Les champs de mes rêves

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    • Quand le bocage continue de mourir : aux sources d’une dissonance entre les paroles et les actes

      Publié à 17 h 30 min par Antoine Bocheux, le juin 22, 2025

      La presse se fait souvent l’écho de plantations de haies. Comme nous l’avons déjà vu l’année dernière, les scientifiques insistent sur les vertus agronomiques et écologiques du bocage. : lutte contre les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.iDans ce contexte il semblerait logique que le linéaire de haies progresse sur le territoire français. Malheureusement, à première vue en dépit de toute logique, l’arrachage continue en France. Il s’accélère même. 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Comment expliquer cette situation ? Dans les discours, il est difficile de trouver des ennemis au bocage et à la haie champêtre. Opinion publique, syndicats agricoles de diverses sensibilités, chasseurs et amis des animaux : personne n’est contre. Alors d’où vient ce décalage entre la parole et les actes ? Deux ouvrages sortis récemment aident à y voir plus clair.

      La journaliste Inés Léraud revient sur l’histoire du remembrement dans la BD « champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement »ii Que retenir de cet épisode qui a aboutit à la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées entre les années 1950 et les années 1980 ? Que le remembrement n’a pas seulement eu pour objectif arracher les haies pour faciliter la mécanisation de l’agriculture. Ni l’autosuffisance alimentaire. Il a également eu pour ambition de transformer les fermes en exploitations agricoles et de réduire drastiquement le nombre de paysans. L’État ne voyait pas d’un bon œil de laisser des millions de paysans vivre en quasi autonomie. Le bocage contribuait largement à cette autonomie en leur fournissant, entre autres le bois d’œuvre et le bois de chauffage et des fruits. Entre 1946 et 1974, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 7 millions à 3 millions Quatre raisons se cachent derrière cet objectif de réduire le nombre de paysans

      Premièrement, réduire le nombre d’agriculteurs pour libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. Deuxièmement, ouvrir des débouchés à l’industrie des fournitures agricoles : tracteurs, engrais, pesticides, semences… Troisièmement :favoriser les exploitations agricoles qui fournissent des matières premières agricoles standardisées pour répondre aux besoins de l’industrie agro-alimentaire. Quatrièmement : réduire le coût de l’alimentation dans le budget des français pour favoriser les ventes de produits de consommation : télévisions, frigidaires, lave linge, voitures …

      Ce qui ressort de la BD d’Inés Léraud, c’est la souffrance qu’à représenté ce remembrement pour les paysans qui l’ont subi. Ils ont été victimes de la destruction du paysage dans le lequel ils avaient vécu en même temps que la remise en question de leur mode de vie. Il s’est également accompagné de conflits tenaces entre les paysans pro et anti remembrement qui ont laissés des traces durables. Et toutes les oppositions ont été réprimées par l’État, souvent par la force, qui n’a pas hésité à envoyer des compagnies de CRS pour protéger les engins de travaux publics nécessaires à l’arrachage des haies quand c’était nécessaire.

      Aujourd’hui, la situation a changé. En conclusion de son livre « La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des moeurs »iii le sociologue Léo Magnin souligne que «  2 % de la population active, les agriculteurs, qui sont économiquement contraints de baisser leur coût de production et réglementairement poussés à prendre en charge la préservation de 52 % du territoire national ». Les haies sont souvent sacrifiées à cause de cette contradiction. Elles deviennent une contrainte pour beaucoup d’agriculteurs qui manquent de temps pour les entretenir du fait de l’agrandissement des exploitations. Dans le même temps cet entretien n’est plus une source de revenus, le bois n’étant pas toujours valorisé. Même l’ombrage qu’elle apporte aux bétails est de moins en moins apprécié. l’augmentation de la taille des exploitations incitant les éleveurs à laisser les animaux à l’étable toute l’année, les intérêts agronomiques et écologiques des haies pèsent peu pour des agriculteurs déjà soumis à une lourde charge de travail. Ceux qui en ont encore sur leurs exploitations vivent parfois comme une injustice l’interdiction de les arracher Dans ce contexte la zone de deux mètres d’herbe entre le labour et le pied de la haie n’est pas toujours respectée, les haies sont parfois tuées à petit feu en les taillant un peu plus bas chaque année jusqu’à leur disparition définitive. Cela permet de contourner l’interdiction d’arracher et coûte en plus moins cher qu’un arrachage.

      Tout cela nous rappelle que derrière les haies, il y a des hommes. Ce sont eux qui ont planté les haies champêtres pour assurer leur autonomie en bois et en fruits et pour disposer de parcelles closes et ombragées pour leur bétail. En vidant les campagnes de leurs paysans l’agriculture industrielle rend difficile le retour des haies. Malgré les discours, malgré l’intérêt agronomique et écologique des haies, un blocage profond persiste. Réduire toujours plus le nombre d’agriculteurs, augmenter toujours plus la productivité par actif est une logique qui n’est pas tenable si l’on souhaite préserver les haies. Compte tenu des bénéfices de la présence des haies pour l’ensemble de la société il est urgent de s’en inquiéter.

      ihttps://champsdemesreves.fr/2024/05/12/les-vielles-haies-champetres-un-patrimoine-naturel-et-culturel-a-preserver/
      iiInès Léraud, Champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement, Delcourt, 2024, 192 pages
      iiiLéo Magnin, La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des mœurs, La Découverte,2024, 224 pages

      Posté dans Agriculture, Histoire | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Bocage, Histoire
    • L’évolution d’Homo sapiens entre ondulation et raz-de-marée

      Publié à 17 h 04 min par Antoine Bocheux, le décembre 31, 2024

      Ces derniers jours, au milieu d’une actualité anxiogène, les médias ont relaté le trentième anniversaire de la découverte de la grotte Chauvet. Voir sur un écran les représentations d’animaux qui ornent ses parois est une petite bouffée d’oxygènei. Parce qu’elles sont belles, dessinées par des hommes et des femmes qui vivaient au contact de ces grands animaux sauvages qui n’existent plus. Parce qu’elles sont mystérieuses et ont un sens qui nous échappe. Surtout parce qu’elles sont très anciennes. Elles auraient 37 000 ans pour les plus anciennes. Plus de 20 000 ans dans tous les cas, l’entrée de la grotte ayant été comblée il y a 21 000 ans, ce qui explique son état de conservation exceptionnel. Ces dates sont frappantes. Elles suggèrent que dès leur arrivée en Europe nos ancêtres Homo sapiens maîtrisaient l’art, qu’ils avaient probablement des croyances et des mythes.

      Cela change la perception parfois péjorative que nous avons de l’âge de pierre. Avec des outils en bois, en os et en pierre, certes. Mais aussi avec suffisamment d’aisance pour libérer le temps nécessaire à des pratiques artistiques. Avec la liberté de se déplacer sans entrave dans de vastes espaces sans pollution. Un mode de vie qu’il ne faut pas idéaliser. Vivre au contact des grands animaux comme les ours des cavernes qui fréquentaient également la grotte Chauvet devait parfois être dangereux. Nous ne sauront jamais si c’était l’entraide ou la violence qui tenait la part la plus importante dans les rapports sociaux à l’intérieur de ces groupes de chasseurs cueilleurs. Un point où il est sûr que nos ancêtres ont mieux réussi que nous est la durée. Plusieurs centaines de générations se sont succédées sur des milliers d’années dans la grotte Chauvet avec un mode de vie qui a probablement évolué très lentement.

      Aujourd’hui que l’on soit optimiste ou pessimisme concernant l’avenir, tout le monde ou presque est conscient que nos modes de vie seront très différents dans 50 ans et nous n’osons même pas imaginer ce qu’ils deviendront dans 100 ans ou 1000 ans. Ils changent radicalement à l’échelle d’une vie. Par exemple, la micro-informatique, Internet et les smartphones les ont déjà lourdement modifiés en quelques décennies. L’intelligence artificielle commence déjà à avoir des impacts importants. Il est a craindre que ces nouvelles technologies qui permettent de créer des armes autonomes, qui changent notre rapport au langage et facilitent la surveillance de masse aient des effets délétères. Sans aucune chance d’appuyer sur le bouton pause pour prendre le temps de réfléchir et reprendre nos esprits.

      En étant optimiste on peut espérer qu’elles nous libèrent des tâches répétitives et nous aident à mieux apprendre. Quels que soient les effets de l’intelligence artificielle, demain sera forcément différent d’aujourd’hui. Les techniques s’empilent et s’intriquent les unes avec les autres. Elles sont devenues tellement complexes qu’elles nous échappent.

      Dans le même temps, les réalités physiques nous rattrapent. Le climat ne sera plus le même, d’ailleurs il a déjà changé, un communiqué de l’Organisation Météorologique Mondiale indique « 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais observée alors que le réchauffement dépasse temporairement 1,5 °C »ii. Avec peu d’espoir que cela s’arrange, il est également prévu que les émissions de gaz à effet de serre augmentent en 2024iii. L’élection du climato-sceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis laisse peu d’espoir d’inverser cette tendance.

      Le recul de la place laissée aux vivants non humains, l’érosion des sols ou les effets de nouvelles molécules chimiques qu’aucun organisme vivant ne sais recycler sont tout aussi préoccupants.

      Tout cela présage de beaucoup de changements dans un laps de temps très court. Bien sûr, le climat a toujours changé, Homo sapiens a toujours évolué d’un point de vue biologique et culturel. Il a toujours vécu dans des écosystèmes qui évoluent également, qu’il a toujours contribué à modifier. C’est la vitesse de cette évolution qui change. Au temps de nos ancêtres de la grotte Chauvet elle évoque une légère ondulation à peine perceptible sur un océan calme. Aujourd’hui elle fait penser à un raz-de-marée qui, en quelques secondes, emporte tout sur son passage.

      iLe documentaire « Grotte Chauvet – Dans les pas des artistes de la Préhistoire » propose de belles images complétées par une reconstitution en trois dimensions de la grotte https://www.arte.tv/fr/videos/112849-000-A/grotte-chauvet-dans-les-pas-des-artistes-de-la-prehistoire/

      iihttps://wmo.int/fr/news/media-centre/2024-est-en-passe-de-devenir-lannee-la-plus-chaude-jamais-observee-alors-que-le-rechauffement

      iiihttps://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/cop29-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-atteignent-de-nouveaux-sommets-en-2024_6867230.html

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    • Quand le pétrole sert à extraire du bois

      Publié à 20 h 01 min par Antoine Bocheux, le février 24, 2024

      Dans son dernier ouvrage, « Sans transition ; une nouvelle histoire de l’énergie »i l’historien Jean-Baptiste Fressoz porte un regard neuf sur l’histoire de l’énergie. Il insiste sur les intrications entre le bois, le charbon et le pétrole. Il démontre que ces trois sources d’énergie n’ont jamais été en concurrence. Au contraire, elles se sont développées en synergie les unes avec les autres.

      Ce constat ébranle le concept de transition écologique. L’histoire ayant montré que les différentes sources d’énergie se complètent mais ne se succèdent pas les une aux autres, comment les énergies renouvelables pourraient-elles remplacer le charbon et le pétrole? La lecture de ce livre douche l’espoir de voir les émissions de gaz à effet de serre réduites à temps pour limiter le changement climatique grâce à la transition énergétique. Cette perspective n’est pas réjouissante. Pourtant n’est-il pas préférable d’essayer de tendre vers la vérité plutôt que de croire en des illusions ? Résumée de façon abrupte, la lecture de ce livre peut sembler fastidieuse. Il n’en est rien, il est rédigé dans un style clair et vif.

      Le fil rouge de sa première partie est la découverte des intrications entre le bois, le charbon et le pétrole. Tout commence avec la dépendance, surprenante au premier abord, du charbon vis à vis du bois. L’Angleterre, le premier pays à avoir extrait massivement du charbon, utilisait plus de bois en une année pour ses mines de charbon à la fin du 19ième que pour se chauffer une année au 18ième siècle. Ce bois servait à fabriquer des étais qui permettaient de stabiliser les galeries des mines. L’extraction du charbon était donc impossible sans bois. L’utilisation de bateaux à vapeur et du chemin de fer permettait de transporter ce bois sur de longues distances. L’Angleterre, dont les forêts étaient notoirement insuffisantes pour répondre aux besoins de ses mines, le faisait venir de toute l’Europe. Par exemple, une partie des pins plantés dans le seconde moitié du 19ième siècle dans les Landes ont fini au fond des mines anglaises.

      A ses débuts, l’extraction du pétrole a également nécessité beaucoup de bois. Au 19ième siècle, le pétrole était principalement transporté dans des barriques en bois, les compagnies pétrolières possédaient à cette époque de gigantesques tonnelleries. Elle a commencé à grande échelle aux États-Unis dans les années 1860. Les compagnies pétrolières ont pu y trouver les grandes quantités de bois nécessaires à leurs activités. Quand elle s’est faite à plus grand échelle les barriques ont été progressivement remplacées par des réservoirs et des pipelines en acier. La dépendance du pétrole au bois a glissé vers une dépendance au charbon. N’oublions pas que pour faire de l’acier il faut du charbon, beaucoup de charbon. Acier également indispensable à la fabrication des voitures, des camions, des bateaux et des avions qui brûlent le pétrole. Dans la liste des engins nourris au pétrole, il faut rajouter ceux qui permettent de mécaniser l’extraction du charbon, les haveuses. Leurs perfectionnements ont fait entrer l’exploitation du charbon dans une nouvelle dimension, permettant d’extraire toujours plus de charbon en ayant recours à peu de main d’œuvre.

      Le pétrole a également permis de couper toujours plus de bois. D’abord, les tronçonneuses ont grandement facilité l’abattage des arbres. Ensuite, les camions et les engins de terrassement ont ouvert un dense réseau de pistes forestières qui a rendu accessibles des parcelles de forêts auparavant préservées par leur isolement. Le pétrole a également accéléré le développement des plantations d’arbres en monocultures. Le recours à des engrais de synthèse à base de gaz permet de faire pousser les arbres plus vite. Et les abatteuses, autres engins d’acier nourris au pétrole, de mécaniser la récolte du bois. Une fois broyé, ce bois devient une source d’énergie dite renouvelable. Il ne faut pourtant pas oublier que sa récolte, sa transformation et son transport sont dépendants du pétrole.

      Les liens entre le bois et le pétrole vont plus loin. Seul ou souvent mélangé aux plastiques issus du pétrole, le bois permet de répondre à la demande croissante d’emballages qu’a accompagné l’essor de la grande distribution puis celui de e-commerce. Les palettes de bois entourées de films plastiques constituent un autre exemple d’un produit issus de l’hybridation bois, pétrole.

      Tous ces exemples illustrent l’unicité qui lie toutes les techniques les unes aux autres, mais également leur auto-accroissement, les nouvelles techniques se mélangeant les unes aux autres pour en créer de nouvelles. Jacques Ellul avait très bien expliqué cela il y a plus de 50 ans, la lecture de cette nouvelle histoire de l’énergie est un bon exemple pour illustrer sa théorie du système technicien dont nous avions déjà parlé dans le billet « Le fonctionnement du système technicien : comment la technique façonne notre monde »

      i Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition, une nouvelle histoire de l’énergie, Seuil, 2024, 416 pages

      Posté dans Histoire, La Technique | 2 Commentaires | Tagué Bois, Charbon, Energie, Histoire, Pétrole
    • Avons « Nous » mangé la terre ?

      Publié à 16 h 13 min par Antoine Bocheux, le avril 10, 2023

      Nous avons mangé la terre : c’est le titre d’un livre co-signé par Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz et Jean-Robert Vialleti. En quelques lignes concises et synthétiques, il propose un autre récit de l’histoire des 19ième et 20ième siècles. Il débute avec l’exploitation du charbon très vite complétée par celle du pétrole. L’industrialisation qui en a découlé, le rapport à l’espace qui s’est modifié avec les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Les deux guerres mondiales qui ont été nourries par cette industrialisation ont largement contribué à accélérer son développement. Il se poursuit avec des changements profonds de modes de vie : l’automobile et les maisons individuelles, une agriculture qui se transforme radicalement avec l’emploi de la mécanisation et de la chimie; la diffusion de ces bouleversements venus des États-Unis vers le reste du monde. Le tout accompagné d’une extraction minière et d’une pollution toujours accrues

      Ce récit résume, à grands traits, ce que l’on l’appelait encore le progrès à la fin du 20ième siècle. Malgré les souffrances des guerres, la pénibilité du travail, l’on en retenait une marche en avant vers plus de confort, les progrès de l’hygiène et de la santé, la hausse de la production agricole permettant une hausse de la population. Tout cela reste vrai, mais les circonstances imposent aujourd’hui une autre lecture de ces événements. La combustion du charbon et du pétrole, c’est aussi l’émission de gaz à effet de serre qui réchauffent le climat avec les conséquences dramatiques que nous commençons à éprouver. L’énergie déployée par la combustion de ces hydrocarbures a également permis une destruction du vivant non humain sans commune mesure avec ce qui s’était passé avant. C’est aussi une pollution de l’air et de l’eau visible des glaces polaires jusque dans les eaux des océans les plus reculés. Ces changements sont tellement profonds que certains chercheurs avancent que nous sommes rentrés dans une nouvelle ère géologique : l’anthropocène. Il fallait proposer une nouvelle lecture de l’histoire pour expliquer comment nous en sommes arrivé là. Les historiens Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz se sont attelés à cette tache en 2013 avec leur ouvrage « L’Événement Anthropocène ; La Terre, l’histoire et nous. »ii. « Nous avons mangé la terre » propose une synthèse de ce travail.

      Au delà de son contenu, le titre « Nous avons mangé la terre » interpelle. En tant qu’espèce Homo Sapiens il semble difficilement contestable que nous ayons mangé la terre. En tant qu’individu c’est beaucoup moins évident. Géographiquement c’est au Royaume-Uni, puis dans le reste de l’Europe et aux États-Unis que l’entrée dans anthropocène a commencée. A l’intérieur de ces pays, l’utilisation de ces nouvelles techniques n’a pas fait l’unanimité. Beaucoup de paysans sont partis travailler à l’usine ou la mine parce qu’ils n’avaient pas d’autre alternative. A l’extérieur les européens ont également imposé leur utilisation dans les empires coloniaux. Au cours des deux guerres mondiales les techniques ont été développées sans aucun esprit critique sur leurs impacts négatifs, l’utilisation massive des dernières techniques étant indispensable pour prétendre à la victoire. Cela a abouti à la bombe atomique. Cet état de fait s’est poursuivi pendant la guerre froide et continue aujourd’hui. Malgré les risques, n’entend-t-on pas dire que si nous ne développons pas l’intelligence artificielle les chinois, eux, le feront. Or plus de techniques c’est toujours plus d’exploitation de ressources minières et d’hydrocarbures. Même derrière l’informatique il y a l’extraction de métaux qui demande beaucoup d’énergie, souvent fournie par le charbon. Sans oublier le fonctionnement des serveurs, lui aussi gourmand en énergie

      Quand on retrace le cours des événements, il ressort que les techniques se sont souvent imposées sans nous laisser le choix, confirmant la théorie de Jacques Ellul sur l’automatismeiii de l’utilisation des nouvelles techniques indépendamment des choix des individus et des États.

      Derrière le « Nous », il y a plus d’êtres humains qui utilisent des techniques parce qu’elles s’imposent à eux plutôt qu’une volonté de « manger la terre ». Et continuent d’aspirer et de rêver à autres choses. Il y a aussi toutes celles et ceux qui ont vécu et continuent de vivre en respectant le vivant non humain. Une diversité d’expériences et d’aspirations humaines qu’il ne faut pas oublier à une époque où l’uniformité des techniques pousse à tout rendre identique.

      ihttps://www.seuil.com/ouvrage/nous-avons-mange-la-terre-christophe-bonneuil/9782021478969

      iihttps://www.seuil.com/ouvrage/l-evenement-anthropocene-jean-baptiste-fressoz/9782757859599

      iiihttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

      Nous avons mangé la terre : c’est le titre d’un livre co-signé par Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz et Jean-Robert Vialleti. En quelques lignes concises et synthétiques, il propose un autre récit de l’histoire des 19ième et 20ième siècles. Il débute avec l’exploitation du charbon très vite complétée par celle du pétrole. L’industrialisation qui en a découlé, le rapport à l’espace qui s’est modifié avec les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Les deux guerres mondiales qui ont été nourries par cette industrialisation ont largement contribué à accélérer son développement. Il se poursuit avec des changements profonds de modes de vie : l’automobile et les maisons individuelles, une agriculture qui se transforme radicalement avec l’emploi de la mécanisation et de la chimie; la diffusion de ces bouleversements venus des États-Unis vers le reste du monde. Le tout accompagné d’une extraction minière et d’une pollution toujours accrues

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    • Un siècle d’american way of life : voitures, pavillons individuels et centres commerciaux

      Publié à 14 h 21 min par Antoine Bocheux, le novembre 27, 2022

      L’american way of life est une évidence aux contours flous. Tout droit sorti de notre imaginaire collectif, il est véhiculé avec obstinationpar le cinéma et la publicité. Il prend forme dans l’automobile, les pavillons de banlieue et les centres commerciaux. Accès au confort, abondance matérielle, liberté de mouvement, maison individuelle avec jardin, il dégage une connotation positive. Il a aussi sa face sombre avec le gaspillage, le mitage des campagnes et les embouteillages. On ne peut que constater qu’il a profondément changé nos modes de vie et continue à peser sur nos représentations et nos aspirations. Il n’a pourtant qu’un petit siècle.

      Il a pris forme progressivement dans la première moitié du 20ième. Au commencement, il y a la Ford T, la première automobile produite en grande série. Elle rend la voiture accessible à la classe moyenne américaine dès les années 1910. Il devient alors possible de construire des maisons loin des centres-villes tout en travaillant en centre-ville. Les premiers lotissements prennent forme, leur déploiement est ralenti par la récession des années 1930 puis par la seconde guerre mondiale. Il devient massif après guerre. Il est symbolisé par les maisons préfabriquées bon marché conçues par William Levitt. Avec l’accès au crédit, il est devenu moins cher pour la classe moyenne américaine d’acheter un pavillon de banlieue que de louer un appartement en centre-ville.

      Ce nouveau mode de vie introduit des ruptures. L’éloignement entre le domicile et le lieu de travail et les magasins, qui petit à petit quittent les centre villes pour s’installer dans les centres commerciaux. La voiture et les déplacements qu’elle permet deviennent autant une contrainte qu’une liberté. Contrainte de se déplacer pour travailler malgré les embouteillages et des temps de parcours qui s’allongent. Liberté par la facilité à se rendre où l’on veut quand on veut qu’elle procure.

      Le pavillon de banlieue est un type d’habitat nouveau, différent de tout ce qui a existé avant. Les paysans partageaient couramment une ou deux pièce par famille. Ici chacun a sa chambre, son espace particulier. Les jardins entourant les maisons donnent à chaque foyer plus d’intimité que dans un appartement. Plus de lumière aussi avec les vastes baies vitrées et la vue sur la verdure du jardin, loin du monde entièrement minéral des centres-villes.

      L’american way of life c’est également le confort. Confort thermique avec l’eau chaude, le chauffage et la climatisation. Confort pratique avec les aspirateurs, lave-linge et lave vaisselle qui aident à réaliser plus vite les tâches domestiques. Confort moelleux des fauteuils épais dans les salons. Confort qui parfois vire au gadget et à la futilité avec la tentation d’accumuler toujours plus de biens matériels alimentée par la publicité. Aucune civilisation n’a proposé l’équivalent dans les siècles précédents. C’est une rupture profonde avec le passé à la fois par sa nature et par le nombre de personnes qui en bénéficient.

      Il s’accompagne d’un accès à l’information également inédit d’abord avec la radio, la presse et les livres bientôt complété par la télévision. L’accès à la musique dont la transmission prend un tournant inédit avec la radio et les disques. Écouter un concert, lire un livre ou regarder ce qui se passe à l’autre bout du monde bien au chaud dans son fauteuil paraît naturel aujourd’hui, cela ne l’était pas il y a deux siècles. Cela ouvre la porte à de nouveaux imaginaires mais aussi à la publicité. Un voyage intérieur toujours alimenté par de nouveaux mots, de nouvelles images et de nouveaux sons.

      Plus d’intimité, plus de confort, une invitation à chacun de vivre dans sa bulle. Tout en étant de plus en plus dépendant vis à vis de l’extérieur. Plus de vie possible sans le cordon ombilical des fils électriques, les réseaux d’eau potable et le ruban des routes. Avec le temps la dépendance a changé de forme. Elle ne vient plus de la tribu ou du village mais de l’État et des sociétés anonymes. Ses méandres sont tellement vastes qu’on ne peut plus mettre un visage dessus.

      Avec le déclin de la classe moyenne, ce mode de vie est menacé. La répartition de plus en plus inégale de la richesse et la fin de l’énergie bon marché interrogent sur son avenir. A peine né et déjà en sursis, nous commençons tout juste à avoir le recul pour nous interroger sur ce qu’il a changé dans nos vies, pour le meilleur et pour le pire.

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    • Comment la méthode pour capturer une petite bulle d’air a de grands impacts sur le climat et la sécurité alimentaire 

      Publié à 19 h 36 min par Antoine Bocheux, le avril 18, 2021

      L’azote ? Il n’a pas de goût, pas d’odeur, il est invisible. Pourtant, nous baignons dedans. Cet élément chimique (N2) est l’un des plus abondants sur terre. Il constitue 78 % de l’air que nous respirons. Le paradoxe est que sous une forme assimilable par les plantes, il est rare. Elles le trouvent dans le sol, mais sont incapables de le capturer dans l’air. Elles en ont pourtant besoin pour fabriquer leurs acides aminés. Dans la nature, les plantes mortes se décomposent sur place et libèrent leur azote dans le sol. Il le restituera à son tour à une nouvelle génération de plantes. En agriculture, les plantes récoltées quittent le champ, emportant avec elles l’azote qu’elles ont accumulé dans leurs tissus. Le cycle est rompu.

      Le manque d’azote a longtemps été un facteur limitant des rendements agricoles. Empiriquement, dès les débuts de l’agriculture, les agriculteurs ont introduit dans leurs rotations des légumineuses pour palier ce manque. Du soja en Chine, des pois chiches en Inde, des pois et des lentilles au Moyen Orient et en Europe, des arachides en Afrique, des haricots en Amérique. Ces plantes peuvent pousser dans un sol pauvre en azote. Elles ont trouvé la clé pour le capturer dans l’air : une symbiose avec des bactéries.

      Cette symbiose a lieu dans le sol. Sur les racines des légumineuses sont accrochées des nodosités, de petites boules rondes mesurant de 1 à 5 millimètres. Chacune de ces petites sphères abrite des centaines de milliers de bactéries qui transforment l’azote de l’air sous une forme assimilable par la plante. En échange, grâce au produit de sa photosynthèse, la plante nourrit les bactéries. Ces légumineuses, également appelées protéagineuses, sont riches en protéines ce qui les rend intéressantes pour l’alimentation humaine comme pour l’alimentation animale.

      En Europe, malgré leur culture pendant des siècles, des jachères ont été nécessaires pour palier le manque d’azote dans les sols. A partir du 15ième siècle en Flandre, de nouveaux assolements ont été découverts : des prairies temporaires avec des légumineuses comme la luzerne et des cultures de légumineuses ont remplacé les jachères. Cela a permis d’élever plus de bétail et par conséquent de fournir plus de fumier, riche en azote, pour fertiliser les champs. Les rendements ont doublé sans main d’œuvre supplémentaire ni nouveau matériel. Ce système de rotation s’est généralisé en Europe au 19ième sièclei.

      Au 20ième siècle, la synthèse chimique de l’azote a permis à l’agriculture de s’affranchir des légumineuses et du fumier. Grâce à l’utilisation de gaz naturel ou de charbon qui fournissent l’énergie nécessaire pour transformer l’azote de l’air en ammoniac assimilable par les plantes. Ce que les légumineuses font avec l’énergie solaire captée par les plantes, la chimie de synthèse le fait en utilisant les énergies fossiles … elles mêmes issues de l’énergie solaire captée par les plantes il y a des millions d’années.

      Cette énergie fossile bon marché est la clé pour disposer en abondance d’engrais azotés. Accompagnée par une mécanisation de l’agriculture, elle aussi tributaire des énergies fossiles, elle a permis d’augmenter les rendements agricoles tout en diminuant le nombre d’agriculeturs. Comme toute technique, l’utilisation de l’azote chimique de synthèse est ambivalente. Pour supporter cette abondance d’engrais il a fallu développer des semences capables de pousser avec ce surplus d’azote qui les rendent plus fragiles ; ce qui a nécessité l’emploi de pesticides. Cette dépendance vis à vis des énergies fossiles s’est accompagnée d’une perte de la souveraineté alimentaire des régions avec leur spécialisation dans la culture ou dans l’élevage.

      L’influence de l’azote de synthèse va au-delà. Au niveau local, le surplus épandu qui n’est pas absorbé par les cultures pollue l’eau. Dans les régions spécialisées dans l’élevage, le lisier trop abondant pour être utilisé comme engrais dans les cultures finit dans les rivières et les eaux côtières où il nourrit les algues vertes.

      Qui dit énergies fossiles dit également gaz à effet de serre. Outre le CO2 émit pour synthétiser l’azote avec des énergies fossiles, l’épandage d’engrais azotés produirait « du protoxyde d’azote, une substance au pouvoir réchauffant 265 fois supérieur au CO2, qui reste dans l’atmosphère plus longtemps qu’une vie humaine »ii

      Devant ces constats, l’agriculture évolue pour diminuer les impacts de l’utilisation de l’azote de synthèse. L’agriculture biologique est pionnière sur ce point : son cahier des charges interdit l’utilisation d’engrais de synthèse et elle prône l’utilisation de légumineuses et l’association de l’élevage et des cultures sur une même ferme.
      Des efforts sont également entrepris en agriculture conventionnelle. Les doses d’engrais sont réduites, les épandages fractionnés. L’agriculture de conservation va plus loin avec l’intégration de légumineuses en association avec les cultures et dans les rotations pour réduire plus significativement l’usage d’engrais de synthèse.

      Le recours aux légumineuses et l’association des cultures et de l’élevage sont les clés pour réduire l’utilisation des engrais chimiques de synthèse. Selon l’agronome Marc Dufumier, cela permettrait même de s’en passer complètementiii. Sans développer de nouvelles techniques dont l’ambivalence entraînera nécessairement des effets secondaires défavorables.Au delà de ce débat, il est intéressant de prendre conscience de la dépendance de notre agriculture aux énergies fossiles et de son impact sur le climat. L’utilisation des légumineuses pour capturer l’azote de l’air est une occasion de remplacer, au moins en partie, les énergies fossiles par l’énergie renouvelable du soleil.

      i Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde : Du néolithique à la crise contemporaine, Seuil, 705 pages, 2002
      ii https://beta.reporterre.net/L-utilisation-d-engrais-azotes-s-accelere-et-menace-l-Accord-de-Paris
      iii https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-09-mars-2021

      Posté dans Agriculture, Histoire, La Technique | 0 Commentaire
    • La technique selon Jacques Ellul : à la recherche du facteur déterminant pour appréhender la réalité

      Publié à 15 h 28 min par Antoine Bocheux, le juillet 18, 2020

      Il est important d’analyser les blocages et les contradictions qui nous empêchent de mettre en place une agriculture plus proche de la nature alors que nous sommes nombreux à y aspirer. Les spécialistes qui se penchent sur la question nous proposent de nombreuses pistes intéressantes dans cette quête d’explications. Mais leur accumulation finit par devenir confuse. Pour les replacer dans un contexte plus large il est utile de les compléter par une analyse qui vise à rechercher quel est le facteur déterminant qui explique le fonctionnement de notre société dans sa globalité.

      C’est à cette tache ambitieuse et salutaire que s’est employé Jacques Ellul (1912 – 1994). Professeur à la faculté de droit et à l’institut d’études politiques de Bordeaux il a écrit plus de 40 ouvrages dont une trilogie consacrée à la technique : la technique ou l’enjeu du siècle (1954), le système technicien (1977) et le bluff technologique (1988).

      Pour aider ses contemporains à mieux comprendre les grands rouages de la société dans laquelle ils vivent, il a cherché à déterminer quel est le facteur qui explique son évolution. Selon lui, pour être considéré comme déterminant, ce facteur doit répondre à plusieurs critères. Tout d’abord, il doit avoir une part majeure dans l’explication de nombreux phénomènes importants. Il doit permettre de faire un lien entre ces phénomènes. Enfin il doit permettre d’expliquer la contradiction dans les résultats de l’analyse d’un phénomène. Pour lui le facteur déterminant est la technique. Bien qu’il ait présenté « la technique » dès 1954 dans le livre « La technique ou l’enjeu du siècle » l’utilisation de ce facteur déterminant reste pertinent en ce début de 21ième siècle. Jean-Luc Porquet s’est employé à cet exercice où il aborde des sujets d’actualité comme le principe de précaution ou les OGM à travers la pensée de Jacques Ellul.

      Qu’est-ce que « la technique »

      Le plus délicat pour aborder la pensée de Jacques Ellul est de comprendre ce qu’il entend par technique. Pour lui, une technique est une méthode « une méthode pour atteindre un résultat ». Cette définition est très large. Elle ne se limite pas à la conception à la fabrication d’objets comme une voiture, une maison ou un ordinateur. Elle recouvre également des techniques d’organisation comme celles utilisées pour organiser le travail, améliorer l’efficacité personnelle des cadres ou organiser l’entraînement des sportifs.

      L’homme a toujours utilisé des techniques, mais jusqu’à la fin du 18° siècle, elles ne jouaient pas un rôle prépondérant dans sa vie. Elles n’avaient pas le rôle prégnant qu’elles ont aujourd’hui. Elles avaient pour caractéristiques de ne pas être présentes dans tous les aspects de sa vie (ex : avant le confort était spirituel et pas matériel), d’évoluer lentement et d’être locales.

      A partir du 19e siècle, la situation évolue. Petit à petit à petit émerge, d’abord en Europe de l’ouest puis aux États-Unis, ce que Jacques Ellul appelle « le phénomène technique » ou plus simplement « la technique » qu’il définit comme « l’utilisation du moyen le plus efficace dans tous les domaines ». Autrement dit, dans tous les aspects de sa vie l’homme moderne est amené a utiliser une technique qui doit être la plus efficace à sa disposition.

       Une fois cette définition posée il est important de préciser selon quels critères est défini le moyen le plus efficace ?. L’efficacité pourrait être quelque chose de subjectif auquel cas il serait difficile de déterminer quelle est le moyen le plus efficace pour atteindre un objectif. Cependant, dans le cadre du phénomène technique il existe des règles, qui permettent de déterminer quel est ce moyen le plus efficace, autrement dit la technique la plus efficace. Tout d’abord, la technique est rationnelle. Tout doit être pensé à l’avance, fait en fonction de normes et de procédés et logique. Des données chiffrées doivent êtres utilisées pour déterminer quelles sont les techniques les plus efficaces. Ce qui ne peut pas être chiffré, comme les conséquences de la destruction de la nature, n’est pas pris en compte au moment d’évaluer l’efficacité d’une technique.

      Enfin la technique a une seule finalité : son propre développement. Elle n’a pas d’objectifs à long terme. Elle cherche simplement à se développer en suivant un modèle auquel Jacques Ellul attribue cinq caractéristiques l’auto-accroissement, l’unicité, l’universalité, l’automatisme et l’autonomie que nous présenterons dans un prochain billet.

      Posté dans Agriculture, Histoire, La Technique | 1 commentaire
    • Le vertige du carbonifère

      Publié à 14 h 22 min par Antoine Bocheux, le février 9, 2020

      L’histoire de la terre est divisée en grandes périodes aux noms plus ou moins évocateurs. Le carbonifère en est une. Elle a commencé il y a 360 millions d’années et a pris fin il y a 300 millions d’années. A l’échelle de la vie d’un homme, c’était il y a une éternité et cela a duré une éternité

      C’est une époque tellement lointaine qui a duré tellement longtemps qu’il faut prendre sa respiration et laisser aux mots le temps de pénétrer en nous pour essayer de s’imaginer ce que cela représente : 60 millions d’années c’est long, très très long c’est 20 fois le temps qui s’est écoulé depuis les premiers hommes sur terre, il y 3 millions d’années.

      Difficile de s’imaginer à quoi ressemblait la surface de la terre à cette époque avant les hommes, avant les mammifères, avant les plantes à fleurs, avant les dinosaures. Il faut faire travailler son imagination pour y arriver. Elle était verte et recouverte d’épaisse forêt à perte de vue. Les arbres sont déjà là omniprésents. Aucun animal de grande taille ne vient contrarier leur croissance. Les plus grands animaux que l’on croise sont des libellules d’un mètre d’envergure. Les arbres eux tutoient déjà le ciel, se dressant à 40 mètres de hauteur grâce à leurs troncs ligneux. Leurs feuilles se dressent dans les cimes pour capter la lumière du soleil. Leur association avec les champignons leur permet d’explorer les moindre recoins du sol pour récupérer l’eau et les nutriments qu’il renferme. Le temps passe, les sols s’épaississent et rien ne semble pouvoir perturber ces forêts. Pourtant, sur le temps très long, des perturbations finissent par arriver. Parfois, le niveau de la mer monte, de vastes forêts sont recouvertes. Les millions d’années passent, la mer se retire de nouveau, elles sont recouvertes d’une épaisse couche de sédiments qui ralentit leur transformation en matière organique en l’absence d’oxygène. Elles se décomposent très lentement dans les entrailles de la terre. Elles finissent par former des mines de charbon. C’est elles notre lien étroit avec le carbonifère. C’est en les explorant que les botanistes ont pu trouver les fossiles des arbres qui peuplait la surface de la terre à cette époque si lointaine. Prêles et fougères géantes et autres espèces d’arbres aux noms exotiques, aujourd’hui disparus.

      Penser à ces mines donne le vertige. En les exploitant l’homme a à sa disposition, facilement accessible, l’énergie que les forêts du carbonifère ont accumulé pendant des millions d’années. Il faut se souvenir qu’au début du 19ième siècle, avant l’exploitation massive des mines de charbon, le développement économique de l’Angleterre était freiné par un manque d’énergie. Il fallait choisir, du charbon de bois pour l’industrie ou du bois pour la marine. Des céréales pour nourrir les hommes et les animaux domestiques ou des forêts pour fournir l’industrie naissante en charbon de bois. En fournissant du charbon sans couper les dernières forêts, les mines de charbon ont permis d’enclencher la révolution industrielle. En permettant l’essor de la marine à vapeur, du chemin de fer et des aciéries, elles ont été le socle de la révolution industrielle. Aujourd’hui encore, elles constituent un des piliers de notre économie, le charbon étant la première source d’électricité dans le monde. C’est l’énergie du carbonifère qui alimente nos ordinateurs ! Il ne faut pas l’oublier, le charbon, le pétrole et le gaz sont des énergies issues de la décomposition de matières végétales, d’arbres pour le charbon, d’algues pour le pétrole et le gaz. La principale source d’énergie de notre monde minéral est organique !

      Profiter à un coût réduit d’une énergie accumulée pendant 60 millions d’années est une aubaine. C’est aussi une malédiction car il reste sous nos pieds encore suffisamment de charbon pour que les pires scénarios de changement climatique deviennent réalité. On ne relâche pas impunément en 200 ans le carbone accumulé par les plantes pendant 60 millions d’années.

      Pour aller plus loin :

      Olivier DAUTEL et Jean-Yves NOGRET, La Biologie pour les Nuls, First, 420 pages, 2011

      Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L‘événement Anthropocène.La Terre, l’histoire et nous, Seuil collection Point histoire, 336 pages, 2016

      Posté dans Histoire | 0 Commentaire | Tagué Energie, Histoire, Histoire de la vie
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