Les champs de mes rêves

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    • Incomplétude heureuse

      Publié à 17 h 53 min par Antoine Bocheux, le octobre 19, 2025

      Incomplétude, ce mot étrange m’est venu à l’esprit en assistant à un récital de piano. Même en me concentrant, impossible de suivre le flot de musique qui jaillit de la table d’harmonie. Sur le clavier, tout va vite, sous l’impulsion des mouvements vifs, souples et précis du pianiste. Trop de notes d’arpèges et d’accords, trop de nuances, trop de variétés dans les timbres. Même en étant attentif, il m’est impossible de me concentrer sur tout. J’imagine que, peut-être dans la salle, d’autres spectateurs plus familiers que moi à l’art du piano perçoivent une sorte de face cachée de la musique qui échappe à mon oreille. J’ai l’impression que mon écoute est incomplète, ce qui ne m’empêche pas d’en entendre assez pour apprécier la musique. Cette incomplétude me donne même une forme de satisfaction. Le flot musical qui sort du piano n’est pas clos. Il est riche des promesses du plaisir d’en découvrir de nouvelles facettes à l’occasion de prochains concerts ou de l’écoute attentive d’un disque.

      Cette incomplétude heureuse m’évoque également la botanique. Essayer de vous installer seul au milieu d’une prairie et de nommer les plantes qui vous entourent. Si vous n’en connaissez aucune, l’exercice sera frustrant. Il est difficile de s’intéresser à quelque chose sans aucun repère. Ce n’est plus de l’incomplétude, c’est le vide, le néant. Si vous en reconnaissez la moitié, vous serez heureux de les retrouver et sûrement très motivé par la perspective de sortir votre flore et votre loupe pour mettre un nom sur une partie des plantes que vous n’avez pas reconnues. En repassant, saisons après saisons, années après années, vous aurez le plaisir de constater que vous en reconnaissez de plus en plus. La prairie devient de plus en plus familière. Si un jour vous les reconnaissez toutes, vous aurez un moment l’impression d’avoir fait le tour de la question.

      Mais l’horizon de la botanique est vaste. Vous aurez peut-être envie d’aller voir ailleurs pour découvrir des plantes que vous ne connaissez pas encore. Et même de découvrir des espèces que personne n’a jamais décrites si vous êtes un botaniste chevronné (pour cela il faudra quitter la France métropolitaine). Ou de vous intéresser plus en détail aux plantes que vous avez identifiées dans la prairie. Ce que leur association permet de déduire sur la nature du sol ? Sont-elles comestibles ? Ont-elles des vertus médicinales. Quels animaux s’en nourrissent ? Sont-elles rares ? Les questions à se poser sont nombreuses. Si la prairie était un cercle, il se remplirait au fur et fur à mesure que l’on apprend à y identifier les plantes qui poussent à l’intérieur. Et au moment où l’on pense en connaître la superficie, l’on se rend compte qu’il reste de nouveaux points, d’une nature différente, à découvrir. En y prêtant attention, certains points se dilatent et deviennent de nouveaux cercles à explorer.

      Sous la prairie, il y a peut-être un sol calcaire constitué de l’accumulation des cadavres de micro-organismes ayant vécu il y a des centaines de millions d’années. Pour les scientifiques, proposer un récit de l’histoire de la vie sur terre ressemble à une enquête policière dont les indices se trouvent principalement dans les roches. La découverte de fossiles permet de compléter le tableau. A partir de ces indices, ils peuvent nous proposer les contours d’une histoire de la vie sur terre. Il restera toujours du mystère dans cette histoire, des découvertes scientifiques à venir la feront évoluer, la bouleverseront peut-être. Une chose est sûre elle sera toujours incomplète. Cette incomplétude fait travailler l’imagination. Comme créer une image mentale de ce qui n’existe plus. Une solution est de faire appel à des illustrations d’artistes qui essayent de restituer les paysages disparus avec le plus de précisions possible. Une autre est de se laisser aller à son imagination.

      J’imagine des images floues avec des dominantes de couleurs chaudes pour marquer différents chapitres. Du rouge pour la terre primitive encore en fusion, il y a environ 4,5 milliards d’années. Du bleu foncé pour les débuts de la vie sur terre avant que la photosynthèse des cyanobactéries ne rejette de l’oxygène dans l’atmosphère. La vie existait, mais elle n’était représentée que par des bactéries invisibles à l’œil nu. Du bleu plus clair entre 2,4 milliards d’année et 600 millions d’années, la vie est toujours invisible mais un peu plus grande avec l’apparition des cellules à noyaux, les eucaryotes. Des formes floues, variées et étranges au milieu du bleu de l’océan pour les débuts de la vie multicellulaire entre 600 et 450 millions d’années Et du vert d’il y a 450 millions d’années à nos jours quand les plantes ont colonisé les continents. Les images sont floues, très incomplètes, mais le cercle commence à se remplir. Et je réjouis de la perspective que mes lectures au cours des prochaines années leur apporte un peu de netteté.

      Posté dans Non classé | 1 commentaire | Tagué botanique, Histoire de la vie, Musique
    • Zoom et dézoom : voyage à l’échelle d’une bactérie

      Publié à 20 h 13 min par Antoine Bocheux, le août 7, 2025

      Il existe de nombreux divertissements pour oublier les soucis du quotidien. Le cinéma en est un : souverain. Parfois, avec les films policiers, nous regardons des histoires qui font peur. Pour se dire que nos vies ne sont pas si terribles que ça ? D’autres fois, avec les comédies romantiques, nous rentrons dans un monde idéalisé où tout finit bien. Pour rêver d’une vie meilleure que la nôtre ? Il existe aussi des expériences de pensées plus originalesoù l’on se fait soi même son cinéma dans sa tête. De bonnes occasions d’imaginer ce que nos sens ne peuvent pas voir. Pourquoi pas essayer de changer d’échelle en se mettant dans le peau d’une bactérie ?

      Les bactéries sont partout. Dans nos corps comme dans celui de tous les animaux, dans les plantes, dans les sols, dans les océans et même dans l’air. Elles sont la forme de vie la plus ancienne sur terre. Elles existent depuis au moins 3,5 milliards d’années alors que la vie pluricellulaire n’aurait que 600 millions d’années. Elles sont partout, mais ne pouvons pas les voir directement. Elles sont petites, beaucoup trop petites. Elles ne font qu’environ 1 millième de millimètre. Beaucoup trop lilliputien pour espérer les observer avec une loupe. Pour les voir il reste le microscope électronique. Pas vraiment le genre d’équipement auquel tout un chacun a accès ! Les scientifiques qui ont pu les observer par ce biais nous apprennent que leurs formes sont variées : sphériques, ovales, bâtonnets, filaments … Tout cela reste encore bien abstrait. 1 millième de millimètre c’est tellement petit ! Nous sommes trop gros pour faire de la biologie.

      Alors lançons nous dans notre expérience de pensée. Agrandissons suffisamment nos bactéries pour pouvoir les observer sans loupe et les saisir. Imaginons que leur taille est multipliée par mille. Elles font maintenant un millimètre de haut. Un millimètre c’est encore minuscule mais avec une pince nous pouvons maintenant espérer les manipuler. En étant patient nous pourrions essayer de les empiler pour construire une tour. Imaginons que cette tour fait mille fois la taille d’un être humain de 180 centimètres. Notre tour est un gratte ciel qui culmine à 180 mètres de hauts. Il faudrait beaucoup de petits briques d’un millimètres pour la construire ! Des milliards et des milliards de briques. On comprend mieux pourquoi un corps humain est assez grand pour abriter des dizaines de milliards de bactérie. Le Muséum d’Histoire Naturelle estime que le corps d’un être humain de 20 à 30 de ans mesurant 1,70 mètres abriterait 38 milliards de bactériesi. C’est vraiment beaucoup. Pour donner un ordre de grandeur, la terre est peuplée de « seulement » 8,14 milliards d’habitants en 2025.

      Poursuivons notre expérience de pensée en imaginant maintenant que nous sommes une bactérie de 180 centimètres de haut au pied d’un être humain. Pour respecter les ordres de grandeurs, agrandissons notre être humain géant dans les mêmes proportions que la bactérie pour passer de passer de 1 millième de millimètre à 180 centimètres ? Quelle hauteur ferait cet être humain ? Il serait bien plus haut qu’une grande girafe de 6 mètre de haut c’est sûr. Beaucoup plus haut qu’un gratte ciel de 800 mètre de haut. Il culminerait largement au dessus des 8849 mètre d’altitude de mont Everest. La bonne réponse est 324 kilomètres. Notre géant imaginaire aurait donc les pieds sur terre et la tête dans l’espace. En ordre de grandeur sa taille correspond à peut près à la distance en ligne droite entre Paris et Londres (344 kilomètres) ou la distance entre la terre et la station spatiale internationale. Mais ce n’est finalement pas si grand que ça pour abriter 38 milliards de bactéries !

      Il nous faudrait du temps pour explorer ce géant, le chemin de ses pieds à sa tête serait long. Il serait particulièrement embouteillé au niveau du tube digestif qui abrite 90 % des bactéries hébergées dans un corps humain. Comme souvent c’est là où se trouve la nourriture que la vie se concentre.

      Chaque bactérie contient des millions de molécules. Nous pourrions poursuivre notre expérience de pensée en nous mettant à l’échelle d’une molécule. Mais les distances risquent de devenir vraiment vertigineuses !

      ihttps://www.mnhn.fr/fr/le-corps-humain-terrain-de-toute-une-biodiversite

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    • Sidération estivale

      Publié à 17 h 28 min par Antoine Bocheux, le septembre 4, 2022

      L’été 2022 a été particulièrement éprouvant. Chaud, sec, jaune, poussiéreux, lourd, orageux. Inquiétant, avec une accumulation de catastrophes : incendies, grêle, inondations. L’été était une trêve, une saison marquée par la douceur de vivre et une forme d’insouciance. Tout cela fut loin de nous cette année. Difficile d’échapper à la chaleur qui rend le quotidien plus pénible. Ni à l’inquiétude d’être touché par un incendie ou une averse de grêle.

      Pendant que nous subissons les affres de la chaleur, les plantes souffrent aussi. Dans les jardins, le jaune prend petit à petit la place du vert, des arbustes meurent. Aucune fleur, aucun légume à espérer sans arrosage.

      Dans les bois les arbres semblent mieux résister. De loin tout semble presque normal, les feuilles sont bien vertes. Pourtant, en marchant sous leur voûte on se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Bien sûr, il fait beaucoup plus frais qu’au soleil. Mais même à l’ombre, l’air est anormalement sec. Sous les pieds, un bruit inhabituel en cette saison se fait entendre. C’est celui des feuilles mortes. Un coup d’œil au sol permet de vérifier que ce n’est pas un rêve. Le sol est bien couvert d’un tapis de feuilles mortes ; en plein mois d’août ! Il est moins épais que celui que l’on rencontre habituellement en automne. Ce sont pourtant bien des feuilles fraîchement tombées. En levant les yeux, on constate que les branches sont clairsemées, des feuilles manquent à l’appel. Tous les arbres semblent touchés. En observant le sol attentivement, le constat est sans appel. Partout où il y a des feuillus on trouve des feuilles mortes au sol.

      Faute d’eau en quantité suffisante, les arbres se séparent avant l’automne d’une partie de leur feuillage. Au moment où la photosynthèse de ces feuilles aurait du leur permettre d’emmagasiner des réserves pour le printemps suivant. Comment les arbres réagiront-ils si cela se produit régulièrement ? Les conséquences du dérèglement climatique leur complique la tâche. Les été deviennent trop chauds et sec pendant que les hivers restent trop froids pour leur permettre de conserver leurs feuilles en restant à l’abri du gel.

      Dans les prairies les paysages sont également bouleversés par la sécheresse. Il ne reste qu’un tapis jaune au milieu duquel subsiste encore un chapelet de taches vertes. Parfois on y trouve encore quelques fleurs éparses qui arrivent à pousser dans ces conditions extrêmes. Cet été, on ne peut plus vraiment dire que l’on se met au vert en allant à la campagne. Se mettre au jaune serait plus adapté pour décrire la situation. Même les pâturages de haute montagne jaunissent sous les coups de butoir de la sécheresse. Toutes les agricultures non irriguées tournent au ralenti. Dans les prés on croise des vaches qui mangent leurs réserves de foins au lieu de brouter de l’herbe verte.

      Après la sidération du Covid qui avait changé drastiquement nos modes de vie du jour au lendemain, vient celle de la sécheresse. Elle nous affecte d’une manière plus diffuse ; mais aussi plus profonde si elle est amenée à se répéter tous les été. Si c’est le cas c’est notre sécurité alimentaire qui pourrait finir par être affectée. Tous les continents étant touchés par le changement climatique, il risque de devenir de plus en plus aléatoire de compter sur le surplus des autres pays pour palier une mauvaise récolte. Nous n’en sommes pas là. Il faut déjà apprendre à vivre avec la chaleur et les restrictions d’eau. Vivre dans un environnement qui n’est plus tout à fait le même. Petit à petit nous glissons vers autre chose. Les paysages changent, la nature devient moins accueillante. Les forêts ne sont plus baignées d’une humidité bienfaisante, les vertes prairies deviennent jaunes. Les lieux familiers changent et prennent un nouveau visage. Comme si l’été n’existait plus. Qu’il était remplacé par une nouvelle saison. Une saison morte, comme un hiver estival où les conditions climatiques ne sont pas suffisamment favorables pour permettre à la végétation de pousser.

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    • Les bactéries : invisibles, omniscientes et interstellaires

      Publié à 22 h 08 min par Antoine Bocheux, le août 24, 2021

      Les bactéries ? C’est quoi une bactérie au juste ? Elles mesurent un millième de millimètre, elles sont complètement invisibles. Difficile de décrire une forme de vie que l’on ne peut pas voir. Cela demande déjà beaucoup d’imagination de concevoir qu’une vie foisonnante mais invisible puisse exister. La science nous les décrit comme des êtres vivants unicellulaires sans noyau. Vivants car leur métabolisme génère des réactions chimiques leur permettant de grandir et de se reproduire en se divisant.

      Je ne m’aventurai pas plus loin à tenter de définir le vivant, ce n’est pas mon domaine. Je préfère insister sur l’étonnement et l’émerveillement devant la découverte de cette forme vie dont j’ai longtemps ignoré l’existence. J’essaye de remonter dans ma mémoire. Je me souviens bien avoir entendu parler dès l’enfance de bactéries qui rendent malade dont il faut se méfier. Sans jamais chercher à savoir ce qu’est une bactérie. Dans mon imaginaire c’était simplement quelque chose de dangereux

      C’est en m’intéressant au jardinage et à l’agriculture que mon regard sur les bactéries a commencé à changer. Les ouvrages sur l’agriculture biologique ou la permaculture l’indiquent tous, il faut nourrir le sol pour nourrir la plante. Pour « nourrir  le sol», laissez sur sa surface de la matière organique, des feuilles mortes, de la paille ou de la tonte de pelouse par exemple. « La vie du sol » va la « manger » et finir par les transformer en éléments assimilables par les plantes. Il y a donc de la vie dans le sol. En se penchant, on peut en voir une partie, en particulier son représentant le plus emblématique : le ver de terre. On peut les regarder, les toucher. La « digestion » de la matière organique dans le sol continue après les vers de terre. Les végétaux qu’ils ont digérés ne sont pas encore assimilables par les plantes.

      C’est à ce moment là que les bactéries entrent en scène. Pour simplifier, elles se nourrissent des végétaux pré-digérés par les vers de terre pour finir par les transformer en minéraux assimilables par les plantes. « Entrent en scène » n’est peut-être pas l’expression la plus appropriée pour décrire leur intervention car la scène est invisible. Rien ne permet de déceler leur présence, il faut faire confiance aux scientifiques qui nous indiquent qu’elles sont bien là et faire travailler notre imagination pour essayer de se les représenter. Je les imagine comme de petits points noirs qui peuplent le sol. Cette représentation est probablement fausse, cela n’a pas d’importance. Elle m’aide à faire un effort d’abstraction pour admettre qu’il y a des millions d’êtres vivants minuscules et invisibles dans le sol.

      Dans le sol, mais pas seulement. Elle sont partout : dans l’eau, dans l’air, dans les plantes, dans les animaux, sur notre peau, dans notre estomac … Cela peut paraître trivial mais j’ai été étonné de le découvrir à la lecture de « Jamais seul: Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations » l’excellent ouvrage de vulgarisation scientifique de Marc André Selosse. On ne peut pas rester indifférent en découvrant que son corps abrite des millions d’êtres vivants invisibles. Ne pas être surpris en réalisant que sans leur aide il serait impossible de digérer les aliments que l’on mange. Dans notre estomac aussi, les bactéries sont indispensables pour transformer les aliments en nutriments assimilables par notre organisme.

      Surpris, étonné, émerveillé j’ai continué à l’être à la lecture de « Comment la vie à commencé » d’Alexandre Meinesz. Il nous rappelle que les bactéries sont de loin la forme de vie la plus ancienne , la date de leur apparition sur terre est estimée entre -3,8 et -3,5 milliards d’années. On parle bien ici de milliards d’années. Pendant plus d’un milliard d’années , les bactéries sont restées la seule forme de vie sur terre. Il faut attendre -2,2 milliards d’années avec l’apparition des premières cellules à noyau, les eucaryotes, pour qu’elles partagent les océans avec des formes de vie plus complexes . Toutefois, leur ancienneté et leur petite taille n’en font pas une forme de vie archaïque et dépassée. Elles ont toujours continué d’ évoluer et continuent d’évoluer en parallèle avec les formes de vie pluricellulaires. Outre leur ancienneté, elles accumulent les records : nombre d’individus, diversité des milieux occupés, volume de biomasse, nombre d’espèces. Elles restent la forme de vie la mieux implantée sur terre. Et sûrement pour longtemps. Leur résistance à la chaleur et au froid, la diversité de leurs modes d’alimentations, leur capacité d’hiberner, la rapidité avec laquelle elles peuvent muter et se reproduire. Tout laisse à penser qu’elles sont là pour longtemps sur terre.

      Des expériences ont prouvé qu’elles peuvent même survivre dans l’espace. Des traces de bactéries ont été trouvées dans des météorites. Ces éléments parmi d’autres permettent à Alexandre Meinesz d’avancer l’hypothèse de l’origine extraterrestre des premières bactéries à l’origine de la vie sur terre. Ce n’est qu’une hypothèse mais cette idée que cette vie invisible en nous et partout autour de nous à une origine interstellaire est vertigineuse. Songer que nous sommes reliés à une forme de vie venue d’une planète tellement lointaine que nous ne pouvons même pas imaginer où elle se trouve laisse la porte ouverte aux rêves.

      Pour aller plus loin

      Marc-André Selosse, Jamais seul: Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, 368 pages 2017

      Alexandre Meinesz, Comment la vie a commencé: Les trois genèses du vivant, 335 pages, 2008

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    • Rêver avec des mots

      Publié à 18 h 01 min par Antoine Bocheux, le novembre 14, 2020

      Un blog sans image peut sembler désuet. A l’heure des réseaux sociaux et de la surinformation, les images règnent en maître sur le web. L’attention est devenue une denrée rare, les slogans et les photos sont mieux armés pour la saisir qu’une longue suite de caractères noirs sur fond blanc. Alors, pourquoi continuer à écrire des textes jetés dans l’océan du web comme une bouteille à la mer ?

      L’utilisation d’images dans un blog semble aller de soi. Techniquement, cela ne pose aucune difficulté. Avec les progrès de l’informatique, prendre des photos ou se filmer n’a jamais été aussi simple. Il y a vingt ans, ce n’était pas le cas, les photographies étaient moins nombreuses sur le web et les vidéos étaient rares. Aujourd’hui elles sont plébiscitées par les internautes. L’utilisation de photos est devenue la norme dans la presse comme dans les blogs. Les blogs vidéo sont populaires. Continuer à tenir un blog sans utiliser d’images semble incongru. Trouver le chemin pour rencontrer des lecteurs est hasardeux. En accrochant l’attention, instantanément, sans effort, les images peuvent rendre ce chemin moins hasardeux. Alors pourquoi ne pas y avoir recours ?

      Tenir est un blog n’est pas une démarche anodine. Cela demande tu temps, de la réflexion, de l’attention. Il n’est pas évident de transmettre des idées, des questionnements, des intuitions. Toutes ces petites choses issues de réflexions qui font la singularité d’une personne. Fluctuantes et fragiles, elle ne se laissent pas facilement saisir, leurs contours restent flous, elles glissent dans le cerveau comme l’eau sur la peau. Elles l’imprègnent et restent toujours en mouvement. Les mots sont nos meilleurs alliés pour les fixer. Pour saisir l’abstraction, l’infiniment petit, l’immensité de l’univers, l’épaisseur du temps ils sont irremplaçables là où les images sont inopérantes.

      Les photographies sont de peu de secours pour exprimer les champs de mes rêves. Elles permettent de saisir un instantané du monde visible, elles sont inutiles pour entrouvrir les portes de l’invisible. L’odeur de la terre après la pluie, le souffle du vent sur la peau, le bruit des pas dans les feuilles mortes leurs échappent. Elles ne peuvent pas saisir les racines des arbres cachées sous la terre entrelacées par les hyphes des champignons ni les bactéries qui pullulent dans nos corps et sous nos pieds. Elles passent au travers de concepts comme la nature ou la culture. Les mystères du carbonifère leur échappent.

      Autant d’exemples de sujets déjà évoqués dans les champs de mes rêves que seuls les mots permettent de saisir. S’ouvrir à leur présence constitue un voyage immobile pour appréhender différemment la réalité à travers ce qui échappe au regard. Les mots sont le seul véhicule qui rendent ce voyage possible. Leurs contours restent flous, leurs interprétations fluctuantes. En les parcourant à son rythme chacun peut se les approprier. La lecture permet ce lent processus qui aide à appréhender ce que nos sens ne peuvent percevoir, à repousser les limites de notre représentation de l’espace et du temps.

      Les mots permettent aux penseurs de nous transmettre les idées et les concepts que nous ne pouvons pas saisir. Aux poètes de révéler ce que nous ne percevons pas. Aux scientifiques d’expliquer comment leurs observations et leurs hypothèses permettent de se représenter la réalité. Cette élargissement de la réalité au-delà du visible est propice aux songes et aux rêves. Il élargit l’horizon dans lequel déambule la pensée.

      Les champs de mes rêves ne peuvent pas s’exprimer autrement qu’avec des mots. Ils voguent paisiblement dans l’immensité de l’océan du web, prêts à être partagés avec les lecteurs qui croiseront leurs routes, en espérant leur ouvrir de nouveaux horizons.

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    • De quoi la nuit rêvent les roses ?

      Publié à 15 h 33 min par Antoine Bocheux, le juin 15, 2020

      Nous sommes nombreux à aimer les roses, à nous émouvoir devant leur beauté. Il faut avoir une âme de poète comme Aragon pour se demander de quoi elles rêvent la nuit. Peut-on déjà savoir si elles rêvent ?

      « Que sais-tu des plus simples choses
      Les jours sont soleils grimés
      De quoi la nuit rêvent les roses
      Tous les feux s’en vont en fumée
      Que sais-tu du malheur d’aimer
      »

      Le malheur d’aimer- Louis Aragon

      Elle sont là devant nous et nous les connaissons si mal. Le mystère est ici devant nous, dans le jardin. Comme toutes les plantes, nous savons bien que les rosiers sont vivants, mais en sommes nous vraiment conscients ? Elles sont présentes devant nous, fixes. Elles grandissent à une échelle de temps qui n’est pas la notre, nous les percevons comme immobiles, alors qu’elles sont en mouvement. Nous nous déplaçons pour aller chercher notre nourriture. Elles s’étalent pour capter la lumière et produire elles même leurs sucres grâce à la photosynthèse. Nous fuyons pour échapper au danger, elles restent fixes et se protègent différemment. Avec leur piquants et leurs épines, comme les orties et rosiers. Par leur résilience, coupez une branche d’un rosier, vous ne le tuerez pas.

      Et puis il y a tout un monde invisible dont nous commençons à découvrir les balbutiements grâce aux progrès de la recherche. Nous pensions qu’elles ne pouvaient pas communiquer, nous découvrons que leur racines sont mycorhizées, c’est à dire qu’un très fin réseau de champignon invisible à l’œil nu les relient. Les plantes nourrissent les champignons, grâce à leur finesse les champignons vont chercher l’eau et les nutriments dans les moindre recoins du sol. Ils permettent également de transmettre des nutriments d’une plante à l’autre, peut-être leur permettent ils aussi de s’envoyer des messages ? La communication pourrait également prendre d’autre formes, les prochaines années seront sûrement riches de nouvelles découvertes sur les étonnantes facultés d’adaptation des plantes mais il est peu probable que nous sachions de quoi elles rêvent. Elles sont fascinantes mais tellement différentes. C’est une chose de montrer qu’elles sont intelligentes en trouvant des solutions pour s’adapter à une situation, c’est une autre de savoir ce qu’elles pensent, de quoi elles rêvent. Des êtres vivants aussi économes de leurs mouvements et de leur énergie pensent-ils en permanence ? S’encombrent-ils comme nous avec notre cerveau dont l’activité incessante consomme 20 % de l’énergie que nous ingérons et nous cause parfois bien des tourments. Mais être économe de son énergie empêche-t-il de rêver ?

      Comment perçoivent-elles le monde alors qu’elles ne voient pas ce que nous voyons, n’entendent pas ce que nous entendons, ne sentent pas ce que sentons, mais discernent des ondes que nous ne captons pas. Quand nous les croisons nous percevons forcément le même lieu d’une façon différente. Tellement différente que nous ne pouvons pas nous la représenter. Essayons quand même de l’imaginer, de la rêver ; la vie ici est un ailleurs complètement différent si l’on essaye de se mettre à leur place. Projet utopique, rêve de poète ; porte ouverte vers de nouveaux songes où l’on côtoie l’inconnue et le mystérieux ,à nos portes dans nos jardins.

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    • Un printemps silencieux

      Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le mars 29, 2020

      En cette année 2020, le début du printemps est marqué par le confinement que nous vivons pour ralentir la propagation du virus Covid-19. Au moment où le retour du soleil et les jours qui rallongent sont une invitation à sortir, il faut rester enfermé. Du jour au lendemain, sans sommation, notre quotidien s’est transformé dans une sidération collective.

      Les avions ont presque cessé de voler, les voitures se font rares, les routes sont anormalement calmes. Il se dégage une atmosphère étrange en parcourant les rues pendant les brèves minutes où nous pouvons sortir pour pratiquer une activité physique. Ce qui frappe le plus c’est le silence. Le bruit de fond de la circulation disparaît pour laisser place à de nouveaux sons inhabituels. L’espace sonore n’est pas vide, il est contrasté avec des pleins et des vides. Des vides, quand même en tendant l’oreille il est seulement possible d’entendre un léger souffle de vent. Des pleins quand on croise une voiture ou le bruit perçant d’une tondeuse. Le chant des oiseaux, d’ordinaire recouvert, se fait plus présent. Parfois éloigné, son écho est à peine perceptible. D’autres fois, il occupe le premier plan pendant de longues minutes.

      Des bruits inhabituels ressortent. Le pas de joggeurs, plus nombreux que d’habitude, l’écho des ballons des enfants. La sensation d’espace est inhabituelle. Sans circulation les rues semblent plus grandes, on s’écarte pour rester à plus d’un mètre des autres piétons. On se dit encore bonjour, entendre la voix d’un inconnu autrement qu’à travers des hauts parleurs devient presque incongru. Marcher dans la rue n’est plus quelque chose de banal et d’innocent, cela devient une activité rare, rationnée, précieuse, contrainte. Le monde sensible qu’il est possible d’entendre et de sentir se restreint à un rayon d’un kilomètre autour de son domicile. Sa place est réduite à une portion congrue, il est remplacé par le monde virtuel des ordinateurs, des téléphones et des vidéo-conférences.

      On entend encore le son de la voix de ses proches et des ses collègues mais il déformé par le téléphone comme leur visage l’est par les webcams. Le liens avec les autres deviennent presque entièrement virtuels. Sans le cordon ombilical d’Internet qui nous relient, il n’en resterait plus grand chose. Nous étions déjà habitués à voir le monde à travers nos écrans. Avec le confinement, nos liens avec le réel sont encore réduits.

      Il y a quelques mois personne n’aurait pu prévoir que l’on en arrive là. Nous faisions confiance à la science pour trouver une solution pour nous protéger contre ce virus. Elle n’en a pas trouvé, un tiers de l’humanité se retrouve confiné. Un sentiment de confiance et d’invulnérabilité s’évapore devant cette impuissance. Nous sommes vulnérables face à un ennemi invisible que nous ne maîtrisons pas. Cet étrange silence règne sur nos villes, nous restons chez nous pour nous protéger. Notre silence laisse la place aux bruits de la nature qui étaient étouffés.

      « Le printemps silencieux », c’est le titre du livre écrit en 1962 par la biologiste américaine Rachel Carson pour évoquer le silence de la nature dans les champs à cause de l’utilisation des pesticides. Elle nous prévenait qu’avec les pesticides les insectes et les oiseaux se font plus rares, leurs chants s’estompent dans les champs pour laisser la place au silence. Ce printemps, c’est le son de l’Humanité qui s’estompe. Malgré la science, malgré les pesticides et notre apparente maîtrise sur la nature, un simple virus nous vole des vies humaines et chamboule notre quotidien.

      Cette période de confinement est l’occasion de se poser, de laisser moins de place aux réflexes et plus de place à la réflexion. Nous constatons combien le contact avec les autres nous manque, à quel point les interactions positives avec nos semblables sont importantes dans nos vies. Nous éprouvons qu’il est frustrant de ne pas pouvoir sortir alors que dehors la nature s’éveille. Derrière l’inquiétude pour « la planète » qui est de plus en plus partagée depuis quelques années, nous nous rendons compte que ce n’est pas pour la vie sur terre qu’il faut nous inquiéter. Les virus et les bactéries nous survivrons. Ce virus qui nous menace, contre lequel nous sommes en guerre, nous le rappelle cruellement. C’est pour nous, pour les oiseaux, pour les fleurs pour les arbres et pour tous ce que nous aimons qu’il faut s’inquiéter. Vivre, bien sûr, mais vivre comment? Qui souhaiterait rester confiné pendant des années. Cette période de réflexion est aussi l’occasion de s’interroger sur ce que nous voulons sauver.

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