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    • Quand le bocage continue de mourir : aux sources d’une dissonance entre les paroles et les actes

      Publié à 17 h 30 min par Antoine Bocheux, le juin 22, 2025

      La presse se fait souvent l’écho de plantations de haies. Comme nous l’avons déjà vu l’année dernière, les scientifiques insistent sur les vertus agronomiques et écologiques du bocage. : lutte contre les inondations et l’érosion, atténuation de la pollution de l’eau et de l’air, climatiseur et brise vent, abri pour la faune et la flore, fixation de carbone … La liste est longue.iDans ce contexte il semblerait logique que le linéaire de haies progresse sur le territoire français. Malheureusement, à première vue en dépit de toute logique, l’arrachage continue en France. Il s’accélère même. 23 500 km de haies ont été annuellement détruites entre 2017 et 2021, contre 10 400 km entre 2006 et 2014.

      Comment expliquer cette situation ? Dans les discours, il est difficile de trouver des ennemis au bocage et à la haie champêtre. Opinion publique, syndicats agricoles de diverses sensibilités, chasseurs et amis des animaux : personne n’est contre. Alors d’où vient ce décalage entre la parole et les actes ? Deux ouvrages sortis récemment aident à y voir plus clair.

      La journaliste Inés Léraud revient sur l’histoire du remembrement dans la BD « champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement »ii Que retenir de cet épisode qui a aboutit à la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées entre les années 1950 et les années 1980 ? Que le remembrement n’a pas seulement eu pour objectif arracher les haies pour faciliter la mécanisation de l’agriculture. Ni l’autosuffisance alimentaire. Il a également eu pour ambition de transformer les fermes en exploitations agricoles et de réduire drastiquement le nombre de paysans. L’État ne voyait pas d’un bon œil de laisser des millions de paysans vivre en quasi autonomie. Le bocage contribuait largement à cette autonomie en leur fournissant, entre autres le bois d’œuvre et le bois de chauffage et des fruits. Entre 1946 et 1974, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 7 millions à 3 millions Quatre raisons se cachent derrière cet objectif de réduire le nombre de paysans

      Premièrement, réduire le nombre d’agriculteurs pour libérer de la main d’œuvre pour l’industrie. Deuxièmement, ouvrir des débouchés à l’industrie des fournitures agricoles : tracteurs, engrais, pesticides, semences… Troisièmement :favoriser les exploitations agricoles qui fournissent des matières premières agricoles standardisées pour répondre aux besoins de l’industrie agro-alimentaire. Quatrièmement : réduire le coût de l’alimentation dans le budget des français pour favoriser les ventes de produits de consommation : télévisions, frigidaires, lave linge, voitures …

      Ce qui ressort de la BD d’Inés Léraud, c’est la souffrance qu’à représenté ce remembrement pour les paysans qui l’ont subi. Ils ont été victimes de la destruction du paysage dans le lequel ils avaient vécu en même temps que la remise en question de leur mode de vie. Il s’est également accompagné de conflits tenaces entre les paysans pro et anti remembrement qui ont laissés des traces durables. Et toutes les oppositions ont été réprimées par l’État, souvent par la force, qui n’a pas hésité à envoyer des compagnies de CRS pour protéger les engins de travaux publics nécessaires à l’arrachage des haies quand c’était nécessaire.

      Aujourd’hui, la situation a changé. En conclusion de son livre « La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des moeurs »iii le sociologue Léo Magnin souligne que «  2 % de la population active, les agriculteurs, qui sont économiquement contraints de baisser leur coût de production et réglementairement poussés à prendre en charge la préservation de 52 % du territoire national ». Les haies sont souvent sacrifiées à cause de cette contradiction. Elles deviennent une contrainte pour beaucoup d’agriculteurs qui manquent de temps pour les entretenir du fait de l’agrandissement des exploitations. Dans le même temps cet entretien n’est plus une source de revenus, le bois n’étant pas toujours valorisé. Même l’ombrage qu’elle apporte aux bétails est de moins en moins apprécié. l’augmentation de la taille des exploitations incitant les éleveurs à laisser les animaux à l’étable toute l’année, les intérêts agronomiques et écologiques des haies pèsent peu pour des agriculteurs déjà soumis à une lourde charge de travail. Ceux qui en ont encore sur leurs exploitations vivent parfois comme une injustice l’interdiction de les arracher Dans ce contexte la zone de deux mètres d’herbe entre le labour et le pied de la haie n’est pas toujours respectée, les haies sont parfois tuées à petit feu en les taillant un peu plus bas chaque année jusqu’à leur disparition définitive. Cela permet de contourner l’interdiction d’arracher et coûte en plus moins cher qu’un arrachage.

      Tout cela nous rappelle que derrière les haies, il y a des hommes. Ce sont eux qui ont planté les haies champêtres pour assurer leur autonomie en bois et en fruits et pour disposer de parcelles closes et ombragées pour leur bétail. En vidant les campagnes de leurs paysans l’agriculture industrielle rend difficile le retour des haies. Malgré les discours, malgré l’intérêt agronomique et écologique des haies, un blocage profond persiste. Réduire toujours plus le nombre d’agriculteurs, augmenter toujours plus la productivité par actif est une logique qui n’est pas tenable si l’on souhaite préserver les haies. Compte tenu des bénéfices de la présence des haies pour l’ensemble de la société il est urgent de s’en inquiéter.

      ihttps://champsdemesreves.fr/2024/05/12/les-vielles-haies-champetres-un-patrimoine-naturel-et-culturel-a-preserver/
      iiInès Léraud, Champs de batailles, l’histoire enfouie du remembrement, Delcourt, 2024, 192 pages
      iiiLéo Magnin, La vie sociale des haies : enquête sur l’écologisation des mœurs, La Découverte,2024, 224 pages

      Posté dans Agriculture, Histoire | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Bocage, Histoire
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