Nous sommes nombreux à aimer les roses, à nous émouvoir devant leur beauté. Il faut avoir une âme de poète comme Aragon pour se demander de quoi elles rêvent la nuit. Peut-on déjà savoir si elles rêvent ?
« Que sais-tu des plus simples choses
Les jours sont soleils grimés
De quoi la nuit rêvent les roses
Tous les feux s’en vont en fumée
Que sais-tu du malheur d’aimer »
Le malheur d’aimer- Louis Aragon
Elle sont là devant nous et nous les connaissons si mal. Le mystère est ici devant nous, dans le jardin. Comme toutes les plantes, nous savons bien que les rosiers sont vivants, mais en sommes nous vraiment conscients ? Elles sont présentes devant nous, fixes. Elles grandissent à une échelle de temps qui n’est pas la notre, nous les percevons comme immobiles, alors qu’elles sont en mouvement. Nous nous déplaçons pour aller chercher notre nourriture. Elles s’étalent pour capter la lumière et produire elles même leurs sucres grâce à la photosynthèse. Nous fuyons pour échapper au danger, elles restent fixes et se protègent différemment. Avec leur piquants et leurs épines, comme les orties et rosiers. Par leur résilience, coupez une branche d’un rosier, vous ne le tuerez pas.
Et puis il y a tout un monde invisible dont nous commençons à découvrir les balbutiements grâce aux progrès de la recherche. Nous pensions qu’elles ne pouvaient pas communiquer, nous découvrons que leur racines sont mycorhizées, c’est à dire qu’un très fin réseau de champignon invisible à l’œil nu les relient. Les plantes nourrissent les champignons, grâce à leur finesse les champignons vont chercher l’eau et les nutriments dans les moindre recoins du sol. Ils permettent également de transmettre des nutriments d’une plante à l’autre, peut-être leur permettent ils aussi de s’envoyer des messages ? La communication pourrait également prendre d’autre formes, les prochaines années seront sûrement riches de nouvelles découvertes sur les étonnantes facultés d’adaptation des plantes mais il est peu probable que nous sachions de quoi elles rêvent. Elles sont fascinantes mais tellement différentes. C’est une chose de montrer qu’elles sont intelligentes en trouvant des solutions pour s’adapter à une situation, c’est une autre de savoir ce qu’elles pensent, de quoi elles rêvent. Des êtres vivants aussi économes de leurs mouvements et de leur énergie pensent-ils en permanence ? S’encombrent-ils comme nous avec notre cerveau dont l’activité incessante consomme 20 % de l’énergie que nous ingérons et nous cause parfois bien des tourments. Mais être économe de son énergie empêche-t-il de rêver ?
Comment perçoivent-elles le monde alors qu’elles ne voient pas ce que nous voyons, n’entendent pas ce que nous entendons, ne sentent pas ce que sentons, mais discernent des ondes que nous ne captons pas. Quand nous les croisons nous percevons forcément le même lieu d’une façon différente. Tellement différente que nous ne pouvons pas nous la représenter. Essayons quand même de l’imaginer, de la rêver ; la vie ici est un ailleurs complètement différent si l’on essaye de se mettre à leur place. Projet utopique, rêve de poète ; porte ouverte vers de nouveaux songes où l’on côtoie l’inconnue et le mystérieux ,à nos portes dans nos jardins.