Le monde des photographies animalières sur papier glacé semble parfois lointain et inaccessible. Ces images féeriques servies sur un plateau sont-elles vraiment réelles ? La nature existe-t-elle encore en dehors des réserves ? D’ailleurs savons nous encore ce qu’est la nature ? Pour la trouver, il n’est pas nécessaire d’aller au bout du monde. Simplement, marcher le long des chemins et prendre son temps. Apprendre à regarder, à écouter, à sentir, à toucher. Le monde des plantes se dévoile alors petit à petit. Il faut du temps pour apprendre à les observer, s’éloigner des villes et des vastes étendues de monocultures. Avec ses chemins creux, sa mosaïque de prairies, de champs et de bois, le bocage est un lieu privilégié pour l’observer. Les vacances sont l’occasion de se détacher des écrans et de marcher lentement. Suivre le fil rouge des chemins pour déambuler dans ce labyrinthe entre les clochers et les hameaux. Et parfois, avoir la chance de faire des rencontres impromptues avec les animaux.
Une de ces rencontres me revient en mémoire. C’était dans le bocage de la Gatîne dans les Deux-Sèvres. Le temps était anormalement pluvieux pour un mois de juin. La végétation resplendissait grâce à cette pluie bienfaisante. Après avoir marché toute la journée, je profitais des dernières heures du jour pour continuer à flâner sur les chemins. Il avait beaucoup plu l’après midi. Après les averses, j’avais eu la chance d’admirer un bel arc en ciel. Autour de moi les plantes étaient partout. Les digitales pourpres formaient de belles tâches rouges visibles de loin. En m’arrêtant pour les photographier, j’avais longuement observé des bourdons s’engouffrer à l’intérieur. Plus loin, je me demandais quel animal pouvait bien loger dans le tronc creux d’un vieux trogne.
Les plantes étaient exubérantes, les animaux discrets. J’entendais le chant des oiseaux sans les apercevoir. Sous les averses, je croisais des escargots et des limaces qui se hasardaient à traverser le chemin. En me baissant pour observer de plus près les fleurs, je découvrais une profusion d’insectes que je n’aurais pas imaginée si je ne m’étais pas baissé. La nature était bien là autour de moi, dans le long couloir formé par les haies à la lisère des champs et des chemins. Il suffisait de prendre le temps de mettre mes sens en éveil. Elle était différente de celle que l’on découvre en photo ou dans les documentaires où les grands animaux tiennent souvent une place prépondérante. Je n’espérais pas les croiser. J’imaginais qu’ils pourraient être là, mais je les pensaient trop craintifs pour espérer croiser leur regard sans me camoufler pendant des heures sous un affût.
Je continuais à observer les arbres les fleurs et les insectes. Je cherchais des ouvertures derrière la végétation, curieux de découvrir les champs et les prairies abrités du regard par les haies. Tout à coup, en entrant dans une prairie je me suis retrouvé nez à nez avec un chevreuil. Nous sommes restés tous les deux figés un court instant, aussi surpris l’un que l’autre par cette rencontre impromptue. Et fugace… Je n’ai pas pu retenir un mouvement brusque qui a anéanti tout espoir de la prolonger. J’ai continué ma flânerie crépusculaire en prenant soin de ne pas avoir de mouvement brusque au moment de m’aventurer à l’entrée d’une nouvelle parcelle. Les minutes passent, je ne vois plus l’ombre d’un chevreuil. Au moment où je n’y crois plus, surpris, je me trouve de nouveau face à un chevreuil. Cette fois, il est plus loin de moi. Je reste immobile. Je prends le temps de l’observer. Tous mes sens sont en éveil, attentifs à mes mouvements comme aux siens. Les minutes passent, il continue de m’observer, impassible.

La scène me semble presque irréelle. Une haie, un chemin, un champ de blé. A l’horizon, le hameau où se trouve le gîte où je loge. Ce paysage familier prend une autre dimension. Une face cachée de la nature se dévoile à moi. L’émotion est forte. Le temps est comme suspendu, je sens le caractère éphémère et fugace de cette rencontre. Pendant de longues minutes, je reste immobile, je n’ose pas bouger. Au bout d’un moment, je ne résiste pas à la tentation. Avec d’infinies précautions je sors mon appareil. Il continue à me fixer sans bouger. J’ai le temps de prendre plusieurs photos au téléobjectif. Je m’avance doucement, il ne bouge pas, je reprends quelques photos. Je continue … et il s’enfuit, disparaissant avec légèreté dans le champ de blé. La nuit va bientôt tomber, il est temps de rentrer. Je reprends le fil des chemins en pensant à lui. Il est peut-être à quelques mètres de moi, caché derrière une haie. Cette pensée me réjouit et rend mes pas plus légers.
Une réflexion sur “Rencontre inattendue avec un chevreuil”
pat78370
Une bien jolie scène.
Bravo.
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