Un lieu où des papillons s’abritent à un moment de leur vie où ils sont vulnérables. Son second sens est « milieu douillet où l’on est protégé des réalités, des difficultés de la vie ». Ce confort et ce sentiment de sécurité peuvent faire oublier que dans nos cocons nous restons complètement dépendants, de la nature comme de la société. Ces liens sont parfois surprenants.

      Commençons par le plus trivial, les réseaux et les fils. Notre cocon deviendrait vite inhabitable s’il n’était pas relié au réseau d’eau potable. Le résultat serait le même sans le fil qui le relie au réseau électrique. Il suffit de se remémorer quelques souvenirs de lendemain de tempêtes pour se se rappeler que sans électricité le cocon n’est plus aussi douillet ! Plus de lumière, plus de frigidaire, ni de lave linge ou d’ordinateur Et l’on se sent vite isolé si l’accès au réseau Internet, avec ou sans fil est coupé.

      Pas de lien avec la nature jusqu’ici. Comment le suggère Marc André Sélosse dans son dernier livre Nature et Préjugési, il suffit de poursuivre l’enquête dans le réfrigérateur et se demander d’où viennent les aliments qui s’y trouvent. Les produits laitiers, les œufs et la viande sont issus d’animaux qu’il a fallu nourrir. Avec des céréales cultivées dans de vastes champs, ou du foin récolté dans des prairies ou encore avec l’herbe broutée directement par les vaches. Les fruits et les légumes sont cultivés dans des champs, des vergers et des serres. Le carton et le papier qui servent à emballer ces aliments sont fabriqués à partir de bois, souvent issu de vastes plantations d’arbres. Des champs, des prairies, des plantations d’arbres, autant d’écosystèmes aménagés pour répondre à nos besoins alimentaires.

      Marc André Selosse les appelle écosystèmes externes. Ils sont parfois locaux comme les fruits et légumes en circuit court, souvent plus lointains comme les bananes ou le soja OGM brésilien qui sert à nourrir de nombreuses vaches élevés en France. Dans la majorité des cas nous ne visitons jamais ces écosystèmes où poussent notre nourriture, le bois dont est fait le papier de nos livres et le coton de nos jeans. Loin de yeux, il est difficile de s’imaginer ces lieux.

      Plus étonnant nous dépendons également de ce que Marc André Sélosse appelle nos écosystèmes internes. Ce sont les microbes qu’héberge notre corps, en particulier notre tube digestif. Sans ces milliers de bactéries, nous ne serions tout simplement pas en mesure de digérer notre nourriture. Elles sont tellement proches, dans notre corps, et tellement lointaines du fait de leur taille qui les rend invisibles. Sans la science il serait tout simplement impossible d’imaginer leur existence.

      Beaucoup plus visible est le monde virtuel qui se déploie derrière nos écrans. Connecté à Internet, le monde extérieur rentre dans nos cocons à travers un flux continu d’images et de mots venus du monde entier. Ouvert sur le monde, tout en s’en abritant. Ce qui réduit nos rapports directs avec autrui. Le télétravail pendant le Covid en est un bon exemple. Nous avons continué à communiquer avec l’extérieur, à l’abri du virus à l’intérieur du cocon.

      Nous filtrons les informations qui y rentrent pour y créer un monde virtuel correspondant à nos attentes, parfois en s’appuyant excessivement sur les moteurs de recherche et les algorithmes des réseaux sociaux. Cela peut nous donner le sentiment de maîtriser ce flux numérique entre l’extérieur et l’intérieur du cocon. Ce sentiment est largement une illusion car nous sommes ici au cœur de dépendances. Pour schématiser à grands traits, dépendance vis à vis de la Chine pour la fabrication du matériel informatique, des métaux rares extraits des mines à l’assemblage des ordinateurs. Et dépendance à l’égard des États-Unis pour les logiciels. Par exemple, les systèmes d’exploitation Windows, MacOS sur les ordinateurs, Android et iOS sur les smartphones ou les moteurs de recherche avec l’incontournable Google ou encore les réseaux sociaux avec Facebook et YouTube. Ces logiciels, simples à utiliser, dont la complexité du fonctionnement nous échappe sont les interfaces indispensables pour accéder au monde numérique. Si suite à un bug ou un accident ils ne fonctionnement plus c’est l’ouverture du cocon sur le monde numérique qui est menacé. L’accès à ce blog l’est aussi. Il est hébergé par WordPress.com dont la société mère Automattic à comme adresse Inc. 60 29th Street #343 San Francisco, CA 94110 United States of America.

      Cocon et dépendances, voilà un sujet qui pourrait être développé beaucoup plus en profondeur, nous n’en avons vu que l’écume ici. Triviales ou étonnantes les dépendances qui relient nos cocons à l’extérieur sont nombreuses. Les chercher s’apparente par certains côtés à une enquêtes de roman policier. Dans les romans le but de l’enquêteur est limpide : trouver l’assassin pour qu’il ne recommence pas. Ici le but de notre enquête est simplement de prendre, ou de reprendre, conscience de dépendances entre nos cocons et le monde extérieur. Les conséquences à en tirer sont beaucoup moins évidentes. Retenons simplement que, même si nous l’ignorons, nous restons dépendants de la nature. Dépendants également du système technicien, qui derrière sa fluidité apparente cache des rouages d’une grande complexité.

      iMarc André Selosse, Nature et préjugés : convier l’humanité dans l’histoire naturelle, Actes Sud, 2024, 438 p

      Posté dans La Technique, Nature | 1 commentaire | Tagué Agriculture, écosystèmes, Informatique, Nature, Technique
    • Quand l’intelligence artificielle change notre rapport au langage

      Publié à 19 h 51 min par Antoine Bocheux, le août 11, 2024

      Après avoir illustré mes précédents billets avec des photos et même une vidéo, je vous propose cette fois-ci de m’en tenir aux mots. Placer les mots les uns après les autres pour faire des phrases est peut-être le propre de l’homme. Je pourrais ajouter, était peut-être le propre de l’homme ? Pourquoi ? L’intelligence artificielle générative Chat GPT est également capable de le faire. Accessible au grand public depuis le 30 novembre 2022, son lancement a rapidement été suivi par celui d’autres logiciels similaires. Cela fait maintenant 20 mois et nous n’avons pas fini de nous interroger sur les conséquences qu’impliquent d’être en mesure de dialoguer avec un logiciel qui propose des réponses vraisemblables à nos questions. Le sujet est vaste et va encore faire couler beaucoup d’encre. L’auteur de science fiction Alain Damasio y apporte des éléments de réponse intéressants dans son essai La Vallée du Siliciumi.

      Il y propose une réflexion sur la technologie qui a mûri au cours d’un séjour dans la Silicon Valley. Il a pu appréhender physiquement à quoi ressemble cet espace, situé au sud de la baie de San Fransisco, où se trouvent les sièges sociaux des entreprises qui façonnent le monde numérique dans lequel nous passons une partie de nos existences. Un lieu qui est avant tout un état d’esprit où des entrepreneurs cherchent à innover le plus vite possible en réfléchissant, dans un second temps, comment faire de l’argent avec leurs innovations et éventuellement, dans un troisième temps, s’intéressent aux conséquences qu’elles peuvent avoir. C’est ce que nous sommes en train de vivre avec L’IA (intelligence artificielle) générative.

      L’IA générative, c’est une nouvelle façon d’interagir avec les ordinateurs. Après le code informatique et les interfaces graphiques, les mots sont maintenant un nouveau moyen de leur donner des instructions. De nombreuses formations nous proposent d’apprendre à « prompter » pour utiliser le langage différemment afin de mieux nous faire comprendre des IA génératives. Il faut nous adapter à ces nouveaux interlocuteurs de silicium et de terres rares. Plus déstabilisant encore, ils sont programmés pour nous répondre en agençant les mots de la manière la plus vraisemblable possible. Mais vraisemblance n’est pas vérité En les interrogeant sur un sujet que l’on connaît on relève inévitablement des inexactitudes présentées sur un ton péremptoire.

      Quand on ne connaît pas le sujet on obtient rapidement une réponse crédible en se retrouvant complément démuni pour évaluer sa véracité. Pas de repère comme le nom de l’auteur, le journal ou l’éditeur qui publie le texte. Bien sûr en utilisant une IA générative, l’on sait que l’on s’expose à ce risque. Mais quid des textes que l’on lit sur le web ? Comment savoir si nous lisons un texte écrit par une IA ou par un humain quand l’IA imite tellement bien l’humain qu’elle en devient difficile à détecter ? La frontière entre le langage écrit par un humain et son imitation devient de plus en plus mince.

      D’ailleurs, il y a un risque de finir par l’oublier à force de dialoguer avec une IA générative qui comme un humain peut tenir une conversation pendant des heures. Quelles relations allons nous avoir sur la durée avec ces logiciels qui imitent si bien le langage ? Allons nous passer plus de temps à échanger avec eux au détriment du temps passé avec les autres humains ? Alain Damasio va jusqu’à suggérer d’échanger avec les IA génératives en prenant en compte leur altérité comme nous le faisons avec le vivant non humain. La proposition est inquiétante, un logiciel n’est pas vivant. Mais pour qu’il la formule, c’est bien qu’il y a quelque chose de très troublant quand une IA imite le langage humain avec une telle vraisemblance. Personne ne peut savoir où cela va nous mener.

      iAlain Damasio, Vallée du silicium, Seuil, 2024, 336 p

      Posté dans La Technique | 0 Commentaire | Tagué Informatique, Intelligence Artificielle
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