Les champs de mes rêves ont maintenant trois ans. L’occasion de revenir sur les raisons qui me poussent à continuer de tenir ce blog. Cela demande du temps. Les idées viennent facilement, souvent en marchant. Les structurer et mettre des mots dessus est plus long. Se relire plus encore. Au final, après l’effort, le plaisir est au rendez-vous. Plaisir d’énoncer des idées qu’il serait difficile d’exprimer au cours d’une discussion. Souvent le contexte ne s’y prête pas. Parfois les mots ne viennent pas sur le vif. Plaisir d’être lu, je remercie chaleureusement mes lecteurs. Plaisir également, de voir les billets s’accumuler et, petit à petit, former un tout.
Dans l’immensité du web, les champs de mes rêves reste confidentiel. Je le sais et je l’assume, je n’ai pas coché les cases pour être mis en avant par Google. Diversité des thèmes traités alors qu’il faudrait se spécialiser sur un sujet pour devenir un « expert ». Comment cocher cette case alors que tout est lié. L’évolution fulgurante des techniques agit sur l’ensemble de nos vies comme sur celles du vivant non humain. Penser la nature sans penser la technique qui cause sa destruction et bouleverse nos modes de vie serait absurde.
Pour plaire à l’algorithme de Google, il faudrait également agrémenter chaque billet avec des images. Pourquoi vouloir absolument illustrer les mots avec des images quand ils donnent à appréhender des réalités qu’aucune image ne peut évoquer. Comment visualiser un concept comme la technique selon Jacques Ellul ou l’odeur de la terre mouillée ? N’est-il pas préférable de laisser au lecteur la liberté de se représenter lui même des choses auxquelles aucune image ne saurait rendre justice ?
Il faudrait également publier trois fois par semaine. A moins de devenir bloggeur à plein temps cela ne semble pas réaliste. Peut-être en ayant recours aux services d’une intelligence artificielle pour rédiger le premier jet des billets. Et compléter sa suggestion en ajoutant une petite touche personnelle comme on ajoute une cerise sur le gâteau. Sans savoir ce qu’il y a dans le gâteau. Ce n’est pas de la science fiction il suffit de tester GPT-3 d’Open AI pour s’en convaincre. Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer ? Comme toute technique, elle est ambivalente. Nous manquons simplement de recul pour imaginer ce que seront sa face sombre et sa face lumineuse. En attendant, spéculons. Nous confions déjà à des algorithmes, donc aux ingénieurs qui les programment, le soin de sélectionner les résultats qu’ils jugent les plus pertinents quand nous recherchons de l’information sur notre moteur de recherche favori. Vont-ils maintenant nous renvoyer vers des textes écrits par d’autres algorithmes, programmés selon les désirs d’autres ingénieurs ?
Heureusement la vocation de ce blog n’est pas d’être lu par le plus grand nombre. Il est avant tout un espace de liberté, à l’abri des contraintes du quotidien, de la course à l’efficacité qui remplit nos vies. C’est simplement le reflet d’un être humain qui essaye d’exprimer avec des mots ce qui l’interroge et le fait rêver.
En trois ans, beaucoup de choses ont changées. Notre quotidien a été bouleversé pendant des mois par le Covid . Cela a mis le doigt sur notre vulnérabilité face aux virus et sur les failles de notre système de santé. Par la canicule aussi à l’été 2022. Nous avons éprouvé dans notre chair les effets du changement climatique, la sécheresse qui dessèche les plantes, la chaleur dont nous avons du mal à supporter le poids, l’odeur acre des incendies. Plus discrètement, de nouvelles terres ont été bétonnées et les derniers animaux sauvages continuent de vivre sous le feu nourri des chasseurs. Dans ce contexte inquiétant continuer à réfléchir, à rêver à s’émerveiller est plus que jamais nécessaire. Pour ne pas se laisser envahir par nos peurs. Pour mieux aimer et connaître ce à quoi nous tenons. Pour essayer d’imaginer, à hauteur d’homme, un avenir souhaitable. Même si ces mots sont peu de choses et s’évanouissent dans l’immensité du web, ils restent humains. Humains et confidentiels.