Ces derniers jours, au milieu d’une actualité anxiogène, les médias ont relaté le trentième anniversaire de la découverte de la grotte Chauvet. Voir sur un écran les représentations d’animaux qui ornent ses parois est une petite bouffée d’oxygènei. Parce qu’elles sont belles, dessinées par des hommes et des femmes qui vivaient au contact de ces grands animaux sauvages qui n’existent plus. Parce qu’elles sont mystérieuses et ont un sens qui nous échappe. Surtout parce qu’elles sont très anciennes. Elles auraient 37 000 ans pour les plus anciennes. Plus de 20 000 ans dans tous les cas, l’entrée de la grotte ayant été comblée il y a 21 000 ans, ce qui explique son état de conservation exceptionnel. Ces dates sont frappantes. Elles suggèrent que dès leur arrivée en Europe nos ancêtres Homo sapiens maîtrisaient l’art, qu’ils avaient probablement des croyances et des mythes.
Cela change la perception parfois péjorative que nous avons de l’âge de pierre. Avec des outils en bois, en os et en pierre, certes. Mais aussi avec suffisamment d’aisance pour libérer le temps nécessaire à des pratiques artistiques. Avec la liberté de se déplacer sans entrave dans de vastes espaces sans pollution. Un mode de vie qu’il ne faut pas idéaliser. Vivre au contact des grands animaux comme les ours des cavernes qui fréquentaient également la grotte Chauvet devait parfois être dangereux. Nous ne sauront jamais si c’était l’entraide ou la violence qui tenait la part la plus importante dans les rapports sociaux à l’intérieur de ces groupes de chasseurs cueilleurs. Un point où il est sûr que nos ancêtres ont mieux réussi que nous est la durée. Plusieurs centaines de générations se sont succédées sur des milliers d’années dans la grotte Chauvet avec un mode de vie qui a probablement évolué très lentement.
Aujourd’hui que l’on soit optimiste ou pessimisme concernant l’avenir, tout le monde ou presque est conscient que nos modes de vie seront très différents dans 50 ans et nous n’osons même pas imaginer ce qu’ils deviendront dans 100 ans ou 1000 ans. Ils changent radicalement à l’échelle d’une vie. Par exemple, la micro-informatique, Internet et les smartphones les ont déjà lourdement modifiés en quelques décennies. L’intelligence artificielle commence déjà à avoir des impacts importants. Il est a craindre que ces nouvelles technologies qui permettent de créer des armes autonomes, qui changent notre rapport au langage et facilitent la surveillance de masse aient des effets délétères. Sans aucune chance d’appuyer sur le bouton pause pour prendre le temps de réfléchir et reprendre nos esprits.
En étant optimiste on peut espérer qu’elles nous libèrent des tâches répétitives et nous aident à mieux apprendre. Quels que soient les effets de l’intelligence artificielle, demain sera forcément différent d’aujourd’hui. Les techniques s’empilent et s’intriquent les unes avec les autres. Elles sont devenues tellement complexes qu’elles nous échappent.
Dans le même temps, les réalités physiques nous rattrapent. Le climat ne sera plus le même, d’ailleurs il a déjà changé, un communiqué de l’Organisation Météorologique Mondiale indique « 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais observée alors que le réchauffement dépasse temporairement 1,5 °C »ii. Avec peu d’espoir que cela s’arrange, il est également prévu que les émissions de gaz à effet de serre augmentent en 2024iii. L’élection du climato-sceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis laisse peu d’espoir d’inverser cette tendance.
Le recul de la place laissée aux vivants non humains, l’érosion des sols ou les effets de nouvelles molécules chimiques qu’aucun organisme vivant ne sais recycler sont tout aussi préoccupants.
Tout cela présage de beaucoup de changements dans un laps de temps très court. Bien sûr, le climat a toujours changé, Homo sapiens a toujours évolué d’un point de vue biologique et culturel. Il a toujours vécu dans des écosystèmes qui évoluent également, qu’il a toujours contribué à modifier. C’est la vitesse de cette évolution qui change. Au temps de nos ancêtres de la grotte Chauvet elle évoque une légère ondulation à peine perceptible sur un océan calme. Aujourd’hui elle fait penser à un raz-de-marée qui, en quelques secondes, emporte tout sur son passage.
iLe documentaire « Grotte Chauvet – Dans les pas des artistes de la Préhistoire » propose de belles images complétées par une reconstitution en trois dimensions de la grotte https://www.arte.tv/fr/videos/112849-000-A/grotte-chauvet-dans-les-pas-des-artistes-de-la-prehistoire/
iihttps://wmo.int/fr/news/media-centre/2024-est-en-passe-de-devenir-lannee-la-plus-chaude-jamais-observee-alors-que-le-rechauffement
iiihttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/cop29-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-atteignent-de-nouveaux-sommets-en-2024_6867230.html