En cette fin février les jours rallongent, le soleil se montre plus souvent. Ces premiers rayons de soleil, les mimosas ou les jonquilles en fleur. Autant de plaisirs que l’on a souvent l’occasion de partager au fil des conversations. Ce blog est l’occasion d’en partager d’autres, plus discrets et pourtant proches de nous. Le week-end, le rapport au temps est différent, il est possible de flâner et de regarder la nature autour de nous. Discrète et pourtant bien là. Dans les parcs en ville, le long des petites routes, des chemins de terre, dans les prairies, à la lisière des bois dans cette ceinture pavillonnaire autour des villes que l’on appelle péri-urbain.
Ce qui semble fixe en découvrant un lieu pour la première fois se met en mouvement en y revenant régulièrement. Avec l’hiver pendant des mois rien ou presque n’a changé. Les arbres ont perdu leurs feuilles et puis plus rien ou presque. La végétation s’est figée pour quelques mois. Il y a bien eu dès le mois de janvier le spectacle des noisetiers en fleurs et quelques petites fleurs jaunes, des ficaires. Mais dans l’ensemble la végétation restait immobile.
Après une semaine de redoux et de la pluie, un samedi, l’inattendu est arrivé. Je marchais, pour le plaisir de marcher en laissant vagabonder mes pensées, en m’attendant à retrouver les mêmes paysages que la semaine précédente. Pourtant, la couleur du vert de l’herbe avait changé, elle était un peu plus haute. En regardant de plus près, je remarquai des formes familières que je n’avais pas vues depuis des mois. Je distinguai de jeunes pousses d’orties et quelques feuilles de renoncules qui égermaient. Les ficaires étaient plus nombreuses, parsemant ça et là le bord des chemins de taches jaunes. Les premières pulmonaires étaient en fleurs, amenant une touche de mauve. En baissant les yeux sur les bas côtés, ce changement était saisissant.

Sans intervention humaine, nous étions passés d’une végétation rase et uniforme à une diversité de formes de feuilles parsemée ça et là de taches de couleurs. Après avoir passé l’hiver dans le sol, les graines germaient et donnaient naissance à un nouveau microcosme. Ce qui semblait figé se mettait en mouvement. Il suffisait d’avoir le temps de flâner et de baisser le regard pour être le spectateur de ce changement. Même en gardant les yeux fixés à l’horizon, il était impossible de manquer le splendide prunellier formant une grosse boule d’un blanc immaculé.

L’imprévu donnait encore un peu plus de charme à la situation avec la rencontre inopinée avec un rouge gorge. Je m’arrêtai, il me regardait. Je me baissai lentement, je sorti mon appareil, il ne bougeait pas. Je zoomai, je cadrai, il me regardait toujours. La photo n’est pas bonne mais c’est le souvenir d’un rencontre avec un animal libre chez qui la curiosité de me regarder l’a probablement emporté sur la peur qu’inspire l’homme à la plupart des animaux sauvages. Parfois avec un peu de chance, des gestes lents et doux, arrivent ces rares et précieux moments où nos regards se croisent quelques minutes.

Pourquoi vouloir partager ces plaisirs simple de la vie. Peut-être pour vous faire passer quelques minutes agréables en vous montrant mes photos. Mais elles n’ont rien de remarquable. Ce que j’aimerais partager c’est le plaisir que je prends à passer quelques heures à observer la nature « ordinaire ». Pour le bien être que cela amène. Pour oublier, pour quelques heures, les soucis du quotidien, les mauvaises nouvelles et les tragédies dont les médias se font l’écho. Pour avoir envie de tondre moins souvent au jardin et de laisser fleurir ces graines spontanées qui ne lèvent pas seulement au bord des chemins mais aussi dans nos jardins. Parce qu’en observant la nature autour de soi on comprend mieux combien les fleurs, les arbres, les oiseaux et les insectes qui vivent autour de nous sont précieux. Peut-être que si nous étions nombreux à prendre le temps de les regarder nous serions plus en paix avec nous nous même et aurions envie de faire plus pour leur laisser un place. C’est un rêve, à la fois réaliste et utopique. Simplement laisser plus d’espace à la nature pour s’exprimer librement et avoir un peu de plus de temps pour prendre du plaisir à l’observer.