Nous avons mangé la terre : c’est le titre d’un livre co-signé par Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz et Jean-Robert Vialleti. En quelques lignes concises et synthétiques, il propose un autre récit de l’histoire des 19ième et 20ième siècles. Il débute avec l’exploitation du charbon très vite complétée par celle du pétrole. L’industrialisation qui en a découlé, le rapport à l’espace qui s’est modifié avec les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Les deux guerres mondiales qui ont été nourries par cette industrialisation ont largement contribué à accélérer son développement. Il se poursuit avec des changements profonds de modes de vie : l’automobile et les maisons individuelles, une agriculture qui se transforme radicalement avec l’emploi de la mécanisation et de la chimie; la diffusion de ces bouleversements venus des États-Unis vers le reste du monde. Le tout accompagné d’une extraction minière et d’une pollution toujours accrues
Ce récit résume, à grands traits, ce que l’on l’appelait encore le progrès à la fin du 20ième siècle. Malgré les souffrances des guerres, la pénibilité du travail, l’on en retenait une marche en avant vers plus de confort, les progrès de l’hygiène et de la santé, la hausse de la production agricole permettant une hausse de la population. Tout cela reste vrai, mais les circonstances imposent aujourd’hui une autre lecture de ces événements. La combustion du charbon et du pétrole, c’est aussi l’émission de gaz à effet de serre qui réchauffent le climat avec les conséquences dramatiques que nous commençons à éprouver. L’énergie déployée par la combustion de ces hydrocarbures a également permis une destruction du vivant non humain sans commune mesure avec ce qui s’était passé avant. C’est aussi une pollution de l’air et de l’eau visible des glaces polaires jusque dans les eaux des océans les plus reculés. Ces changements sont tellement profonds que certains chercheurs avancent que nous sommes rentrés dans une nouvelle ère géologique : l’anthropocène. Il fallait proposer une nouvelle lecture de l’histoire pour expliquer comment nous en sommes arrivé là. Les historiens Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz se sont attelés à cette tache en 2013 avec leur ouvrage « L’Événement Anthropocène ; La Terre, l’histoire et nous. »ii. « Nous avons mangé la terre » propose une synthèse de ce travail.
Au delà de son contenu, le titre « Nous avons mangé la terre » interpelle. En tant qu’espèce Homo Sapiens il semble difficilement contestable que nous ayons mangé la terre. En tant qu’individu c’est beaucoup moins évident. Géographiquement c’est au Royaume-Uni, puis dans le reste de l’Europe et aux États-Unis que l’entrée dans anthropocène a commencée. A l’intérieur de ces pays, l’utilisation de ces nouvelles techniques n’a pas fait l’unanimité. Beaucoup de paysans sont partis travailler à l’usine ou la mine parce qu’ils n’avaient pas d’autre alternative. A l’extérieur les européens ont également imposé leur utilisation dans les empires coloniaux. Au cours des deux guerres mondiales les techniques ont été développées sans aucun esprit critique sur leurs impacts négatifs, l’utilisation massive des dernières techniques étant indispensable pour prétendre à la victoire. Cela a abouti à la bombe atomique. Cet état de fait s’est poursuivi pendant la guerre froide et continue aujourd’hui. Malgré les risques, n’entend-t-on pas dire que si nous ne développons pas l’intelligence artificielle les chinois, eux, le feront. Or plus de techniques c’est toujours plus d’exploitation de ressources minières et d’hydrocarbures. Même derrière l’informatique il y a l’extraction de métaux qui demande beaucoup d’énergie, souvent fournie par le charbon. Sans oublier le fonctionnement des serveurs, lui aussi gourmand en énergie
Quand on retrace le cours des événements, il ressort que les techniques se sont souvent imposées sans nous laisser le choix, confirmant la théorie de Jacques Ellul sur l’automatismeiii de l’utilisation des nouvelles techniques indépendamment des choix des individus et des États.
Derrière le « Nous », il y a plus d’êtres humains qui utilisent des techniques parce qu’elles s’imposent à eux plutôt qu’une volonté de « manger la terre ». Et continuent d’aspirer et de rêver à autres choses. Il y a aussi toutes celles et ceux qui ont vécu et continuent de vivre en respectant le vivant non humain. Une diversité d’expériences et d’aspirations humaines qu’il ne faut pas oublier à une époque où l’uniformité des techniques pousse à tout rendre identique.
ihttps://www.seuil.com/ouvrage/nous-avons-mange-la-terre-christophe-bonneuil/9782021478969
iihttps://www.seuil.com/ouvrage/l-evenement-anthropocene-jean-baptiste-fressoz/9782757859599
iiihttps://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/
Nous avons mangé la terre : c’est le titre d’un livre co-signé par Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz et Jean-Robert Vialleti. En quelques lignes concises et synthétiques, il propose un autre récit de l’histoire des 19ième et 20ième siècles. Il débute avec l’exploitation du charbon très vite complétée par celle du pétrole. L’industrialisation qui en a découlé, le rapport à l’espace qui s’est modifié avec les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Les deux guerres mondiales qui ont été nourries par cette industrialisation ont largement contribué à accélérer son développement. Il se poursuit avec des changements profonds de modes de vie : l’automobile et les maisons individuelles, une agriculture qui se transforme radicalement avec l’emploi de la mécanisation et de la chimie; la diffusion de ces bouleversements venus des États-Unis vers le reste du monde. Le tout accompagné d’une extraction minière et d’une pollution toujours accrues