Les champs de mes rêves

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    • Les fleurs de février, prémices du printemps

      Publié à 16 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 21, 2021

      Décembre et janvier furent monochromes. Sous leurs lumières grises et blafardes, les silhouettes des arbres dénudés se détachaient. Dans les derniers jours de janvier, une première tache de couleur est apparue. C’était une ficaire, une petite renonculacée à la feuille en forme de cœur vert luisant. Son jaune vif et brillant contrastait avec la pâleur du vert de l’herbe et du bleu gris du ciel. Une petite touche de jaune, premier prémisse du printemps. Février arrive. Petit à petit, les bords des chemins reprennent des couleurs. Pas encore le feu d’artifice du printemps. Déjà de quoi attirer le regard vers les bas-côté, ralentir le pas et se baisser pour observer ces premières fleurs de l’année de plus près.

      En ce mois de février, les gelées sont encore fréquentes et tempèrent l’exubérance de la végétation. Le mince tapis de chlorophylle qui recouvre le sol n’est pas bien épais. Les ficaires ne mesurent que quelques centimètres. Cela ne les empêche pas de prendre leurs aises et de le surplomber. Le jaune de leurs fleurs brille de mille éclats au dessus de cette végétation assoupie où les orties ne sont encore que frêles pousses qui pointent à peine le bout de leurs piquants. Elles attendront des jours plus longs et ensoleillés pour grandir et fleurir. Les ficaires ont choisi une autre stratégie en fleurissant à contre-courant. Le temps est compté pour elles, mais l’espace est dégagé. Dans quelques semaines le jaune de leurs fleurs va s’estomper et ne sera plus qu’un souvenir.

      Début février les taches de couleurs sont encore rares. Alors, quand le regard croise la grosse boule jaune d’un ajonc en fleurs il est saisi par ce feu d’artifice de couleurs. A regarder sans modération; éviter de toucher : les épines sont vraiment piquantes ! Les jours passent, d’autres teintes entrent discrètement en scène. Le mauve des fleurs de pulmonaires égaye ça et là les abords des fossés. Elles émergent au-dessus de leurs feuilles tachetées. Elles sont rares et discrètes. L’inverse des véroniques de perse qui se plaisent dans les cultures et les potagers. La discrétion de leurs petites fleurs est compensée par leur nombre. Par endroit, elles forment une vaste mosaïque de points bleus qui recouvrent le sol. Combien de fleurs pour constituer ce patchwork. Des centaines ? des milliers ? Peut-être plus encore ?

      Le plus spectaculaire reste à venir avec la floraison des noisetiers. Leurs chatons, porteurs de millions de grains de pollens, font penser aux décorations sur les sapins de noël. La finesse en plus. En les regardant à la loupe, on parvient à distinguer les étamines des fleurs mâles qui pointent au bout de ces guirlandes suspendues sur les branches. Les fleurs femelles sont plus discrètes. Il faut s’approcher pour les distinguer ; une sorte de petit bouton brun coiffé d’un chapeau rouge.

      La fin du mois approche. Les fleurs de prunellier commencent à éclore, faisant apparaître ça et là des touffes d’une blancheur étincelante.

      L’apparition de ces premières fleurs est annonciatrice d’une nouvelle saison, d’un nouveau cycle. Le retour du cri puissant des grues cendrées nous rappelle que nous ne sommes pas les seuls à ressentir que le printemps approche. Au moment où le changement climatique modifie les cycles de la nature et le Covid les cycles de ne nos modes de vie, il est rassurant de voir le cycle des saisons se perpétuer. L’an dernier les noisetiers, à cause de la sécheresse, ont perdu une partie de leurs feuilles dès le mois de juillet. Il est réconfortant de les retrouver resplendissants. Quant à nous Homo Sapiens, peut-être pas si sage que ça, nous nous préparons à vivre un deuxième printemps avec un nouveau prédateur qui nous menace : le Covid. La présence de ce virus nous oblige à faire évoluer nos modes de vie. Comme les mésanges qui changent leur période de reproduction pour s’adapter au changement climatique ou les chevreuils qui quittent les bois la nuit pour se nourrir dans les milieux ouverts que nous avons créés. Autant d’exemples tirés du numéro de la revue Salamandre de février 2021 qui titre « l’évolution sous nos yeux ». Le cycle des saisons, lui, continue son cours. Il nous apporte au moins une certitude : la durée des jours va s’allonger et le printemps approche !

      • Ficaire
        Ficaire
      • Ficaire
        Ficaire
      • Pulmonaire
        Pulmonaire
      • Fleur de noisetier mâle
        Fleur de noisetier mâle
      • Fleur de noisetier femelle
        Fleur de noisetier femelle
      • Le retour des grues cendrées
        Le retour des grues cendrées
      Posté dans Nature | 0 Commentaire | Tagué Bonatique, Nautre, Photos, Printemps
    • Rencontre inattendue avec un chevreuil

      Publié à 15 h 58 min par Antoine Bocheux, le février 6, 2021

      Le monde des photographies animalières sur papier glacé semble parfois lointain et inaccessible. Ces images féeriques servies sur un plateau sont-elles vraiment réelles ? La nature existe-t-elle encore en dehors des réserves ? D’ailleurs savons nous encore ce qu’est la nature ? Pour la trouver, il n’est pas nécessaire d’aller au bout du monde. Simplement, marcher le long des chemins et prendre son temps. Apprendre à regarder, à écouter, à sentir, à toucher. Le monde des plantes se dévoile alors petit à petit. Il faut du temps pour apprendre à les observer, s’éloigner des villes et des vastes étendues de monocultures. Avec ses chemins creux, sa mosaïque de prairies, de champs et de bois, le bocage est un lieu privilégié pour l’observer. Les vacances sont l’occasion de se détacher des écrans et de marcher lentement. Suivre le fil rouge des chemins pour déambuler dans ce labyrinthe entre les clochers et les hameaux. Et parfois, avoir la chance de faire des rencontres impromptues avec les animaux.

      Une de ces rencontres me revient en mémoire. C’était dans le bocage de la Gatîne dans les Deux-Sèvres. Le temps était anormalement pluvieux pour un mois de juin. La végétation resplendissait grâce à cette pluie bienfaisante. Après avoir marché toute la journée, je profitais des dernières heures du jour pour continuer à flâner sur les chemins. Il avait beaucoup plu l’après midi. Après les averses, j’avais eu la chance d’admirer un bel arc en ciel. Autour de moi les plantes étaient partout. Les digitales pourpres formaient de belles tâches rouges visibles de loin. En m’arrêtant pour les photographier, j’avais longuement observé des bourdons s’engouffrer à l’intérieur. Plus loin, je me demandais quel animal pouvait bien loger dans le tronc creux d’un vieux trogne.

      Les plantes étaient exubérantes, les animaux discrets. J’entendais le chant des oiseaux sans les apercevoir. Sous les averses, je croisais des escargots et des limaces qui se hasardaient à traverser le chemin. En me baissant pour observer de plus près les fleurs, je découvrais une profusion d’insectes que je n’aurais pas imaginée si je ne m’étais pas baissé. La nature était bien là autour de moi, dans le long couloir formé par les haies à la lisère des champs et des chemins. Il suffisait de prendre le temps de mettre mes sens en éveil. Elle était différente de celle que l’on découvre en photo ou dans les documentaires où les grands animaux tiennent souvent une place prépondérante. Je n’espérais pas les croiser. J’imaginais qu’ils pourraient être là, mais je les pensaient trop craintifs pour espérer croiser leur regard sans me camoufler pendant des heures sous un affût.

      Je continuais à observer les arbres les fleurs et les insectes. Je cherchais des ouvertures derrière la végétation, curieux de découvrir les champs et les prairies abrités du regard par les haies. Tout à coup, en entrant dans une prairie je me suis retrouvé nez à nez avec un chevreuil. Nous sommes restés tous les deux figés un court instant, aussi surpris l’un que l’autre par cette rencontre impromptue. Et fugace… Je n’ai pas pu retenir un mouvement brusque qui a anéanti tout espoir de la prolonger. J’ai continué ma flânerie crépusculaire en prenant soin de ne pas avoir de mouvement brusque au moment de m’aventurer à l’entrée d’une nouvelle parcelle. Les minutes passent, je ne vois plus l’ombre d’un chevreuil. Au moment où je n’y crois plus, surpris, je me trouve de nouveau face à un chevreuil. Cette fois, il est plus loin de moi. Je reste immobile. Je prends le temps de l’observer. Tous mes sens sont en éveil, attentifs à mes mouvements comme aux siens. Les minutes passent, il continue de m’observer, impassible.

      La scène me semble presque irréelle. Une haie, un chemin, un champ de blé. A l’horizon, le hameau où se trouve le gîte où je loge. Ce paysage familier prend une autre dimension. Une face cachée de la nature se dévoile à moi. L’émotion est forte. Le temps est comme suspendu, je sens le caractère éphémère et fugace de cette rencontre. Pendant de longues minutes, je reste immobile, je n’ose pas bouger. Au bout d’un moment, je ne résiste pas à la tentation. Avec d’infinies précautions je sors mon appareil. Il continue à me fixer sans bouger. J’ai le temps de prendre plusieurs photos au téléobjectif. Je m’avance doucement, il ne bouge pas, je reprends quelques photos. Je continue … et il s’enfuit, disparaissant avec légèreté dans le champ de blé. La nuit va bientôt tomber, il est temps de rentrer. Je reprends le fil des chemins en pensant à lui. Il est peut-être à quelques mètres de moi, caché derrière une haie. Cette pensée me réjouit et rend mes pas plus légers.

      Posté dans Nature | 1 commentaire | Tagué Nature, photo
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