Il existe de nombreux divertissements pour oublier les soucis du quotidien. Le cinéma en est un : souverain. Parfois, avec les films policiers, nous regardons des histoires qui font peur. Pour se dire que nos vies ne sont pas si terribles que ça ? D’autres fois, avec les comédies romantiques, nous rentrons dans un monde idéalisé où tout finit bien. Pour rêver d’une vie meilleure que la nôtre ? Il existe aussi des expériences de pensées plus originalesoù l’on se fait soi même son cinéma dans sa tête. De bonnes occasions d’imaginer ce que nos sens ne peuvent pas voir. Pourquoi pas essayer de changer d’échelle en se mettant dans le peau d’une bactérie ?
Les bactéries sont partout. Dans nos corps comme dans celui de tous les animaux, dans les plantes, dans les sols, dans les océans et même dans l’air. Elles sont la forme de vie la plus ancienne sur terre. Elles existent depuis au moins 3,5 milliards d’années alors que la vie pluricellulaire n’aurait que 600 millions d’années. Elles sont partout, mais ne pouvons pas les voir directement. Elles sont petites, beaucoup trop petites. Elles ne font qu’environ 1 millième de millimètre. Beaucoup trop lilliputien pour espérer les observer avec une loupe. Pour les voir il reste le microscope électronique. Pas vraiment le genre d’équipement auquel tout un chacun a accès ! Les scientifiques qui ont pu les observer par ce biais nous apprennent que leurs formes sont variées : sphériques, ovales, bâtonnets, filaments … Tout cela reste encore bien abstrait. 1 millième de millimètre c’est tellement petit ! Nous sommes trop gros pour faire de la biologie.
Alors lançons nous dans notre expérience de pensée. Agrandissons suffisamment nos bactéries pour pouvoir les observer sans loupe et les saisir. Imaginons que leur taille est multipliée par mille. Elles font maintenant un millimètre de haut. Un millimètre c’est encore minuscule mais avec une pince nous pouvons maintenant espérer les manipuler. En étant patient nous pourrions essayer de les empiler pour construire une tour. Imaginons que cette tour fait mille fois la taille d’un être humain de 180 centimètres. Notre tour est un gratte ciel qui culmine à 180 mètres de hauts. Il faudrait beaucoup de petits briques d’un millimètres pour la construire ! Des milliards et des milliards de briques. On comprend mieux pourquoi un corps humain est assez grand pour abriter des dizaines de milliards de bactérie. Le Muséum d’Histoire Naturelle estime que le corps d’un être humain de 20 à 30 de ans mesurant 1,70 mètres abriterait 38 milliards de bactériesi. C’est vraiment beaucoup. Pour donner un ordre de grandeur, la terre est peuplée de « seulement » 8,14 milliards d’habitants en 2025.
Poursuivons notre expérience de pensée en imaginant maintenant que nous sommes une bactérie de 180 centimètres de haut au pied d’un être humain. Pour respecter les ordres de grandeurs, agrandissons notre être humain géant dans les mêmes proportions que la bactérie pour passer de passer de 1 millième de millimètre à 180 centimètres ? Quelle hauteur ferait cet être humain ? Il serait bien plus haut qu’une grande girafe de 6 mètre de haut c’est sûr. Beaucoup plus haut qu’un gratte ciel de 800 mètre de haut. Il culminerait largement au dessus des 8849 mètre d’altitude de mont Everest. La bonne réponse est 324 kilomètres. Notre géant imaginaire aurait donc les pieds sur terre et la tête dans l’espace. En ordre de grandeur sa taille correspond à peut près à la distance en ligne droite entre Paris et Londres (344 kilomètres) ou la distance entre la terre et la station spatiale internationale. Mais ce n’est finalement pas si grand que ça pour abriter 38 milliards de bactéries !
Il nous faudrait du temps pour explorer ce géant, le chemin de ses pieds à sa tête serait long. Il serait particulièrement embouteillé au niveau du tube digestif qui abrite 90 % des bactéries hébergées dans un corps humain. Comme souvent c’est là où se trouve la nourriture que la vie se concentre.
Chaque bactérie contient des millions de molécules. Nous pourrions poursuivre notre expérience de pensée en nous mettant à l’échelle d’une molécule. Mais les distances risquent de devenir vraiment vertigineuses !
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