Un blog sans image peut sembler désuet. A l’heure des réseaux sociaux et de la surinformation, les images règnent en maître sur le web. L’attention est devenue une denrée rare, les slogans et les photos sont mieux armés pour la saisir qu’une longue suite de caractères noirs sur fond blanc. Alors, pourquoi continuer à écrire des textes jetés dans l’océan du web comme une bouteille à la mer ?
L’utilisation d’images dans un blog semble aller de soi. Techniquement, cela ne pose aucune difficulté. Avec les progrès de l’informatique, prendre des photos ou se filmer n’a jamais été aussi simple. Il y a vingt ans, ce n’était pas le cas, les photographies étaient moins nombreuses sur le web et les vidéos étaient rares. Aujourd’hui elles sont plébiscitées par les internautes. L’utilisation de photos est devenue la norme dans la presse comme dans les blogs. Les blogs vidéo sont populaires. Continuer à tenir un blog sans utiliser d’images semble incongru. Trouver le chemin pour rencontrer des lecteurs est hasardeux. En accrochant l’attention, instantanément, sans effort, les images peuvent rendre ce chemin moins hasardeux. Alors pourquoi ne pas y avoir recours ?
Tenir est un blog n’est pas une démarche anodine. Cela demande tu temps, de la réflexion, de l’attention. Il n’est pas évident de transmettre des idées, des questionnements, des intuitions. Toutes ces petites choses issues de réflexions qui font la singularité d’une personne. Fluctuantes et fragiles, elle ne se laissent pas facilement saisir, leurs contours restent flous, elles glissent dans le cerveau comme l’eau sur la peau. Elles l’imprègnent et restent toujours en mouvement. Les mots sont nos meilleurs alliés pour les fixer. Pour saisir l’abstraction, l’infiniment petit, l’immensité de l’univers, l’épaisseur du temps ils sont irremplaçables là où les images sont inopérantes.
Les photographies sont de peu de secours pour exprimer les champs de mes rêves. Elles permettent de saisir un instantané du monde visible, elles sont inutiles pour entrouvrir les portes de l’invisible. L’odeur de la terre après la pluie, le souffle du vent sur la peau, le bruit des pas dans les feuilles mortes leurs échappent. Elles ne peuvent pas saisir les racines des arbres cachées sous la terre entrelacées par les hyphes des champignons ni les bactéries qui pullulent dans nos corps et sous nos pieds. Elles passent au travers de concepts comme la nature ou la culture. Les mystères du carbonifère leur échappent.
Autant d’exemples de sujets déjà évoqués dans les champs de mes rêves que seuls les mots permettent de saisir. S’ouvrir à leur présence constitue un voyage immobile pour appréhender différemment la réalité à travers ce qui échappe au regard. Les mots sont le seul véhicule qui rendent ce voyage possible. Leurs contours restent flous, leurs interprétations fluctuantes. En les parcourant à son rythme chacun peut se les approprier. La lecture permet ce lent processus qui aide à appréhender ce que nos sens ne peuvent percevoir, à repousser les limites de notre représentation de l’espace et du temps.
Les mots permettent aux penseurs de nous transmettre les idées et les concepts que nous ne pouvons pas saisir. Aux poètes de révéler ce que nous ne percevons pas. Aux scientifiques d’expliquer comment leurs observations et leurs hypothèses permettent de se représenter la réalité. Cette élargissement de la réalité au-delà du visible est propice aux songes et aux rêves. Il élargit l’horizon dans lequel déambule la pensée.
Les champs de mes rêves ne peuvent pas s’exprimer autrement qu’avec des mots. Ils voguent paisiblement dans l’immensité de l’océan du web, prêts à être partagés avec les lecteurs qui croiseront leurs routes, en espérant leur ouvrir de nouveaux horizons.