L’été 2022 a été particulièrement éprouvant. Chaud, sec, jaune, poussiéreux, lourd, orageux. Inquiétant, avec une accumulation de catastrophes : incendies, grêle, inondations. L’été était une trêve, une saison marquée par la douceur de vivre et une forme d’insouciance. Tout cela fut loin de nous cette année. Difficile d’échapper à la chaleur qui rend le quotidien plus pénible. Ni à l’inquiétude d’être touché par un incendie ou une averse de grêle.
Pendant que nous subissons les affres de la chaleur, les plantes souffrent aussi. Dans les jardins, le jaune prend petit à petit la place du vert, des arbustes meurent. Aucune fleur, aucun légume à espérer sans arrosage.
Dans les bois les arbres semblent mieux résister. De loin tout semble presque normal, les feuilles sont bien vertes. Pourtant, en marchant sous leur voûte on se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Bien sûr, il fait beaucoup plus frais qu’au soleil. Mais même à l’ombre, l’air est anormalement sec. Sous les pieds, un bruit inhabituel en cette saison se fait entendre. C’est celui des feuilles mortes. Un coup d’œil au sol permet de vérifier que ce n’est pas un rêve. Le sol est bien couvert d’un tapis de feuilles mortes ; en plein mois d’août ! Il est moins épais que celui que l’on rencontre habituellement en automne. Ce sont pourtant bien des feuilles fraîchement tombées. En levant les yeux, on constate que les branches sont clairsemées, des feuilles manquent à l’appel. Tous les arbres semblent touchés. En observant le sol attentivement, le constat est sans appel. Partout où il y a des feuillus on trouve des feuilles mortes au sol.
Faute d’eau en quantité suffisante, les arbres se séparent avant l’automne d’une partie de leur feuillage. Au moment où la photosynthèse de ces feuilles aurait du leur permettre d’emmagasiner des réserves pour le printemps suivant. Comment les arbres réagiront-ils si cela se produit régulièrement ? Les conséquences du dérèglement climatique leur complique la tâche. Les été deviennent trop chauds et sec pendant que les hivers restent trop froids pour leur permettre de conserver leurs feuilles en restant à l’abri du gel.
Dans les prairies les paysages sont également bouleversés par la sécheresse. Il ne reste qu’un tapis jaune au milieu duquel subsiste encore un chapelet de taches vertes. Parfois on y trouve encore quelques fleurs éparses qui arrivent à pousser dans ces conditions extrêmes. Cet été, on ne peut plus vraiment dire que l’on se met au vert en allant à la campagne. Se mettre au jaune serait plus adapté pour décrire la situation. Même les pâturages de haute montagne jaunissent sous les coups de butoir de la sécheresse. Toutes les agricultures non irriguées tournent au ralenti. Dans les prés on croise des vaches qui mangent leurs réserves de foins au lieu de brouter de l’herbe verte.
Après la sidération du Covid qui avait changé drastiquement nos modes de vie du jour au lendemain, vient celle de la sécheresse. Elle nous affecte d’une manière plus diffuse ; mais aussi plus profonde si elle est amenée à se répéter tous les été. Si c’est le cas c’est notre sécurité alimentaire qui pourrait finir par être affectée. Tous les continents étant touchés par le changement climatique, il risque de devenir de plus en plus aléatoire de compter sur le surplus des autres pays pour palier une mauvaise récolte. Nous n’en sommes pas là. Il faut déjà apprendre à vivre avec la chaleur et les restrictions d’eau. Vivre dans un environnement qui n’est plus tout à fait le même. Petit à petit nous glissons vers autre chose. Les paysages changent, la nature devient moins accueillante. Les forêts ne sont plus baignées d’une humidité bienfaisante, les vertes prairies deviennent jaunes. Les lieux familiers changent et prennent un nouveau visage. Comme si l’été n’existait plus. Qu’il était remplacé par une nouvelle saison. Une saison morte, comme un hiver estival où les conditions climatiques ne sont pas suffisamment favorables pour permettre à la végétation de pousser.