2022 marque peut-être un tournant dans la prise de conscience de l’importance des sols. Pour la vie des plantes et des animaux à la surface de notre planète ; et par extension pour celle des plantes que nous cultivons. Les sols, cela fait plus de 20 ans que Lydia et Claude Bourguignon nous alertent régulièrement sur leur érosion qui nous menace. Le labour fragilise les sols qui, petit à petit, sont érodés et finissent dans nos rivières sous l’effet de l’eau et dans l’air sous forme de poussières emportées par le vents.
En 2022, le maître yogi indien Sadhguru se lance dans un voyage de 30 000 kilomètres pour sensibiliser le grand public et les politiques à cette problématique. Il propose à chacun d’entre nous de sensibiliser autour de lui sur l’urgence d’agir pour protéger les sols en changeant de pratiques agricolesi. Ce sont des choix collectifs qui sont nécessaires pour protéger un bien commun. Il est intéressant de constater que ce mouvement part de l’Inde, un pays où avec la chaleur l’érosion liée aux labours se manifeste plus rapidement que sous nos latitudes. L’érosion est plus forte, l’urgence y est plus palpable que sous nos latitudes. Pourtant, à moyen terme, le même résultat nous attend. Si nous n’agissons rapidement, il sera trop tard, il faut des centaines d’années pour reconstituer la fertilité d’un sol.
2022, octobre 2021 pour être précis est aussi marqué par la sorite d’un excellent livre de vulgarisation scientifique sur les sols écrit par le biologiste Marc André Selosse. Il s’agit de l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinentii. L’occasion de faire le point sur les dernières avancées de la recherche sur cette question cruciale.
Mais de quoi parlons nous quand nous parlons des sols ? Une fine pellicule, de quelques centimètres à quelques mètres de hauteur. Elle abrite entre 50 et 70 % de la biomasse terrestre. Mélange d’air, d’eau, de matière minérale et de matière organique, ces écosystèmes complexes fournissent aux plantes l’eau, les sels minéraux dont elles ont besoin. Ils abritent des animaux et de nombreux microbes, champignons et bactéries qui se nourrissent de la matière organique laissée par les plantes et les animaux morts. Ils vivent également en symbiose avec les plantes où les parasitent. Un monde complexe et presque invisible sous nos pieds,finalement mal connu. Et pourtant indispensable à la vie des plantes et des animaux que nous voyons à la surface. Indispensable car la majorité des plantes sont incapable d’absorber l’eau et les sels minéraux dont elles ont besoin si elles ne vivent pas à en symbiose avec des champignons dont les fins filaments permettent d’explorer les moindres recoins du sol. En échange les plantes leurs fournissent une partie du produit de leur photosynthèse.
Pour simplifier le sol n’est pas qu’un support pour les plantes mais un écosystème dont les habitants vivent en symbiose avec elles. Bien sûr les plantes poussent en utilisant des engrais chimiques, des pesticides de synthèse et ayant recours aux labours. Mais ces pratiques abîment lentement la vie des sols en réduisant les interactions entre les plantes et les champignons pour les engrais de synthèse et en détruisant l’habitat des occupants des sols avec le labour en tuant directement une partie de ses habitants avec les pesticides. Les sols sont fragilisés et s’érodent. La couleur marron de nos fleuves et de nos rivières en témoigne.
Le défi est maintenant de trouver comment faire pousser les cultures avec moins de labours moins d’engrais de synthèse et moins de pesticides. L’agriculture biologique, l’agriculture de conservation et l’agroforesterie proposent déjà des pratiques pour avancer dans ce sens. La question est complexe et délicate mais stratégique. Les choix faits aujourd’hui au niveau local auront un impact sur la capacité des terres agricoles à continuer à être nourricières à long terme. Elle nous rappelle que protéger le vivant c’est aussi nous protéger. Si nous détruisons nos sols, ils se reconstitueront mais le processus prendra des centaines d’années ; trop tard pour l’humanité.
ihttps://www.consciousplanet.org/fr
ii Marc André Selosse, l’origine du monde ; une histoire naturelle des sols à l’attention de ceux qui les piétinent, Actes Sud, 485 pages, 2021