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    Publié à 17 h 18 min par Antoine Bocheux, le mars 29, 2020

    En cette année 2020, le début du printemps est marqué par le confinement que nous vivons pour ralentir la propagation du virus Covid-19. Au moment où le retour du soleil et les jours qui rallongent sont une invitation à sortir, il faut rester enfermé. Du jour au lendemain, sans sommation, notre quotidien s’est transformé dans une sidération collective.

    Les avions ont presque cessé de voler, les voitures se font rares, les routes sont anormalement calmes. Il se dégage une atmosphère étrange en parcourant les rues pendant les brèves minutes où nous pouvons sortir pour pratiquer une activité physique. Ce qui frappe le plus c’est le silence. Le bruit de fond de la circulation disparaît pour laisser place à de nouveaux sons inhabituels. L’espace sonore n’est pas vide, il est contrasté avec des pleins et des vides. Des vides, quand même en tendant l’oreille il est seulement possible d’entendre un léger souffle de vent. Des pleins quand on croise une voiture ou le bruit perçant d’une tondeuse. Le chant des oiseaux, d’ordinaire recouvert, se fait plus présent. Parfois éloigné, son écho est à peine perceptible. D’autres fois, il occupe le premier plan pendant de longues minutes.

    Des bruits inhabituels ressortent. Le pas de joggeurs, plus nombreux que d’habitude, l’écho des ballons des enfants. La sensation d’espace est inhabituelle. Sans circulation les rues semblent plus grandes, on s’écarte pour rester à plus d’un mètre des autres piétons. On se dit encore bonjour, entendre la voix d’un inconnu autrement qu’à travers des hauts parleurs devient presque incongru. Marcher dans la rue n’est plus quelque chose de banal et d’innocent, cela devient une activité rare, rationnée, précieuse, contrainte. Le monde sensible qu’il est possible d’entendre et de sentir se restreint à un rayon d’un kilomètre autour de son domicile. Sa place est réduite à une portion congrue, il est remplacé par le monde virtuel des ordinateurs, des téléphones et des vidéo-conférences.

    On entend encore le son de la voix de ses proches et des ses collègues mais il déformé par le téléphone comme leur visage l’est par les webcams. Le liens avec les autres deviennent presque entièrement virtuels. Sans le cordon ombilical d’Internet qui nous relient, il n’en resterait plus grand chose. Nous étions déjà habitués à voir le monde à travers nos écrans. Avec le confinement, nos liens avec le réel sont encore réduits.

    Il y a quelques mois personne n’aurait pu prévoir que l’on en arrive là. Nous faisions confiance à la science pour trouver une solution pour nous protéger contre ce virus. Elle n’en a pas trouvé, un tiers de l’humanité se retrouve confiné. Un sentiment de confiance et d’invulnérabilité s’évapore devant cette impuissance. Nous sommes vulnérables face à un ennemi invisible que nous ne maîtrisons pas. Cet étrange silence règne sur nos villes, nous restons chez nous pour nous protéger. Notre silence laisse la place aux bruits de la nature qui étaient étouffés.

    « Le printemps silencieux », c’est le titre du livre écrit en 1962 par la biologiste américaine Rachel Carson pour évoquer le silence de la nature dans les champs à cause de l’utilisation des pesticides. Elle nous prévenait qu’avec les pesticides les insectes et les oiseaux se font plus rares, leurs chants s’estompent dans les champs pour laisser la place au silence. Ce printemps, c’est le son de l’Humanité qui s’estompe. Malgré la science, malgré les pesticides et notre apparente maîtrise sur la nature, un simple virus nous vole des vies humaines et chamboule notre quotidien.

    Cette période de confinement est l’occasion de se poser, de laisser moins de place aux réflexes et plus de place à la réflexion. Nous constatons combien le contact avec les autres nous manque, à quel point les interactions positives avec nos semblables sont importantes dans nos vies. Nous éprouvons qu’il est frustrant de ne pas pouvoir sortir alors que dehors la nature s’éveille. Derrière l’inquiétude pour « la planète » qui est de plus en plus partagée depuis quelques années, nous nous rendons compte que ce n’est pas pour la vie sur terre qu’il faut nous inquiéter. Les virus et les bactéries nous survivrons. Ce virus qui nous menace, contre lequel nous sommes en guerre, nous le rappelle cruellement. C’est pour nous, pour les oiseaux, pour les fleurs pour les arbres et pour tous ce que nous aimons qu’il faut s’inquiéter. Vivre, bien sûr, mais vivre comment? Qui souhaiterait rester confiné pendant des années. Cette période de réflexion est aussi l’occasion de s’interroger sur ce que nous voulons sauver.

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    Auteur : Antoine Bocheux

    Posté dans Non classé | 1 commentaire |

    Une réflexion sur “Un printemps silencieux”

    • Avatar de Stéphanie Davis

      Stéphanie Davis

      6 avril 2020 à 16 h 03 min

      Bravo pour cet article Antoine !

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