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    • Quand les arbres interrogent

      Publié à 15 h 24 min par Antoine Bocheux, le décembre 13, 2020

      Les paysages changent en cette fin d’automne propice aux longues promenades. Les journées sont plus courtes, la grisaille plus fréquente. Quand il se montre, le soleil, plus bas dans le ciel, se fait plus discret. Sa lumière rasante donne à voir de nouveaux reliefs, de nouvelles nuances de couleurs. La nature, elle aussi, se fait plus discrète. Après les premières gelées blanches les prairies semblent figées. Seules quelques touffes de cardères épargnées par la fauche dressent leurs silhouettes monochromes et leurs donnent du relief.

      La couleur, c’est dans les bois qu’il faut la chercher. Au loin, les taches jaunes des feuilles de chêne attirent le regard. Alors que beaucoup d’essences ont déjà perdu leurs parures, elles s’obstinent à s’accrocher aux branches et virent, petit à petit, au marron. Approchons nous. Il faut de bonnes chaussures pour traverser la prairie gorgée d’eau. A chaque pas, elle expulse quelques gouttes d’eau ; comme une éponge trop imbibée qui ne peut plus la retenir. La démarche se fait plus souple pour atténuer les éclaboussures, elle est rythmée par leurs claquements réguliers. Une fois franchi l’orée du bois, changement d’atmosphère. Les pas du promeneur sont amortis par la douceur aoûtée d’un épais tapis de feuilles mortes. Les pieds sont au sec. Sous les arbres, le sol absorbe l’eau, il ne laisse pas l’érosion emporter le précieux liquide.

      Même en sommeil, les arbres sont partout. Ils façonnent le paysage, lui donne son relief. De tous les côtés où porte le regard, il rencontre leurs silhouettes. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg, sous le tapis de feuilles mortes leur dense réseau de racines occupe minutieusement le terrain. Leurs présences est tellement évidente que parfois le promeneur ne les remarque plus. Pourtant, sans même y penser, près d’eux il ressent un certain bien-être. Même dépourvus de leurs feuilles, ils font écran aux frimas du vent. Le bruit des pas, comme le son de la voix se fait plus feutré Des odeurs agréables se dégagent du sous bois. Petits bonheurs de la vie qui donne envie d’y retourner sans trop y réfléchir, simplement pour le plaisir de marcher et de méditer dans un lieu apaisant.

      Parfois, sa méditation invite le promeneur à s’interroger sur ces compagnons bienfaisants qui rendent plus agréable sa promenade. Compagnons ? Le mot n’est peut-être pas le plus approprié. Bien sûr, les arbres partagent nos existences, nous avons besoin d’eux. Mais nos vies sont tellement différentes qu’il est difficile de les considérer comme nos semblables. Ce sont leurs différences, leur altérité qui sont fascinantes. En ce début d’hiver, leurs feuilles tombées au sol, on peut de nouveau les contempler dans un dépouillement étonnant. Ils semblent à la fois morts et vivants. Leurs troncs et leurs houppiers ressemblent à des squelettes dépourvus de toute vie. Constitués de bois ce n’est jamais qu’un amoncellement de cellules mortes protégeant sous son écorce une fine couche de vie. Pour voir la vie qu’ils portent en eux, il faut les approcher de près et porter son regard sur les bourgeons qui attendent le printemps pour éclore. Comme une mousse qui se dessèche et reprend vie après une sécheresse, ils attendent patiemment le renouveau du printemps pour retrouver leurs feuillages; de nouveau fabriquer des sucres avec la photosynthèse, reprendre leur croissance, leur mouvement vers la lumière.

      Morts et vivants en même temps, ils marquent si intensément le paysage qu’il se confondent avec lui, se dérobant à notre regard. Ils déconcertent. Leurs troncs sont comme des archipels portant des chapelets de bourgeons. L’épaisseur du temps transformée en bois pour mieux occuper l’espace, capter l’eau et la lumière. La promesse d’une vie nouvelle qui va éclore sur son socle de bois.

      Posté dans Forêt, Nature | 0 Commentaire
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