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    • Planter des arbres ou laisser pousser les arbres ?

      Publié à 12 h 18 min par Antoine Bocheux, le janvier 10, 2021

      Les plantations d’arbres bénéficient d’une image positive auprès du grand public. Planter des arbres est valorisant. On finirait, presque, par oublier que les arbres poussent aussi tout seuls. Qu’ils ont poussé tout seuls pendant des centaines de millions d’années. Qu’ils se sont très bien portés sans nous.

      Leurs graines peuvent patienter dans le sol des années avant de germer quand l’occasion se présente. Les animaux et le vent les transportent sur des kilomètres. Prenez le temps de regarder ce qu’il se passe au bord des chemins. Vous y croiserez probablement de jeunes arbres qui deviendront grands. S’ils ne sont pas fauchés par une débroussailleuse. Dans les friches, des arbres germent sous les ronces. Laisser faire la nature pendant quelques décennies. Le roncier se métamorphose en un bois riche en biodiversité. Gilles Clément appelle ces terres oubliées par les hommes le tiers paysage. Il a constaté qu’elles sont infiniment plus riches en biodiversité que les forêts plantées et exploitées. Elles abritent de la biodiversité, elles filtrent l’eau, elles absorbent du CO2. Alors, prenons le temps de nous poser une question naïve, pourquoi plante-t-on des arbres puisqu’ils poussent tous seuls ?

      La première raison qui vient à l’esprit est qu’il ne peuvent pas partout pousser tout seuls. Qu’ils ont besoins d’être arrosés et protégés. C’est vrai dans certains cas, peut-être moins souvent qu’on ne le pense. En laissant le temps à la nature, des graines d’arbres finiront par arriver, portées par le vent ou les animaux. Quand elles germent, il est surprenant d’observer la résilience aux sécheresses des jeunes arbres qui en sont issus. La sélection naturelle opère ici, ce sont les les mieux adaptés au sol et au climat qui occupent le terrain. Ils sont moins sensibles à la sécheresse que les jeunes arbres que l’on plante dans nos jardins. Quant à la protection contre les chevreuils, un épais roncier semble aussi efficace que des manchons en plastique. Alors pourquoi vouloir absolument planter des arbres ? Ne pas laisser le temps à des friches d’évoluer naturellement en forêt ? Certes dans ce cas, il n’est pas possible de choisir les essences mais n’est-il pas plus judicieux de laisser la nature procéder à ce choix ? La question mérite d’être débattue. Certaines entreprises se vantent de planter des arbres pour compenser leur emprunte carbone, pourquoi ne proposent-t-elles pas également de protéger des friches pour les laisser évoluer naturellement en forêt ? Il n’y a pas de raison que cela absorbe moins de carbone et c’est meilleur pour la biodiversité.

      La question de la plantation des arbres se pose également avec acuité dans les forêts exploitées pour leur bois. Faut-il absolument planter des arbres pour couper du bois ? Ici plusieurs options sont possibles. Une alternative est de planter en monocultures de jeunes plants, généralement des pins maritimes ou des pins douglas, sélectionnés pour produire un maximum de bois en un minimum de temps. Le mode opératoire se rapproche ici de la monoculture intensive de maïs. La plantation des arbres s’accompagne de labours, d’engrais pour accélérer leur croissance et de pesticides pour protéger ces monocultures fragiles. La récolte, mécanisée, se fait en procédant à des coupes rases sur plusieurs hectares. Ces coupes à blanc exposent les sols. Ils ne sont plus abrités des rayons du soleil l’été et de la morsure du froid l’hiver. Cela les fragilise et les soumets à l’érosion1. Les souches et le bois mort sont ramassés pour extraire un maximum de bois énergie. Au détriment des champignons et des insectes qui ne peuvent vivre sans bois mort et disparaissent. Les oiseaux cavernicoles et les chauves souris ne trouvent plus de troncs creux pour nicher. Leur absence favorise la prolifération des insectes parasites dont ils se nourrissent normalement. Mis à part d’absorber du CO2 et de fournir du bois énergie il est difficile de trouver des vertus écologiques à ces champs d’arbres. La protection de la biodiversité et la filtration de l’eau sont ici délaissées.

      Il est également possible de prélever du bois en respectant la nature en futaie irrégulière sous couvert. Ici les forêts comportent plusieurs essences. Les arbres ont des âges différents. On ne pratique pas de coupe rase, mais un débardage sélectif plus respectueux de la vie des sols . Ces prélèvements plus légers et plus réguliers permettent de maintenir suffisamment de diversité en forêt pour que la faune et la flore puisse s’y épanouir. Des îlots de vieux arbres et du bois morts sont conservés. Pour assurer le renouvellement des arbres prélevés la régénération naturelle est privilégiée. Cela permet d’économiser les coûts des plants et de la plantation. Sur le court terme ce type de sylviculture est moins rentable que la plantation de monoculture. Sur le long terme elle permet aux propriétaires forestiers des revenus plus réguliers et la production de bois à plus haute valeur ajoutée. Pour la société ses bienfaits sont incomparables : protection de la biodiversité, filtration de l’eau, création de lieux propices à la promenade et pourquoi pas au tourisme. Devant ce bilan la question se pose. Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser la futaie irrégulière plutôt que de planter des monocultures de résineux ?

      Pour conclure un autre constat s’impose. Les vieux arbres sont rares, en France seul 21 % des forêts on plus de cent ans2. Il est important de les protéger. Que rencontrer un arbre mature ou sénescent soit encore une réalité, pas seulement une vue de l’esprit. Ce sont eux qui abritent le plus de biodiversité et absorbent le plus de CO2. Là aussi, des efforts importants sont à faire, même s’ils sont moins spectaculaires que la plantation d’arbres pour communiquer auprès du grand public.

      Malheureusement on constate que c’est parfois l’inverse qui se produit. Quand de veilles forêts de feuillus sont victimes de coupes à blanc pour être remplacées par des plantations de monocultures de pins douglas, la plantation d’arbres est indiscutablement un recul. La vigilance s’impose sur ce sujet qui nous concerne tous. C’est une évidence nous ne reverrons jamais de notre vivant les forêts centenaires victimes de coupes à blanc, leur perte est irréparable à l’échelle d’une vie humaine.

      Pour aller plus loin 

      Alain-Claude Rameau, Nos forêts en danger, Atlande, 160 pages, 2017

      1https://reporterre.net/La-coupe-rase-une-aberration-ecologique-qui-menace-nos-forets

      2P 14 https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/180906_publiff_bd.pdf

      Posté dans Forêt, Nature | 1 commentaire
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