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  • Hasard ou causalité : pourquoi les progrès dans la connaissance du vivant coïncident avec sa destruction

    Publié à 21 h 02 min par Antoine Bocheux, le janvier 30, 2022

    Si vous êtes amateur de documentaires animaliers, vous connaissez probablement ce mélange d’émerveillement et d’abattement que l’on ressent après avoir visionné de magnifiques images de forêts, de savanes ou de steppes dont on commence à découvrir la beauté en apprenant qu’elles sont menacées de destruction par les activités humaines. Les années passent, les images sont toujours plus nettes et définies, les gros plans toujours plus serrés et les menaces qui pèsent sur les écosystèmes que nous découvrons toujours plus aiguës. Le photographe amateur éprouve également cette gêne. Alors que les progrès de son matériel lui permettent de réaliser des gros plans sur les fleurs et les insectes, de suivre les oiseaux en vol, il ne peut que constater qu’il y a moins de moins en moins de fleurs, d’insectes et d’oiseaux.

    Cette relation entre le progrès du matériel de prise de vue et la destruction des plantes et des animaux qu’il permet de découvrir sous un nouvel angle est-t-il un hasard ? A première vue oui. Localement la présence des photographes peut perturber la nature s’ils sont nombreux. C’est très largement insuffisant pour expliquer le recul généralisé de la nature. Ce n’est pas eux qui coupent les forêts et les haies, labourent de vastes champs cultivés en monocultures où sont épandus des pesticides. Ni eux qui braconnent des espèces protégées. On peut poser la question différemment et se demander en quoi les appareils photos sophistiqués sont à l’origine de la destruction de la nature. Directement, il y tiennent une petite part. Il faut des métaux rares donc des mines pour fabriquer leur électronique, ils sont presque tous fabriqués en Asie, leur transport a donc un coût énergétique.

    Si l’on aborde la question sous un angle plus large on se rend compte qu’ils font partie d’un tout. Il existe une unicité entre toutes les techniques, chacune progresse grâce aux développements d’autres techniques. Les avancées dans l’électronique et dans l’optique qui ont permis les progrès spectaculaires des appareils photos et des caméras servent aussi à des fins de renseignement militaire ou aux caméras de surveillance. Ce sont les mêmes technologies qui donnent la possibilité à un photographe de saisir un renard au crépuscule avec son téléobjectif sans avoir recours au flash que celles qu’utilisent les radars de dernière génération pour verbaliser les automobilistes sans avoir recours au flash. Dans les deux cas, c’est l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul des processeurs qui permet de prendre des images de nuit dans des conditions inimaginables il y a seulement 20 ans. Élargissons encore l’angle de vue. Derrière ces progrès des processeurs il y a le développement rapide de l’informatique qui a accompagné et accéléré le développement d’un nombre innombrable de techniques. Dont celle de l’aviation qui facilite le déplacement à l’autre bout du monde des équipes qui réalisent les documentaires animaliers.

    Même s’il est plus moins ou moins évident à déceler, il existe un lien entre toutes les techniques, elles forment un tout avec ses avantages et ses inconvénients. C’est ce que Jacques Ellul appelle l’unicité de la techniquei. Ce tout facilite et entraîne la destruction de la nature. Les nouvelles techniques donnent toujours plus de moyens pour l’exploiter et la perturber. Et nécessitent de l’exploiter et de la perturber toujours plus pour se développer. En même temps, elles amènent des moyens formidables pour mieux la regarder et mieux la connaître.

    La nature ce n’est pas seulement ce qui est visible, c’est aussi le monde des bactéries et des champignons qui est invisible à nos yeux. Dans sa découverte des progrès spectaculaires ont été permis ces dernières années avec le séquençage du génome de bactéries qui restent invisibles même en utilisant un microscope. La connaissance du vivant progresse rapidement avec celle de cette vie invisible qui peuple les sols, l’air, notre peau ou notre système digestif. Cela permet de découvrir la complexité de la vie des sols au moment où le labour profond et les pesticides sont en train de la détruire. Dans le même temps, les progrès de la génétique aboutissent à des semences qui résistent aux pesticides qui contribuent à détruire la vie des sols que nous sommes en train de découvrir … et à la poursuite du déclin des oiseaux et des insectes que nous pouvons photographier en gros plans avec les derniers appareils photo. Les herbicides détruisent les fleurs dont se nourrissent les insectes dont se nourrissent les oiseaux. Nous comprenons que tout l’écosystème est perturbé. Mais les recherches sur les modifications des génomes avec les ciseaux CRISPR ne sont pas prêtes de s’arrêter pour créer de nouvelles semences résistantes aux herbicides. Il est difficile d’interdire l’utilisation des ciseaux CRISPR qui devraient aboutir à des applications médicales dont l’utilité n’est pas contestable. Mais qui pourra empêcher que quelqu’un quelque part n’utilise ces nouvelles techniques pour mettre aux points des plantes résistantes aux herbicides ou tout simplement pour modifier un embryon humain ?

    iJ’en ai déjà parlé ici : https://champsdemesreves.fr/2020/08/14/le-fonctionnement-du-systeme-technicien-comment-la-technique-faconne-notre-monde/

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    Auteur : Antoine Bocheux

    Posté dans La Technique, Nature | 0 Commentaire | Tagué Agriculture, Nature, Photos |

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