Nous l’avons vu le mois dernier dans cocon et dépendances, à l’intérieur de nos logements, nos cocons, nous vivons dans un milieu protégé. Protégé mais soumis à de nombreuses dépendances, parfois évidentes, parfois cachées. Dans un espace restreint de quelques dizaines de mètres carrés. Qui donne parfois l’impression d’être ouvert sur l’infini à travers des images et des mots. Accompagné d’un sentiment de n’avoir aucune prise sur le réel. Pour qu’y s’intéresse à la nature et plus particulièrement aux plantes, le jardin aide à créer des ponts entre le monde des livres et le monde réel.
Le jardin se prête bien à l’observation du mouvement des plantes, ces êtres vivants fixes mais pas immobiles. Les observer, jour après jour, au même endroit est la meilleure façon de constater qu’elles changent et qu’elles grandissent. D’ailleurs, nul besoin d’être un fin observateur pour constater que l’herbe et les haies poussent. Ce mouvement est plus ou moins lent en fonction des saisons et du climat. S’il est impossible de l’observer en temps réel comme celui d’un oiseau qui s’envole sur une branche, il arrive toujours un moment où il faut bien constater que l’herbe a tellement poussé qu’elle rend les allées impraticables.
Les livres de botanique incitent à observer de plus près le mouvement des plantes. Derrière le terme générique « herbe » se cachent des centaines d’espèces de plantes. Derrière chaque herbe, il y a une fleur en devenir, derrière chaque fleur fanée une graine qui après avoir patienté dans le sol donnera peut-être une nouvelle plante. Ce simple constat suffit à changer le regard sur la pelouse du jardin. Ce n’est plus seulement un tapis qu’il faut tondre quand il devient trop haut. C’est aussi une mosaïque de plantes. Avec un peut de patience, il devient possible de mettre un nom sur certaines d’entre-elles. De s’imaginer leurs aspects quand elles fleuriront. Les pâquerettes ou le plantain restent petits mais fleurissent vite. Résistant mieux que les autres aux passages réguliers des tondeuses on les trouve souvent dans nos jardins. Si l’on décide de tondre moins souvent certaines zones du jardin ce sont des herbes plus hautes qui fleurissent comme les oseilles sauvages (Rumex acetosa) ou les achillées mille feuille (Achillea millefolium). Le résultat sera différent en fonction des jardins et de la saison. Dans tous les cas des plantes plus ou ou moins spectaculaires finiront par fleurir.


Laisser les plantes fleurir, c’est aussi préserver une source de nourriture pour les insectes pollinisateurs. Tout le monde n’aime pas le lierre. Pourtant, an mois d’octobre, il suffit d’observer la vie grouillante autour d’un lierre en fleur pour se convaincre que c’est une source de nourriture bienvenue pour les insectes. Plus étonnant en fin de de printemps les oiseaux qui s’accrochent au pied d’oseille sauvage en fleur pour en manger les graines.

Le jardin est aussi un lieu où l’on peut appréhender les odeurs et les textures décrites dans les livres. Celles des plantes aromatiques comme la menthe, le thym ou le romarin mais aussi plus surprenante celle de la terre mouillé. La sentir et la toucher est une expérience à laquelle aucun livre ne peut complètement rendre justice même si l’on peut y apprendre que son odeur est due à des bactéries dans les prairies ou à des champignons dans les forêts.
On peut parfois oublier la météo à l’intérieur du cocon, au jardin ses effets sont trop visibles pour les ignorer. Le manque d’eau y est visible avec le vert qui vire au jaune. La sécheresse finit par figer le mouvement des plantes comme le froid le fait en hiver. Sans chauffage ni climatisation sans autre réserve d’eau que celle contenue dans le sol, elles subissent de plein fouet les caprices de la météo. Dès que l’eau revient et que la température est favorable, elles reprennent leur mouvement. Le jardin est abrité mais pas protégé du monde du monde extérieur. Cette adversité n’empêche pas la nature de s’exprimer au jardin. Libre à chacun d’entre nous de lui laisser un peu plus de place. Juste pour le plaisir de la découvrir et de l’observer.